Histoire de le̓́glise de Corée précédée du̓ne introduction sur lh̓istoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennes
Le Sainl-Siége confie la mission de Corée a la Société des Missious- ÉtraDgères. — Mgr Bruguièrc, évôque de Capsc.
Tous les peuples doivent entendre la bonne nouvelle; tous les enfants d*Adam sont appelés à être les enfants de Jésus-Christ, à devenir les pierres vivantes de cet édifice qui se construit dans les siècles, et aora son couronnement dans Téternité ; mais chaque partie ne peut se soutenir que si elle est appuyée sur la pierre fondamentale établie par Dieu lui-même. Aussi, voyons-nous .jue toutes les Églises particulières ne vivent que par leur union avec TEglisc romaine, et leur vie est d'autant plus active, d'autant plus piiissaiile que cette union est plus intime. L'histoire de TÉgiise de Corée est une nouvelle preuve de cette vérité.
T. II. — L'iOLisi ai Goaii. ^
L'Évangile avait à peine pénétré dans ce pays^ que l'évêque de Péking en écrivit au Souverain Pontife. Le pape Pie VI reçut cette heureuse nouvelle en 1792, au moment oft commençaient les terribles épreuves de la Révolution. Il rendit grâces à Dieu, envoya aux néopbytes la bénédiction apostolique, et confia à révéque de Péking lui-même le soin de la chrétienté naissante.
Vingt ans après, en 1812, les chrétiens de Corée ne pouvant obtenir de prêtres, à cause du triste étal auquel les persécutions avaient réduit l'Église de Péking, écrivirent au pape Pie VII la lettre que nous avons ciiée, suppliant dans les termes les plus touchants celui qu'ils appellent le Père très-haut, très-grand et trèfr^aint, de compatir à leur abandon et de leur envoyer des pasteurs. Cette lettre fut remise au vicaire de Jésus-Christ, dans sa prison de Fontainebleau. 11 ne pouvait rien alors que prier et attendre de la miséricorde de Dieu des circonstances plus favorables.
Quand le calme eut enfin succédé aux épouvantables secousses, qui pendant vingt-cinq ans avaient bouleversé TEurope, quand le Pape fut rentré triomphant à Rome, des jours meilleurs se
levèrent pour 1 Église. Non-seulement elle sortit des ruines sous lesquelles on avait cru Tensevelir, mais, atin deconsolerson cœur maternel, l'Esprit de Dieu suscita dans son sein une nouvelle et |)lus puissante explosion de zèle apostollifue, pour la conversion du moude entier. Les vocations de missionnaires commencèrent à se multiplier. La Révolution avait détruit toutes les ressources réunies par la piété des âges précédents pour Tœuvre des missions; les rois et les gouvernements ne prenaient nul souci de les reconstituer ; l'Association de la Propagation de la foi fut chargée par Dieu d'en créer de nouvelles, et de trouver dans la foi des paitvres, des ouvriers, des gens du peuple, des trésors plus considérables que n*en donnèrent jamais les rois chrétiens à l'époque oh ils se croyaient tenus en droit et en honneur de fournir aux dépenses de l'apostolat. La Sacrée Congrégatioa de la Propagande s'occupait activement de régulariser ces généreu.x efforts. Nos lecteurs savent qu'on nomme ainsi la Congrégation des Cardinaux, chargée par le Pape de tout ce qui concerne la prédication de l'Évangile dans les pays hérétiques, schismali(jues ou infidèles. C'est cette Congrégation qui envoie les ouvriers évangéliques, qui présente les évèques et vicaires apostoliques au choix du Souverain Pontife, qui résout les questions et juge les difficultés qui peuvent s'élever .dans les missions. Ëllc est le
centre qui relie toutes les œuvres particulières, et les rattache au
Saint-Siège.
Dans ce travail général de réorganisation, la Corée ne pouvait être oubliée. Plusieurs fois déjà, la Sacrée Congrégation avait discuté le meilleur moyen de venir au secours de ces pauvres chrétiens délaissés, et privés de tout secours religieux. Mais la position déplorable de la mission-mère de Pékiog, les prétentions soraonées du Portugal à un patronage dont jamais nation chrétienne n'est devenue si indigne, avaient empêché de donner à cette question une solution définitive, lorsque, en 1827, arriva à Rome une nouvelle lettre des néophytes de Corée, suppliant Instamment le Souverain Pontife de leur envoyer des prêtres. C'était la lettre écrite vers 1825, par Augustin Niou long-sim-i, et, comme il est d'usage en pareil cas chez les chrétiens, signée, par mesure de prudence, d'un nom peu coiiuu ou complètement imaginaire. Nous en donnons ici la plus grande partie.
Au Pape, notre Souverain Ponlile, les Coréens chrétiens, Ambroise et les autres, salut et vénération profonde.
et DepnisdiXfhuit centsansque le Sauveur Jésus, s'étant incarné, a racheté le monde, est ressuscité et est .monté au ciel, toujours ils*est trouvé des saints et des docteurs pour porter l'Évangile jusqu^aux extrémités de la terre, et éclairer ceux qui étaient assis
dans les ténèbres. Notre pays a eu, lui aussi, malgré son abjection, le bonheur d'entendre la parole de vie, de recevoir la grâce de la réconciliation, et de parlicij)er aux mérites de la passion et aux trésors de la miséricorde dix mille fois infinie du Seigneur. N'esl-il donc pas de notre devoir de lui rendre d'incessantes actions de grâces? Néanmoins nous sommes sous le poids de souffrances et de tribulations qu'il est nécessaire d'exposer humblement à Votre Sainteté, afin qu'elle daigne y pourvoir.
« Après la mort du prêtre Jacques Tsiou, dans le royaume de Kaoli (Corée), des persécutions continuelles ayant arrêté les progrès de la doctrine chrétienne, il ne se trouve plus guère que mille fidèles qui se la transmettent dans Tombre, et continuent à la professer (1). Cependant les dogmes de la religion, quelque vrais qu'ils soient, deviennent inutiles; la doctrine, par suite de
(1) Il y a évidemment ici une erreur de chIfTrcs, soii dans la copie chinoise, soil dans la Iraduclion latine, puisque, î>endanl la persécution de 1827, deux ans après la date probable de celle Iciue, nous avons vu qu'il y cul cinq cents arrestattons de chrétiens dans deux provinces seulement. D'aiU teors 00 lit, quelques lignes i)lu$ bas, que les «Uiréliens étaient aussi nombreux qu^au temps du P. Tsiou,
la louniciir de notre esprit, reste inefficace, et la grftce divine est entravée. Ceux qui dorment du sommeil de la vieillesse ou de la maladie, descendent au tombeau, emportés par le chagrin ; et nous, leurs survivants et successeurs, dans notre affliaion, nous sommes fatigués de vivre ; la tristesse et Tangoisse oppressent de plus en plus nos cœurs. C'est pourquoi, au mépris de tous les périls, nous avons envoyé maintes requêtes à Tévèque de Péking, notre pasteur, qui, bien que touché de nos supplications, n*a pu nous donner des prêtres, pour ranimer et réchauffer nos âmes pécheresses par l'exercice du ministère de la religion. Hélas ! ces malheurs sont la peine de nos péchés, et c'est à nous-mêmes, non pas aux autres, que nous devons nous en prendre; nous ne le savons que trop.
(( Cependant les fidèles de notre royaume ne sont pas moins nombreux qu'au temps du prêtre Jacques; les calamités qui nous pressent au dehors sont extrêmes, les besoins de nos Ames sont inexprimables, et des missionnaires de Macao nous peuvent être d'un nngulier secours dans une si grande détresse. Mais il est absolument impossible de communiquer directement, librement et promptement avec notre royaume parla voie de terre. C'est pourquoi nous osons proposer humbiement an Souverain Pontife deux choses qui nous semblent également nécessaires ; Tune ne peut se séparer deTautre. Qu'un homme passe plusieursjourssans manger, il est réduit à mourir d'inanition. Quand même il devrait obtenir de la nourriture dans un mois, pourra-t-il en profilor si quelques aliments ne viennent promptement souluc^or la faini qui le dévore? D'un autre côté, si on ne lui doit fournir aucune nourriture le mois prochain, celle qu'il prendra aujourd'hui ne lui sera-t*elle pas inutile? De même, renvoi de prêtres serait certainement pour nous une grande faveur, et nous causerait une bien vive joie; mais ce serait insuffisant, si l'on ne prend en même temps le moyen de subvenir d'une manière permanente à nos besoins, et d'assurer à nos enfants des secours spirituels pour l'avenir. SI nous devons toujours être abandonnés, ne vaudirait-il pas mieux qu'on n'eût jamais eu pitié de nos malheurs?
« Pour arriver à un bon résultat, il faut d'abord envoyer des prêtres qui, après avoir pourvu aux nécessités les plus ure^entes, iront à la rencontre du vaisseau que l'on devra expédier plus tard ; c'est le meilleur moyen d'obtenir le libre exercice de la religion. Les Coréens sont pour la plupart grossiers et timides, enclins à mépriser et à maltraiter ceux qu'ils voient plus grossiers el plus impuissants qu'eux. Mais ils sont grands amateurs de nouveautés.
et oomme une renommée constaDte a fait parvenir à nos oreilles le bruit de la sagesse et de la puissance des Européens, on les regardera comme des esprits. Si donc un navire européen apparaît tout à coup, les nôtres stupéfaits ne sauront d'abord quel parti prendre. Admirant ensuite la force et la vertu des hommes de rOccident, ils les accueilleront avec humanité et avec joie. S'ils étaient animés de que^iiie mauvaise intention contre eux, ils n'oseraient rien faire avant d'en avoir référé à l'empereur de Chine, lequel faisant réflexion qu'un navire européen, sur un littoral étranger, ne peut nuire à son propre royaume, jugerait probablement qu'il ne doit pas s'en inquiéter. 11 est donc évident que la voie de mer doit être employée pour soutenir et répandre la religion. Notre royaume dépend, il est vrai, de la Chine, mais les moeurs et le pays sont différents, et notre roi n*est pas soumis à Fempereur de la même manière que Tétaient jadis les petits rois chinois. Que si notre évèque (celui de Péking) se contente d'envoyer simplement des prêtres pour Texercice du saint ministère, ils ne pourront que très-difficilement échapper à la vigilance des mandarins et aux défiances du peuple, et l'on verra s'évanouir tout espoir de propager le christianisme.
(( Si nous jetons les yeux sur les livres de religion, nous y lisons qu'on s'est servi de la navigation pour porter l'Evangile dans les Contrées éloignées, chez les peuples barbares, chez les Japonais par exemple, et jusqu'aux extrén^ités du monde. Mais, ô douleur ! notre royaume, oublié dans ce coin de terre, reste seul dans les ténèbres ; les deux sont pour lui sans lumière. Que d'âmes dans ce vaste pays se précipitent inévitablement dans Tabime de la perdition ! Nous ne sommes que des gens grossiers et des enfants; mais du fond de notre misère, nous fixons nos regards sur le sang divin que Notre Seigneur Jésus-Christ a répandu pour nous, et snr les miettes qui tombent de la table du Maître. Daigne Votre Sainteté, dont la prudence est souveraine, trouver le moyen de nous secourir dans un péril si imminent, et de nous retirer de l'abime (|ui commence à nous engloutir î »
Viennent ensuite d'assez longs détails sur la meilleure manière d'armer ce navire dont les Coréens sollicitent l'envoi, sur la composition de l'équipage, sur les dangers que Ton pourrait courir près des côtes, snr le lieu le plus favorable au débarquement, sur le plan à suivre pour entrer en rapport avec les autorités, sur les précautions à prendre contre leur mauvaise foi, etc., etc.
Cette nouvelle instance d'enfants abandonnés qui demandaien da pain, et qui n'avaient personne pour le leur rompre, toucha