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CHAPITRE IV

ALPHABET PHENICIEN.

Tandis que les hit'roglyplics ëgypticns, ccrilure sacrée, conservent pendant de lonjjs siècles la pureté de leurs formes primitives, l'alphabet phénicien, qui était au contraire une écriture profane et usuelle , s'altère de très bonne heure sous l'influence de la rapidité du mouvement qui amène la main à se soulever le moins souvent possible. C'est par là que s'expliquent toutes les altérations non seulement de l'écriture phénicienne, mais de sa sœur l'écriture araméenne.

On considère souvent les inscriptions phéniciennes comme très anciennes; en réalité, nous connaissons fort peu d'inscriptions phéniciennes archaïques. En dehors de la coupe dédiée au Dieu-Liban, dont on a donné plus haut la reproduction''', nous ne possédons que quelques pierres gravées qui appartiennent à la même période de l'écriture phénicienne. Tel est ce sceau de Molokram trouvé sous le pied

d'un des grands taureaux ailés du palais de Khorsabad et par conséquent antérieur à la construction de cet édifice. Encore est-il difficile de dire avec certitude s'il est phéni-

''' Voir plus haul, p. fid.

cieti ou aramécn, h cause de la {jrande ressemblance des deux écritures à leur origine.

Certaines inscriptions de Snrdaigne, quoique plus récentes sans doute, reproduisent le môme type d'écriture:

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[Cip-]

»»-) ra

pe de Ros, [fils de]

Nnw njj

Nagid, [habitant] de

-2? pnca

la Sardaigne. A nclie-

h^ xn uh

vé ce qui avait Irait

à son cippe. Mc-

lek(ja)lon, fils de Ro-

-ai ]3 c;

s, fils de Nagid,

"• pjs'?

de Libysa (?)(».

Pour trouver d'autres traces de l'écriture phénicienne, il faut faire un saut de deux cents ans et descendre jusqu'aux grajjiti tracés sur les jambes d'un des colosses du grand temple d'Jpsamboul par des mercenaires de Psammétique l*"'

*'' Cjorpus iiisci; semù., \" partie, n° i44.

ALPHABET PHÉNICIEN. ili

ou de Psanimétique II, c'est-à-dii-e cnlre G5o et SgS avant notre ère. Or, dans ces épifjraphes, l'écriture pliénicienne est déjà en voie de transformation :

DDn'7T 2?3 iv "jy c\v

Cussaï, fils d'Abdpaam, préposé aux W

Tandis que certaines lettres ont encore leur forme ancienne, d'aulres présentent déjà l'aspect qu'elles auront dans ce qu'on pourrait appeler le phénicien classique, qui correspond à la fin de la période perse et à l'époque grecque.

La stèle de Byblos, qui porte l'inscription commémorative de la dédicace du temple de la grande déesse de Byblos, ou tout au moins d'une des chapelles de ce temple '^), nous offre l'exemple le plus remarquable de cette écriture de transition. On a pu voir plus haut une restitution de l'ensemble du monument faite à l'aide des indications fournies soit par l'inscription, soit par la pierre elle-môme. C'est certainement, tant au point de vue archéologique qu'au point de vue du texte, un des monuments les plus importants de l'épigraphie

''' Corpus iiiscr. son., i" partie, u° lia. f Ibid., n° 1. Voir plus haut, p. i6a.

phénicieiuio, et l'un de ceux qui peuvent le mieux donner une idée de ces grandes stèles que les Phéniciens aimaient à mettre dans leurs temples.

A la partie supérieure de la stèle, on voit le roi Yeliauraelek, en costume persan, oiïrir «la coupe de victoire ti à sa Dame, la Baalal Gebal, qui a le costume et les traits d'une déesse é{|yptienne. La pierre, très poreuse, conmie toutes celles de la côte de Pliénicie, est en mauvais état, et l'inscription a beaucoup souiTert, sans pourtant que cela empoche de saisir la physionomie des caractères. Ceux-ci ont un type assez à part. Certaines lettres , le lamed ^, le schin v/ , présentent encore une forme archaïque qui engagerait à rapporter l'inscription au v*" ou même au vi* siècle. Cependant les autres lettres ont déjà une tournure si moderne, qu'il faut peut-être voir dans ces formes archaïques une influence de l'écriture araméenne, où elles se sont conservées beaucoup plus longt(!mps. Le hé'^de l'inscription de Byblos, qui est presque araméen, est caractéristique à cet égard.

La plupart des inscriptions phénicieinies sont plus récentes : elles sont presque toutes comprises dans un espace de 3oo ans, qui va de l'an /loo à l'an loo avant Jésus- Christ. Dans cet intervalle, l'écriture phénicienne a très peu varié : on peut dire qu'elle est définitivement constituée. Les difl'érences entre les inscriptions sont surtout des différences locales. On y reconnaît trois types bien distincts : le type sidonien, le type cypriote et le type carthaginois.

On peut prendre comme exemple de type sidonien l'inscription gravée sur le sarcophage d'Esmounazar^'^ qui, suivant l'opinion la plus répandue, date environ de l'an 38o avant Jésus-Christ. M. Clcrmont-Ganneau, s'appuyant sur

''' Corput inscr. semil., i" partie, n° 3.

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uii ensemble d'arguments dont on ne peut méconnaître la force, la considère môme comme postérieure à Alexandre; toutefois les dernières découvertes faites par Ilamdy-Bey dans la nécropole de Sidon semblent plus favorables à l'ancienne liypolbèse.

INSCRIPTION D'ESMOUNAZAR.

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