I. XXVI, p
''' An Explication oj ail the Inscriptions in the Palmyreno laiiffuage and clin-
racter hitherlo publish'd. [Philosophical Transactions, 1764, p. 690-756.)
Aujourd'hui, grâce aux voyages d'exploration de MM. de Vojjiié et Waddington, les inscriptions palniyréniennes forment une des séries les plus riches de l'épigraphie sémitique. Dès 1854, M. de Vogiié avait visité Palmyre; en 18G1, au cours d'un nouveau voyage dans la Syrie centrale, qu'il entreprit de concert avec M. Waddington et qui a eu les résultats les plus fructueux pour la science, ce dernier prit des copies de toutes les inscriptions, aussi bien grecques que sémitiques, de Palmyre, Les inscriptions grecques ont été publiées par M. Waddington''); les inscriptions palniyréniennes forment la première partie de l'ouvrage de M. de Vogué intitulé : Syrie centrale , inscriptions sémitiques ^^K
Plus récemment, le prince Abamelek Lazarev a été assez heureux pour rendre à la lumière une inscription d'une longueur et d'une importance exceptionnelles, le tarif de l'octroi de Palmyre'''. Cette inscription, bilingue comme beaucoup d'inscriptions palniyréniennes, ne comprend pas moins de 160 lignes, gravées sur une pierre de 2 mètres de hauteur sur 5 mètres de long, qui était placée à l'entrée de la ville et était restée jusqu'à présent enfouie dans le sable. De nouvelles inscriptions ont également été trouvées par MM. Mordtmann, Iluber, EutingW; enGn, il y a deux ans, M. Ernest Gautier a rapporté de Palmyre un estampage complet du tarif, ainsi qu'une quarantaine d'autres estampages, faits avec le plus grand soin, qu'il a donnés à la commission du Corpus iiiscriptionum semiticamm.
''' Inscriptions grecques et latines de la Syrie , Paris, 1870, in-4*.
O Paris, Baudry, 1868, in-4°.
^'' Marquis de Vogtid, Inscriptions palmyrénienncs inédites. Un tarif sou» l'empire romain , Paris, i883.
'*' Pour la bibliographie des inscriptions paimynfnicnnes, voir Lcdrain, Dicti'jnnaire des noms propres palmyrénieiu , Paris, 1886, p. 5 et 6.
ÉCRITURE PALMYRÉNIENNE. 265
Les inscriptions de Palmyre ont une régularité et un caractère décoratif que l'on rencontre rarement dans les inscriptions sé^mitiques. Elles sont aussi, en général, plus développées et présentent plus de variété; elles comprennent des textes religieux, funéraires, honorifiques, qui ont jeté une vive lumière sur l'histoire de Palmyre, grâce aux dates qui les accompagnent presque toujours. Une seule de ces inscriptions est antérieure à notre ère : elle date de l'an 9 avant J.-C.(''; or elle se distingue nettement des autres par son caractère paléographique : les lettres ont une forme plus simple et plus carrée , et se rapprochent plus du type araméen; le hé en particulier, '^, est encore le hé araméen. Dans la seconde moitié du 1" siècle, les inscriptions de Palmyre commencent à devenir plus nombreuses; mais elles sont presque toutes de l'an 128 à l'an 271, c'est-à-dire de la période qui correspond à la dynastie des Odeinath. Au delà, on n'en trouve plus une seule à Palmyre.
Les deux dernières que nous connaissions sont celles des statues de la reine Zénobie et d'Odeinath son époux, érigées au mois d'août 271, un an à peine avant la défaite de Zénobie. Nous donnons la seconde de ces inscriptions, avec le texte grec qui l'accompagne :
INSCRIPTION DE LA STATUE DE Ze'nOBIE.
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"> Vogûd, n* 3o et p. 3.
DEUXIÈMK PARTIR.
f,, '^•'-'•.(Sr^ ■ >r^A*v-■
ÉCRITURE PALMYRÉNIENNE. 267
rpnti Nm"«n3 -"atria n''Dddd rcVx
NiBDtîip iionn n xb^n-aT 'an xm 58a rJ» n 3N m"'3 iinmob o^pN
Statue de Seplimia Balzabbaï (Zénobie), illustre et juste reine. Les Seplimicns Zabda, gt^neral en
chef, et Zabbaï,gcnt^ral deTiiadinor(Pa]myre), les très puissants, l'ont érigée à leur souveraine. Dans le mois de Ab de l'anne'e 58q (août 271).
Le texte grec porte :
2e7r7</!/iai' TjVvoSîav Tijv XainrpoTolTttv éucreêri l3a<TiXi'(7<Ttxv 2£7r7;'jU«o< TiâëSas b (léyixs (rlpaTtj'kdTni xal Zaêëoitos 6 svOdSe a-l paTtjXdTtjs , ol KpixTiuloi rrjv SérrTTOtvav. Erovs finC^ [irive) Xo(p.
On peut lire dans M. de Vogiié le commentaire de cette intéressante inscription (''. La forme des lettres y est la même que sur des textes de cent cinquante ans plus anciens. On se sent en présence d'une épigraphie nettement circonscrite et qui correspond à une civilisation très spéciale.
Dans l'inscription de Zénobie, la ressemblance du palmyrénien avec l'hébreu carré saute aux yeux. Cette ressemblance, qui a beaucoup facilité le décliifîrement des inscriptions palmyréniennes, s'explique par ce que nous avons dit de la formation de l'hébreu carré; ce sont deux rameaux parallèles et à peu près contemporains de l'écriture araméenne.
La parenté de ces écritures nous atteste le peu de distance qui séparait les différentes parties du monde sémitique à cette époque. En face du monde romain, les barrières tendaient à s'abaisser et l'ancienne parenté des peuples sé-
<'' Syrie centrale. Palmyre, n° 39. p. 29-86 et i53.
mitiques reprenait ses droits. Dans ce rapprochement des diverses fractions du monde sémitique, grâce au prosélytisme, la part de l'élément juif a été très considérable. Palmyre était une ville à moitié juive. Les inscriptions découvertes et publiées par MM. Waddinglon et de Vogué nous fournissent plusieurs exemples de familles juives considérables établies à Palmyre. Zénobie elle-môme, si elle n'était pas juive, entretenait avec les Juifs des relations assez étroites pour qu'on ait pu croire qu'elle était de leur race.
Cet état de choses devait avoir son écho dans l'écriture. L'écriture palmyrénienne toutefois n'a pas l'austérité de l'hébreu carré; elle est plus ornementée. On pourrait dire que c'est de l'hébreu carré enjolivé. Les lettres, au lieu de se terminer, comme en hébreu, par des barres droites et raides, s'arrondissent en spirales capricieuses qui simulent des rinceaux et rappellent les lignes gracieuses, mais un peu contournées, des bas- reliefs palmyréniens. On sent dans ces inscriptions monumentales admirablement calibrées l'influence delà civilisation grecque orientale, si puissante à Palmyre, et dont ses colonnades, ses temples et toute son architecture nous ont conservé l'image.
Le monde palmyrénien n'était pas limité à la Syrie centrale; nous le retrouvons disséminé dans tout l'empire romain. En réalité, il se confond avec le monde syriaque, qui a exercé une influence si profonde, par sa difl'usion même et par le caractère mystique de sa religion, sur la société romaine de l'époque impériale.
Si l'on veut arriver à comprendre combien large est la part qu'il faut faire à l'ornementation dans l'écriture monumentale de Palmyre, on n'a qu'à comparer aux inscriptions, en quelque sorte ofliciellcs, \cs graffiti tracés à la couleur,
ÉCRITURE PALMYRÉNIENNE. 269
eti lettres cursives, qui ont été relevés sur les murs de Palmyre par M. Mordtmann ('); c'est une écriture qui tient le milieu entre l'hébreu carré et le syriaque :
ill.^4''rl;
3pyny 13 "jiasi h:tr\
Van
Adieu I Refabôl, fils d'AtéaqabW,
fils de Zcbed. Zabdaté
Adieu !
L'adieu suivant : itdhv bin tf Adieu Saimain est de l'hébreu, sauf la dernière lettre, qui est syriaque :
"^ZT
•Uà^X-^
La différence du palmyrénicn officiel et populaire est encore plus marquée sur les ex-voto consacrés à leurs dieux nationaux par des Palmyréniens, à Rome, en Afrique et dans tous les lieux du monde oi!i ils allaient à la suite des
'"' Euling, Epigraphische Miscellen, dans les Complet rendus de l'Àcad. de Berlin, i6 juillet i885, p. 676, n" 17 et 19.
''' Alê-aqab, nom formé de la môme manière que celui de lacob (laqob-El). Le dernier mot de la ligne 2 est obscur. Je soupçonne qu'il faut lire »a c'crit", ou quelque chose d'approcliant. Cf. la formule éypa^ev sur les grajjiti grecs.
armées romaines. On en a trouvé, dans ces derniers temps, jusqu'à South Sliields, à la frontière Nord de l'Anjjleterre. Les deux écritures n'ont plus presque rien de commun en apparence, et la seconde se rapproche beaucoup moins du palmyrénien que du syriaque, qui en est l'héritier légitime. L'écriture palmyrénienne ressemble à l'écriture syriaque encore par un autre côté. Pour éviter la confusion du daleth et du resh, devenus identiques, on les différencie par un point placé au-dessus du resk. Cette marque distinctivc ne se trouve pas toutefois sur les inscriptions palmyréniennes les plus anciennes, et ce n'est qu'ù partir du if siècle de notre ère qu'on la rencontre. L'alphabet chaldéo-pehlvi nous a déjà offert un exemple, à peu près contemporain sans doute, de l'emploi des points diacritiques, qui devaient prendre dans les alphabets sémitiques modernes un si {p-and développement.
ALBIIABET NABATÉEN. 271