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(lansTautre; aussitôt qu'un seul est malade, nous sommes toat dans UQ hôpital mal aéré et très-dangereox. Cet hiver, j*ai eu le typhus, je Fai commoDiqué aux élèves qui Font successivement; aussi, depuis trois mois, il y en a toujours sur le grabat. J'ai uo minoré, un tonsuré, deux autres théologiens ; quelques autres étudient seulement le latin. Vous comprenez que les lieux et les temps s'opposent k ce que nous ayons un collège nombreux et un peu mieux orjj:anisé. »
Au coramencemenl de juin de cette année i8Go, la barque expédiée par Mgr Rerneux au rendez-vous habituel de l ile de Mérin-lo rencontra (|ualre nouveaux missionnaires. L'expédition offrait plus de dangers qu'auparavant. Outre que le développement de la contrebande sur les frontières avait fait redoubler de sévérité dans la surveillance, on saisissait à cette époque tous les navires pour les corvées du gouvernement. Aussi les nouveaux arrivants, au lieu de venir droit à la capitale, furent-ils obligés d'aller débarquer avec tous les bagages à trente lieues au sud, contre-temps qui occasionna bien des retards et bien des embarras. Mgr Davduy dont la maison venait d*étre détruite par un incendie, était alors dans le Na!-po, se cherchant un gîte pour Tété. 11 reçut à temps la nouvelle que quatre prêtres europiéens venaient de débarquer dans son district ; il courut au-devant d'eux, et les trouva entassés, eux et leurs bagages, dans une petite chaumière sur les bords de la mer, où ils pouvaient à peine remuer. Son arrivée immédiate fut un coup de la Providence, car les jeunes missionnaires, trompés par les fausses nouvelles qui couraient dans le Léao-tong, étaient persuadés (jue la liberté religieuse venait d'être proclamée en Corée, et qu'il n'était plus nécessaire de prendre aucune précaution pour se cacher des païens. S'ils fussent restés seuls, ils eussent été, sans aucun doute, arrêtés le même jour, et Dieu sait quelles terribles suites un tel accident aurait eues pour la chrétienté. Mgr Daveluy partit avec eux sur trob petits bateaux, qui emportaient en même temps leurs eiïets et les objets d'Ëurope envoyés h la mission ; il gagna un grand vilU^e oii il y avait de nombreux chrétiens, et de là les expédia successivement à la capitale, avec tontes les précautions voulues.
Voici les noms de ces quatre jeunes apôtres qui, après un séjour de (juchiues mois seulement en Corée, devaient donner leur sang pour Jésus-Christ avant d'avoir pu lui donner leurs sueurs, et à qui Dieu, dans son iulinif bonté, avait résolu d'accorder, dès la première heure, la plus haute récompeuse que
le missionnaire puisse désirer en ce monde, la couronne du martyre. — M. Simon-Bfarie-AntoineJust Ranfer de Bretenières, du diocèse de Dijon, né le 98 février 4838, à ChUon-sur-
Saône, où ses parents faisaient momentanément leur résidence, élail le lils aîné de M. le baron de Breteuières, et appartenait à une ancienne famille, dont les membres se sont longtemps succédé dans les hautes charges de la magistrature de Bourgogne. Méprisant tous les avantages que devaient lui ottVir, dans le monde, une naissance illustre, la fortune, et des talents distingués, il entra en 1850 au séminaire d'Issy, et deux ans plus lard, le 25 juillet 1861, au séminaire des Missions-Étrangères, où il fit ses études de lliéologle. Il fut, ainsi que ses compagnons MM. Beaulieu et Dorie, ordonné prêtre le 21 mai 1864, par Mgr Thomine-Desmazures, vicaire apostolique du Thibet. — M. fiemard-Louis Beaulieu, né le 8 octobre 1840, à Laogon, diocèse de Bordeaux, après cinq ans d'études au grand séminaire de Bordeaux, entra diacre au séminaire des Missions-Étrangères le 28 août 1863, et fut ordonné prêtre le 21 mai de Tannée suivante. — M. Pierre-Henri Dorie, né k Saint-Hilaire-de-Talmonl, diocèse de Lu(.on, le 22 septembre 1839, n'avait encore reçu que les ordres mineurs lorsqu'il entra au séminaire des Missions-Etrangères, le 13 août 1862. Il fut fait prêtre le 21 mai 1864. — M. Martin-Luc Huin, né h Guyonvelle, canton de la Ferté-sur-Amance, diocèse de Langres, entra au séminaire des Missions-Etrangères le 20 août 1863. II élail prèire depuis plus de deux ans, et avait exercé avec beaucoup de zèle les fondions de vicaire dans les paroisses de Melay et de Voisey. — Les quatre missionnaires quittèrent Paris le 15 juillet 1861, et, le 19, s embarquèrent à Marseille sur un paquebot des Messageries impériales. Arrivés à Hong-kong, vers la mi-septembre, ils furent envoyés à Ghang-haî, et de là dans le Léao-tong, pour se mettre en rapport avec le vicaire apostolique de la Corée. C'est là qu*ils passèrent Tbiver, se préparant, par la prière et par Tétude des caractères chinois, aux travaux qui les attendaient.
« Je ne saurais trop vous remercier, » écrivait Mgr Berneux, le 19 novembre 1865, au supérieur du séminaire des Missions- Étrangères, « je ne saurais trop vous remercier de l'envoi des quatre ouvriers que vous nous avez adjoints celte année. J'espère qu'ils nous rendront de grands services; ils sont coutenls de l'héritage qui leur esi échu ; ils étudient la langue de toutes leurs forces, et, au printemps prochain, ils commenceront à
irtvailler. Mais, de grâce, ne vous en tenez pas là. Envoyeznous le plus de renforts qne vous pourrez. Pour nous mettre un peu k Taise, il faudrait que d'ici h deux ans nous reçussions dix
nouveaux confrères, et nous serons tous très-occupés Depuis
trois mois et demi je suis pris d*une 6èvre quotidienne dont je commence à peine à me débarrasser, je suis sans intelligence et sans énergie. Je m'arrête à bout de forces... »
Cette lettre, la dernière que le saint évêque ail écrite en Europe, donne le résultat de radminislialion dos sacrements |)endani l'année. En voici ieschilTres les plus saillants : confessions annuelles, quatorze mille (piatre cent trente-trois; confessions rt^pi'lées, trois mille quatre cent quatre-vingt-treize; adultes baptisés, neuf cent sept ; enfants de païens oudoyés, mille cent seize, dont morts, neut cent quatre-vingt-trois.
Puis, vicDt le post-scriptum suivant : « J'ai eu tout dernièrement avec le prince régent, par le moyen d*un mandarin, quelques rapports au sujet de la nouvelle instance que font les Russes pour obtenir la permission de s'établir sur le territoire coréen. Le prince a reçu avec bienveillance mes communications. Sa femme, mère du roi, m'a fait prier secrètement d'écrire à notre ministre, à Péking, de venir demander la liberté religieuse. Les grands de la capitale désirent l'arrivée des navires français. Pour moi, je persiste à ne rien faire avant d'avoir conféré avec le régent. Quoique toujours proscrits, notre position est bonne, et je crois que, Tau procliaiu, nous serons encore plus à l'aise. »
Ces espérances devaient être bientôt cruellement déçues. Du reste, les confrères de Mgr Berneux élaienl loin d'être aussi rassurés que lui. « Le père du jeune roi, » écrivait, à la même époque, Mgr Daveluy, « ne s'est occupé jusqu'ici ni de nous ni de nos chrétiens ; mais combien cela durera-t-il? il est d'un caractère violent, cruel, méprisant le peuple et comptant pour rien la vie des hommes ; si jamais il attaque la religion, il le fera d'une manière terrible... Cet hiver sera dur à passer. La sécheresse d'abord, puis les inondations, puis, à l'automne, d'effroyables coups de vent, ont ruiné les moissons et causé la disette. Déjà, beaucoup de pauvres gens souffrent de la faim. Or, l'expérience prouve que les temps de famine sont des temps de vexations et de persécutions pour nos chrétiens. Ils sont toujours hors la loi, et par consé(|uenl offrent une proie fiïoile à tous les maraudeurs, et aux pillards qui encouibreul les maisons dos mandarins. Priez beaucoup pour nous... »
M. PéroD écrivait, de son côté : « Le père da roi, régent dn royaume, a complètement perdu sa réputation. Ses violences, sa rapacité, le peu de cas qu'il fait de la vie des hommes lui ont complètement aliéné les cœurs. Il s*est engoué des bonzes et de leurs superstitions. Persuadé que la fortune de sa famille tient h ce que son père avait été enterré sur remplacement d'une pagode démolie, il a rebâti cette pagode avec un luxe inouï, et fait à d'autres pagodes des largesses inconcevables; le toiu, bien entendu, aux frais du trésor public. Ce printemps, il s'est mis en téte de bâtir un nouveau palais pour son fils. On parle de soixante mille ouvriers employés h la fois rien que pour niveler le terrain. Le plan comporte dix-sept cent soixante-di.xsepi chambres. Pour cela, il a fallu lever des impôts fabuleux. Afin de colorer aux yeux du peuple cette extravagante lubie, il a fait publier partout qu'on avait trouvé, enfouie dans la terre, une vieille inscription annonçant que la prospérité du royaume serait inébranlable, quand on aurait reconstruit en cet endroit rancien palais, brûlé jadis dans la guerre contre les Japonais. Que Tinscription ait été trouvée, c'est probable ; mais personne ne doute ({ue ce ne soit lui-même qui Tait préparée et cacbée à Tavance. Malgré tout, on a fait semblant de croire à la prophétie, et on a payé. Quelques personnes ont même fait des offrandes volontaires considérables, dans l'espérance qu'il leur en tiendrait compte, et qu'il récompenserait leur zèle par des mandarinats ou autrei» fondions publiques. Mais il n'a pas eu la mémoire aussi longue, et ceux qui ont spéculé sur sa reconnaissance ont perdu leur peine et leur argent. Maintenant on dit que les iravaux sont suspendus; probablement il trouve plus simple de garder l'argent que de le dépenser en bri(jues et en mortier. »
Enfin, M. Pourlhié, en réponse à diverses questions que lui avait adressées M. Albrand, supérieur du séminaire des Missions- Étrangères, sur rinfluence des derniers événements de Chine, sur les chances plus ou moins probables de liberté religieuse, etc.. expose comme il suit, avec sa sagacité habituelle, la véritable situation des affaires. Cette lettre, du 20 novembre 1865, est, croyons-nous, la dernière qu'il ait adressée en Europe avant son martyre. Aussi la citons-nous presque tout entière.
« Hélas ! comme vous le dites, nous sommes toujours inaccessibles, toujours en dehors de toute relation avec le reste de l'univers. Il est vrai (jue la Corée est soi-disant amie de la Chine, et, qui plus est, sa vassale. Il taul ([u'elle aille tous les ans chercher en Chine son calendrier comme signe de vassalité; tous les
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ans, un ambassadeur coivcn va à Pékinp: souhaiter la bonne année à rempereur cliinois et lui offrir certains présents déterniiiit s ; enlin, lorsqu'un roi de Corée meurt, un ambassadeur spécial vient de Chine investir son successeur. Ne croyez pas cependant que les Coréens fassent tout ce que veulent les Chinois; les envoyés de l'empereur eux-mêmes se font, lorsqu'ils arrivent en Corée, aossi humbles et obéissants que possible, et lorsqu'ils entrent dans la capitale de la Corée, ils ne peuvent voir personne, pas même les maisons, car on couvre tout d'une toile sur leur passage, sons prétexte que les Coréens pourraient manquer de respect an représentant du Céleste Empire, en riant de son bizarre costume. Et d*ailleurs, les deux royaumes fussent-ils plus unis qu*ils ne le sont, la Corée fût-elle dépendante de la Chine au point qu'un ordre émané de Péking dût suffire pour nous donner la liberté, croyez-vous que les minisiies chinois donneront jamais cet ordre, ou diront là-dessus le moindre mol aux Coréens, s'ils n'y sont forcés par les Européens ? Supposé même que les ambassadeurs européens voulussent traiter cette affaire avec la cour de Pékin^, celle-ci répondrait bien certainement (pie la Corée étant un royaume indé|)endant, un pays qui a son roi et ses lois distinctes, la Chine n'a rien à voir ou à ordonner dans des matières de cette nature. Et, tout naturellement, les consuls européens prendraient ces réponses chinoises comme des vérités de bon aloi, et se déchireraient satisfaits.
« Non, en £iit de liberté, je crois que, pour le moment, ooos n*avons d*autres démarches à faire qu'auprès du bon Dieu. Il nous dut remettre tout entre ses mains, accepter de bon oœor les difficultés, les périls, les persécutions, comme et quand il phiira à sa divine Majesté, certains qu'elle nous enverra ce qui est le plus selon sa gloire ; que nous faut-il de plus? D'ailleurs, j'entends dire assez souvent que celte liberté si désirée , si prônée, et dont la concession en Chine a retenti si loin, promulguée qu'elle était par la voix du canon, j'entends, dis-je, souvent répéter qu elle procure bien des déceptions, et qu elle n\a fait que changer la nature des difficultés, sans faire avancer la conversion des peu|)les aussi vite qu'on l'avait espéré. Avec la liberté, entrent les mareharnis, gens souvent impies et de mœurs scandaleuses, les ministres des diverses sectes, plus dangereux encore. Or, c'est peu de pouvoir dépenser de fortes sommes d'argent à élever de grandes églises en pierre, si une infinité d'àmes destinées à être les temples de TEsprit-Saiot restent toujours sous Temphre du démon; c'est peu de pouvoir
marcher la téte haute dans les rues, si Ton ne peut persuader le oœar d*uoe popuiatioo indifféreote, souvent même hostile, à des étrangers qui l'ont humiliée.
« Pour nous, nous voici sans églises, offrant le saint sacrifice dans de bien humbles cabanes, ayant pour autel un banc, on une simple planche: notre petite croix fixée sur un mur de booe, esi le seul ornement qui brille sur cet autel ; de la main et même trop souvciii (le la léle on touche h la voûte de ces oratoires; la nef, le chœur, les ailes, les tribunes se com|)osent de deux petites chambres dans lesquelles nos chrétiens et nos chrétiennes sont entassés. Néanmoins, en vovant la dévotion, la foi vive et la simplicité avec lesquelles ces pauvres £(ens viennent adorer Jésus pauvre, et lui oiïiir les mépris, les outrages, les vexations dont ils sont tous les jours victimes, je ne puis m'empécher de me dire en moi-même : peut-être un jour ces mômes fidèles s'assembleront dans de grandes et spendides églises, mais y apporteroQt-ils ce cœur simple, celle âme humiliée et résignée sous la main de Dieu, cet esprit souple qui ne veut connaître la loi de Dieu que fkour lui obéir? Et nous aussi, peut-être un jour, déposerons-nous Tembarrassanl habit de deuil , et alors nous pourrons nous dispenser de patauger continuellement dans la boue et la neige, et les aubergistes nous offriront autre chose qu'une soupe aux algues ou du poisson pourri ; mais quand nous arriverons dans nos villages chrétiens, l'or protestant et le mauvais exemple des Européens, marchands ou aventuriers de toute espèce, n'auront-ils pas éclairci les rangs de ces bons catéchumènes, qui maintenant se pressent en foule dans les cabanes ((ui nous servent d'oratoires? Cet élan vers notre sainte religion ne disparailra-l-il pas, lorscju'on verra que les actions des chrétiens démentent leur doctrine? Maintenant, le corps du missionnaire est malheureux ; il souffre du genre de vie, du climat, du repos et des courses, car lorsque nous lui donnons la clef des champs, nous le fatiguons par trop fort, et quand nous pouvons le faire reposer, nous remprisonnons étroitement; mais en revanche, la divine Providence ménage h Tâme bien des consolations spirituelles que nous ne pourrons peut-être plus goêter sous Téclatant soleil de k liberté. Vous voyez qu'en cette question, comme dans beaucoup d'autres, il y a du pour et du contre, et que le mieux est de se résigner à tout, soit à la pei^sécution, soit h la paix, soit h la liberté, soit aux coups de sabre. Aussi, sans pencher ni pour l'un ni pour l'autre, je dis seulement au bon Dieu : t iat voluntcis tua !
« Vom aurez appris par d'aairea, mieux renseignés qae moi, que nos administrations annuelles produisent toujours de plus en plus de fruit; nous gagnons sur le paganisme, non-seulement en ee que chaque année nous lui enlevons un millier d^adeptes pour les incorporer dans nos rangs, mais aussi en ce que ceux qui restent païens diangent d*idée k notre égard. Cette religion qu'ils détestaient tant, qu'ils croyaient méritoire de détruire, ils la trouvent déjà bonne ou au moins peu nuisible. Si je considère ee qu'était ropinion publicpie il y a dix ans, lorsque je suis entré en Corée, et ce qu'elle est actuellement, il me semble que nous avons fait un progrès immense; les loups sont devenus presque des agneaux ; mandarins et peuple, tous inclinent à la tolérance. Cependant nous ne pouvons oublier que cet esprit peut changer d'un jour à l'autre, et si le gouveinement semble toujours pencher à nous laisser tranquilles, celui qui eu ce moment lient dans ses mains les destinées de la Corée, le père de notre jeune roi, est l'homme de tous auquel on peut le moins se fier. C'est un maniaque capable, dans un de ses nombreux coups de téte, de déchaîner sur nous une persécution si violente, que chrétiens et missionnaires aient tous disparu de ce monde avant que vous en ayez la moindre nouvelle. »
Après les fêtes de Noël, à la fin de décembre 1868, les missionnaires, selon la coutume, recommencèrent, chacun de son côté, la visite de leui*s chrétientés respectives. Mgr Berneux repartit pour les provinces septentrionales. L'œuvre de Dieu y prenait des développements de plus eu plus sensibles, el, en quelques semaines, le prélal eut la consolation de baptiser, dans quatre stations seulement, plus de huit cents adultes. Un pareil succès devait exciter la fureur de l'enfer. Dans la province de Hoang-haï, un mandaiin, ennemi déclaré de la religion, lit, on ne sait trop sous quel prétexte, arrêter tous les chrétiens de son district. Pour les forcer à 1 apostasie, il employa des tortures si cruelles, que plusieurs en moururent quelques jours après, et d*autres restèrent estropiés pour le reste de leur vie. Aucun d'eux n*ayant voulu apostasier, le mandarin les fit dépouiller de tout ce quils possédaient, fit vendre leurs terres et leurs maisons, et les chassa, nus et sans aucune ressource, hors de son district, avec défense, sous peine de mort, d'y jamais rentrer. Expulsés ainsi, au milieu d*un hiver rigoureux, ils allèrent dans les cantons voisins, mendiant leur nourriture, et donnant k tous l'exemple d'une admirable résignation. Dans la provinci' de Pieng-an, le gouverneur ût arrêter deux chrétieus, uniquement parce qu'ils
étaient chrétiens. A cette nouvelle, une centaine d^antres accounireni à son palais en criant : « Vous avez mis en prison deux d'entre nous parce qu'ils sont chrétiens ; nous le sommes aussi; nous professons la même foi, nous adorons le même Dieu; pour être juste, emprisonnez-nous tous. » Le {gouverneur effrayé de leur nombre, et redoutant une sédition, ûl ouvrir à la bâte les portes de la prison et les congédia tous.
Dans le Rieng-sang, au sud-esl, les affaires prenaient, à la même époque, une tournure beaucoup plus menaçante. Un noble nommé Hoang, du district de lei-tsieun, mauvais sujet qui avait dissipé tout son bien et se trouvait sans autre ressource que le brigandage, s*entendit avec quelques autres voleurs, pour piller les villages chrétiens de la contrée. 11 savait bien que personne n*oserait aller porter plainte au mandarin, parce que devant les magistrats les chrétiens ont toujours tort, quelque juste que puisse être leur cause. 11 suffit que leurs adversaires leur reprochent leur religion, pour les mettre dans le pins grand embarras, et les exposer à des avanies et à des mauvais traitements sans fin. Déjà plusieurs villages avaient été dévastés, lorsque les néophytes, poussés à bout, résolurent d'opposer la force à la force, et de se j>orler niuliiellement secours, d'un village à l'autre, contre ces bandits. Hoang, battu une ou deux fois, s'en alla trouver le mandarin de lei isieun qui était de ses amis, et lui demanda un satellite atin d'arrêter un homme couvert de crimes, disait -il, mais qui en réalité n'avait d autre tort que d'être chrétien et de jouir d*une certaine aisance. Cet homme nommé François Pak, du village de Pou-reki, était honoré de 1 estime générale. Hoang, avec ses compagnons, précédés du satellite, arriva au village, et ne trouvant pas François, qui avait eu le temps de 8*évader, fit piller, puis incendier toutes les maisons des chrétiens. L*alarme ayant été donnée dans les villages environnants, tous les chrétiens accoururent armés de bAtons, mais ils ne trouvèrent plus que des ruines fumantes, et voyant que les brigands étaient partis, s'en retournèrent chez eux. Deux seulement, Xavier Tsieun et Jean Ni, plus courageux que les autres, se mirent à la poursuite des pillards pour délivrer les femmes et les enfants (ju'ils emmenaient prisonniers, et leur arracher au moins une partie des dépouilles. Grande fut leur surprise, en les rejoignant, de trouver parmi eux un satellite, dont la présence ifidiquait que ce qui s'était fait avait été ordonné par le mandarin. On se jeta sur eux, on leur arracha leurs bàloos, et après les avoir frappés si brutalement qu'ils pensèrent expirer sous les coups, on les traîna devant le magistrat.
Francois^Xafier Tsieon, orifpDtire du Naî-po« ippirtenait à une famille de la classe moyenne qoi s^était convertie dès lo temps de l'introduction dn christianisme en Corée. Son père avait longtemps et dignement exercé les fonctions de catéchiste, et loi-roème lui avait succédé dans cette charge. An moment de son arrestation, il demeurait dans le village de Kon-aki, cultivant la terre, et vivant tranquillement avec sa femme et ses trois enfants. Sa science bien connue, la douceur de son caractère, et son zèle pour le salul des âmes, lui avaient conquis l'affection et l'estime de tous. Jean Ni était le fils du catéchisie de lei-mok-i. Sa famille, chrétienne depuis trois général ions, était comme celle de Xavier, originaire du Naï-po. Bien qu'appartenant à la classe moyenne, elle était peu favorisée des biens de la fortune, mais en revanche, elle avait toujours brillé par la foi et le courage de ses membres, dont trois déjà avaient gagné la palme du martyre.
Les satellites, aussitôt après avoir saisi Xavier et Jean, laissèrent aller les femmes et les enfants qu*ils avaient pris dans le village. La capture de ces deux chrétiens marquants leur suffisait. Au tribunal du mandarin, on produisit les bfttons dont ils étaient armés, afin de les accuser d*étre des perturbateurs du repos public. La preuve sembla plus que suffisante à ce juge inique qui les fil fiageller et mettre h la torture, puis les expédia, la cangue au cou, au gouverneur de la province à Kong-tsiou. La distance était de plusieurs journées de marche, et ils curent beaucoup ii souffrir, pendant la route, de la brutale vioh^nce des satellites. Le gouverneur, instruit de ralfaire dans tous ses détails, reconnut leur innocence, mais comme ils étaient chrétiens, avant de les mettre en liberté, il exigea, selon la loi, qu'ils prononçassent d'abord une formule d*apostasie. Sur leur refus énergique, il les fit mettre k la torture. Dans les deux interrogatoires qui suivirent, à quelques jours de distance, Xavier et Jean eurent Toccasion d*exposer nettement devant la foule, les vérités fondamentales de la religion, Texistence de Dieu, ses principaux attributs, la création, la rédemption, les commandements de Dieu, etc.. Le gouverneur eût voulu les sauver; il les ])ressait de dire seulement un mot équivoque qui piit passer pour un acte de soumission au roi. Jean lui répondit avec calme au nom des deux : «Vous arracheriez nos quatre membres en les attachant aux branches d'un arbre, vous couperiez notre chair en lambeaux, vous réduiriez nos os en poudre, que nous n'aposlasierions point. ~ £sl-ce du fond du cœur que vous parlez
ainsi? — Oui, du fond du c«ur. — Mais si je vous fais mourir, vos parents et les autres chrétiens ne chercheront-ils pas h se venger sur moi de votre mort ? — Jamais. » Sur cette assurance, le joge proDonça immédiatement la sentence, et afin d'éviter des formalités gênantes et de longs retards, il les condamna à être étranglés dans la prison.
L'exécution se fait habituellement de la manière suivante. Un trou est pratiqué dans le mur de la prison, à un peu plus d*un pied de hauteur. Après avoir mis la corde en nœud coulant au cou du patient, on la passe par ce trou, et à un signal donné de rintérieur de la prison, le bourreau placé en dehors tire brusquement sur la corde de toutes ses forces. Quand la victime a succombé, on traîne le cadavre au dehors, et on le jette dans les champs où il reste sans sépulture. Au jour fixé, pendant qu'on faisait les derniers préparatifs, les confesseurs demeurèrent quelques instants h genoux, olfiant à Dieu lo sacrifice de leur vie, puis ils dirent au bourreau : « Quand tu nous auras étranglés, enterre nos corps avec le plus grand soin, car dans quelques jours on viendra te les demander, et tu seras largement récompensé de ta peine. » Puis Xavier dit à Jean : « Tu es le plus jeune, je crains que la vue de mon supplice ne le fasse trop d'impression ; passe le premier, je te suis immédiatement. » Ainsi fut fait, et quelques minutes après nos deux martyrs étaient introduits par les anges dans la cité céleste. G*était vers le 10 de la douzième lune (janvier 1866). Selon la recommandation qui lui avait été faite , le bourreau enterra leurs précieuses dépouilles; et, le mois suivant, les chrétiens purent les racheter, et leur donner une sépulture honorable.
Quebpies semaines après la mort de Xavier, M. Calais passa dans le village de Kon-aki, pour y administrer les sacrements. La famille du martyr vint demander pour lui une messe, h la(}uelle sa femme et l'aîné de ses fils communièrent. Le missionnaire demanda au second fils, petit garçon de huit ans, où était son père; lenfanl, levant la main, lui montra le ciel en disant: » Il est là-haut, en paradis. »
Ces martyrs du Hoang-haî et du Kieng-sang, furent les premiers de cette année 1866, glorieuse entre toutes dans l'histoire de la mission de Corée. La persécution cependant n'était pas encore officiellement déclarée, et ces violences isolées n'étaient que les soufQes avant-coureurs de la tempête. L'enfer préludait ainsi à ce déchaînement de haine et de férocité sataniques, qui hmtài allait bouleverser de fond en comble FÉglise
coréenne, et la plonger, poar bien longtemps peot-étre, dans le sang et les larmes. De son o6té, cette Eglise, si souTont et si cruàlement épron?ëe, préludait, par ces généreuses confessions de foi, à de plus nombreux et plus éclatants triomphes.