‹ Histoire de le̓́glise de Corée, précédée du̓ne introduction sur lh̓istoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennes (volume 2)Chapitre 47 sur 53 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Persécution de 1827 : interrogatoires de Pierre Sin et de Paul Ni.

Lettres de Paul.

lependant de nouvelles dénonciations avaient été faites, vers le eu de la quatrième lune« par-devant le juge de Tsien-tsiou, )lusieurs des personnes dénoncées demeuraient dans d'autres nnces. Or, d'après la loi, les tribunaux criminels ne peuvent ter un individu, sans Tautorisation du mandarin civil au dist duquel il appartient; quelquefois même il. faut la permisi du gouverneur de la province. Néanmoins, ils se dispensent ^ent de cette formalité quand il s'agit des gens du peuple, et

Taccusé se trouve pour le moment dans le cercle de leur diction directe. Par suite de ces dénonciations, des satellites nt envoyés de Tsien-tsiou, tant h la province de Kieng-siang la capitale, pour saisir divers chrétiens, entre autres Pierre et Paul Ni, dont nous allons raconter Thistoire. ierre Sin T'ai-po, déjà bien connu de nos lecteurs, après r pris beaucoup de peine pour les collectes relatives au voyage *éking, ne se mêlait plus des affaires de la chrétienté, et vivait ; la retraite, uniquement occupé du salut de son âme(l). nom toutefois était très-connu, et le grand nombre de livres

avait transcrits devaient naturellement le compromettre que tout autre, en temps de persécution. Après avoir habité essivement en diverses provinces, il s'était enfin établi à Tsatau district de Siang-tsiou, province de Kieng-siang, où il i à récart, n'ayant que très-peu de relations avec les chré- ; du dehors. Néanmoins, lorsqu'il connut les progrès de la Jcution de 1827, il comprit qu'il ne pouvait manquer d'être ncé, et fit ses préparatifs pour mettre en sûreté sa famille et îrsonne. Le 22 de la quatrième lune, tout était prêt, et on

Les chrétiens* de l'époque ont souvent raconté que Pierre Sin étant e catéchumène, fut tourmenté par plusieurs démons qui lui auraient 01, et même Tauraient enlevé de Tappartement où il étudiait la religion, erchaient à le dissuader de recevoir le baptême. Pierre leur résista, ir déclara que rien au monde ne pourrait Tempécher de suivre la reliles démons furieux le rejetèrent à sa place avec une telle violence} en conserva toute sa vie une douleur dans les membres'.

devait partir avant le jour, lorsque cette nuit-là même, au chant du coq, les satellites de Tsien-tsiou firent irruption dans le village, entourèrent la maison de Pierre Sin, et le déclarèrent prisonnier. Pierre, voyant les lettres de police venues de la préfecture de Tsien-tsiou, province différente de la sienne, refusa d'abord de les suivre, mais il dut aller avec eux chez le mandarin du district qui, après avoir visé les pièces, le remit aax satellites. Ceux-ci eurent à retourner chez Pierre, avec des prétoriens de la ville de Siang-tsiou, pour procéder à rarrestation selon les formes légales.

Dans la route ils rencontrèrent une bande deleursoompagnons, envoyés pour arrêter les chrétiens d'un autre village. Dès qu'ils se virent de loin, ils se mirent à sauter et à frappijsr des mains, puis se félicitèrent de Theureux succès de leur expédition, et manifestèrent leur joie par de copieuses libations. La nuit étant venue, force fut de s'arrêter en route dans un village. Là, ils se firent donner par menaces et de vive force du vin, du riz, des poules, etc., et passèrent la nuit en fête, aux frais des pauvres habitants. Arrivés à la maison de Pierre, les satellites de Tsientsiou voulaient la livrer au pillage, mais ceux de l'endroit les en empêchèrent, et prirent note de tous les objets qui s'y trouvaient, pour le cas où l'on réclamerait quelque chose. Après quoi on se mit en route, et, le quatrième jour, on fit halte sur le territoire de Tsien-tsiou, non loin de la ville. Pendant qu'on se préparait à passer la nuit, arriva dans le même lieu une troupe de chrétiens montés sur des bœufs ou des chevaux et escortés par des satellites. C'étaient de pauvres prisonniers qui, mis à la question, avaient reconnu posséder des livres de religion. Comme ils ne pouvaient marcher, par suite des tortures, on les envoyait de la sorte chercher leurs livres, pour les apporter au tribunal. Pierre passa la nuit avec eux, et pendant que tous les gens du prétoire étaient à boire, jouer, crier, chanter et se disputer dans la cour, il s'informa de l'état des choses, et apprit que parmi les livres dénoncés, beaucoup étaient écrits de sa propre main. 11 devenait donc inutile pour lui de chercher à dissimuler plus longtemps le fait. Le lendemain on se sépara, et bientôt après, arrivé à la ville, Pierre fut conduit au juge criminel.

C'est lui-même qui nous fait connaître tous ces détails, dans les mémoires qu'il écrivit plus tard dans sa prison, sur la demande d'un missionnaire, M. Chastan. Laissons-le maintenant raconter son procès.

« Le juge me demanda d'abord : «Es-tu noble ? — Je répon-

dis : Une fois ici, la différence entre noble et rotarier ne sert plus guère de rien. — On dit que dans trois provinces tu répands une doctrine perverse, et en infatués le peuple : est-ce vrai ? — Je ne suis pas de doctrine perverse, mais seulement la religion du Mattre du ciel. — Il ne veut pas dire une doctrine perverse ! D dit la religion du Mattre du ciel ! Eh bien ! en suivant la doctrine perverse du Mattre du ciel, savais-tu qu^elle est sévèrement prohibée ? — Gomment Tignorerais-je ? Ce que j'ai fait, je Fai fait sciemment. — Ayant contrevenu sciemment aux ordres da roi, n'es-tu pas digne de mort ? — Je savais bien que Ton me ferait mourir. — Maintenant que le roi commande de vous mettre tous k mort, ne te raviseras-tu pas? — Celui qui, après avoir servi son Roi dans la prospérité, lui désobéirait dans Tadversité, serait un lâche ; celui qui professe la vérité seulement quand tout lui sourit, et qui Tabandonne dans les jours difficiles est plus lâche encore. Que le mandarin agisse selon la loi, moi j'agirai selon mes convictions. — Ce coquin-là a la parole mauvaise, reprit le juge. C'est sans doute un des chefs de la secte. Eh bien, puisque tu désires être traité selon la loi, tu seras satisfait. » Puis il ordonna de me mettre à la question la plus sévère. On me lia donc les bras croisés derrière le dos, puis on fit passer entre eux et le dos un bâton qu'un valet devait faire manœuvrer. De plus, avec une corde en crin, on me lia ensemble les deux jambes aux genoux et au-dessus des chevilles, et on inséra entre les jambes deux gros bâtons sur chacun desquels un homme devait peser de chaque côté. Lors donc qu'attirant d^une part le bâton fixé contre le dos , de Tautre on appuya avec effort sur ceux croisés entre les jambes, il me sembla que mon corps était suspendu en Pair, que ma poitrine allait éclater et tous mes os être brisés. Je perdis connaissance, et le mandarin voyant que je ne pouvais répondre aux questions que Ton m'adressait, ordonna de lâcher un peu les courroies. Peu à peu je repris Tusage de mes sens ; les rayons du soleil me paraissaient des torches brûlantes, mes bras et mes jambes me semblaient ne plus exister, mon corps était tout en feu.

« Deux valets me perçaient les côtés avec des bâtons aigus pour me faire parler. A grand'peine je pus répondre que j'avais été insViiit par un vieux chrétien martyrisé depuis longtemps, et que je n'avais aucun disciple. « Vilain fourbe, s'écria le jugCi attends-tu donc de nouveaux supplices pour déclarer la vérité? — Si c'est oui, je dis oui ; si c'est non, je dis non. Je suis déjà à moitié mort, et si on continue tant soit peu, je vais mourir tout à

fait. Ail raomenlde mourir, comment poaiT3i&-jetroa]per? — Xod, non, tu n'en mourras pas, mais tu auras beaucoup plus à souffrir ; vois un peu. » On me leva donc les jambes, et on appuyi iDrlcmcnl sur les deux bâtons. Mon corps n'avait plus de vie, toute salive était épuisée, la langue s'allongeait hors de la boticbe, les yeux sortaient de leurs orbites et la sueur couvnii tout mon corps. « Déclare tout, n hurlaient les satellites. Mais je ne répondis pas ; je priais Dieu de m'accorder promptement la mort. C'était le dernier jour de la qualrième lune. La nuit étant venue, le juge dit : « 11 se fait tard. Gomme c'est le premier jour, tu n'ts eu qu'un éckaatilloD, demain tu auras de vrais supplices i supporter. Tâche donc de r^échir cette nuit, et d'aviser à conserver (a vie. > On me délia, et deux valets, me passant un bilon entre les jambes, m'emportèrent dans la prison, oiibienldton meserril ï souper. Hais je ne pouTaia ni m'asseoir, ni faire usage de mes bras : bien plus, l'odeur du riz me donnait des nausées, et comme je ne pouvais rien prendre, on approcha de dies lèvres on bol de vin trouble que je bus par petites gorgées ; alors sealement 1) raison sembla me revenir.

« La nuit était déjà avancée, quand le chef des satellites qai m'avait amené à Tsien-tsiou, vint me dire ;« Vous êtes dignede pitié. Le mandarin est convaincu que Ni le-lsin-i est chez tous, ou bien, s'il n'y est plus, que vous savez oii il est. Demain tous aurez pour celte- affaire de terribles supplices à endurer. Il ïaadrail mieux, ce me semble, l'avouer franchement et vous sauver la vie. » Je répondis : « J'ignore quel est cet homme. En le voyant, je pourrais peut-être dire s'il m'est connu ou non; il n'est ni mon père ni mon frère, quelle raison anrais-je delecacfaer au prix de ma vie ? Mais loi qui as vu ma maison, tu peux savoir ce qu'il en est. Y était-il caché? Et d'ailleurs, comment pourrais-jc savoir où il s'est enfui mainlenantî 11 me semble que dans cetle affaire, tout dépend de les paroles, n II répondit : m A «use de c6 Ni, le mandarin et les prétoriens m'accusent d'incapacilé, pour ne l'avoir pas encore pris. Je n'ui plus rien à dire : roai^ ^ coup sûr, vous en savez quelque chose. Agi.ssez en conséquence. On me reproche aussi de n'avoir saisi chez vous aucun livre. Ai dit qu'après avoir tout examiné, je n'en avais pas trouvé. On vous interrogera aussi là-dessus : répondez net que vous n'*P aviez pas. » Après quoi il suspendit la cangue dont j'étais chargé, aiin qu'elle nie fît moins souffrir: il appela le gardien pour lui recommander de me rendre les services de propreté que demandait ma position, ajoutant qu'il lui en tiendrait compte, puis

Afin me fit prendre da vin. Cette conduite me consola beaucoup, ; je fus vivement touché de ces marques de compassion.

d Bientôt la porte de la préfecture s'ouvrit et des valets arriérent pour m*y transporter. Le jugedit d'une voix forte : a Pense ce que je t'ai dit hier et fais franchement les aveux demandés. - Hier, répondis-je, j'avais perdu connaissance, je ne me rap* elle pas vos ordres. Pour ce qui est de faire des aveux, si j'en vais à faire, je n'aurais pas attendu jusqu'à présent. — Ni Msin-i était certainement chez toi, et tu connais ses affaires ; i tu ne Tavoues pas, malheur à toi ! — J'ignore quel est ce (i, mais supposé même que je Teusse caché alors, comment K)urrais-je savoir où il est allé maintenant? Je ne puis rien vous m dire. Il n'est ni mon père, ni mon frère; serait-il juste que le me fasse tuer pour lui ? Si vous voulez me mettre à mort, que ce soit pour mes propres fautes. — Il paraît que lu as trouvé le supplice d'hier léger, et tu veux en goûter de plus violents. Eh bien ! soit ! » En même temps il excita les bourreaux en disant : « Ce coupable , quoique vieux , est le plus obstiné de tous. Ne l'épargnez pas. » Et il me fit infliger de nouveau Técarlement des os des jambes. On serra les courroies et déjà j'étais presque évanoui, quand à force de presser, un bâton se brisa. Au bruit, je crus ma jambe cassée et je regardai tout effrayé. J'entendais des paroles et ne pouvais répondre. On m'apporta du vin et on l'approcha de mes lèvres ; mais je ne pus l'avaler. Après quelques moments de repos, on me le présenta de nouveau et, peu à peu, je pas boire cette potion. Le juge dit à voix modérée : « Tu veux absolument mourir pour l'affaire d'autrui. Je n^ comprends pas tes principes. » Puis il fit préparer son escorté, monta à cheval Bt se rendit près du mandarin supérieur.

« Comme il ne m'avait pas fait délier, je restai assis et exposé I l'ardeur du soleil. Toutefois, je ne sentais pas la chaleur, l'air oe semblait froid. Après un assez long espace de temps, le juge evint et me dit d'un ton irrité: « Puisque tu ne veux pas faire i'aveux, il faut que tu meures ou que je perde ma place. Il n'y a ^asde milieu. Ainsi donc, recommencez les tortures. » On obéit ; &s souffrances n'étaient ni plus ni moins fortes; seulement on ariait les tourments, mais pour moi, c'était tout un. Le soirvenu, î fus délié et remporté à la prison. Je ne pus manger le riz : on 3e donna une tasse de vin, et la nuit se passa ainsi. Le matin, entendis de nouveau les cris pour l'ouverture des portes de la réfecture. Ces cris me faisaient mal, et je croyais toujours enendre l'appel des accusés. Par le fait, les valets ne tardèrent pas

à venir me chercher. Ils poussaient des clameurs injurieoMseï, sans auciioe [irécauiion ni ménagement, me mirent à che\'al m un bâton, m'enlevÈrenl et vinrent me déposer vis-ii-vis dujap qui me dit : « Tu peux îvoir qu'il y a ici beaucoup de li'K écrits par toi. Tu pa-sses pour être le cbef de trois proïiac«,« avoir fourni nombre de livres aux autres chrétiens. Atone loul franchement, et ne l'obsline pas à mourir dan.s les tortures.! Je n'avais pas la force de parler. On mefit prendre un peu de nu, et à grand'pfiine je pus articuler quelques mots. Dans cet inierrogaloire, d'après ce que m'avaient dit les chrétiens que j'wiis rencontrés en route, j'avouai avoir copié quelques volumes paM eux, ajoutant que chez moi il n'y en avait pas, comme pouvaieni le certilier les salelliles qui' avaient fouillé ma maison, a Qmi je copiai ces livres, ajoulai-je, ce fut chez ces chrétiens et sur de vieux exemplaires qu'ils avaient. — Tu ne dis pas vrai , et ta m dis pas lout ; nous verrons la fin. » Bientôt apriïsje fus remporté, sans avoir eu h subir d'autre supplice.

H Celle nuit-là on me déposa chez les prétoriens. Ils se réunirent en assez grand nombre autour de mol el me dirent : ■ Vous prétendez êlre noble el toutefois vous ne parlez pas franchenwDl devant te mandarin. Ni le-lsin-i (■!) n'ayant pas été saisi, «tie affaire ne peut se terminer. 11 est certain qu'il était dans volreTillage, el s'il en est sorti, c'est vous qui avez dirigé sa fuite. Dire que vous ne le connaissez pas cl tromper aussi sur les livres, f'fii vous exposera des loriures plus cruelles encore. Comment y tifidrcï-vous? Demain on doit encore recommencer la queslion- Avouez-nous tout ici, el nous en avertirons le juge. » Je répondis : « Désirer la vie el craindre la morl est un sen liment commun à tous; el qui donc voudrait de gaitc de cœur s'attirer dessouf- Frances? Mais vous, vous ne procédez que par supplices, sans i faire attention an fond des choses. Est-ce là de la jusiice! — ' Pourquoi vouloir prendre nos paroles en mauvaise part î dous n'agissons que pour vous épargner des souffrances- Dénoncezseolement ce M, et on ne parlera plus d'autre chose. Nous nous en chargeons. Pourquoi vous enlêler ainsi? — J'ai dit tout ce que j'avais à dire, et n'ai rien de plus à avouer. Si je meurs, lout sera fini par là. Si on me laisse la vie, c'est un ordre de Dieu; mais je n'ai guère le désir de vivre. Reconduisez-moi vite là oii j'étais. » Tout ceci avait été suggéré par le mandarin lui-même.

(1] Il parait que Ni Ic-lsin-i avnil nan-sculcmcnt ëlè dénonce cMsui' chri'iipn, mais que ses voyages a Pôkinp avaient aussi Éli5rfivÉlés.Au(reiiiciil> l'achaincnirnl avec lequel on le poursuivait sérail lout à fait iiic:iplic^l'''

[ On me ramena à la préfecture lorsque déjà les portes s'oulent, et je fus bientôt traduit devant le juge qui dit à haute fc et en colère : a Je voudrais en finir avec cette affaire, is tu fais des déclarations si confuses que je ne puis voir les ses. » Puis, en quelques mots, il conclut que le fait d'avoir it tous ces livres était à ma charge. Quel remède pouvais-je >orter à cela? Ce n'est pas tout. De nombreuses images et ets religieux, dont plusieurs venaient de pays étrangers, lient aussi été pris chez des chrétiens, qui, pour se tirer d'emxas, avaient jeté la faute sur moi. Le juge dit : «Tu n'as plus tun moyen de te justifier. Explique donc d'où viennent ces iges et autres objets. — J'ai déclaré la vérité pour les livres, ur le reste, veuillez bien interroger ceux à qui ces objets apparanent. — Tous n'accusent que toi. » Ne sachant quel parti 3ndre, je restai muet. Le juge demanda de nouveau aux chré- Qs prisonniers, si tous ces objets venaient de moi, et ils réponent affirmativement. Je dis alors: « On m'a raconté autrefois après l'année sin-iou(1801) quelqu'un ayant acheté la maison me personne exécutée à cette époque, trouva, en la démolis- It, de ces objets dans les murailles. Ils auront été partagés répandus de côté et d'autre. C'est sans doute de là qu'ils sont lus. 2> Le juge courroucé s'écria : « En allant de ce pas, nous rriverons à rien. Il faut d'abord torturer ces chrétiens. » « On se mit à leur scier les membres avec des cordes, et tous rs de rejeter la faute sur moi, avec plus d'insistance que 3ais. Gomme je me disposais à parler, le juge me soumit à la me torture, en criant : « Serrez, serrez, il faut en finir. » Les arreaux ainsi excités n'eurent garde de m'épargner, et cepen- U, par une grâce particulière de Dieu, je souffris moins auparavant. « Ne feras-tu pas enfin des aveux complets? me a le juge. — J'ai tout dit. — Qui a d'abord reçu ces différents ets, et par quelles mains ont-ils ensuite passé ? — Les permes qui vivaient en 1801 sont presque toutes mortes, et s'il en te quelques-unes, elles ne sont pas chrétiennes. — Qui les a bord reçus? A qui les a-t-il remis? — Je l'ignore. Ces objets, nme tous les autres, auront changé de maître soit par la mort, t par dons ou achats. Qui pourrait jamais savoir par quelles ins tout a passé? — Dis ce que tu sais. » J'indiquai alors quatre cinq noms parmi les chrétiens déjà morts, et j'ajoutai: «Quant reste, il m'est impossible de rien savoir. — Parmi un si grand mbre, tu n'en connais que quatre ou cinq; c'est une dérision.» serra de nouveau mes liens, si fort que je crus mourir. Le

jage donna nne liste de noms h un prétorien, et j'avais ordre, ï mesure qu'il les prononçait, de déclarer si je connaissais ou non les individus désignés. Ne pouvant plus parler, je répondais pu un signe de tête, etjeris une réponse négative pour tous, cooiins ou inconnus. Le juge ajouta: «Ne connais-lu pas non plus la-So?« Je fis encore ce même signe négatif. Le soir était venu, on me délia, mais les cordes étant enfoncées dans les chairs, on d; pouvait les Ater, et je perdis connaissance pendant ropéraiinn. On me remporta en prison, et, comme je ne pouvais rien manger, on me coucha, la tête appuyée sur ma tangue.

u Les cris affreux du tribunal me restaient toujours danj l'oreille, la souffrance m'empêchait de dormir, et revenu à mai, je pensai par hasard !i ces paroles du juge: " Ne connais-lu pas non plus la-So? » Alors seulement je réfléchis que les c^racltos chinois du saint nom de Jésus se prononçaient ta-Socn cAréeD(1!. Je me pris à trembler, à m'aiiliger, à déplorer ce qui éisil arrivé. J'en avais le cœur serré et pouvais il peine respirer. Oe vint encore me presserde prendre quelque nourriture, mais ahatlii, désespéré par la pensée que mon éiourderie rendait désormais pour moi la mort infructueuse, je repoussai violemment cens qui me présentaient le riz, et roc décidai seulement, sur des soUici talion^ réitérées, à avaler quelques gorgées de vin. Puis j'essayai de toc consoler. Je me disais :« Quoique le juge ait voulu désigner Jésus, je n'ai entendu que la-So. Dieu me ie pardonnera-t-ilî » Et je résolus de me rétracter clairement le lendemain ; mais ayant été conduit dès lors devant le mandarin civil, je ne pus faire cette rétractation, et le regret m'en reste imprégné jusque dans li moelle des os.

K Le lendemain, 5 de la cinquième lune, je fus traduit devant te mandarin civil. A la séance se trouvaient les mandarins de Mou-tsiou, de Ko-san et d'Ik-san. Ce dernier, accompagné d'un prétorien, vint se placer près de la balustrade et me dit : « Si vous voulez seulement régler votre conduite d'après les principes d'une saine morale, les livres de Confucius, de Meng-tse et des aulressaintssont bien suffisants. Maintenant, contre la défense du roi, vous suivez une doctrine étrangère, et vous avez été saisi; n'est-ce pas un crime digne de mort? o Je vis de suite que je n'é-

(I) l,es caracitrcs cliinois se prononcenl Te-sou en Chine, et les ch^éll^n^ do Coréfl onl, par iraiiilion, conserva celle prononciation; mais les paion ne voyant que les caractères, lisent I.i-so, scton les règles de la prononna lion cori^cnnc. On rançoil qu'un pauvre palicnl n'ait pas Tait cellf tpUlx on dans de telles circonstances.

ais plas aa tribunal criminel. Le mandarin de mon district paraissait irrité, mais tous les autres avaient un air affable. Ils me regardaient avec compassion , et semblaient regretter les affreux supplices auxquels j'avais été soumis. Leurs valets eu.\mêmes ne poussaient pas de vociférations, et pariaient à voix modérée. Ce ne semblait plus un tribunal, mais une maison particulière. Je répondis avec d'autant plus de respect : « On défend notre religion, pour cela seul qu'elle vient d'un autre royaume. Mais partout je vois chez vous des objets venus de contrées étrangères: livres, habillements, meubles, etc.. — Ce sont des objets dont on se sert dans tous les pays, il n'y a donc nulle raison pour les prohiber. Mais, en fait de doctrine, Confucius et Meng-ise ne sont-ils pas suffisants? — Pour les maladies du corps, quand avec les médecines de notre pays on n'obtient pas d'effet, on a recours aux médecines de Chine, qui souvent opèrent la guérison. Chaque homme a les sept vices qui sont autant de maladies de Tàme. Or, sans notre religion, on ne peut les guérir. Ce n'est pas que j'ignore la doctrine de Confucius et de Meng4se, iQais, vous le savez comme moi, dans les temples de ces sages ou d'antres semblables, on se bat pour une écuelle de riz ou un itiorceau de viande, en proférant même des injures grossières; Hon-seulement on s'inquiète fort peu de la doctrine et des actions de ces sages, mais souvent on les insulte, et leurs temples, au lieu d'être des écoles de vertu, deviennent des écoles de désordre. Il n'y a que peu de personnes qui sachent se contenir, au moins à l'extérieur, et garder un peu les convenances, et encore dans le fond du cœur, elles n'en restent pas moins mauvaises. Notre doctrine, au contraire, règle tout d'abord l'intérieur, redresse les sept passions, dirige par le moyen du Décalogue l'extérieur aussi bien que l'intérieur. Elle est, de fait, le perfectionnement des doctrines de Confucius et autres. -— Si tu dis vrai, elle ne serait pas perverse, mais puisque le roi la prohibe, diras-tu que le roi a tort (1)? — De même qu'il n'y a qu'un soleil au ciel, vous voulez qu'il n'y ait qu'une seule doctrine dans le royaume ; c'est bien. Maintenant qu'à côté de la doctrine des lettrés se présente celle du Maître du ciel, le roi n'a peut-être pas tort de la prohiber momentanément jusqu'à ce qu'on ait fait la distinction du vrai et du faux; mais, d'autre part, celui qui suit notre religion laquelle par

(i) Nous avons déjà fait remarquer que, dans ce pays, par respect pour le roi, on ne peut jamais dire qu'il a tort. C'est pour cela que les chrétiens, devant les tribunaux, éludent toujours cette question ou d'autres analogues.

alor i ner

L VÛUi

^^ tour ^^ suis

le fût est la seale vraie, ne peut pas ma plus avoir tort, dis-ta làtUnechosefausseest fausse, une chose vraie est Or, d'après les paroles, le vrai et le faux se rcncontreraieW même temps pour le même objet. — En tout la raim »llt grand maître. Or, quand par la raison on commence s vunloii faire la distinclion du vrai et du faux, il y a un moment où ritt n'est encore décidé. Dans les discussions, les uns dÉcoutreni li vraie raison avant les autres, et en fait de doctrine, ud sujet fHA bien apercevoir la vérité avanL que le gouvernemeDl n'ait rwI la connaître. C'est précisément ce qui a lieu aujourd'hui dantu royaume. — D'après cela, tous ceux qui parmi vous ool éli t^ cutés selon la loi, avaient donc raison? — La doclrinï èiil vraie, ils ont eu raison ;si elle était fausse, ils auraient eu Lun.i

« Le mandarin du district se leva alors furieux en dijanlMDt telles paroles sont inutiles;» et il se fit apporter le livre île actes civils. Après quoi il proféra, au sujet de la senlenix, quelques paroles que je n'entendis pas. Le mandarin de Uogtsion en prit lecture, el dit tout surpris: a Vous décideriet-mt donc pour l'exécution î — Oui, répondit-il. — Mais reprit rsaln d'un air affligé, dans celle affaire, il n'y a pas de raison poH en venir toujours à l'exécution capitale.» Après quoi le nudarin d'Ik-san m'adressa la parole : « Répète tout ce ipt tg as dit devant le juge criinincl, el explique aussi en détail ce ijne tu avais commencé sur les sept passions. » Je répétai àma que j'avais dit au tribunal criminel, et je développai coffimeiii chacune des sept passions se guérit par une des sept vertus opposées. Un prétorien prenait note de tout. «A voir lessuppliM* que tu as endurés, me dit ensuite le mandarin, à voir l'état m lu es réduit, je crois vraiment qu'on l'a fait trop souffrir. Il w serait difficile maintenant do prendre toi-même lecture du résumé de ta cause, un prétorien va tu le faire entendre, w Puis il donna le papier au prétorien qui le lui. C'était ii peu près le fond des choses, mais sans détails aucuns. On avait adouci les expressions, et on semblait pencher h me laisser la vie. Je dis : « Il pirii' que vous êtes touchés de compassion, voire jugement sera m triomphe sur la loi elle-même, a Le mandarin du district s'&rii alors d'un ton de colère: « Nous aurions bien fait de le condîmraori. Us sont tous entélés h ce point. — D'après ses paroles vous n'auriez pas tort, m lui dil le mandarin d'Ik-san ; puis, se tournant veis moi: «Tuas violé les proliibilions du roi, eiuioije suis délégué pour te juger. Peut-être serais-tu excusé ailleurs.

is autres pays, autres lois; ici, en Corée, à ta faute il uja

pas de remède. » On appela ensuite le gardien pour me remettre entre ses mains, et je fus conduit dans une maison particulière. Après quelques jours, je pus me lever, sans toutefois être capable de marcher. Mon estomac refusait tout aliment, et je ne prenais guère qu'un peu de vin.

« Quelques jours plus tard, on me porta devant le gouverneur. Tous les chrétiens prisonniers étaient réunis. J'attendais devant la porte, assis et appuyé sur ma cangue. Les valets et les prétoriens se moquaient de moi ; les uns frappaient la cangue avec les pieds ; les plus méchants montaient dessus pour la faire peser davantage; tous n'avaient pour moi que des injures. Je comparus le premier. Le gouverneur me dit : « Es-tu noble? — Je répondis: Qu'importe! quelle est ici la différence de noble à roturier? — Si vous autres chrétiens voulez suivre cette religion, pourquoi ne le faites-vous qu'en cachette?» Puis il m'ordonna de déclarer nommément le propriétaire de chaque livre, image et autre objet religieux. « Dans l'interrogatoire, repris-je, tous les prisonniers ayant jeté la faute sur moi, on m'a pressé de faire des aveux, et si je disais ne pas savoir, on redoublait les tortures, exigeant absolument que je prisse la responsabilité de tout. N'y pouvant plus tenir, j'ai accepté cette responsabilité. Maintenant, vous voulez que je dise à qui appartient chaque objet. Comment pourrais-je le savoir? — As-tu des tablettes? — Je n'en ai pas.

— Et pourquoi n'en as-tu pas? — Resté seul d'une famille ruinée, sans maison et toujours errant de côté et d'autre, n'ayant pas même oii les placer, je n'en ai pas. — Ne fais-tu pas les sacrifices aux ancêtres? — Aux jours anniversaires, je prépare seulement de la nourriture selon mes moyens, et je la partage avec les voisins. — Manges-tu alors sans faire même les génuflexions?

— Je ne fais pas les génuflexions. x> Puis, sans autres questions, on me remit au geôlier.

« Le lendemain on me porta devant le mandarin du district ; tous les prisonniers chrétiens y étaient. Nous comparaissions cinq par cinq, et on nous donnait la bastonnade sur les jambes. Mais quoique Ton frappât vigoureusement, ce n'était rien auprès du supplice de la courbure des os. Ensuite, on déliait les accusés, on leur passait la cangue, et on leur mettait les fers aux pieds et aux mains. A moi seulement on ne mit pas les fers aux pieds, parce qu'ils étaient trop enflés. Quand on nous reconduisit à la prison, le mandarin, voyant mon état, dit au prétorien de me faire ôter la grande cangue et de la remplacer par une plus légère, et pour la première fois elle me fut enlevée. Mes jambes étafeiit telle-*

meot déchirées qu'oc voyait les os, et je ne pouvais ni m'asseoir ni manger le riz. Chaque jour, je ne prenais que deux ou trois bols de vin. La gangrène s'éluit mise dans mes plaies, et il s'en exhalait une odeur insupportable. De plus, la chambre était pleine de vers et de vermine, de sorte que personDc n'osait m'approchcr. Heureusement, quelques chrétiens en bonne santé me soulenaicnl pour que je pusse un peu remuer, et voulaient bien nettoyer mon cachot de temps en temps. Comment les remercier assez de cet acte de charité? »

Telle était la .situation de Pierre Sin dans la prison où il devait attendre si los^aeraps la couronne du martyre. Nous avons rapporté tout au long les intéressantes particularités de son procès, car rien ne peut donner une plus juste idée des procédés barbares dont on Dse envers les chrétiens, et des préjugés nourris contr* eux par les idolâtres. Pour la même raison, malgré quelques redites inévitables, nous allons reproduire l'interrogatoire de Paul Ni. Ces détails nous montrent comnaent Dieu, qui sait tirer le bien du mal, profitait de la persécution elle-même pour faire prêcher l'Évangile devant les tribunaux, pour faire connaître la doctrine chrétienne aux principaux magistrats du royaume, et par eux à nnc foule d'autres personnes. Cette prédication au milieu des supplices a été la cause première de la conversion d'un grand nombre; elle justifiera la condamnation sévère de ceux qui, ayant des oreilles, n'ont pas voulu entendre, et, par des motifs humains, ont obstinément fermé les yeux à la lumière.

Paul Ni Tsiong-hoi, appelé légalement Kieng-pien-i, était le dernier des frères de Charles Ni et de Luthgarde Ni, martyrisés en 1801. Comme eux, il reçut dès l'enfance une éducation vraiment chrétienne. D'une constitution frêle et délicate, d'un canetère à la fois doux et ferme, il brillait par les plus belles qualités du cœur et de l'esprit. Sa famille, issue du roi fondateur de U ■ dynastie actuelle, avait occupé, jusqu'à la persécution, les plus grandes dignités du royaume. Mais son frère et sa sœur ayaot été décapités en 1801, pour cause de religion, tous les siens furent proscrits, et sa maison entièrement ruinée. Paul n'avait alors que neuf ou dix ans. Resté avec sa mère veuve et sa bellesœur veuve aussi, il vécut à la capitale dans une grande pauvreté. Lorsqu'il fut en âge, on le maria à une personne de li classe moyenne, et par une permission de Dieu, sa fenune se trouva être d'un caractère intraitable, en sorte qu'il eut avec elle, pendant tout le cours de sa vie, des peines sans nambre, qu'il supporta avec une patience exemplaire. Ea 181B, sa mère

sa belle-sœur se retirèrent en province chez son frère atné, len-p'ong; et Paul resta seul à la capitale avec sa femme, en qu'il souffrit beaucoup d'une maladie intérieure dont les ces étaient fréquents et pénibles, il ne laissait échapper cune plainte, conservait toujours un visage gai et affable, et ippliquait continuellement à la lecture des livres de religion, aimait à se répandre parmi les chrétiens, dont il pouvait juste titre être appelé le guide et le père; il exhortait les ;des à la ferveur, travaillait par ses discours à instruire et citer tous les autres, et n'omettait pas non plus de donner ses ins à la conversion des païens. Le jour ne suffisant pas à ses livres de zèle, il y consacrait une partie des nuits, et malgré tat de gêne où il vivait, il s'efforçait encore de soulager ceux li étaient plus pauvres que lui.

Toujours vigilant sur lui-même, il demandait aux autres s'il était pas pour eux une occasion de péché. « S'il en était ainsi, uillez bien m'avertir, » disait-il souvent, et ces sentiments aient si sincères chez lui, que nous trouvons dans une de ses ttres à un ami, datée de sa prison, ces paroles bien remarlables : <c Notre affection mutuelle était loin d'être une amitié dinaire; sans vous, jamais personne ne m'aurait parlé de mes Sfauts. Maintenant que j'y réfléchis, vraiment je vois quel trésor était pour moi. » S'appliquait-il à la prière ou à la méditation, m attention était tellement fixée en Dieu qu'il ignorait s'il y rait ou non quelqu'un près de lui. Plein de défiance de luiéme, en parlant aux personnes du sexe, il ne les fixait jamais, issi ne connaissait-il point leur visage. De si beaux exem- [es ne pouvaient manquer de faire impression sur tous ceux ui avaient le bonheur de le connaître, et il avait sur eux un J ascendant, que bien peu de chrétiens tièdes restaient sourds ses touchantes sollicitations. Pour soutenir son existence, s'occupait à copier des livres de religion et des images, u*il vendait ensuite aux chrétiens, et même, dans ses travaux lanuels, il savait trouver un aliment à sa ferveur. Il fut un de îux qui contribuèrent le plus à recueillir des ressources pour s messagers que l'on envoya plusieurs fois à Péking; et l'évèquc 3 cette ville ayant ordonné de choisir quelques catéchistes des îux sexes, il travailla avec beaucoup d'ardeur à les former, les unissant chez lui le premier dimanche de chaque mois, leur )nnant des sujets de méditation, et les excitant à la vraie

été.

Le fait suivant montre combien la vertu de Paul était solide.

L*KOLISE DE CORiX. 32

Dans ce pays où les secondes noces sont en déshonneur, surtout parmi les personnes de haut rang, beaucoup de jeunes veuves ne pouvant supporter leur isolement, cherchent à se faire accepter comme concubines par des nobles. Or un jour, une vieille femme vint à Paul et lui présenta un rouleau qui ressemblait à une composition littéraire. Il l'ouvrit: c'était une lettre d'une jeune veuve riche qui lui découvrait ses désirs et rengageait à y répondre. La tentation devait être violente pour lui si pauvre, et que sa femme avait rendu si malheureux ; néanmoins, sans hésiter une seule minute, il chassa brusquement l'entremetteuse. Celle-ci, sans se décourager, se présenta une seconde fois, et il la chassa de nouveau, avec une verte réprimande. Elle revint une troisième fois, et Paul défit les sentiments n'avaient pas changé, pensant qu'il pourrait peut-être prêcher et convertirla jeune veuve, fit semblant de donner son consentement, et suivit la vieille servante. Il arriva d'abord chez elle, et apprit bientôt qu'elle était la nourrice de la veuve. La nuit venue, elle le fit entrer dans une belle et grande maison oii tout respirait l'aisance et le bien-être, le conduisit tout au fond, dans une des pièces de l'appartement des femmes, l'y fit asseoir, puis se retira. Bientôt une jeune personne vêtue de blanc, couleur de deuil que les veuves doivent toujours porter, se présenta tenant en main une lanterne, ouvrit la porte et s'assit non loin de lui. Le cœur de Paul était calme. Il lui parla uniquement des vérités de notre sainte Religion, de Dieu, des Anges, de 1 ame et du péché, des joies du ciel et des peines de Tenfer. Dans une seconde visite, il Tinslruisit des mystères de rincarnation et de la Rédemption. Dans riiitervalle, la jeune veuve lui envoya plusieurs fois, par sa nourrice, des objets de grand prix ; mais Paul refusa de les recevoir, et commanda à celle-ci de les déposer chez elle. Dieu, qui voyait la pureté de son cœur, le récompensa en lui accordant la conversion qu'il demandait. La jeune veuve s'appliquait à apprendre les principales prières, quand tout à coup elle tomba dangereusement malade. Elle fil aussitôt avertir Paul qui, saisissant un moment favorable, se rendit chez elle, compléta son instruction, et lui conféra le baptême. Trois jours après elle mourut. Paul dit alors à la vieille nourrice de reporter à la maison de la défunte les objets précieux déposés chez elle, mais comme elle le trouvait inconvenant, il les reçut lui-même, les vendit, puis, sous prétexte de restituer une somme empruntée autrefois, en fit remettre intégralement le prix aux héritiers de cette veuve, sauvant ainsi à la fois et sa pureté héroïque et son admirable désintéressement.

Paul entretenait toujours dans son cœur le désir du martyre et aimait à prendre pour sujet de méditation l'agonie de Notre-Seigneur au jardin des Olives. Il engageait les autres à en faire autant, afin d'être toujours prêts à souffrir la mort pour Dieu, (c II faut que notre sang soit versé, disait-il, pour que la religion se répande dans tout notre pays. » Quand la persécution s'éleva dans la province de Tsien-la en 1837, il fut dénoncé, dans un interrogatoire, au tribunal de Tsien-tsiou, pour les livres et images qu'il avait répandus de toutes parts. Les satellites de cette ville furent donc envoyés à la capitale pour se saisir de sa personne. Devant les juges, Paul suivit fidèlement les glorieuses traces de son frère et de sa sœur; comme eux, il confessa courageusement sa foi, et laissa aux chrétiens de la Corée, et du monde entier, des exemples dignes de toute notre admiration. Voici comment il raconte lui-même les péripéties de son procès, dans une lettre écrite de sa prison, et dont l'exactitude est garantie par tous les témoins oculaires encore vivants.

« Souvent je m'étais dit:(( Parle martyre du moins, pourrai-je bien espérer de satisfaire pour tous mes péchés? » Au moment où je ne m'y attendais pas, le 31 de la quatrième lune, au commen cément de lanuit,Kim Seng-tsip-i et une dizaine de satellites, tant de la province que de la capitale, se présentèrent à moi, me saisirent et me déposèrent à une des préfectures de police. Ils me demandèrent s'il était vrai que j'eusse dessiné des tableaux religieux ; à cette question, je compris que tout était découvert. « Cela est vrai, » leur dis-je. Le jour suivant, le grand juge criminel m'appela et me dit : a Est-il vrai que tu suives la religion du Maître du ciel? — Oui. — Par qui as-tu été instruit? ^— Mon frère aîné étant mort pour cette religion, dès l'enfance j'en avais entendu un peu parler; mais, par la suite, je me suis lié avecTsio-siouk-i tué, lui aussi, pour la même doctrine ; je m'y suis exercé plusieurs années avec lui et m'en suis rempli le cœur. — Maintenant encore si tu veux te désister, je te ferai conserver la vie. — Je ne le puis. — Ce que tu as déclaré, hier, est-il vrai? — Oui, cela est vrai. » Et il me fit reconduire à la prison. Trois jours après, le grand juge, après avoir pris avis du premier ministre, me livra aux satellites, et à la chute du jour nous traversions le fleuve. Depuis mon arrestation, tracassé que j'étais par mille soucis, je n'avais pu rien manger et j'étais épuisé. La nuit se passa non loin de là, et le lendemain, de bonne heure, je partais accompagné de Seng-tsip-i et de six satellites.

« La nature n'étant pas entièrement morte en moi, des larmes

coulèrent de mes yeux, quand je vis cette route que je commençais. Puis je pensai en moi-même : « Jésus-Christ a bien daigné faire route chargé de sa croix, pourquoi donc refuserais-je de faire ce voyage? Non, je veux suivre Jésus pas à pas. » Cette pensée me rendit des forces. Nous faisions, chaque jour, un chemin de 100 lys (dix lieues), et, le 38, au soir, j'entrai à la préfecture de police de Tsien-tsiou , où, après quelques instants de repos, je fus introduit devant le juge. II était entouré d^une vingtaine de serviteurs, dont les torches jetaient une vive lumière. Cette scène me rappelait Notre Seigneur Jésus lorsqu'il fut pris au jardin des Olives. On me demanda seulement mes noms, prénoms, et ceux de quelques-uns de mes aïeux, et je fus reconduit aussitôt. Le riz me fut servi bien convenablement dans un appartement chaud, mais après en avoir pris trois ou quatre cuillerées, je ne pus continuer. Je m'étendis à terre pour dormir, on inséra mes pieds et mes mains entre deux barres de fer, et me passant au cou une grande cangue, on m'enferma. La nuit se passa sans sommeil ; mes idées toutes confuses ne pouvaient s'arrêter à rien.

« Dès le lendemain, quand le jour parut, je fus cité au tribunal et le juge me dit : <x Combien as-tu dessiné de tableaux? Combien as-tu de livres et quels sont tes complices? » Je répondis sans détour. Je déclarai quelques talUeaux livrés autrefois à Tsio-siouk-i, et deux donnés à Seng-tsip-i qui m'avait dénoncé. « En fait de complices, ajoulai-je, je n'en ai point. Resté seul d'une famille ruinée , mes parents et amis m'ont tous délaissé. Il n'y a pas jusqu'aux roturiers qui ne me méprisent et ne me crachent à la figure. Je n'ai donc plus d'amis, comment pourrais-je avoir ce que vous appelez des complices? Enfin quant aux livres: j'ai été instruit entièrement de vive voix, et mes livres sont seulement gravés dans mon cœur. Je n'en ai pas d'autres. — Tu me trompes. Parmi vous les roturiers ignorants ont eux-mêmes chacun trente ou quarante volumes, et toi, tu n'en aurais pas? Battez-le fortement. — Dusbé-je mourir sous les coups, je n'ai ni complices, ni livres.» Ayant fait apporter ensuite une quantité d'images, de verres, de tableaux, dWgnus Dei, et de médailles, il médit: « Ces peintures sont-elles de loi? » Je répondis affirmativement et on me remit en prison. Le juge se rendit de suite chez le gouverneur, et après quelque temps, on me fit passer dans une salle voisine du tribunal. Pendant que j'attendais, la pensée de ma sœur jugée et martyrisée en 1801 dans celte même ville de Tsien-tsiou, me revint à l'esprit. <c Oui, me dis-je,

je la suivrai. Et vraiment n'est-ce pas elle qui m'attire à sa suite? » En même temps une joie mêlée de tristesse s'élevait dans mon cœur.

« Je fus bientôt traduit devant le gouverneur qui, accompagné du juge, me Bt quelques questions auxquelles je répondis comme la veille. Mais tout l'appareil était dix fois plus terrible que chez le juge criminel. « Es-tu donc bien décidé à rester chrétien? demanda le gouverneur. — Je le suis. — Qu'est-ce que Dieu? — C'est le roi et le père suprême de tout Tunivers. Lui seul a créé le ciel, la terre, les esprits, les hommes et tout ce qui existe. — Comment le sais-tu? — D'une part, examinant notre corps, et de l'autre, considérant toutes les créatures, peut-on dire qu'il n'y a pas un créateur de ces choses? — L'as-tu vu? — Ne peut-on donc croire qu'après avoir vu? Le mandarin a-t-il vu l'ouvrier qui a construit ce tribunal? Ce que nous appelons les cinq sens ne nous font percevoir que les sons, les couleurs, les odeurs, les saveurs et choses semblables ; mais pour les principes, la raison et toutes les choses immatérielles, c'est l'esprit qui les fait distinguer. » Après quelques instants, il ajouta : a Dis-moi tout ce que tu as appris. — Je sais les dix commandements qu'il faut suivre, les sept péchés qu'il faut éviter, et les prières que nous adressons à Dieu le matin et le soir. — Pour cela, je l'ai déjà entendu, mais à la fin ne te rétracteras-tu pas? — Je ne le puis. Un eqfant qui ne sert pas son père, un sujet qui ne sert pas son roi, sont des impies et des rebelles. Comment étant homme pourrais-je ne pas servir Dieu? — Ne crains-tu pas la mort? — Pourquoi ne la craindrais-jepas? — S'il en est ainsi, comment n'abandonnes-tu pas cette religion? — La raison pour laquelle je ne puis l'abandonner, je vous l'ai donnée à l'instant: veuillez ne pas m'interroger de nouveau. J'en serai quitte pour mourir. » On me fit reconduire à la prison.

« Le lendemain, le mandarin de Tsien-tsiou ainsi que ceux de Ro-san, de Kok-sieng, de Tong-pak, et de Tieng-euk s'étant assis, et ayant renvoyé tous leurs suivants, me firent approcher tout près de la barre, et le mandarin de Tsien-tsiou me dit d'une voix très-modérée : « Toi, enfant de noble, tu n'es pas comme ce peuple ignorant. Tu es bel homme d'ailleurs, comment donc peux-tu t'obsliner à suivre cette mauvaise religion? — Quand il s'agit de principes, il n'y a pas de supérieur ni d'inférieur, de noble ni de roturier, de visage plus ou moins avantageux: c'est seulement l'âme qui peut et doit faire la distinction. — Dans cette religion du maître du ciel quel principe peut-il y avoir?» Après quoi, le mandarin de Tong-pak mengageant à dire quels étaient les dogmes du christianisme, je rap-r

portai en abr^gécequiesteiposé au long dans les trois paniesde l'uD de DOS livres, savoir : la connaissance du vrai Dieu, Ucodnaissance de la oature humaine, et les récompenses et punilioas. Puis, comme je développais le Décalogue, le mandarin deTsientsiou dit : u Ce sont toutes niaiseries, il n'y a pas d'âme ; il n'j i ni l'iel ni enfer ; il n'y a pas même de Dieu. Et puis vous n'of^ pas de sacrifices aux ancêtres. Parmi vous les biens et les femmes .sont en commua. Peut-il exister une doctrine plus dénaturée et plus impie? — Que nous n'otTrions pas de f^acriËces, c'est rrii; mais {|ue parmi nous les biens et les femmes soient ttt commaD, cela n'est pas. Les sacrifices aux ancêtres sont une chose mnt, fju'une doctrine droite prohibe avec raison. Au moment de ta mort, l'âme des bons va au ciel et lame des méchants vi en enfer. Après y être entrées elles ne peuvent janiais en sortir. De plus, l'âme étant immatérielle, comment pourrait-elle mander d» choses matérielles? et les tablettes étant simplement i'ouvragï d'un artisan, n'est-ce pas une injure de tes vouloir honorer comme ses parents? Tout ceci est fondé sur la raison et je le crois fermement. Quant au bien que l'on dit être en commun parmi nous, s il n'y avait pas dans le monde quelijue communication des richess». comment les pauvres vivraient-ils? Enfin, pour ce qui est de) femmes, ce qu'on nous impute est formellement prohibé dans les commandements, et répugne à tous les sentiments de la dîtare. Il nous est défendu même de désirer la femme du procbia. Comment pourrions-nous avoir les principes que vous nous ppéta? Et n'étant pas des animaux, comment pourrions-nous un a^i ainsi? C'est u De calomnie atroce et dix mille fois déplorable.» I'p des mandarins reprit : « On dit que tu as encore la mère, el de plus ta femme et des enfants; maintenant encore prononce seulemeDl une parole, et sortant d'ici tu iras retrouver ta mère, la femme et tes enfants. Ne sera-ce pas bien agréable?— Pour aller reiroover ma mère, vous voulez que j'aposlasie? Mais Dieu (■uni le grand roi et le père de tous les hommes, ma mère elle-raéine ayant été créée par lui, comment pourraîs-je renier le Créalem pour une de ses créatures ? » Après avoir ainsi conversé pendîDl une demi-journée, je fus reconduit h la prison.

« Trois jours après on me cita devant le juge criminel qui. entouré d'un appareil terrible, me dit : u Dénonce tes complice' donne tes livres et renie le Dieu du Ciel, n Puis il me fit pla«' sur la planche à tortures, lier et frapper cruellement. McsforKS étaient épuisées, el quoique j'eusse beaucoup de peine ï parler, je répétais encore : n Je n'ai ni livres ni complices, e( je ne pais

renier mon Diea.» On me reporta à la prison. Le lendemain, même seène et mêmes supplices pendant lesquels je m'évanouis. Plusieurs falets me portèrent dans le haut de la salle et me frictionnèrent doucement tout le corps. Quand je revins à moi, il était nuit. Le surlendemain je fus porté k dos chez le mandarin du district. A voir toutes les dispositions, je crus mon dernier moment arrivé. Od me fit lecture du rapport au gouverneur et de l'adresse au roi, etle mandarin ajouta : « Tu le vois, tout le monde s'efforce de te eonserver la vie. Les autres chrétiens se sont tous soumis au roi, pourquoi voudrais-tu seul agir avec entêtement ? Dis seulement aoe parole. — ^Je ne le puis pas. d Après des tentatives sans nombre, n'ayant plus rien à essayer, il me fit signer ma condamnation. Il y a trois jours que ceci s'est passé, et on prétend que le jage criminel doit m'interroger de nouveau. Qu'en sera-t-il? Pendant toutes ces épreuves, quoique je ne m'appuyasse que sur Dieu et sa sainte Mère, j'ai eu de violentes tentations, me voyant entre la vie et la mort. Jour et nuit, j'étais singulièrement tourmenté. Depuis hier, mon cœur est plus calme. Combien grande est cette grâce? Gomment faire pour en remercier Dieu? Comment y répondre? Je ne le puis que par ma mort.

« Le 6 de la cinquième lune, après avoir été conduit au tribunal criminel, je fus ramené chez le mandarin du district. Lui et plusieurs autres mandarins réunis me firent comparaître par trois fois devant eux, et employèrent pour me sauver la vie mille paroles caressantes et pleines de finesse. Â la fin, comme je ne me rendais pas : a Lui parler davantage, est inutile, » dirent-ils, et ils me renvoyèrent à la prison où, d'ailleurs, j'étais assez bien traité. Le 13, après qu'on eut fait subir l'interrogatoire à plus de cinquante chrétiens, je fus, vers quatre heures du soir, cité QDoi-méme et le juge me dit : « À la fin ne viendras-tu pas à résipiscence ?» Je répondis négativement, et, sans plus de questions, on me plaça sur la planche à tortures. Hélas ! je n'ai aucune ferveur et suis d'une faible complexion, mais par une grâce toute spéciale, pendant que je fus sur cette planche, je ne pensais [{u'àla flagellation et au crucifiement du Sauveur. À chaque coup, j'invoquais Jésus et Marie. Après une vingtaine de coups, sentant que je perdais connaissance, je dis : « Mon Dieu recevez mon àme entre vos mains. » Quand le nombre voulu fut achevé, on me tira de dessus la planche, on me mit au cou une cangue d'une vingtaine de livres, et on me traîna jusqu'à la porte. La connaissance me revenant un peu, j'essayai de marcher, soutenu par deux personnes, sans [pouvoir y réussir. Un jeune homme, du

nombre Hes spectateurs, d'un air complaisant, me chargea sar son dos. Cl le chef de lu prison soiileniint le I1.111I de macan^e, je Tus porté ainsi Ams une chambre <lc la prison.

« Pendant que cfi jeune lionmie me soutenait coucbt^ ilans se bras, le chef de la prison, quelques prisonDierschréliens et rf'aa- Ires personnes se mirent à me presser doucemeni tous les mmlires, el h liandcr mes blessures. J'ouvris les yeus. et je vis tm jnmbes en limbeaux et le .^iang coulant de toutes parts ou caillé sur le.s plaies. Hélas ! Jésus, dont le corps ne devait pas ilre plus fort que le mien, répandit une sueur de sang au jardin des Olives. Il subit lu (lagollalion, el chargé de sa croix, il marcLa plusde mille pas, jusqu'au sommet d'une haute montagne. PersouDeiie le regardait en pitié, et il n'y avait pas un chrétien pour lui vtoir en aide. El moi, grand pécheur comme je suis, onmcporicaiBsi compassion ei secours, on s'erforcc de me faire revenir à la connaissance. Quelles actions de grAces ne serait-il pas jasiede rendre? Et cependant, dans ma faiblesse je ne sais pas m^iM remercier, .\nges el saints du paradis, el vous tous mes amis. veuillei bien rendre grâces h Dieu, en ma p!ace, pour celiicofail! Plus j'avance, plus les grâce* et faveurs divines aupnatenl. Le temps d'un repas ne s'était pas écoulé, que mes doBleurs avaient disparu. Trois jours se sont passés depuis, M mes plaies ne me font pas trop souffrir. Je ne puis, il est mi, faire usage des jambes, et une lourde cangue m'écrase, mais jt prends un peu de nourriture, et mon cœur est très-calme. Si ce n'était le secours de Dieu et de Marie, comment par mes seules forces pourrait-il en élre ainsi ? Moi qui ne pouvais pas mêmestiiH porter la morsure d'un insecte! Vraiment, je n'y comprends rien. Le iK on a dépêché vers le roi ; la réponse viendra, dit-on, los le Su; quelle sera-t-elle? Je l'attends avec anxiété. J'ii ni) loul mon espoir en Dieu seul ; mais je suis sans mérites et tnl couvert de péchés, quel sera son ordre sur moi? Plus la fin est proche, plus je crains la mort et plus je tremble d'être rejeté.

« Le 16, quand je me réveillai, mes jambes se trouvèrent plis légères et les douleurs grandement diminuées. Je recois bienfail sur bienfait, comment remercier le Seigneur? Un jevoe chrétien se trouve près de moi, fait toutes mes commissions et me sert sans relâche ; n'est-ce pas encore une grâce? D'aniret chrétiens que je n'avais jamais vus, dont je n'avais jamais tf tendu parler, vieBoent de temps en temps me trouver. Les nu me donnent quelque argent, les autres me consolent. C'en est irop. Il suDble que tontes les faveurs se soieDtréDoiesnrinii

seol. Tout mon corps se changeât-il en lèvres, comment chanter assez les louanges de Dieu ? Vous tous, chrétiens, veuillez, en ma place, remercier et remercier encore le Seigneur. J'aurais more mille choses à dire, mais le temps me manque ; nous nous retrouverons dans Téternité.

«P.-S. — Le 19, je fus reconduit devant le juge criminel, je spai de nouveau ma condamnation, et après m'avoir mis la ttDgue et les fers aux pieds, on me renvoya à la prison, et on dépêcha de nouveau au roi. J'étais certainement heureux dans le fond de mon âme, mais mes forces physiques et morales étaient puisées, j'avais peine à calmer mon cœur effrayé. Revenu à la prison, je conversai avec quelques chrétiens, nous nous consolâmes mutuellement, et depuis ce temps, soutenu d'abord par la fràce de Dieu et le secours de Marie, puis aidé par mes compagnons de captivité, je passe les jours sans aucune nouvelle inquiétude. J'ignore encore quel sera le dénouement. Se pourrait-il bien que Dieu me rejetât? Je le prie instamment, daignerat-il m'écouter? Je ne puis qu'espérer, et j'espère, oui j'espère. »

De la prison où il fut déposé en attendant la réponse définitive du roi, Paul écrivit plusieurs autres lettres, que les chrétiens ont pieusement conservées. Elles méritent de figurer dans cette histoire avec celles de sa sœur Luthgarde. On y trouve les mêmes accents de foi vive, de ferme espérance, d'humilité héroïque, d'amoureuse résignation h la volonté de Dieu. La première est adressée à sa mère, et collectivement à tous les membres de sa famille.

« Ma mère, ma sœur, mon frère, ma belle-sœur, ma femme : Depuis treize ans que j'avais quitté la maison paternelle, jusqu'au jour de mon arrestation, je n'ai pu aller vous saluer que deux fois. C'est là, de ma part, un grand manquede piété. Pendant trente-six ans, aucun jour ne s'est passé pour moi sans quelque faute plus ou moins grave, je n'ai fait que manquer aux devoirs de la piété filiale, et aujourd'hui contre toute attente, par une grâce toute spéciale, Dieu appelle aux félicités de la vie éternelle cet être plein de péchés et de méchanceté/ J'en suis honteux et je tremble, mais pourrais-je ne pas me soumettre à sa volonté sainte?

« L'occasion est trop belle pour que je la laisse échapper. Je suis résolu à donner ma vie pour Dieu. Mais ce qui m'effraye, c*est d'avoir perdu inutilement, pour mon salut, plus de trente l^nnées. Tout le reste me fait peu d'impression. Même en ce jour, je n'ai ni ferveur, ni contrition, ni charité parfaite ; mais ^on seul espoir étant en la miséricorde sans bornes de Dieu

et de Marie, poarrajeni-ils m'abandonner? Benerciei Diea par] tous ses bk'iifails.

« Ma sœur, comment vons trouvez-vous f En un frère tel je suis, vous D*avez pu vraiment rencontrer aucune manjoe fraternité! Voici maintenant que je vous quitte pour toujonri Je ne ilois plus vous revoir en ce monde. Faîtes donc en sont, par la pratique de la vertu, et l'acquisition de nombrcoi mérites, que nous puissions nous réjouir ensemble élcroelleDieiit devant Dieu. Pour moi, je ne pourrai plus remplir mesdmire de fils envtir.<i ma mJire, non plus que ceux de frère envers voue du moins par l'union de noscœurs, de nos prières et de nos eiïoru, faites que nous nous rencontrions dans les joies de l'étcrnilé.

« Cher frtrc, que vous dirai-je ? Bon et vertueux comme Tfflit êtes, combien vous atlcj; avoir le cœur affligé à l'occasion d'à* frère inutile! Je vous recommande vivement de songer | dessus tout au salut de votre âme. Ne considérez pas coi Initj; ce temps qui passe aussi vite que l'étincelle jaillie du caillSL Ajfez de ma mère, pendant ses dcrnif'res années, le pks^ soin possible ; el si toute la famille, mère, frferes et sœurs peuvent, réunis dans l'éternité, chanler les bienfaits de notre PiR commun, quelle gloire ne sera-ce pas? Puisque Dieu iiigM accorder une si grande faveur Ji un pécheur et à un médwil comme moi, vous, mon frère, «aturellement bon et droit, pour |)eu que vous fassiez d'efforts, vous ne serez pas rejeté. Tranilifi donc assidijmenl, et tâcliez de mériter la grâce d'une bonne mon. Vraiment je suis tout honteux, je n'ai jamais été pour vous qu'une cause de soucis. Après ma mort, ma femme el mes deux cnfanis n'ont plus aucun appui, et à qui puis-je tes recommander, si ce n'est à vous? Ayant déjà tant de charges, comment ponrrcz-vous y suffire? Quelle misère ! j'en ai le cœur tout serre.

« Ma belle-sœur aînée, comment allez-vous? Vous qui m'avei élevé, et si souvent porté dans vos bras, qui jusqu'ici étiei toujours si inquiète à mon égard, ei si touchée de ma position, quand vous apprendrez cette nouvelle, combien votre cœur ne sera-t-il pas brisé? Toutefois remerciez Dieu de ses bienfiiis- Dans sa bonté sans mesure, il veut bien accorder à votre misérable frère la grâce de suivre de loin Jésus sur le chemin it b croix. Mon frère et ma sœur martyrs m'ont obtenu le bonlieir de marcher sur leurs traces ; je vous le répète, rendez gricesà Dieu. J'ai une faveur à vous demander, veuillez ne pas rejeter mes dernières paroles. Mon fils ne semble pas un enfontdontoii puisse absolument rien faire. Veuillez l'adopter entièremeDi,

établir et le rendre vraiment homme. Toute ma vie est pour moi ne source de regrets; trop souvent j'ai méconnu vos sentiments, eu écouté vos paroles, et tant d'autres choses que je ne puis raporter ; veuillez bien me tout pardonner. De cinq enfants que ous étions, voilà que trois sont martyrs; devant Dieu quelle plus rande gloire pouvait-on désirer? Pour les autres saints, pour ion frère et ma sœur, la chose n'est pas étonnante ; mais pour un tre comme moi, quelle grâce extraordinaire !

« Et vous, mon épouse, maintenant pardonnez, pardonnez- Qoi. Il n'y a pas de mari aussi mauvais que je Tai été, et tout ce |ue j'ai à me reprocher à votre égard ne pourrait s'écrire. Pendant es treize années de notre union, je ne suis jamais entré dans vos •eotiments et ne vous ai causé que des afflictions; voici que tout icoup je me trouve en face de la mort. Que vous dirais-je? Nous le pourrons plus désormais vivre ensemble en ce monde ; il l'y a donc nul remède au passé, et le regret seul me reste. Quoique j'aie si mal rempli mes devoirs d'époux, si j'obtiens de Bonter au royaume du Ciel, j'intercéderai pour vous obtenir une wnne vie et une bonne mort, et, moi-même, messager du bonleur qui vous est destiné par notre Père céleste, je viendrai à ^otre rencontre, et vous conduirai par la main pour vous mettre !D possession des joies éternelles.

«Je vous le recommande instamment, soyez soumise en toutes hoses à la volonté de Dieu, regrettez toutes les choses du passé, egardez ce monde comme un songe, et considérez l'éternité omme votre véritable patrie. Ah ! comment ai-je pu faire tant e cas d'un monde si futile? Dans quelques jours, tout parait evoir finir pour moi. Maintenant seulement je le comprends, mt, même les plus petites choses, dépend de la volonté de Dieu, t les projets des hommes ne sont que vanité ; mais le regret léme n'aboutit à rien.

« Ma mère, vous êtes encore de ce monde, mais pour combien e jours? Soyez heureuse de voir les enfants que vous avez mis au londe suivre, l'un après l'autre, le chemin du martyre, excitez- 0.US à une véritable contrition, et faites en sorte d'obtenir la race d'une bonne mort. Les paroles de mon frère et de ma Bur, à leur dernière heure, ont été pleines de dévouement et de iété filiale ; quelles que soient les miennes, veuillez bien y penîr. Je ne vous oublierai pas non plus, ma belle-sœur aînée, on, je ne vous oublierai pas. Quel est celui de mes frères et sœurs our lequel je puisse être indifférent? Toutefois les peines et les oins que vous avez pris pour moi ne le cèdent qu'à ceux qu'a

nous revoir en ce monde ; que la volonté de Dieu soit faite ! considérant les actions de toute ma vie, et mes nombreux lés, je regrette surtout tout ce que j'ai eu à me reprocher en-

vous; pardonnez-le-moi. Bien que je meure , pourrais-je i oublier? Pour soutien ici-bas, il vous reste Tieng-ei et sa r; élevez-les bien, instruisez-les et faites-leur suivre mes es. Pour vous, si vous êtes soumise en toutes choses à la ntédeDieu,si vous devenez amie du Seigneur, ne sera-ce là le vrai bonheur? Depuis notre séparation, combien vous 5 dû rencontrer de difficultés! Quand cette pensée me vient,

suis accablé ; mais songeant de suite à Dieu et à Marie, je ae mes inquiétudes. Surtout tâchez tous de bien finir la vie. z-vousdes nouvelles de len-p'ong? Hélas! hélas! quand ma eva apprendre mon état, queva-t-elle devenir? Si je viens >i à être martyr, quelle gloire pour elle, il est vrai, mais iment la nature pourra-t-elle se contenir? Maintenant il faut s quitter tout à fait, je n'ai plus de papier, et toujours sous yeux des geôliers, je suis obligé de saisir à la dérobée quelques ants pour vous adresser ces deux mots ; veuillez les faire cir- T dans la famille. Et mon frère aine comment est-il? Et belle-sœur aînée que je ne pourrai plus revoir? Mon espoir que nous nous rencontrerons et réjouirons ensemble au aume du ciel.

J'ignore si je mourrai ici ou à la capitale; si je meurs ici, tiendrai la palme sur le même lieu où ma sœur l'a cueillie ; I bienfait ! Anges et Saints du Paradis, chrétiens de toutes parties de la terre, daignez rendre grâces à Dieu pour moi. ique circonstance me rappelle le souvenir des lettres de cette re sœur martyre, et la seule chose qui m'afflige, c'est le regret le pas avoir autant qu'elle aimé Dieu pendant ma vie. Maintet, je voudrais commencera l'aimer, mais il est trop tard et qu'y e? J'en ai le cœur oppressé, mais si d'une part mes péchés sont s nombre, la miséricorde de Dieu est aussi sans limites, voilà a seul espoir. Par mes seules forces, je n'aurais pu tenir ferme De un instant. Non, maintenant plus que jamais, je reconnais en toutes choses nos forces ne sont pour rien, et que la proion de Dieu fait tout.

: Quand la violence de la persécution sera un peu apaisée, ez chercher mes effets et donnez-les à mon fils. N'oubliez pas 'aire rebaptiser mes deux enfants; ils ne l'ont pas été sûre- H. J'ai quelques dettes et des commandes auxquelles je n'ai satisfaire. Nulle parole ne saurait rendre ce que j'en éprouve ;

pris ma mère elle-m^rae ; et c'est aussi en voas, après m que je me confiais et m'appuyais davantage. Quand j'alla p'ong, il y a quelques années, je revins sans avoir pu vo je le regrette dix mille fois, mais qu'y faire mainlenar noire rendez-vous soit donc dans l'éternilé !

« Mon fils et ma fille, par un bienfait du Seigneur devenu votre père, mais la gravité de mes péchés m'a em| remplir convenablement mes devoirs, et avant même q ayez rinlelligence ouverte, voici que le fil de mes jours si coupé. N'ayant à vous laisser en héritage ni vertus ni rich vous laisse seulement deux mots en testament. Ayez suivre fidèlement la volonté de Dieu, et d'exercer envci mère tous les devoirs de la piété filiale. Vis-à-vis de lo autres personnes, soyez afTablcs et pleins de charité, et t ce monde, vous suivez la bonne voie, vous monterez cerla au royaume du Ciel. Je n'ai guère le droit de parler ai' pauvre pécheur, mais je suis père, ei c'est mon devoir ( mes enfants au bien. Je vous recommande encore de gra> vos cœurs ce sage proverbe des anciens: Ne vous permette: défaire le mal, quoiqu'il semble léger ; efforcez-vous de faire le bien quelque peu considérable qu'il paraisse, bien des choses à dire à beaucoup d'autres iiersonncs, m seulement le papier cl tes pluceaux me manifueiit. maïs encore de subir une violente torture qui m'a l'iié l'usa jiartie inférieure du corps, je suis cliarf;é d'une can,i,'uc <l de plus de vingt livres, et ma raison est loiiie irotibJi'C bras tremblant. Je ne puis donc en dire davantai;e. i surtout, tâchez dépasser une bonne vie, cl de faire un mort. Je l'espère mille fois, dix mille fois.

« Aunée tieng-bai, le li de la rinquièmc lune. ) (I Pai:l ^l, péclietir. n

Le lendemain, Paul écrivit une lettre particu]i^re à sa (ipltc lettre porte pour suscription : ,1 In mhr <lv Tifn'j-c (|ue la politesse de ce pays demande que les t'emnie; liésignécs par le titre de mi-re de tel ou tel de leurs < Tieng-ei était le nom du jeuueliL^e Paul.

Depuis noire ma sser l'un et l'an tûtes sortes de niisèi

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Pour soutien ici-bas, il vous reste Tieng-ei et sa -les bien, instruisez-les et faites-leur suivre mes

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martyr, quelle gloire pour elle, il est vrai, mais lature pourra-t-elle se contenir? Maintenant il faut out à fait, je n'ai plus de papier, et toujours sous geôliers, je suis obligé de saisir h la dérobée quelques

vous adresser ces deux mots; veuillez les faire cira famille. Et mon frère aîné comment est-il? Et r aînée que je ne pourrai plus revoir? Mon espoir s nous rencontrerons et réjouirons ensemble au :iel.

si je mourrai ici ou à la capitale; si je meurs ici, a palme sur le même lieu où ma sœur Ta cueillie; ! Anges et Saints du Paradis, chrétiens de toutes 3 la terre, daignez rendre grâces à Dieu pour moi. instance me rappelle le souvenir des lettres de cette arlyre, et la seule chose qui m afflige, c'est le regret ir autant qu'elle aimé Dieu pendant ma vie. Mainteais commencera laimer, mais il est trop tard et qu'y le cœur oppressé, mais si d une part mes péchés sont

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« Mon liis et ma liUc, par un bienfait du Seigneur je suis devenu voire père, mais la gravité de mes péchés m'a empèchéde remplir convenablement mes devoirs, et avant même que vous ayez l'intelligence ouverte, voici que le fil de mes jours se trouTe coupé. N'ayant h vous laisser en héritage ni vertus ni nchesses,je vous laisse seulement deux mots en testament. Ayez soin de suivre fidèlement la volonté de Dieu, et d'exercer envers voire mère lous les devoirs de la piété filiale. Vis-à-vis de toutes le autres personnes, soyez affables et pleins de charité, et si, dans ce monde, vous suivez la bonne voie, vous monterez certainenenl au royaume du Ciel. Je n'ai guère le droit de parler ainsi, mo' pauvre pécheur, mais je suis père, et c'est mon devoir d'exciter mes enfants au bien. Je vous recommande encore de graver dws vos cœurs ce sage proverbe des anciens: Ne vous permettez jamais défaire le mal, quoiqu'il semble léger ; elforcez-vous toujonrs de faire le bien quelque peu considérable qu'il paraisse. J'aurais bien des choses ii dire h beaucoup d'autres personnes, mais nonsctilcmcnl le papier et les pinceaux me mampient, mais je viens encore de subir nue violenif. torture qui m'a ùté l'usagedda partie inférirurc du eorjis, je suis cbar^é d'une cangue du poids de plus de vingt livres, et ma l'aison est loiile troublée et mon bras tremblant. Je ne puis donc en dire davnnlage. Surtout, surtout, tâche/ dépasser une bonne vie, cl de faire une sainte mort. Je l'espère mille fois, dix mille fois.

i( Année tieng-bai, le 14 de la cinquième lune, » « Pai;l Ni, pécheur. »

Le lendemain, Paul écrivit une lettre particulière a sa femme Celle lettre porte pour suscription : .-l la mère dp Ttcng-ei, pif« que la polites,sc de ce pays demande que les femme'; soieni désignées par le titre de mère de tel ou tel de leurs eQfanl> Ticng-ci était le nom du jeune fils de Paul.

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considérant les actions de toute ma vie, et mes nombreux hés, je regrette surtout tout ce que j'ai eu à me reprocher ensvous; pardonnez-le-moi. Bien que je meure, pourrais-je is oublier? Pour soutien ici-bas, il vous reste Tieng-ei et sa jr; élevez-les bien, instruisez-les et faites-leur suivre mes :es. Pour vous, si vous êtes soumise en toutes choses h la onté de Dieu, si vous devenez amie du Seigneur, ne sera-ce

là le vrai bonheur? Depuis notre séparation, combien vous z dû rencontrer de difficultés ! Quand cette pensée me vient, I suis accablé ; mais songeant de suite à Dieu et à Marie, je me mes inquiétudes. Surtout tâchez tous de bien finir la vie. 2z-vousdes nouvelles de len-p'ong? Hélas! hélas! quand ma rêva apprendre mon état, que va-t-elle devenir? Si je viens \s\ à être martyr, quelle gloire pour elle, il est vrai, mais nment la nature pourra-t-elle se contenir? Maintenant il faut is quitter tout à fait, je n'ai plus de papier, et toujours sous yeux des geôliers, je suis obligé de saisir à la dérobée quelques lants pour vous adresser ces deux mots; veuillez les faire cirer dans la famille. Et mon frère aine comment est-il? Et

belle-sœur aînée que je ne pourrai plus revoir? Mon espoir

que nous nous rencontrerons et réjouirons ensemble au raume du ciel.

V J'ignore si je mourrai ici ou à la capitale; si je meurs ici, )tiendrai la palme sur le même lieu où ma sœur Ta cueillie ; el bienfait ! Anges et Saints du Paradis, chrétiens de toutes

parties de la terre, daignez rendre grâces à Dieu pour moi. aque circonstance me rappelle le souvenir des lettres de cette kre sœur martyre, et la seule chose qui m'afflige, c'est le regret ne pas avoir autant qu'elle aimé Dieu pendant ma vie. Mainte- Dt, je voudrais commencera l'aimer, mais il est trop tard et qu'y re? J'en ai le cœur oppressé, mais si d'une part mes péchés sont os nombre, la miséricorde de Dieu est aussi sans limites, voilà onseul espoir. Par mes seules forces, je n'aurais pu tenir ferme £me un instant. Non, maintenant plus que jamais, je reconnais l'en toutes choses nos forces ne sont pour rien, et que la proiCtioD de Dieu fait tout.

«Quand la violence de la persécution sera un peu apaisée, enei chercher mes effets et donnez-les à mon fils. N'oubliez pas rebaptiser mes deux enfants; ils ne l'ont pas été sûre- ^ai quelques dettes et des commandes auxquelles je n'ai lire. Nulle parole ne saurait rendre ce que j'en éprouve ;

pris ma mère elle-même ; et c'est aussi en vous, après ma mère, que je me confiais et m'appuyais davantage. Quand j'allai à lenp'ong, il y a quelques années, je revins sans avoir pu vous voir; je le regrette dix mille fois, mais qu'y faire maintenant? Que notre rendez-vous soit donc dans réternité !

« Mon fils et ma fille, par un bienfait du Seigneur je suis devenu votre père, mais la gravité de mes péchés m'a empêchéde remplir convenablement mes devoirs, et avant même que vous ayez rintelligence ouverte, voici que le fil de mes jours se trouve coupé. N'ayant à vous laisser en héritage ni vertus ni richessesje vous laisse seulement deux mots en testament. Ayez soin de suivre fidèlement la volonté de Dieu, et d'exercer envers votre mère tous les devoirs de la piété filiale. Vis-h-vis de toutes les autres personnes, soyez affables et pleins de charité, et si, dans ce monde, vous suivez la bonne voie, vous monterez certainemenl au royaume du Ciel. Je n'ai guère le droit de parler ainsi, moi pauvre pécheur, mais je suis père, et c'est mon devoir d'exciter mes enfants au bien. Je vous recommande encore de graver dans vos cœurs ce sage proverbe des anciens : Ne vous permettez jamais défaire le mal, quoiqu'il semble léger ; efforcez-vous toujours de faire le bien quelque peu considérable qu'il paraisse. J'aurais bien des choses a dire à beaucoup d'autres personnes, mais nonseulement le papier et les pinceaux me man(|tient. mais je viens encore de subir une violenU' torture qui ni\i ùié l'usage de la [)arlie inférieure du corps, je suis charité d'une cani^ue du poids de plus de vingt livres, et ma raison est toute troublée et mon bras tremblant. Je ne puis donc en dire davantage. Surloui, surtout, tâchez de passer une bonne vie, et de faire une sainte mort. Je l'espère mille fois, dix mille fois.

(( Année tieng-hai, le 14 de la cinquième lune. »

« Pai;l Ni, pécheur. »

Le lendemain, Paul écrivit une lettre particulière à sa femme. Celle lettre porte pour suscriplion: A la mère de Tieng-ei, parce (|ue la politesse de ce pays demande que les femmes soient (lésignées par le titre de mère de tel ou tel de leurs enfants. Tieng-ei était le nom du jeune fils de Paul.

(( Depuis noire mariage, pendant treize ans, nous n'avons pu passer Tun et l'autre un seul jour tranquille, et nous avons eu toutes sortes de misèreSjSéoarés tout d'un coup, nous ne devons

lUs revoir en ce monde ; que la volonté de Dieu soit faite ! usidérant les actions de toute ma vie, et mes nombreux , je regrette surtout tout ce que j'ai eu à me reprocher en- )us; pardonnez-le-moi. Bien que je meure, pourrais-je iblier? Pour soutien ici-bas, il vous reste Tieng-ei et sa élevez-les bien, instruisez-les et faites-leur suivre mes Pour vous, si vous êtes soumise en toutes choses à la S de Dieu, si vous devenez amie du Seigneur, ne sera-ce le vrai bonheur? Depuis notre séparation, combien vous j rencontrer de difficultés! Quand cette pensée me vient, is accablé; mais songeant de suite à Dieu et à Marie, je mes inquiétudes. Surtout tâchez tous de bien finir la vie. ousdes nouvelles de len-p'ong? Hélas! hélas! quand ma a apprendre mon état, que va-t-elle devenir? Si je viens i être martyr, quelle gloire pour elle, il est vrai, mais mt la nature pourra-t-elle se contenir? Maintenant il faut uitter tout à fait, je n'ai plus de papier, et toujours sous IX des geôliers, je suis obligé de saisir à la dérobée quelques 5 pour vous adresser ces deux mots ; veuillez les faire cirdans la famille. Et mon frère aîné comment est-il? Et ile-sœur aînée que je ne pourrai plus revoir? Mon espoir e nous nous rencontrerons et réjouirons ensemble au ne du ciel.

ignore si je mourrai ici ou à la capitale; si je meurs ici, idrai la palme sur le même lieu où ma sœur Ta cueillie ; ienfait ! Anges et Saints du Paradis, chrétiens de toutes rties de la terre, daignez rendre grâces à Dieu pour moi. e circonstance me rappelle le souvenir des lettres de cette >œur martyre, et la seule chose qui m'afflige, c'est le regret )as avoir autant qu'elle aimé Dieu pendant ma vie. Maintee voudrais commencera Taimer, mais il est trop tard et qu'y J'en ai le cœur oppressé, mais si d'une part mes péchés sont ombre, la miséricorde de Dieu est aussi sans limites, voilà îul espoir. Par mes seules forces, je n'aurais pu tenir ferme un instant. Non, maintenant plus que jamais, je reconnais toutes choses nos forces ne sont pour rien, et que la pro- 1 de Dieu fait tout.

uand la violence de la persécution sera un peu apaisée, chercher mes effets et donnez-les îi mon fils. N'oubliez pas re rebaptiser mes deux enfants; ils ne Font pas été sûre- J'ai quelques dettes et des commandes auxquelles je n'ai titfaire. Nulle parole ne saurait rendre ce que j'en éprouve ;

pris ma mère elle-mPme ; et c'est aussi en vous, aprè* ma nère, que je me confiais el m'appuyais davantage. Quand j'allai à Iwp'ong, il y a quelijues années, je revins sans avoir pu vous ïfiir; je le regrette dix mille fois, mais qu'y faire mainlenant? Que noire rendez-vous soit donc dans l'éterniié !

n Mon fils el ma fille, par un bienfait du Seigneur je suis devenu votre père, mais la gravité de mes péchés m'a empêchHe remplir convenablement mes devoirs, et avant même que fm ayez l'inlelligence ouverte, voici que le fil de mes jours seiroufe coupé. N'ayant à vous laisser en héritage ni vertus ni ricliesses.ie vous laisse seulement deux mois en testament. Ayez soin de suivre fidèlement la volonté de Dieu, el d'exercer envers ïot« mÈre tous les devoirs de l.i piété filiale. Vis-^-vis de tout» i« autres personnes, soyen affables et pleins de charité, et si, dans ce monde, vous suivez la bonne voie, vous monterez certainemeul au royaume du Ciel. Je n'ai gutre le droit de parler ainsi, moi pauvre pécheur, mais je suis père, et c'est mon devoir dexritff mes enfants au bien. Je vous recommande encore de graver to vos cœurs ce sage proverbe des anciens: Ne vous permclloz jimii^ défaire te mal, quoiqu'il semble léger ; efforcez-vous loajoors de faire le bien quelque peu con.<)idérable qu'il paraisse. J'auraii bien des choses U dire h bcaueoup d'autres personnes, mais nonseuicmcnl le papier el les pinceaux me manquent, mais je viens encore de subir une violente torture qui m'a ôté l'usagedeb partie inférieure du corps, je .suis chargé d'une cangue du poids de plus de vingt livres, el ma raison est toute troublée el mon bras tremblant. Je ne puis donc en dire davantage. Surtout, surtout, tâchez de passer une bonne vie, et de faire une sainte mort. Je l'espère mille fois, di.t mille fois.

« Année lieng-hai, le 14 de la cinquième lune, n M P.\iiL Ni, pécheur, w

Le lendemain, Paul écrivit une lettre particulière à sa femme. Celte lettre porie pour su.scription : A la mère de Tieng-ei, pim que la politesse de ce pays demande que les femmes soieni désignées par le titre de mère de tel ou tel de leurs enfanis. Tieng-ei était le nom du jeune fils de Paul.

« Depuis notre mariage, pendant treize ans, nous n'avons pu pas.ser l'un ol l'autre un .seul jour tranquille, et nous avons e" toutes sortes de misères, Séparés tout d'un coup, nous ne devons

is Dous revoir en ce monde ; que la volonté de Dieu soit faite !

considérant les actions de toute ma vie, et mes nombreux 3hés, je regrette surtout tout ce que j'ai eu à me reprocher en- •svous; pardonnez-le-moi. Bien que je meure , pourrais-je is oublier? Pour soutien ici-bas, il vous reste Tieng-ei et sa ur; élevez-les bien, instruisez-les et faites-leur suivre mes ces. Pour vous, si vous êtes soumise en toutes choses à la lonté de Dieu, si vous devenez amie du Seigneur, ne sera-ce s là le vrai bonheur? Depuis notre séparation, combien vous ez dû rencontrer de difficultés! Quand cette pensée me vient, n suis accablé ; mais songeant de suite à Dieu et à Marie, je Ime mes inquiétudes. Surtout tachez tous de bien finir la vie. ez-vousdes nouvelles de len-p'ong? Hélas! hélas! quand ma ire va apprendre mon étal, que va-t-elle devenir? Si je viens ssi à être martyr, quelle gloire pour elle, il est vrai, mais mment la nature pourra-t-elle se contenir? Maintenant il faut us quitter tout à fait, je n'ai plus de papier, et toujours sous i yeux des geôliers, je suis obligé de saisir à la dérobée quelques stants pour vous adresser ces deux mots ; veuillez les faire cirler dans la famille. Et mon frère aine comment est-il? Et i belle-sœur aînée que je ne pourrai plus revoir? Mon espoir l que nous nous rencontrerons et réjouirons ensemble au yaume du ciel.

« J'ignore si je mourrai ici ou à la capitale; si je meurs ici, btiendrai la palme sur le même lieu où ma sœur Ta cueillie ; lel bienfait ! Anges et Saints du Paradis, chrétiens de toutes ^ parties de la terre, daignez rendre grâces à Dieu pour moi. Jaque circonstance me rappelle le souvenir des lettres de cette 1ère sœur martyre, et la seule chose qui m'afflige, c'est le regret me pas avoir autant qu'elle aimé Dieu pendant ma vie. Mainteint, je voudrais commencera l'aimer, mais il est trop tard et qu'y ire? J'en ai le cœur oppressé, mais si d une part mes péchés sont iDs nombre, la miséricorde de Dieu est aussi sans limites, voilà lODseul espoir. Par mes seules forces, je n'aurais pu tenir ferme ièmeun instant. Non, maintenant plus que jamais, je reconnais u'en toutes choses nos forces ne sont pour rien, et que la pro- ^ion de Dieu fait tout.

« Quand la violence de la persécution sera un peu apaisée, enez chercher mes effets et donnez-les à mon fils. N'oubliez pas le faire rebaptiser mes deux enfants; ils ne l'ont pas été sûreï^eot. J'ai quelques dettes et des commandes auxquelles je n'ai pu satisfaire. Nulle parole ne saurait rendre ce que j'en éprouve ;

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• Moli trtihinind pécheur, qui , pendant tRitie«ji iM,aip9»t^ viInnoMt mon tmjm, et suis sans ancn mérite, je ra^ul^ bien il'fltrfl drttnitwrf ilo Dieu et de la vierge Marie. Auioot^ il'liui, Ji< nui» a|ii)ii)t)i pur une faveur spéciale et lout eilnoriliiiiiirn. l'.'o!il, ](! n'eu doiUe pas, uu bienfait de Marie confae Han» pl^i'liii, noirc grande patronne qui, après m'avoir agr^ Il la confrt'ric, fait découler sur moi cette grice de preniiw ordre. Ombieii grandes nis sont pas la feneur et les œuvra méritoires de Ions les confrères ! Pour moi, hooteux de imii' marne et rie mon indignité, en réfléchissant à la grandeur de nws péchés que le ciel et la terre ne peuvent conienir, je ne crojiiJ pas pouvoir y prendre part. « Comment, me disais-jc, pourrai^' bien me mêler i celle société ? » Ayant été, contre toute alienie, jeté en prison pour la foi, je pense que lintenlion de Marie m'est, par cela même, clairement révélée. Pour les autres confrères, qui sont si riches en mérite et en vertus, elle pourn bien, sans les faire passer par la prison, les faire parveniri* terme; mais pour un pécheur comme moi, la bonne Mirt a vu qu'il n'y avait pas d'autre moyen. 0 vous tous, remerciai pour moi

M Comme j'ai été saisi tout il fait à l'improviste, vous en ïiif ' i stupéfaits et dans une grande inquiétude. De cQon

ôlé, je ne saurais exprimer tous les sentiments par lesquels je ois constamment avec chacun de vous. Je sais bien que vous gissez avec beaucoup de zèle. Laissez-moi pourtant vous dire D mot. Vous savez Thistoire de la vraie religion de Notre Seineur Jésus-Christ dans notre pays. Après des efforts continués rendant de longues années, on était parvenu, par une disposition péciale de la Providence, à bâtir une toute petite maison, et à y éanir quelques habitants. Puis, le temps n'étant pas favorable, oici qu'un vent et une pluie violente Tont presque renversée; [aand j*y songe, ma respiration se coupe, et toutefois j'espère [ue, par la protection de la bonne Mère, cette maison pourra se «Dserver ; oui, je Tespère ; priez, priez instamment.

« Vous trouverez chez moi des détails sur tout ce que j'ai pu aire pendant le mois passé. Mais quand, ce mois-ci, arrive quelp^un de nos jours de réunion, ma douleur redouble, car maintenant je me trouve séparé de vous pour toujours. Du reste, laand je survivrais, il n'y aurait pas pour la confrérie une grande utilité. Néanmoins, je sais bien que quand vous ferez eos réunions, vous ressentirez quelque tristesse et quelque regret, à cause de mon absence. Unissez plutôt vos cœurs et vos forces pour remercier Dieu d'un si grand bienfait. Je pense à chacun de vous en particulier. Il me semble môme vous voir. De grâce, tous, faites vos efforts pour conserver la petite maison dont je viens de vous parler, et pour arriver sans faute à la grande Maison de Dieu, oii nous nous réjouirons tous ensemble. « Les deux supérieurs sont-ils en bonne santé? Les supérieurs de chaque lieu sont-ils aussi bien portants? Je ne puis déposer toute inquiétude à cause de l'intérêt que je vous porte. Que de peines vous voulez bien vous donner! Si tout est tranquille à la capitale, veuillez bien veiller à la conservation de la petite maison et de ses habitants si peu nombreux. Travaillez à ce que la ïdigion devienne florissante. J'ai vu ici plus de deux cents chrétiens; peu ont tenu ferme, presque tous sont tombés ! Par la grâce de Dieu, quelques-uns pensent à reprendre la vie, et je me dis : ceci encore n'est-il pas Teffet de l'intercession des confrères?

« Charles, mon ami (1), comment se porte votre mère? Certes ootre affection mutuelle était bien loin d'être une amitié ordinaire. Sans vous, jamais personne ne m'aurait parlé de mes ^uts ; maintenant que j'y réfléchis, vraiment vous étiez pour ^01 un trésor. Cher ami, écoutez favorablement ma prière, veuille) Charles Hien, qui fut martyrisé en 1846.

lez prendre soin de ma femme et de mes enfants. Il y en a bien d'autres à qui je pourrais me fier, et qui ne tromperaient pas ma confiance, mais entre tous, vous mon ami, comprenez toute ma pensée, et vous n'oublierez pas la parole d'un mourant. Le temps passe vite, déjà plus d'un mois s'est écoulé depuis mon arrestation. Quant aux souffrances, je ne suis pas moi-même capable de les supporter, le corps trop faible ne saurait les vaincre^ et si ce n'était la grâce de Dieu et le secours de Marie, comment pourrais-je tenir même un instant ? Je suis tourmenté par la pensée de n'avoir pu payer les dettes contractées envers les chrétiens de la capitale et de la province, et de n'avoir pu reconnaître les bienfaits que j'ai reçus. Il ne me reste qu'à invoquer Dieu, espérant qu'il m'en fera remise.

« Je vous le dis de nouveau à tous, et j'ose espérer dix mille fois que vous m'écouterez : ce temps n'est vraiment qu'un instant, faites vos efforts, épuisez tous les moyens pour obtenir une bonne mort. La masse de mes péchés monte jusqu'au ciel, mais puisque Dieu m'a comblé de bienfaits jusqu'ici, certainement il ne veut pas m'abandonner. Si j'obtiens le premier d'arriver au ciel, qui que vous soyez, quand vous viendrez à notre grande demeure, j'irai à voire rencontre avec les instruments de musique, et nous monterons ensemble devant notre Père commun pour le louer et nous féliciter. J'aurais encore mille choses à vous dire, mais je ne le puis sur le papier. Ayez soin de conserverie corps et lame en bon élat dans ce monde qui passe, et, dans réternité, nous nous découvrirons entièrement les seulinienls de nos cœurs.

« Année tieng-hai, le 25 de la cinquième lune.

(( Paul Ni. »

11 ne paraît pas que Paul ait eu d'autres interrogatoires à subir après ceux (|u'il nous a lui-même racontés. Dans la prison, il continua de faire réditication de tous par sa patience, par sa ferveur et sa soumission à la volonté de Dieu. Mais son corps, naturellement faible, avait été tellement brisé qu'il ne put prendre le dessus. Épuisé par ses blessures, notre courageux martyr languit encore quelques jours, et le 4 de la cinquième lune intercalaire, sa belle âme s'envola vers le ciel pour y recevoir le pm de son invincible constance. Il avait alors trente-six ans.

Ainsi mourut cet insigne confesseur de la foi, l'un des plus grands héros de l'Eglise coréenne. Depuis son arrivée à la pri-

son, sans cesse il avait relevé le courage de ceux qui étaient tombés, raffermi les faibles, consolé et soutenu ses compagnons de captivité, édifié et instruit les païens, forcé Tadmiraiion de ses juges eux-mêmes. Parmi les autres prisonniers, un petit nombre, il est vrai, eurent le courage d'imiter ses exemples, mais tous Tadmiraient et Taimaient, tous pleurèrent sa mort, et encore aujourd'hui, tous les fidèles ont sa mémoire en vénération.

Il était temps cependant de décider enfin du sort de tous ces chrétiens que, durant plus de deux mois, on avait réuni comme par troupeaux de toutes les parties de la province, et entassés dans les cachots de Tsien-tsiou. La plupart, nous Tavons déjà dit, avaient cru, par une lâche apostasie, éviter les tortures, et racheter de suite leur vie et leur liberté. En cela, ils s'étaient trompés, et quoique dans la prison on les traitât avec un peu plus d'indulgence, ils virent bientôt que les juges n'étaient pas d'humeur à leur pardonner si vite le crime d'avoir adoré Jésus- Christ. Vers le milieu de la cinquième lune, on prépara le dénouement de leur procès. Vingt-quatre mandarins furent appelés pour coopérer k leur jugement, et siégèrent en un même jour dans les diverses parties du tribunal. Chacun d'eux avait à questionner un certain nombre d'accusés, cinq par cinq.

On commença par administrer à chacun de ces malheureux apostats, trente coups de bâton, de sorte que, sans aucun mérite pour eux, leur sang coula, leurs corps furent meurtris et couverts de blessures. Puis, après quelques questions, on leur passa la cangue au cou, et on les renvoya à la prison. Dix jours après, chacun d'eux fut encore appelé, reçut deux ou trois volées de coups de bâton, et entendit sa sentence définitive. Les moins compromis, ainsi que ceux qui avaient non-seulement renié Dieu, mais trahi et dénoncé leurs frères, furent relâchés immédiatement. Les autres furent condamnés k l'exil dans diverses parties éloignées du royaume. Alors, ces infortunés qui n'avaient pas perdu la foi, et à qui la conscience reprochait cruellement leur faute, se dirigèrent chacun vers le lieu qui lui était assigné, trop heureux si, comme nous avons lieu de l'espérer pour le plus grand nombre, ils surent recevoir ce châtiment de la justice humaine en satisfaction de ce qu'ils devaient à la justice de Dieu.

Le sort des apostats étant ainsi réglé, il fallait en finir avec les huit ou dix chrétiens fidèles, qui persistaient dans leur généreuse profession de foi. En voyant les prisons se vider autour d'eux, ils s'interrogeaient mutuellement du regard et se disaient :

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« Nous, au moins, par un bienfait tout spécial de Dieu, porteronsnous des fruits de salut? » Peu de temps après, ils furent cités devant le mandarin du district. On leur fit signer leur sentence de mort, puis, les appelant un à un, on leur demanda par trois fois s'ils n*avaient pas de regret de mourir. Chacun répondit n'avoir aucun regret. On leur passa la cangue, on leur remit les fers aux pieds et on les reconduisit à la prison. Le lendemain ils comparurent devant un autre mandarin, et la même scène que le jour précédent fut répétée trois fois encore. Deux jours après, par-devant le gouverneur, la même triple interrogation fat faite et la même réponse donnée. Enfin toutes les formalités étant remplies, ils quittèrent le tribunal définitivement condamnés à mort. Sur leur passage, les valets criaient mille injures grossières ; les uns les frappaient avec le pied, d'autres faisaient pirouetter leurs cangues, tous leur prodiguaient des marques de mépris et de dérision.

De retour à la prison, ils s'attendaient à être presque immédiatement livrés au bourreau. La réponse du roi devait arriver en quelques jours, et ils ne cessaient de se consoler et de se fortifier mutuellement. Une joie toute divine inondait leurs âmes, une sainte gaîté animait leurs actions et leurs paroles. <( C'est pour aujourd'hui, c'est pour demain,» disait-on ; et chacun, confiant dans le secours de Dieu, était bien résolu. Quelques jours se passèrent ainsi, puis quelques mois, puis des années entières, et Ton comprit enfin que Tcxécution était indéfiniment ajournée. L'unique cause de ce retard était la volonté personnelle du roi. Ce prince que nous avons vu, vingt-cinq ans plus tôt, intervenir encore enfant pour faire cesser la grande persécution de 1801, était d'un naturel doux et tranquille. Il répugnait par instinct à verser le sang de ses sujets, et dans le cas présent, on ne put lui arracher la ratification de la sentence portée par le tribunal de Tsien-tsiou.

Laissons donc pour un temps, dans la prison de cette ville, nos généreux confesseurs porteries chaînes pour le nom du Sauveur Jésus, et suivons Thistoire de la persécution dans les autres provinces.

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