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CHAPITRE IV

ALPHABET OGAMIQUE.

Avant d'arriver aux runes, il faut nous arrêter à une écriture alphabétique qui semble bien, au premier abord, être de formation indépendante. L'alphabet ogamique est l'ancienne écriture de l'Irlande; il y était usité antérieurement à l'adoption des minuscules latines, qui date du m'= siècle de notre ère. C'est avec cet alphabet que sont écrits les plus anciens monuments lapidaires du pays de Galles et de l'Irlande. 11 paraît avoir été employé surtout pour des inscriptions funéraires.

Ogma ou Ogmios est un des personnages de l'épopée mythologique irlandaise. C'était le dieu de la force armée en même temps que de l'éloquence. La légende nous le montre repoussant l'aide des étrangers; mais il était aussi le dieu de la parole, et ce fut lui qui inventa un jour l'alphabet ogamique. Toute cette histoire n'est qu'un mythe, destiné à expliquer la naissance de l'écriture nationale irlandaise, dont le dieu Ogmios est la personnification. En réalité, l'alphabet ogamique ou ogam tire son nom, ainsi que nous l'apprennent Varron et Priscien, de la lettre agma (= ng), qui lui est propre et qui joue un rôle considérable dans l'ancien irlandais.

M. d'Arbois de Jubain ville a exposé dans un savant mémoire ('^, auquel nous empruntons ces détails, les principes

''' L'alpimbet irlandais primitif et le dieu Ogmios [Comptes rendus de V Académie des inscriptions), 1881, p. ao-â6.

(le l'écriture ogamique. Grâce aux travaux de MM. Whilley Slokes, S. Ferguson et John lUiys, nous la lisons aujourd'hui sans difficulté. M. Huhner a publié, avec le concours du dernier de ces savants, les inscriptions ogainiques de la Grande-BrelagneC). M. Taylor a également abordé la question de l'origine de l'alphabet ogamique^'^'.

Voici le tableau de cet alphabet tel que l'a dressé M. d'Arbois de Jubainville. Il présente quelque ressemblance avec un arbre grossièrement dessiné; aussi a-t-on donné à chaque lettre le nom d'un arbre ou d'un arbuste :

idhadh irif».

edhadh «Ircmble».

ur «bruyère».

onn R genêt».

aibn «sapin».

ruts «sureau».

X ou Is <(rai/'(t prunier sauvage».

ngcdal «roseau».

giirt r lierre».

mui'n «ronce».

qu

queirt «pommier».

coU «coudrier».

(en ne.

duir «chêne».

kuatk «aubépine».

mon «frêne de plaine».

(ai7 «saule».

fem «aulne».

luis «frêne de montagne»

beilh «bouleau».

'"' Inneriptioncg Britanniw chrislianm , Berlin, 187G.

*'> Grecks and Goths, London, 1878. Cf. The Alphabet, II, p. «laS-aay.

ALPHABET OGAMIQUE. 343

L'alpliabet ogamique se divise donc en quatre sections, dans chacune desquelles les mêmes éléments reparaissent, différemment disposés. Les lettres sont formées de barres parallèles dont le nombre varie de une à cinq, placées à droite, à gauche ou sur le milieu d'une ligne verticale. Ainsi, on aura une barre à droite de la ligne pour b, deux pour /, trois pour/, quatre pour s, cinq pour n. Quelquefois les consonnes de la troisième série sont exprimées par des barres obliques, de même longueur que les voyelles. Les voyelles sont formées de gros points placés sur la barre verticale, ou de barres plus courtes.

Les lettres de l'alphabet ogamique sont :

a, b, c, d, e,f, g, h, t, l, m, n, o, q, r, s, t, v, x, + agma.

M. d'Arbois de Jubainville a démontré que cet alphabet dérivait, pour la valeur des lettres, non pas directement du phénicien, il possède les voyelles, ni de l'alphabet grec, il possède ly que les Grecs ont perdu très tôt et d'autre part le S-, le ? et le ;( lui manquent, mais de l'alphabet latin de l'époque classique , qui se composait des vingt et une lettres suivantes :

ABCDEFGHIKLMNOPQR.STVX

Les Irlandais ont laissé tomber le h, qui faisait double emploi avec le c, et le j», que leur langue ne connaissait pas avant saint Patrice , c'est-à-dire avant le v' siècle ^'l Pour compléter le nombre 20, ils ont enfin créé l'ag-ma.

Afin de mieux fai)'e comprendre par un exemple le système de cette écriture , qui paraît unique en son genre , nous

''' D'Arbois de Jubainville, p. 22, a3.

reproduisons ici, d'après M. George Stephens^'', l'inscription bilingue de Saint-Dogmaers-Abbey, où l'irlandais primitif Safpramni maqui Ciinatami est rendu en latin par Sagranijili Cunotami :

Le caractère dominant de l'écriture oganiique est cette régularité absolue qui prête à l'alphabet quelque chose de schématique et de conventionnel et porte à y voir une œuvre créée d'une façon théorique, tout d'une pièce. 11 est pourtant permis de se demander si cette régularité a toujours été aussi rigoureuse.

Un passage d'un manuscrit de Saint-Gall écrit au x"' siècle ^^^ est de nature à fournir quelque lumière sur ce point. Après avoir donné deux alphabets runiques, l'auteur poursuit en ces termes :

«lisruna dicuntur, quae |. littera per totum scribuntur, ita ut quotus versus sit primum brevioribus J , quaî k (c?) littera sit in versu longioribus j- scribatur. Ita ut nomen corvi scribatur bis litteris ita :

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