‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 69 sur 79 · INSCRIPTION BILINGUE · texte numérisé non relu

INSCRIPTION BILINGUE

BERBÈRE ET NEO-PUNlQUt DF, CHF.MTOn

L'inscription libyque est la traduction par à peu près de

l'inscription néo-punique'''. Elle débute par les mots Igaou-

han, fils de Kanradal. Peut-être faut-il voir dans les deux

caractères OU M qui se lisent à la ligne de gauche,

en haut, le commencement des mots ^fils de Me\s\aï\-n. Le sens de la suite nous échappe.

On remarquera que nous rendons le signe I par un n, comme M. Lelourneux. Nous n'assignons pas de valeur au caractère E , dont la fonction n'a pas encore été déterminée d'une façon satisfaisante; nous ferons seulement observer qu'il sert très fréquemment à séparer les mois, principalement lorsqu'ils ne sont pas reliés par la particule ou = rtfils dei).

Il faut reconnaître que si l'on est arrivé, pour les noms propres, à des résultats assez satisfaisants, on retombe, dès qu'on sort de l'onomastique, dans de grandes obscurités. Quand on étudie les inscriptions réunies dans les Etudes berhkes, on s'aperçoit bientôt que la première partie de ces textes se compose presque invariablement de noms propres, libyques, puniques ou même latins, que M. Halévy alusavec beaucoup de sagacité, et qui sont séparés par le mot ou, correspondant à l'hébreu hen «fdsfl; mais ensuite vient une S(5rie de mots, bas, vermima, massiva, makouda, massakra, qui ne sont pas précédés de la particule ou, sauf de très rares exceptions. M. Halévy les prend également pour des noms propres. Alors il faut admettre, ou bien qu'on a indiqué la parenté pour le premier degré de la généalogie et qu'on l'a omis pour les autres, ou que nous avons sur la même pierre les

''• Suivant M. Euliiig, la pierre ne portait priniilivement qu'une inscription libyque, et l'inscription n(?o-punique aurait été ajoutes après coup. Nous croyons qu'il se trompe.

noms (le plusieurs individus, l'un avec sa généalogie, les autres sans généalogie. Suivant M. Letourneux, ces noms seraient ceux du défunt et des témoins de l'acte de décès: cela est contraire à toutes nos idées sur les inscriptions funéraires. Il est im])ossible de ne pas être frappé de la monotonie de ces mots opposée à la grande variété des noms l)ropres. Sans prétendre les traduire, on est bien tenté de se demander s'ils ne cacheraient pas des formules.

L'inscription n" 29 de M. Halévy est une inscription bilingue de la Chefia^'^, qui est ainsi conçue :

C IVLIVS

LVS-VET-DONIS DONATISTORQVI BVS-ETARMILLIS DIMISSVS-ET-IN-CIVIT SVA-TENELIOFLAM PERP-VIX-AN-LXXX HSE

0 ir

1^ Il

ir

lus JtiJius

l^e texte latin porte : Calus JtiJius lus veteramis , donis

(((malts (orquilnis et annillis, dimissus el in civilate sua Tenelto JJamen perpelutis. Vixil annis lxxx. Hic silus est.

"> C. /. I.,t. Vlll.u-ôaog.

Le texte libyque est ainsi lu par M. Haiévy, de droite à gauche : Kaho ou Massoulat. Masstva, Makouda, Massacra, Vermima, Maniba. Les deux premiers noms sont ceux du défunt et de son père : tcCaius(?) fils de Massoulat ''^.n Puis M. Haiévy ajoute : «Les autres noms propres sont tous connus, sauf le dernier, dont l'origine est très obscure. 11 Que M. Haiévy nous pardonne la comparaison, mais c'est un peu comme si l'on disait que Hic Situs Est ou Vtxit Annis Ocloginta sont des noms propres, parce qu'ils sont bien connus et qu'ils reviennent fréquemment dans les inscriptions. Tout cela est à reprendre ^^l

Les inscriptions néo-puniques présentent encore bien des obscurités; mais leur interprétation est entrée dans la bonne voie, grâce à la méthode qui consiste à éclaircir les diflicultés par le rapprochement des textes et à avouer son ignorance en mettant des points partout où l'on ne comprend pas. On n'a pas le sentiment que le déchiffrement des inscriptions libyques offre la mi^me sécurité. Néanmoins, la valeur des lettres peut être considérée comme à peu près certaine, sauf pour quatre ou cinq qui prêtent encore à discussion.

Nous avons reproduit, dans le tableau qui termine le chapitre précédent, les lettres de l'alphabet libyque, tant horizontal que vertical, en les ramenant, pour faciliter la comparaison, aux valeurs des lettres hébraïques. Il ne nous

''' Cela nous porterait à restituer, dans l'inscription latine, un nom tel que Massuhis ou Masciilus, plutôt que SatuUus, à supposer que le fils ait porti$ le môme nom que son père.

'*' M. Haiévy a combattu cette manière de voir dans le Journal asiatique , 8 janvier 1892. J'avoue que les objections très spécieuses de mon savant contradicteur ne m'ont pas convaincu.

appartient pas d'entrer ici dans la discussion des valeurs qui ont été proposées pour chaque signe; nous ne prétendons môme pas donner cet alphabet comme définitif, et nous nous bornons à renvoyer le lecteur au tableau de M. Tissot ou à celui de M. Duveyrier.

L'alphabet libyque vient-il du phénicien, ou bien est-il le résultat d'une tentative isolée des populations berbères pour se créer une écriture? Nous manquons des éléments nécessaires pour décider la chose; il y a entre ces deux alphabets une trop grande lacune. Certaines formes de l'éthiopien pourraient jusqu'à un certain point servir de transition entre le berbère et les alphabets sémitiques; on en jugera par le tableau des alphabets de l'Arabie du Sud que nous avons mis en regard de l'alphabet libyque; mais ces ressemblances ne sont pas assez générales pour qu'on puisse les prendre pour base d'une démonstration.

La grande dissémination des inscriptions berbères semble être l'indice d'un mouvement de populations considérable, qui se rattachait peut-être au courant d'oij sont sorties les écritures de l'Arabie du Sud et de l'Ethiopie, et qui s'est propagé de l'est à l'ouest et s'est étendu, à un certain moment, à toute l'Afrique du Nord. On a trouvé, il y a quelques années, jusque dans les îles Canaries, des inscriptions qui paraissent appartenir au même système d'écriture. Qui sait si cette action ne s'est pas fait sentir de l'autre cAté des colonnes d'Hercule et s'il ne faut pas en reconnaître l'influence dans certaines formes de l'alphabet des populations indigènes de l'Espagne?

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