‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 55 sur 79 · PREMIER ÉDIT DE GIRNAR · texte numérisé non relu

PREMIER ÉDIT DE GIRNAR

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Grâce à sa perfection et grâce aussi à la propagande bouddhiste, l'alphabet sanscrit s'est répandu dans une partie de l'Asie cenirale et dans toute l'Asie méridionale, et il a donné naissance à tous les alphabets modernes de l'Inde, ainsi qu'aux alphabets des pays soumis à l'influence de la

c Voir plus haut, p. 936.

LES ALI'HABKTS DE L'IISDE. 239

civilisation liiudouc, depuis le singlialais jusqu'au lamoul cl au lliibélain.

11 est très dilïicile, dans l'état actuel de la paléographie indienne, de donner une classification définitive de tous ces alphabets. On peut toutefois, pour y mettre un peu d'ordre, les partager en deux grandes familles. La première est formée par les dérivés du dévanAgari, qui est resté l'écriture des dialectes indo-européens parlés dans le nord de l'Inde, du bengali, du maharattc, du gouzarati et, partiellement, de l'hindoustani. L'alphabet indien a même franchi l'Himalaya et s'est implanté de bonne heure au Thibet. Enfin, au xui"^ siècle de notre ère, le chef de la dynastie mongole, Khoubilaï-Khan, l'introduisit en Chine. Le nouvel alphabet, emprunté au thibétain, s'est appelé, du nom de son auteur, alphabet Pa'-sse-pa,

L'autre branche comprend les alphabets usités dans la partie méridionale de l'Hindoustan et dans l'île de Ceylan, c'est-à-dire, principalement dans les contrées où l'usage du pâli a été introduit par le bouddhisme; de là, elle s'est étendue sur l'île de Java, le Cambodge, la Birmanie, le royaun)c de Siam. Deux de ses ramifications ont donné naissance, d'une part, aux écritures alphabétiques des populations dravidiennes, de l'autre, aux différents alphabets de la Malaisie'''. La plupart des alphabets de ce groupe ont pris avec le temps un aspect très différent de celui des alphabets du Nord. L'habitude d'écrire sur des feuilles de palmier a donné des contours de plus en plus arrondis aux lettres, qui finissent, dans certains alphabets, par ne plus former que des croissants, des demi-cercles, des omégas plus ou moins enjolivés.

''' A. G. Buniell, Eléments of South- Indian Palœoffraphy, a' édition, I-ondon, 1878, in-4°.

A côté de CCS alphabets ctirsifs, il existe en Birmanie et au Cambodge des alphabets hiératiques, spécialement réservés pour les livres sacrés et pour les inscriptions historiques. Malgré leurs formes archaïques, ces alphabets, de même que l'écriture lapidaire appelée kiousa, sont en somme très voisins des autres et se rattachent paléographiquement aux mêmes origines. Les découvertes les plus récentes ont en effet démontré que toutes ces différences sont relativement modernes et que, jusqu'au v*ou au vi' siècle, l'écriture indienne était partout sensiblement la môme.

Les inscriptions sanscrites du Cambodge, en particulier, ont considérablement modifié les classifications reçues. Ces inscriptions monumentales, qui s'éciielonncnl sur une longue série de siècles, se rattachent au vieil empire khmôr. Signalées dès 1872 par Francis Garnier, elles furent relevées au nombre de cent soixante, sur les bords du Mékong, à Phnom-Penh et h Ang-Kor, par le commandant Aymonier, qui reconnut leur parenté avec le sansci'it. M. Kern en avait aussi déchiffré quelques fragments d'après les copies, encore bien incomplètes, données par M. le D*" Harmant dans la Revue de ÏExlréme Orient; mais l'honneur de leur publication revient à MM. Barth, Bergaigne et Senart, qui ont soumis, de leur côté, tout cet ensemble de textes à une étude approfondie, et en ont scientifiquement déterminé et le caractère et la date^''.

Outre leur intérêt paléographique réel , ces inscriptions ont leur importance pour l'histoire religieuse de l'Inde, la seule histoire que l'Inde connaisse. Elles ont prouvé que les cultes brahmaniques étaient établis dans la péninsule indo-

f Inscriptions sanscrite» du Cambodge ( Notices et Extraits des mmuscriu, I. XXVIl, j" partie, avec allas grand in-folio). Parà, i885.

2i2 DEUXIÈME PARTIE.

chinoise anlérieurcmeiit an bouddliisnic, iiifiriiiaiil ainsi Topiiiion accréditée que l'Inde ne s'est répandue au dehors que par le bouddliismc. Les missions brahmaniques, toutefois, qui étaient, suivant l'expression de Bergaigne, (tsinon bottées, du moins armées de pied en cap,T) avaient un caractère bien différent de celte prédication de la cliarité universelle dont les bouddhistes ont été les apôtres (''.

Trois siècles et demi plus lard, le bouddhisme s'est implanté à son tour dans ces contrées, et il s'y est rapidement propagé. Le pâli étant la langue sacrée du bouddhisme, les alphabets du sud de l'Inde, qui était le foyer principal de la nouvelle religion, ont pénétré dans toutes les contrées oij s'est fait sentir l'influence bouddhiste; ils sont ainsi devenus prédominants dans les pays situés à l'est de l'IIindoustan et jusqu'aux portes de la Chine.

Il s'est passé pour les alphabets de la brandie palic, ainsi que le dit très bien M. Taylor'^', un phénomène analogue à celui dont l'alphabot arabe nous offre l'exemple. Seulement, tandis que le mahométisme, qui s'est répandu par les armes, n'a laissé subsister aucune autre écriture à côté de l'arabe, le bouddhisnjc n'a jamais eu recours qu'à la propagande de ses missionnaires; aussi trouvc-t-on, dans les divers pays où il s'est implanté, les alphabets du sud de l'Inde employés concurremment avec d'autres écritures, les unes indigènes, les autres dérivées du chinois.

'"' L'inscription de la pge |)rd<'.tyenle a élf |iubli<'<* |)ar Bcrgaifpic {Jourtuil asiatique , fëvricr-mors , 1889, p. 917); nous lo donnons iri diroctrnirnt (Paprôs l'fislam|>o|;o dont nous devons l'obligonntc communirnlion à M. Rartli.

'•) The Alphabet, i.\\,]f.Zkh.

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