‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 52 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ECRITURE ARAMÉENISE.

Les {grands propagateurs de l'alphabet dans le monde oriental n'ont été ni les Phéniciens, qui étaient à peine des Sémites et qui n'ont jamais entretenu de relations intimes avec les peuples asiatiques, ni les Hébreux, dont l'écriture est devenue de bonne heure l'écriture d'un livre, mais les Araméens. C'est sous sa forme araméeime que l'alphabet s'est répandu en Asie; c'est des Araméens qu'il a reçu cette forme cursive, appropriée au génie de leur race, qui l'a fait accepter de tous les peuples sémitiques, même des Juifs, et sous laquelle il a pénétré depuis l'Arabie jusque dans l'Inde et jusqu'aux confins de la Chine.

Par leur position géographique, les Araméens semblaient destinés à cette mission. Situés entre les Phéniciens et les Assyriens, auxquels ils étaient attachés par les liens d'une ancienne parenté, rayonnant jusqu'au centre de l'Arabie, ainsi que l'ont démontré les découvertes faites dans ces dernières années par MM. Doughty, Huber et Euting, en contact constant avec les Hébreux, qui n'étaient qu'un rameau détaché du tronc araméen, les Syriens, que l'on peut considérer comme la branche aînée des peuples sémitiques, étaient admirablement placés pour s'emparer de la découverte des Phéniciens et la populariser.

Quelle part les Araméens ont-ils eue à la création de l'écriture? Nous ne le savons. Comme toutes les origines,

celles de l'alphabet nous échappent et déroutent nos investigations.

Une découverte, que nous ne connaissons encore que par ouï-dire, semble devoir apporter de nouvelles lumières sur les liens qui unissaient l'ancien alphabet araméen au phénicien. Des fouilles faites à Siiigerli, au nord d'Antiociie, par le comité oriental de Berlin, ont amené, il y a plus de trois ans, la découverte d'une inscription qui vient se placer, par son caractère paléographique, entre la stèle de Mésa et celle de Teîma, dont il sera question plus loin. Cette inscription, qui ne compte pas moins de vingt-trois lignes, est gravée en relief sur la face antérieure d'une statue. Le haut du corps a disparu; mais la disposition de l'inscription, l'attitude du personnage, la forme presque cylindrique de sa robe, qui tombe droit, sans aucun pli, font penser aux statues chaldéennes de Tello.

Pour des raisons que l'on n'a pas à discuter ici, l'inscription de Singerli n'a pas encore été publiée. Il en existe pourtant une petite photographie, que M. Renan doit à la libéralité de Son Exe. Hamdy bey, et qu'il a bien voulu m'autoriser à reproduire. Cette photographie, qu'on doit s'estimer très heureux de posséder, est insuffisante pour l'élude de l'inscription , car elle ne laisse voir que la moitié ou le tiers de la longueur des lignes; le reste disparaît dans la courbure de la robe; mais elle est très instructive par la forme des caractères qu'elle nous fait connaître. J'en donne une reproduction héliographique, de la dimension de In photographie originale, en y joignant la copie agrandie des lettres qu'un examen attentif m'a permis de distinguer.

Autant qu'on [)eut en juger, l'inscription commence par le nom et la généalogie du roi qui avait érigé cette statue.

.lifthei DujArdin

INSCRIPTION DE SINDJIRLI

La première ligne débute par les mots : dî:;[itJ ay: ce Ceci est la statue [qu']a dressée n. Puis vient, dans la seconde moitié de la ligne, un nom propre, à peine lisible sur la photographie, suivi du mot nsxV «à son père a. Ce n'est

sa

donc pas l'aulcur de l'inscriplion, c'est son père, que représente la statue. Quel était le nom du père? La ligne 20, où il revient une seconde fois, nous permet de le restituer ici avec une grande probabilité. Il faut lire : a Ceci est la statue qu'a dressée N. . . à son père Panémou,'»

Au milieu de la ligne 3, on peut gagner quelques lettres de plus : n[s]n2 nDN «son père Bodçidi). C'est le nom du père de Panômou. Puis, vers la fin de la même ligne, on entrevoit, fuyant dans la convexité de la pierre, des signes qui contiennent certainement la date.

Le reste du discours est mis dans la bouche du fils du roi Panêmou; mallieureusemenl la suite des idées m'échappe. Ligne 6, le mot no (mort?) se détache entre deux points. Au commencement de la ligne 5 , il semble qu'il faille lire : Vi-ias ann (tl'épée contre ma maisomi.

La ligne 7 s'ouvre par une série de noms de rois -.-[bv...

. . . n i"7d[i] iwtt «... roi d'A.ssour et le roi ^'l t Au

commencement de la ligne 12, le nom d'Assour reparaît, écrit de même : m»K.

Notez encore, ligne 10 : "«evai (tel de mes jours t.

A la ligne 19, on croit lire les mots : nVs nr^a «dans une sécurité complète n (?). Le roi fait mention de sa mère : "'Cxi, et de son père : 1213 la icje "2x1 «et mon père Panêmou, fils de Bodçidfl (ligne 20). La ligne ai commence par le mot "13K1 «r et moi n. Enfin , les deux dernières lignes ramènent la pensée sur le dieu, dont le nom termine l'inscription : '»n'?K 01 <f . . . ram, mon dieu T). Quel est ce dieu? Les lettres

'*' A moins qu'on ne prdftrc lire : [p]"iCJ< "i'^O "le roi Assurdan». Peutêtre fau(-il aussi voir un nom propre dans le gronpc CilCinNO qui commence la ligne 6. Si l'on était h l'ëpoquc perse, et non en l'an 760, on scrail lenl^ d'y lire le nom d'Assui'rus.

ÉCIUTURE ARAMÉENNE. 209

ram fornienl-clles seulement la fin de son nom, ou le nom tout entier? Faut-il aussi clieiclier un nom divin dans les lettres un «Hadadn, à la ligne 22? La photographie ne permet pas d'élucider ce point.

Je donne ces quelques indications, bien clairsemées, moins comme un essai de traduction que pour orienter ceux qui me suivront dans la lecture des caractères. Tout cela est trop fragmentaire et trop incertain pour qu'on puisse essayer de le faire tenir sur ses pieds, ou prétendre en tirer un sens quelque peu suivi. On hésite à s'escrimer sur un document aussi incomplet, quand on sait que l'original est lu, à votre porte, et qu'on en attend, depuis trois ans, de jour en jour la publication. Quoi qu'il en soit, nous livrons ce que nous avons au public, espérant que d'autres pourront en tirer quelques nouvelles lumières'').

Il ressort de ce qui précède que la statue de Singerli est celle d'un roi, Panèmou, fils de Bodçid, à qui elle a été érigée par son fils. Dans l'inscription qui couvre la robe, ce n'est pas le roi lui-même qui prend la parole, mais son fils, qui entre en scène après un protocole de trois ou quatre lignes, et raconte les exploits de son père et les siens.

Quelle est la date de l'inscription de Singerli? D'après un renseignement publié par divers journaux lors de sa découverte, il y serait fait mention de Tiglath-Pilezer'"^'. Elle serait

<"' Une lollre de M. Dilimann, du 8 f(5vrier 1899, m'annonce que le Coiiiilc orienlid renonce à son projet priniilif, et que la slè'.e [)araitra , d'ici h deux on trois mois, par les soins du Musdc de Berlin.

''' Les annales du T\g]aÛï-Vi\czcT {Y ahhé Lohy , L'enseignement biblique, mars-avril 189Q, chronique, p. a) conlirnicut celte manière de voii-. A deux reprises il y est fait mention d'un Panamin(\, roi de Saut'al, immédiatement après les rois de (ïargamis et de Hanuil.

là

donc contemporaine de la chute de Saniarie ou môme antérieure, c'est-à-dire de la seconde moitié du vin*" siècle, entre 760 et 720 avant Jésus-Christ. Sans parler des lumières que les indications contenues dans ce texte ne pourront manquer de jeter sur l'histoire si peu connue de cette région, il est très intéressant de posséder une inscription phénico-araméenne du nord de la Syrie. Jusqu'à présent, le point extrême du côté du Nord qui eût fourni des inscriptions phéniciennes, c'était Byblos, et déjà la grande inscri|>tion de Byblos contenait certaines particularités grammaticales plutôt hébraïques ou araméennes que phéniciennes. Le peu que nous pouvons entrevoir de l'inscription de Singerli dénote un mélange encore plus intime d'éléments hébreux ou araméens et de phénicien.

En tout cas, l'aspect général de l'écriture est celui des anciennes inscriptions araméennes. Le taui\ y présente cette forme caractéristique que nous ne trouvons jamais dans les inscriptions phéniciennes en dehors d'ipsamboul; le Ae ^ ^ a les dents très longues, la hampe courte et légèrement cambrée, comme dans les vieilles inscriptions hébraïques; le sin W, \alej ^, le mem % ont une physionomie très archaïque et absolument araméenne. A côté de cela, certaines lettres, comme le \oà ^, ont déjà une tendance marquée à arrondir leurs angles, qui sera l'un des signes distinctifs de l'écriture araméenne. Le Ao/" se présente sous deux aspects fort différents : dans le mot y^^ (rroii), il est fait comme dans les inscriptions phéniciennes archaïques; parfois môme le sommet de l'angle dépasse la hampe /. Au contraire, dans d'autres endroits, il semble qu'il soit ouvert par en haut '^, comme il l'est généralement en araméen. Les boucles du heih, ^, du dahih, A et du reah ^ sont encore

fermées, ce qui ii'empôche pas l'écriture d'avoir une couleur araméenne. Il faut aussi noter l'emploi très fréquent du hé, qui est une lettre proprement hébraïque ou araméenne. Enfin les mots, et parfois môme des lettres isolées, sont séparés par des points, comme sur la stèle de Mésa. Nous manquons d'éléments suffisants pour en dire plus. Attendons que ce monument ait été rendu à la science.

Dès à présent, cette nouvelle inscription vient confirmer un fait que la stèle de Teima, découverte dans l'Arabie centrale par Ch. Huber, avait mis en lumière : l'ancienneté de l'habitude, si commune chez les Arabes, de graver les inscriptions en relief. Cet usage, que l'on considérait jusqu'à ces dernières années comme une marque de basse époque, remonte, par une tradition continue, jusqu'aux origines de l'épigraphie araméenne. Par là, l'inscription de Singerli forme le trait d'union entre les inscriptions araméennes de l'Arabie et les hiéroglyphes hittites que l'on trouve disséminés dans tout le nord de la Syrie.

Dans les plus anciennes inscriptions araméennes, l'alphabet présente les mêmes caractères que sur la statue de Panémou; il se confond presque avec le phénicien; fort souvent il n'y a que la langue qui nous permette de reconnaître à laquelle de ces branches de l'écriture nous avons à faire. Pourtant, de très bonne heure, on voit les divergences s'accuser et aller rapidement en augmentant. H faut en chercher la cause dans la nature de l'écriture araméenne et dans son emploi.

Parmi les tablettes de brique qui portent des contrats en écriture cunéiforme, il en est qui ont, soit sur l'une des faces, soit le plus souvent sur la tranche, une courte légende araméenne. Celte légende est un résumé de Tin-

iH.

scriplion assyrienne; elle se compose en général du nom (lu vendeur et de celui de l'aclicteur, parfois du prix do vente et des noms des principaux témoins. Ces petits monuments nous montrent quel emploi l'on faisait de l'écriture aramécrmc.

L'écriture cunéiforme était très compliquée; lorsque l'alphabet se fut répandu en Assyrie, on prit l'habitude d'indiquer sur la tranche de la tablette le contenu de l'acte, comme nous mettons un titre sur le dos d'un livre, et l'on se servit pour cela de l'écriture araméenne, plus simple et plus condensée. L'écriture araméenne paraît donc avoir été employée à côté de l'écriture cunéiforme comme écriture cursive, non seulement pour des textes privés, mais même pour des textes officiels (''.

On est conduit à la môme remarque par l'étude de ces poids de bronze, en forme de lions, que l'on a trouvés, principalement dans les ruines de Ninive, et dont quelquesuns remontent jusqu'au vu* et môme au vni' siècle avant notre ère. Eux aussi portent deux légendes : l'une cunéiforme, l'autre araméenne. Cette double légende s'explique par le désir de faire connaître la valeur légale des poids aux différents peuples qui s'en servaient, et de l'exprimer dans une écriture plus populaire et plus accessible à tous que l'écriture cunéiforme. C'est cet emploi de l'écriture araméenne, non plus comme alphabet épigraphique réservé à des inscriptions religieuses ou historiques, mais comme écriture populaire et cursive, qui en explique toutes les variations.

'"' Pli. BcrgPr, Uapporl sur quelques inscriptions araméenne* du Urilisli Muscuin (Comptes rendus de V Académie des iiucriplioiu , i886, a el 9 avril, p. 198-9 mS).

L'ÉCRlTUnE ABAMÉENNE \ L'ÉPOQUE PERSE.

Sous rinfluencc de ces causes diverses, on voit se produire dans l'écriture un changement très petit en apparence, mais caractéristique. Dans toutes les lettres qui ont une tète fermée, le belh A, le daîelh ^, Yatn o, le resh A , le sommet s'ouvre; il se fait comme un trou dans le créne :

si bien que, au lieu d'un triangle, il ne reste plus qu'une petite cavité dont les parois latérales vont en diminuant.

-vMà nj3 naip"? ^cnn 1Z 3t3'3K lis 'cn n "DiK mp lay "nz wa 'Dn n (n)

Offrande pour la comparution de Banil devant Osiris-Apis (Serapis). Fait par Abilob, Gis de Banit. Il a fait cela en présence d'Osi ris-Apis.

(Table à libations de Sérapéum [Corpus itucr. êemil., a* partie, n* 1*3].)

Ce changement, déjà sensible sur les tablettes bilingues et sur les poids, porte toutes ses conséquences à l'époque perse. La domination perse a exercé une influence décisive sur la propagation de l'alphabet. La Perse représentait un principe beaucoup plus civilisateur que les empires qui l'avaient précédée. Au lieu de dépayser les peuples vaincus en les transplantant à l'autre extrémité de son empire, Gyrus s'empressa de les rendre à leur patrie. Ce respect des nationalités et des religions des peuples qui lui étaient soumis devait avoir pour corollaire le respect de leurs langues et de leurs écritures. Les Perses, d'ailleurs, n'étaient pas de race sémitique; c'étaient des Iraniens, et l'écriture cunéiforme n'était pas pour eux une écriture nationale. Tout en la conservant à cause des populations clialdéennes et assyriennes dont ils étaient devenus les maîtres et qui formaient une grande partie de leur empire, un de leurs premiers soins avait été de la simplifier et de l'approprier à leur langue.

L'écriture cunéiforme perse ne pouvait toutefois être comprise des populations sémitiques situées à l'ouest de leur empire. Aussi voyons-nous, à l'époque peree, l'écriture araméenne, qui, déjà sous les rois d'Assyrie, figurait dans les

conlrals et sur les mesures normales, prendre une grande extension et devenir la langue officielle dans les relations quotidiennes de la Perse avec ses vassaux : M. Clermont- Ganneau l'a parfaitement démontré ("l On la rencontre, en Egypte aussi bien qu'en Asie, non plus seulement dans des inscriptions, mais sur des ostraka et sur des papyrus; c'est elle qui servira désormais pour la correspondance privée ou oÛîcielle, pour les comptes, en un mot, pour tous les usages de la vie courante, de même que, à l'époque d'Aménopliis IV, nous avons trouvé l'écriture cunéiforme employée dans les relations officielles des gouverneurs de Syrie avec les rois d'Egypte. A cet usage plus général de l'écriture araméenne et à ce changement de destination correspond une altération rapide de la forme des caractères, mais une altération dont on peut suivre la marche et déterminer la loi.

Cette transformation s'opère de trois façons à la fois :

1° Par la suppression de la tête des lettres;

2" Par l'efl'acement des angles;

3° Par une sorte de retour des lettres sur elles-mêmes.

Nous avons vu, dans l'ancien araméen déjà, le sommet de la tête des lettres fermées par en haut s'entrouvrir, à cause de la difficulté que l'on éprouve, au courant de la plume, à joindre exactement les deux côtés d'un angle; à l'époque perse, l'ouverture s'agrandit de plus en plus, les deux côtés de la tête deviennent parallèles et s'abaissent peu à peu jusqu'à ce qu'il ne reste plus que deux petits arrachements, qui sont comme des témoins de la partie supérieure de la lettre qui a disparu :

''' Origine perse des monuments araméens d'Egypte {Revue archéologique, août 1878 et janvier 1879).

216 DEUXIÈMK PAHïli:.

En même temps, les angles des lettres s'arrondissent:

on l)ien ils se simplifient :

W V ^ j^ La barre transversale du tau se couche sur la lijjric :

celles du hé se diHaclicnt de la liampe et finissent par s'accrocher à la barre supérieure, comme des brins de papier attirés par un aimant :

celles du hclh disparaissent entièrement, sauf une : |-| .

Toutes les inscriptions de la même période ne présentent pas le môme degré d'altération pour toutes les lettres. Il y a de grandes variétés d'un pays à un autre; souvent il arrive que, sur un môme monument, l'écriture, en retard pour certaines lettres, pour d'autres précipite le mouvement et devance son époque. Une inscription trouvée par Ch. llubcr en môme temps que la célèbre stèle de Teima nous fait voir le J, le |, le \ entièrement transformés. Au con-

Iraire , le iod a encore une forme archaïque et carrée , tandis que sur la plupart des monuments araméens d'Egypte il a déjà la forme plus moderne H , d'où sortira le tod des aipludjets araméens de basse époque.

Trône qu'a oficrl

Maanân, fils d'Am-

ràn, au dieu Çalm,

r\V]) ii|-|L ^ pour sa vie.

Huber, pelile inscription de Tcima [Corpiu iiucr. temil., 9" part., n° i l'i].)

Mais la transformation la plus caractéristique est celle qui atteint le bas des lettres. Le phénicien avait exagéré les queues des lettres, l'araméen les recourbe par en dessous, par suite de l'élan que le mouvement de la main communi(jue à l'écrilurc.

On observe surtout celle tendance de l'écriture sur les papyrus araméens, ainsi que sur les fragments de poterie servant à la correspondance courante et aux comptes, que l'on trouve en Egypte'''.

L'usage du papyrus et de l'écriture cursive a amené dans l'alphabet des modifications qui ne sont pas sans analogie avec celles dont l'écriture hiératique nous oiïrc l'exemple. Des papyrus, elles ont passé dans l'écriture monumentale, et l'Egypte nous a fourni toute une série d'inscriptions, accompagnées de bas-reliefs, qui présentent le m<^me type d'écriture et les mêmes particularités que les papyrus araméens. On en a fait une classe à part, que l'on désigne sous le nom de «monuments araméens d'Egypte w.

STÀLE ARAH^ENNE DU VATICAN.

AnhI.iapi, fils de Tahabis, parfait en Osiris dieu.

(CvrpM m(cr. $emil., a' partie, Intcr. aram., n" lii.)

Sur ces monuments, et spécialement sur les papyrus, qui sont de véritables manuscrits, souvent assez négligemment écrits, on a peine à reconnaître l'ancienne écriture araméenne. C'est en effet l'écriture araméenne de l'époque perse qui marque le passage dos alphabets aurions aux nouveaux; c'est dans ses modifications qu'il faut chorcher la clef de toutes les écritures sémitiques modernes.

Corpus iiucr. wnit. , n" partie, Inier. aram., n" i aS-i&Q.

Les inscriptions arani(îcnnes d'Egypte, qui datent en général de l'an 5oo à l'an 200 avant Jésus-Christ, nous prouvent quelle extension avait prise, sous la domination perse, l'écriture araniéenne. Nous en trouvons un exemple encore plus remarquable dans la stèle célèbre de Teima, découverte en 1 883 par Ch. Huber et qui lui a coûté la vie. Elle est aujourd'hui au musée du Louvre.

La stèle de Teima nous montre la civilisation et l'écriture araméennes installées au cœur de l'Arabie. Ce n'est pas, en effet, une stèle érigée par un Araméen de passage dans ces contrées, c'est la stèle commémorative de l'installation du culte d'un dieu araméen, le dieu Salm (ou Selem) de Hagam, à Teima. L'inscription nous apprend que ce dieu y avait son temple, son culte, ses revenus sacrés. Un bas-relief sculpté sur le côté droit de la stèle représente le dieu en costume perse, et, au-dessous de lui, un prêtre offrant un sacrifice sur l'autel, avec la légende : trSelcmsazab, prêtre.» L'inscription est gravée en relief, et ce fait, qui nous paraît aujourd'hui naturel, a opéré une révolution dans nos idées sur la paléographie sémitique. D'ailleurs, l'écriture de la stèle de Teima, tout en étant de l'époque perse, ne se confond pas avec celle des monuments araméens d'Egypte : les lettres y sont mieux formées; le ^, le 'V y ont encore leur forme ancienne; la boucle du ^, du ^, du -^ est à peine entr'ouverte. Le type général de l'étriture se rapproche beaucoup plus de celui des inscriptions du nord de la Syrie. D'autres inscriptions en caractères analogues, trouvées soit à Teima même, soit aux environs, par Ch. Huber, nous prouvent qu'il n'y a pas là un fait isolé.

Il ne faut pas voir dans l'inscription de Teima une sinqde

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prolongation accidentelle de l'écrilure araméenne sous l'influence de la domination perse; la présence d'une inscription araméenne de cette importance au cœur même de l'Arabie nous prouve que, dès 600 ou 5oo ans avant notre ère, les Araméens y étaient établis. Leur séjour dans ces contrées remontc-l-il plus haut? Il est diflicile de le démontrer en l'absence de documents contemporains; mais on ne peut s'empêcher de rapprocher les indications fournies par la stèle de Teima des traditions patriarcales qui nous montrent Abraham errant en nomade entre Ur-Chasdim et la Palestine, et qui en font le père d'Ismaël et des autres tribus du nord de l'Arabie.

Nous trouvons donc l'écriture araméenne employée depuis Antioche, au nord, jusqu'en Egypte et aux portes de la Mecque, au sud, et, à l'est, jusqu'en Mésopotamie. Elle s'était avancée plus loin encore. Une inscription araméenne rencontrée en Perse, à Senq-Qaleh^'', à nii-cliemin de Tébriz et de Téhéran, nous met sur la route de l'Inde.

Corpus ùucr. snnil., a' partie, Inicr. armn., n' > n.

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