‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 68 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Eli continuant notre route vers l'Ouest, nous rencontrons dans l'Afrique du Nord, à l'époque romaine, une autre écriture alphabétique, l'écriture libyquc ou berbère, qui a été usitée chez les populations indigènes de la Numidie et de la Maurétanie. Nous ne la connaissons que par des inscriptions, presque toutes funéraires, que l'on trouve surtout en Kabylie; mais l'aire des inscriptions libyques s'étendait beaucoup au delà. On en rencontre depuis la presqu'île du Sinaï jusqu'à nie de Fer, c'est-à-dire sur un espace de 5,ooo kilomètres de longueur, embrassant toute la côte occidentale de l'Afrique.

Les inscriptions libyques sont en général assez grossières, tracées en caractères très grands, qui se lisent le plus souvent de bas en haut et de gauche à droite; certaines d'entre elles pourtant doivent se lire horizontalement, de droite à gauche, ou môme de haut en bas. Celte épigraphie ne remonte guère au delà de l'époque de la domination romaine. Les inscriptions bilingues sont généralement libycjuesct latines, ou libyques et néo-puniques. Il faut en excepter la célèbre inscription du mausolée de Dougga, en Tunisie, qui est libyque et punique. La partie libyque, plus soignée que d'habitude, se lit horizontalement, de droite à gauche, comme les écritures sémitiques. C'est sans doute l'une des plus anciennes inscriptions berbères que nous possédions. D'après

le caractère de l'écriture punique, elle peut dater de cent ou deux cents ans avant notre ère. Une autre inscription bilingue, libyco-grecque, gravée sur agate et également très soignée, provient de Derna.

L'alphabet des inscriptions libyques présente une extrême ressemblance avec les caractères teftnagh, encore partiellement en usage chez les Touaregs. Les inscriptions en tcfinaph sont très répandues dans le nord de l'Afrique et de dates très diverses. 11 en est qui remontent à plusieurs siècles en arrière et rejoignent presque les inscriptions libyques; d'autres sont toutes récentes. L'écriture tefïnagh n'est pas une écriture courante, comprise par tout le monde; mais certains individus chez les Touaregs, les femmes surtout, ont conservé la connaissance de la valeur phonétique et de l'emploi de ses caractères. En réalité, l'écriture berbère n'a jamais cessé d'être usitée, et une chaîne presque ininterrompue rattache l'écriture libyque à l'écriture tefïnagh, qui en représente la forme la plus moderne. L'écriture des Touaregs n'est qu'une transformation de l'ancien alphabet libyque : certains caractères ont pris une valeur différente de celle qu'ils avaient primitivement, et d'autres ont été créés pour répondre aux besoins nouveaux qui résultaient de l'introduction dans la langue indigène de noms propres et des termes arabes imposés par l'islamisme.

Les deux alphabets offrent encore un autre trait commun : suivant M. Duveyrier, qui a étudié sur place, pendant de longues années, l'écriture des Touaregs et l'histoire de ses développements, il n'est pas prouvé jusqu'à ce jour que l'un ou l'autre de ces alphabets ait été employé pour des rédactions de longue haleine, notamment pour composer des livres. Ils paraissent plutôt avoir été réservés pour tracer

de courtes inscriptions sur la pierre, ou sur des aniulelles, des armes et des bijoux. Il en résulte que les inscriptions berbères, les anciennes comme les modernes, ont un intérêt fort restreint et ne nous fournissent qu'un nombi'e de mots très limité.

L'existence de l'écriture libyque avait été révélée, dès 1 63 1 , par la découverte de l'inscription bilingue de Dougjja. Ce n'est toutefois qu'en 1 8A3 que l'analyse de celle inscription permit à M. de Saulcy''^ de déterminer la valeur de la plupart des caractères libyques. Ces études ont été poursuivies par le D"" Judas et par quelques autres. Pendant près de trente ans, un travailleur infatigable, le D' Reboud, a recueilli et publié successivement dans les Mémoires de la Société archéologique de Constanline toutes les inscriptions libyques qu'il rencontrait dans ses courses. Un grand nombre de ces inscriptions éparses ont été réunies en un volume, en 1870, par le général Faidlierbe.

Enfin, M. Halévy, s'aidant, d'une part, des décliilTremeiils de ses devanciers, qu'il modifie sur certains points, de l'autre, de sa connaissance des langues berbères, a tenté de donner la traduction complète de aSo inscriptions libyques dans ses Etudes berbères, qui ont paru dans le Journal asialique'^-K Plus récemment encore, M. Letourneux a fait, au Congrès des orientalistes de Florence W, une communication dans laquelle il propose d'autres valeurs pour plu-

*'' Journal asiatique, février i843.

''' Journal asiatique , fiivrier-iiiars et octobre-novembre 1 874. Tirafje à pari, Paris, Iinpr. nal., 1875.

''' Du déchiffrement des inscriptions libyco-berbères {Atli dcl IV Conffresso internationale degli orientalisti , net settembre i8y8, t. I, rirenze, 1880, P- 57-75)-

ÉCRITURE BERRÈRE. 327

sieurs caractères de l'alphabet libyque. Ces divers systèmes ont étù résumés et discutés par M. Tissot dans sa Géographie de l'Afrique ro»?iaînc ('' ; et pourtant, malgré tant de travaux, on ne peut pas dire que nous soyons arrivés à une intelligence complète des inscriptions libyques. M. Duveyrier vient de leur consacrer dans les Instructions pour la recherche des antiquités dans le nord de l'Afrique^'^^ publiées par le ministère de l'instruction publique, une notice substantielle, qui donne une idée exacte de l'état de la question. On y trouvera des spécimens des formes successives de l'écriture berbère, depuis l'inscription de Dougga jusqu'aux inscriptions modernes en caractères tefînagh. M. Duveyrier y a joint une carte des localités qui ont fourni ces inscriptions et un tableau très complet des lettres, tant anciennes que modernes, avec l'indication des valeurs que les différents auteurs leur ont assignées.

Nous prendrons comme exemple de l'ancienne écriture libyque une inscription bilingue, libyque et néo-punique, découverte à Bordj-Halal, entre Hammam-Darradji (Bulla Regia) et Ghemtou (Simittu), et donnée par M. Goguel au musée du Louvre. La partie néo-punique a été publiée par M. Euting [Zeitschr. der d. Morg. Ges., t. XXIX, 1876, p. 289); l'inscription entière par M. Tissot [Géographie de l'Afrique romaine, t. I, p. 52 3) '^l

'■' Tissot , Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, 1. 1 , Paris, i884, p. 516-527.

'*' Insti-uctions adressées par le Comité des travaux historiques et scientifiques. Recherche des antiquités dans le nord de l'Afrique. Conseils aux archéologues et aux voyageurs (publié par les membres de la Commission d'.AIge'rie et de Tunisie), Paris, Leroux, 1890, p. 45-6a.

''' Voir aussi Faidherbe, Comptes rendus de FAcadànie des inscriptiont, 188a, p. 16-19.

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Voici comment nous lisons cette inscription

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