‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 71 sur 79 · IM M N III M · texte numérisé non relu

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ALPHABETS IBERIQUES. 337

alphabets, avec les valeurs assignées à chaque lettre par M. Heiss. Ces lettres offrent de nombreuses variantes dont quelques-unes nous surprennent, et l'on serait tenté, au premier abord, de leur donner d'autres attributions; mais, à supposer môme que toutes ne soient pas également certaines, on trouvera dans la réunion de ces caractères de précieux éléments d'information.

Grâce aux légendes grecques frappées sur des monnaies de la même famille, on est parvenu à lire les noms de villes ou de peuples qui figurent sur les monnaies celtibériennes; mais la langue dans laquelle ces légendes sont écrites nous est inconnue ; les rares inscriptions ibériques que l'on possède en dehors des monnaies (') déroutent nos investigations.

L'origine de l'écriture ibérique est fort obscure. L'idée la plus répandue est que l'écriture aurait été importée en Espagne par les Phéniciens ou par les Grecs. Les lettres celtibériennes présentent des ressemblances nombreuses soit avec l'alphabet phénicien, soit avec les alphabets grécoilaliotes; mais les différences sont non moins grandes, si bien qu'il est difficile d'établir leur dérivation directe, soit de l'un, soit de l'autre de ces alphabets. Si l'alphabet ibérique est né directement du phénicien, il faut admettre qu'il en est né à une époque très reculée et qu'il n'a guère varié depuis, car c'est par ses formes les plus anciennes que le phénicien lui ressemble; mais, à côté de lettres qui rappellent l'alphabet phénicien, il en est d'autres, beaucoup plus nombreuses, qui sont conçues dans un tout autre esprit et ne peuvent guère s'expliquer que par l'alphabet grec. A cette difficulté s'en joint une autre, qui vient de la pro-

'■' Iluebner, Inscriptiones Hispaniœ latinœ (C. /. L., vol. II, n" 43 18°, ààak').

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UrftlIltUI VlTlOtAU,

pagation même de l'alphabet ibérique. La plupart des monnaies cellibérienucs appartiennent au nord ou au nord-est de l'Espagne; il semble donc que l'alphabet ibérique se soit répandu du nord au sud'^^.

Toutes ces raisons nous font comprendre comment Grinim a pu en arriver à considérer l'alphabet celtibérien comme un rameau de la grande famille des alphabets runiques^^', qui s'étendaient, d'après le témoignage des historiens anciens, jusqu'en Gaule. La parenté paléographique des deux écritures n'est pas aussi éloignée qu'on serait porté à le croire tout d'abord, puisque, suivant toutes les probabilités, l'écriture runiquc elle-même est née soit de l'alphabet grec, soit de l'alphabet latin.

Il est ditricile de défendre encore aujourd'hui cette théorie. Il ne faut pas juger de la parenté des écritures d'après leurs ressemblances extérieures. L'alphabet ibérique et l'alphabet runique, bien que leur apparition sur les monuments soit à peu près contemporaine, n'appartiennent pas à la même période. Les monnaies celtibériennes marquent le terme d'un développement antérieur, les inscriptions runiques ne font que commencer aux premiers siècles de notre ère. Encore faudrait-il savoir si la civilisation ibérique est en réalité aussi ancienne qu'on se plaît à le dire, et si l'introduction de l'alphabet dans la péninsule ibérique a précédé la naissance de l'alphabet runique. La théorie de Grimm, en tout cas, repose sur une vue juste de la diffusion de l'écriture dans l'Europe occidentale. Sous les alphabets classiques ,

'■' Il convient de remarquer pourtant que l'alphabet iWriqnc du Sud, ou turdJtan, qui est plus simple, se rapproclie davanlajjc du phënicien.

<') Willielm Cari Grimm, Ueber deutsche Kiinen, Gottinjjen, i8ai, p. 34 et 35.

et antérieurement à leur invasion dans ces contrées, qui date de la conquête romaine, il y avait']une couclie d'écritures, de môme origine peut-être, qui a été, pour l'Occident et pour le nord de l'Europe, ce que furent pour la Grèce les alphabets préhelléniques que l'on a confondus sous le nom d'écriture pélasgique.

On croit reconnaître, d'autre part, dans deux ou trois lettres de l'alphahet ibérique, une lointaine ressemblance avec l'écriture berbère. Il ne faut pas exclure à la légère la possibilité de cette influence. Les alphabets ne naissent pas tout d'un bloc; ils se forment, ou plutôt se transforment par différenciations et par emprunts. Les peuples qui les adoptent modifient certains caractères pour les approprier aux sons de leur langue; souvent aussi ils empruntent ceux qui leur manquent à leurs voisins ou même à leurs ennemis. Peut-être y a-t-il eu, avant l'ère chrétienne, sinon une invasion, du moins une pénétration de l'élément africain dans la péninsule ibérique, rappelant dans une certaine mesure ce qui s'est passé plus tard à l'époque de la domination des Maures en Espagne.

Une dernière catégorie de monnaies antiques de l'Espagne nous fournit encore un autre type d'écriture, qui paraît se rapprocher plus de l'écriture phénicienne de basse époque que du celtibérien. Ces monnaies, qui proviennent des villes de Asido, Bailo, Iptuci, Lasucta, Oba, ont été baptisées du nom de bastulo-phéniciennes.

La grande diversité de ces écritures est un reflet des influences étrangères multiples auxquelles l'Espagne a été successivement soumise. Les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Latins, les Goths, les Arabes, d'autres peuples encore peut-être s'y sont succédé, et chacun d'eux y a laissé

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sa marque. De là vient l'aspccl sin{julièrement composite qu'oIFre l'écriture des peuples ibériques. Dans ces chanpemenls de décors constants, la sincérité épigraphique .s'est peu à peu émoussée, si bien que les peuples de l'Espagne ont fini par ne plus savoir eux-mômes ce qui leur appartenait et ce qu'ils avaient pris à d'autres. C'est par là sans doute qu'il faut expliquer l'obscurité de l'écriture celtibérienne, qui reste, comme tout ce qui touche à l'Espagne antique, enveloppée de mystère.

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