LAURENT LE MAGNIFIQUE. — JEAN DE MÉDÏCIS
Florence — La famille des Médicls. — Les Grecs chassés de Constantinoplc se réfugient A Florence. <— Protection que leur accorde Laurent le MagnIBque. — Son amour pour les lettres. — Gosme fonde l'Académie plutoniclenne. — Gémlate Pléthon. --> Le Néoplatonisme. — Idée de cette doctrine philosophique. — Laurent la chante. — Fête qu'il Institue en l'honneur de Platon. — Son goût pour le naturalisme païen , expliqué et Jugé. — Laurent dans son ménage. — • Naissance de Jean de Médicls. — Il reçott la tonsure. — Louis XI loi confère Tabbaye de Passjgnano. — ATéneincnt A la papauté d'Innocent VIIl . — Jean obtient le chapeau de cardinal. — Lettre de PoUtlen au pape. — La République félicite Sa Sainteté. — Scala.
Un jour, quelques soldats de Tarmee de L. Sylla(i), qui avaient obtenu pour récompense de leur belle conduite dans
(1) Fiorentiam urbem Romani condidereà L. Syllâ Fesulas deducti ; fuerunt autem hi syllanl milites quibus ob egregiam tùm in cœteris, tùm in civili beilo navatam operam , pars fesulani agri attributa fuerat.
Noyam urbem qu6d inter fluenta duo posita erat , Fluentiam primo yocaverunt sicque incols Fluentini dicti, et id quldem nomeo per aliqua tempora nrbi fuisse videtur, donec crescentibus rébus et civitate majorera ad modum advectâ, si^e corrupto ut plerlsque vocabulo, sive qu6d miro Horeret successu pio Fluentia , Fiorentiam dixere. — Historiarum Ftorentini popuU liber, Leonardi Aretini. — Mss. Vat. , n«»-5838 , in-4o.
les guerres civiles les champs qui s'étendent autour de Fiesole , descendirent sur les bords de TAmo , et , attirés par la beauté de la verdure et l'odeur des lis qui croissaient sur les bords du fleuve, construisirent k la hâte quelques cabanes de bois dans l'endroit oU l'Arno vient s'unir au Mugnone (1). Telle est , suivant Léonard Arétin , l'origine de Florence, qui reçut d'abord le nom de Fluentia^ k cause même de sa position sur ce double courant. La ville grandit bientôt, et se peupla : un demi-siècle s'était k peine écoulé , qu'elle comptait des milliers d'habitants , de beaux édifices , de larges rues , un port animé par des barques nombreuses. Fluentia s'appelle alors Florentia. Les poètes ont trouvé une autre étymologie : ils veulent que la ville tire son nom de ces belles fleurs qui naissent en hiver sur cet amphithéâtre de collines qui Tenceipent de toutes parts. Dante dit qu'en 1254 elle avait pour armes unlis dans un champ rouge. Au moyen âge , les savants qui chantaient eu vers , et qui avaient été ravis , comme les soldats du dictateur, par ce doux parfum que le vent amène de Fiesole , ne pouvaient être de l'avis des liistoriens. Florentia , k leurs yeux , devait venir nécessairement de Flos : c'était la ville des Fleurs. De nos jours, la critique a soufflé sur ces vaines étymologies , en déo^onlrant que la cité était de plusieurs siècles plus vieille que Sylla,.et qu'elle devait son origine aux Étrusques.
Au moment oii naquit Jean de Médicis , Florence était gouvernée par Laurent, surnommé le Magnifique.
(1) Syllanufl primus'fagiens asperrima montis , Purgavit nostros arte colon us agros ; Âtqae Arnum rectâ , coDtractis undique lymphis , ObJce disrupto , compulit ire via.
—LaDdinus; de Laudibos Gosmi , apud Bandini Spécimen litt. Florent., t. i , p. 167.
C'était une antique famille que celle des Médicis : quelques historiens en placent le berceau k Athènes , d'autres k IMugello, en Toscane (1). Elle florissait en 1074 : Marsile Ficin en a relevé les grandeurs. Longtenops elle fut en possession de fournir k TEtat des gonfaloniers ; elle a donné k là cité cent prieurs , sept ducs ; au monde , plusieurs reines; k Rome, trois pontifes, Léon X, Clément YII et Léon XL
Au quinzième siècle , Florence cultivait les lettres , s'adonnait aux sciences , parlait en vers latins , et se passionnait pour Platon. Des Grecs chassés de Constantinople , après un court séjour k Venise, s'embarquaient sur la Breota, saluaient Padoue en passant, et venaient s'établir k Florence , attirés par les sollicitations de Cosme ou de Laurent. Laurent les fêtait comme des hôtes venus du ciel, les admettait k sa table , tâchait de les retenir k force de caresses , et , s'ils résistaient k ses séductions , ne les laissait jamais partir sans quelques lettres de recommandation pour les souverains qu'ils devaient rencontrer sur leur passage (2). Tantôt, comme Démétrius Chalcondyle, ils venaient se loger près de Santa-Maria del Fiore; tantôt, comme Politien , ils cherchaient sur l'une des collines environnantes une retraite k l'abri du tumulte de la cité , du bruit des marteaux des ouvriers en cuivre, du ciseau des architectes et des sculpteurs, de la lime des orfèvres, et de ce mouvement d'artistes en tout genre dont elle était le rendez-vous et la patrie. On venait, dit Rudhart, de
(1) Gluseppe del Rosso, rOsservatore FiorenUno, t. v, p. C4 , Firenze, I831,ia-18.
(2) Grœcos patriâ extorres et non nisi ingenit opes secum afférentes, bénévole excepit , fortunaram sedes ils comparavit , reliqoosqne Italise piincipibus commendavit. — Brucker , Hist. crit. phil. Leipsig, 1743 , in-4o, i. IV, p. 4, p. G. — Reusner, In Icon. litteris clarorum virorum, fol. 6.
France, d'Allemagne, d'Angleterre pour y étudier Tantiquité. Rome renaissait k peine k la lumière, que Florence avait déjk des bibliothèques , des académies , des gymnases, des réunions de lettrés. William Grocyn (1), Thomas Linacre , G. Sulpizio, Pomponio Leto, avaient voulu la visiter avant de voir la cité papale. Laurent les avait invités k s^i table, leur avait donné des fêtes, avait, avec eux, visité ses belles villas, oii il rassemblait les chefs-d'œuvre de la sculpture antique récemment trouvés en Italie, ou rapportés de la Grèce, et les manuscrits que des juifs, ces grands marchands de l'époque, achetaient en Orient pour les revendre k Florence (2).
C'est que jamais prince n'aima les lettres d'un amour plus éclairé que Laurent de Médicis! Il était heureux quand le soir, loin de Florence , et dans un de ces palais que lui avait laissés eu mourant Cosme^ son grand-père, il pouvait montrer k ses protégés ces beaux manuscrits qu'un Israélite lui avait vendus au poids de l'or ! Il disait quelquefois k Nicolas Leoniceno : c Je les aime tant, ces livres, que je vendrais jusqu'k ma garde-robe pour m'en procureras). > A Careggi, Cosme avait fait élevpr une maison toute royale , distribuée en petites cdjlules, oii Laurent logeait
(1) Die beiden hattea sich unter Demetrius Ghalcondylas and An- .gelus Politianus za Florenz ausgebildet , wo I<inacre mit Auszeicbnun^ am Hofe Loreozo's von Medici aufgenommen worden war. — Thomas Morii9,aus QuellenbenrbeitetYonD. Gooig. Thomas Rudhart. Nurnberg, l829,in-8o, p. 15.
(2) Gundiing, Geschichte der Gelahrlheit, p. 2740. — Allg. Gem. Lexikon, m, p. 189.
(3) Audivi , te referente, vocem lilam praeclaram ex Laurentit ore prodiisse : optare tanta sibi abs te ac Pico nostro ad libros emeados prsBstari incitamenta , ut tandem deficientibus samptibus , totam su^ pelleptilem oppignorare cogatar.
— Nicol. Leonicenus , in libido de Pllnii et aliorum medicorum erroribus. Bas. 1529 , in-4o , p. 1 , ad Polit.
ses humanistes chéris. U y avait deux salles pour les livres (1), une pour les œuvres et les partitions musicales. On lisait sur Tune des portes de cet asile dédié aux muses cette inscription :
Fiaem respice vits.
Mediocritas optima est.
Après des causeries toutes philosophiques , imprégnées de rêverie platonique, oii brillait surtout Ficin, 6n passait dans la salle du concert , et Squarcialupi , son chanteur de prédilection , entonnait un hymne dont Laurent avait composé les paroles, et Ton se séparait pour se réunir le lendemain au coucher du soleil. Laurent revenait toujours avec quelque nouvelle miniature d'un moine ignoré , quelque codex antique acheté k Venise , quelque statuette récemment déterrée a Rome. Les poètes , les philosophes , les lettrés tombaient en extase et se mettaient k célébrer la bonne fortune du Magnifique.
* C'est sous les verts ombrages de la villa du grand Gosme, restaurée par Laurent, dans une petite chambre dont il ouvrait les fenêtres , au lever du soleil , pour entendre le chant des rossignols , ou respirer l'odeur des chèvrefeuilles et des aubépines en fleur, que Ficin s'écriait : t O doux loisir, ô asile secret des muses , jamais ton souvenir ne s'effacera de ma mémoire (2). »
Dans l'intérêt de la santé de ses hôtes , Laurent voulut fonder d'autres asiles aussi poétiques, mais plus salubres. L'air de la villa de Careggi était trop tiède ; des eaux trop abondantes l'imprégnaient d'une humidité malfaisante; le
(1) Roscoê, vie de Liaurcnt de Médicis, trad. par Thurot, Paris, an vil, in-8o, t. u , p. 139.
(2) dulce otium honestumquc ac penè omni negoUo pulclirius ! o mare, o littus, venim sccretumque musi»!
6 LAURENT LE HAfiNlPISUE.
soleil avait trop de peine it percer tes toulTes épaisses des bois qui l'eDtouraient. Il fit bàlir une maison de plaisance à Fiesole, dont Politîeii nous a laissé la descripliou ; le rliéteur écrit a Ficin , son docle ami :
( Viens \ notre Tusculum de Fiesole . quand le mois d'août, avec ses chaleurs dévorantes, se sera abattu sur Careggiano. Lk tu trouveras de belles eaux , et dans le fond de la vallée un rare soleil , un vent doux et frais. De notre vitlula , it demi cachée par la forêt, tu pourras embrasser tout Florence (1). »
Avant de mourir, Cosme avait fondé l'Académie platonicienoe. Gémiste Pléthon, le Byzantin, dont la scieuce humaine et divine faisait l'admiration du monde entier (S), et qui assistait an concile de Florence sous Eugène iV, vint un jour au palais du père de la patrie avec un manuscrit de Platon sous le bras. C'était comme un monde nouveau dont Gémiste venait de faire la découverte. Dans sa joie, Cosme imagine sur-le-cliamp une académie ob l'on enseignera les principes de la philosophie platonicienne. Aristote , qui jusqu'alors avait régné en despote dans les écoles , commençait k peser k ces imaginations florentines , trop vives pour rester plus longtemps enchaînées k la parole
(1) Tu ve[<m quando Careg'iBnum luum aextili mense nlmU œstiiat , Tasculnm hoc nostrum Fesulaniim ne Tastldlas. Mullùm enlm Me aqaarum habemug, ut In con va Ile minimum salle, venta cerlÈ nuit quam desUttiimur. Tùm vlUula Ipaa devia, cùm penè medlft a1h& delitescat , tolam tamen aatlmai-e Klorentlam potmt. — Polit., Ep. I. x , 39A, éd. Bas. 1C48.
[2) Queai non solùra Gnecia, sed unlversus ferè terrarum orbig ob varlam aique muitlpllcem divlnarum humanarniuque rerum scleutlam admlratus est.— Etaynal. DIatog. n de Poetls. On lui doit divers ODTtages de philosophie, entre autm : Tractatio de vlrtutibus^ Ue dUTerentlà Platonlcw et A rlstotellcje philosophie [en grec). — Oodin, Coni. de Sctlplor. eccles. FrancF. 1TS2, In-fol. , t. iti, p. 3348.— Brucker,HUt, crit. phil., t. iv, p. 41.
d*uii maître qui, pour séduire les esprits, n'employait que la raison. C'était l'oracle des moines qu'Aristote, et les âmes cherchaient k cette heure en Allemagne , comme en Italie, k s'affranchir du jong de la scolastique.
Les lettrés célébrèrent donc l'apparition dans le monde philosophique de ce génie nouveau , favorable aux rêveries et au mysticisme , accessible k l'intelligence , facile k poursuivre dans ses développements , n'exigeant de l'esprit qui cherchait k le deviner qu'uae- application ordinaire , et s'associant surtout admirablement dans ses tendances instinctives au culte que le Florentin avait voué au symbole et k la matière. Aussi , k peine Gémiste eut-il fait connaître quelques fragments des doctrines platoniciennes , que Florence , représentée par ses humanistes et ses artistes, se hâta d'abandonner Aristote, dont Nicolas V, au témoignage de Bessarion, avait recommandé et propagé la lecture, en confiant la traduction des œuvres du philosophe k d'habiles écrivains (1). Les Médicis prirent sous leur protection Platon , qui suivit la fortune de ses Mécènes , et quitta Florence quand le peuple les en eut bannis.
Cosme voulut que Christophe.Landino , Marsile Ficin et Pic de la Mirandole missent en latin , pour les populariser, les œuvres de Platon (2). Marsile Ficin , afin de travailler plus k son aise, alla s'enfermer dans la villa de Careggi. C'est Ik qu'on nous le représente , une petite lampe k ses côtés , qu'il oubliait quelquefois d'éteindre , et que le jour retrouvait brûlant encore , tant il avait éprouvé de bonheur k ces doux songes oii son âme s'endormait ! Marsile Ficin a
(1) Viros elegit utriusque liaguae peritos qui omnes ferè Aristotelis libros in latinam verterent orationem.— Bessario, Dedicat. verslonis Metaphysicorum Aristotelis. -^ Bruckerl Hist. critica philosophiœ , t. iv> pars 1 >p«7.
(2) Ficinus , Prœfatio Plotini. •
dédié son travail k Laurent, son protecteur : cette dédicace est l'hymne d'un poète (1) en faveur du platonisme , bien plus qu'une appréciation philosophique. Il ne faut pas croire que la doctrine de Florence ressemblât k celle d'Alexandrie, qui s'était efforcée d'accorder les spéculations de son maître avec l'enseignement dogmatique de l'Eglise. Brucker remarque qu'elle s'en éloignait en plusieurs points; c'était un panthéisme déguisé qu'enseignaient, en s'appuyantde Platon, Marsile Ficin, Laurent de Médicis, et peut-être Benivieni , le parent du chanoûie de SaQta-Maria del Fiore, qui tous se croyaient k l'abri du soupçon même d'hétérodoxie, tant leur foi était naïve et docile ! Fidn croyait la matière éternelle, de toute éternité reposant en Dieu, inteDigente et active. Il compléta quelques-unes de ses idées psychologiques dans son traité De vUâ cœlilùs con$ervandâ : œuvre d'une double intelligence , k qui la médecine et la philosophie sont également familières. C'est Ik que l'écrivain anime tout ce qui existe autour de lui , la terre et le ciel , qui se nourrissent , pour vivre l'une et l'autre , de certaines substances {escas) répandues dans l'espace (2).
Il tardait k Laurent d'échapper au tumulte des affaires , et libre de soucis > et loin des gardes dont il marchait accompagné dans les rues de Florence, de se réfiigier dans le Museion dont nous a parlé Politien. Quelques-uns de ses amis le trouvaient au sortir de la ville : tous ensemble ils gravissaient la colline au sommet de laquelle s'élève Fiesole, discourant en chemin de lettres, d'art ou de philosophie. Ficin l'attendait avec impatience : on échangeait, en se revoyant, de douces paroles d'affection, et la
(1) Brucker, Historia critica, etc., t. vi , p. 686.
(2) Mundum esse aûimatum ; esse quasdam veluti escas quibus anlmati mundi , et stellarum munera allicere possint mortales sibique vendicare.
conversation commençait. C'est dans ces promenades au crépuscule, que Ficin aimait k soulever quelques-uns des voiles qui cachaient aux yeux profanes les mystères de sa doctrine favorite (I). Laurent prenait souvent la parole, et faisait admirer , dans une vive improvisation , sa connaissance du cœur humain, ses trésors d'érudition. La séance finie , un repas k l'ombre des pins d'Italie terminait délicieusement la soirée ; puis, la nuit venue , le poêle , nous parlons de Laurent, écrivait cette laude, oii l'on retrouve les idées philosophiques de l'époque :
c Par toi , Providence divine , l'âme entre dans le monde,
> pour se répandre ensuite dans chacun des membres de ce *
> grand corps.
> Tout ce qui dans ce bel animal se meut , ne se meut
> que par une loi unique ; trois natures se cachent dans
> cette âme gentille.
> Les deux natures les plus pures , les plus aimables , » les plus dignes, en tenant de soi leur mouvement « for-
> ment deux grands cercles en s'unissant entre elles.
> Loin de toi , mon Dieu , nulle cause n'est capable de
» produire cette matière, toujours avide de formes nou- 9 velles (2). t
(1) Se in agro cam Laurentio Medice deambulantem multa cum eo mysteria ultro citroque fuisse interpretatum. — Epist., 1. 1 , p. 30. (2) Par la tua providenza s'Jn fonda
L'anima in mezzo del gran corpo , donde Conviene in tutti e' membri si diffonda.
Gi6 che se muove , non si muove altronde In si belio animale ; e tre nature Quest' anima gentile in se nasconde.
Le due più degne , più gentili e pure , Da se movendo, due gran cerclii fanno, In se medesme ritornando pure.
Ne fuor di te alcunû causa truove
10 LAUREINT LE HAGNIFIOUË.
Ce n'était pas assez de tous ces hommagËS : Laurent voulut qu'on îDstituàt , comme au temps de Porphyre et de Plotin , un fête en l'honneur de Platon. Un jour de l'année , le 13 novembre (i) , U une heure convenue , tous les lettrés, prêtres et laïques , qui avaient fait défection à Aristote , se . rassemblaient dans une villa de Laurent. Â l'extréraitë d'une allée d'arbres , s'élevait , porte par un socle de marbre , et une couronne d'or sur la télé , le buste de Platon , dont Jérdme Roscio de Pistoie lui avait fait présent (2). Au milieu, sur une vaste table, autour de laquelle s'asseyaient les conviés, un diner splendide était servi; et, après le repas , commençaient les hymnes en l'honneur du philosophé. Le théologien a pu trouver dans ces cantiques , dans ces laude et canzoni, des offenses fréquentes auxdogmes catholiques (5); le logicien , des insultes gratuites k ce représentant de la raison , a ce moraliste que l'école n'honorait pas vainement depuis tant de siècles ; mais l'historien , dans cet enthousiasme pour l'imagination la plus colorée de l'ancienne Grèce, trouve l'explication du mouvement intellectuel qui pousse à Florence les esprits k la recherche des lois du beau, et de ce travail fervent de la société qui poursuit un double problème : l'affranchissement de la scolastique et la rénovation de l'art. Cette double révolution
Cbe rlmaova a forinar questa materia Ayida seinpre d' aver forme nuose.
—Rime McredlLorenstde'Hedlcl. Firenie, 1630, p. 48.— Ituscoc, l. III. App. no cxLVli , p. t89. Paria, ISOS.
(1) NIcot. Valori , Viia Uur. Hed., p. 13. — Fldii , prol. ad. conv. Plat. Ep. ad. Jac. Biucciolln.
(!) Platonis Imaginem dlù, multùmque desideraverat. Hanc tandem la Ipsla Academis ruinis repeilam qiiùm ab Hioronynio Hoecio PbtorlenBl acceplseet , gaudio exultavlt. — NIcol. Valori , Vit. Laur. , p. 6.
[3] Selielhora , Amœnllates Litt. trancf. I7il , 1. 1.
ne pouvait avoir lieu sans la réhabilitation de la forme. Or cette forme, dont T antiquité avait été en possession, c'était le naturalisme païen. Le monde ancien , retrouvé par Ficin , par Politien, par Yalori, par Scala, et tous ces lettrés que Laurent avait appelés k sa cour, était un monde sensuel. Ne nous étonnons donc pas, avec M. Rio (1), qiie le Magnifique^ a Pallajuolo , ait demandé les douze travaux d'Hercule ; a Ghirlandajo , l'histoire des malheurs de Yulcain ; k Lucas Signorelli, des dieux et des déesses helléniques. L'antiquité ne pouvait offrir que ses types matériels. Epris d'admiration a la vue de cette pierre sortie si belle de la main des hommes, l'art, pour en reproduire plus fidèlement l'image , se fit païen ; tout comme Ficin , pour introduire dans Florence la philosophie platonicienne , s'était incarné dans Platon. Si l'art fut resté exclusivement chrétien , il eût peut-être dédaigné la forme; il l'eût du moins repoussée longtemps encore.
Jamais prince , dans sa vie , ne fut aussi vivement loué que le Magnifique. On trouve dans la bibliothèque Laurentienne des volumes de vers écrits pour célébrer ses vertus. Il faut le dire k la gloire des lettrés , quand le malheur vint atteindre la famille des Médicis , les poètes ,, qui oublient si vite, lui restèrent fidèles. Laurent, k leurs yeux, fut toujours un modèle de bonté , de libéralité , de désintéressement , de savoir surtout. Sur la place Saint-Marc était un jardin tout plein de statues de marbre , dont il confia la garde k Bertoldo le sculpteur, élève de Donatello (2). Le sépulcre de bronze et porphyre de Pierre, son père, k Saint-Laurent ; le palais de Poggio k Cajano ; l'hôpital de Volterre , le château de Firenzuola , le Poggio impériale ,
(1) De la poésie chrétienne dans son principe, dans sa matière et dans ses formes. Formes de l'art , peinture, p. 154 , in-8o , 1836.
(2) Vasari, Hagionamentl , giornata seconda , p. 13G8, 1369; Firenze, 1832, 1838 , t. ii, in-8o.
12 LAURENT LE MAGMFIQUE.
aux confins du territoire siennois ; les citadelles de Pise , de Volterre , d* Arezzo , témoignent de son goût pour les beaux travaux. Il avait étudié dès son enfance sous Gentile de' Becchi , depuis évêque d' Arezzo , les poètes antiques , Horace surtout, qu'il aimait presque autant que Platon. Quand une de ces maladies de cœur qui le clouaient à son fauteuil Tempéchait le soir d'aller visiter ses amis qui l'attendaient k Careggi , ou bien k Fiesole , il s'enfermait dans son cabinet d'étude , et il charmait ses douleurs en impro^ visant en latin ou en italien. Dans l'aûcienne Rome, il eût passé pour un épicurien, tant il avait peu de souci du lendemain , tant il sen^blait négliger l'avenir ; k Florence, on disait quil avait deux âmes. Il resta longtemps païen, malgré le baptême qu'il avait reçu. dans l'église de Santa- Reparata. Les joies turbulentes des jours du carnaval , si beau en Toscane, le mouvement des masques qui emplissaient k cette époque les rues de Florence , les cris des ouvriers, les danses des femmes couronnées de fleurs, excitaient sa verve , et lui inspiraient des chants étincèlants de poésie , mais dont Rome moderne a dû punir avec raison la licencieuse expression (1). Du reste, meilleur père encore que poète , quand il ne s'occupait pas de lettres , son plus doux amusement était de jouer avec ses enfants, qu'il mettait sur ses genoux, qu'il couvrait de caresses, qu'il endormait au son de cette petite lyre dont Squarcialupi lui avait appris k se servir : heureux si quelqu'une de ces beautés faciles que Savonarole poursuivait , en chaire , de ses colères, ne venait pas frapper k sa porte pour l'arracher à ses préoccupations de père, de rhéteur ou de philosophe (2)! Toutefois gardons-nous de croire au témoignage de ses
(1) Raccolta di Trionû , Carri , Mnscherate e Canli ciirnescialeschi , del tempo di Lorenzo de' Medici, Firenze, 1659.
(2) In tante ^ue virlù fu egli ollre modo dcdito aile cose vencree. — Ammirato, Ritraiti, etc. , p. 48.
ennemis, qui nous le représentent oubliant avec les femmes tous ses devoirs de citoyen et de magistrat.
Valori le biographe a vanté la piété de Laurent , qui portait ordinairement au doigt un diamant dont il avait hérité de Cosnïe , enchâssé dans trois plumes de di- . verses couleurs, verte, blanche et rouge, et autour duquel on lisait semper. Le diamant, disait Laurent, c'est l'homme ici-bas ; les trois couleurs , ce sont les vertus dont il doit briller : la Foi^ l'Espérance et la Charité : la Foi représentée par le blanc, l'Espérance par le vert, la Charité par le rouge (i). Rarement il manquait, le dimanche et les jours de fête, d'assister au service divin ; mais , païen dans ses affections, il fit introduire dans les cérémonies du culte catholique une pompe toute mondaine. Sauta-Maria del Fiore et les autres églises de Florence , un moment , ftirent transformées en véritable théâtre, étincelantes de feu, d'or et de pierreries ; les murs du sanctuaire étalaient quelquefois aux regards des peintures dont le sujet était pris dans l'antique mythologie (2). Ce que Laurent demandait dans son jeune âge aux prédicateurs, ce n'était pas une parole chrétienne s'inspirant aux sources des deux Testaments, humble, tendre et parlant au cœur; mais une phrase parée comme les déesses dont il emplissait ses musées , douce comme cette musique au son dç laquelle il aimait k s'endormir , poétique comme une phrase de Politien.
Plus tard, dans ses dernières années, il parut aban-
(1) Inclin ato alla rel'^glODe , perché servendosi d'un de' diamant! di Gosimo 8UÛ avolo, ioserto.dentro tre penne di diversi colori, cioë verde, bianco, rosso;co'nla parola usata dal padre semper i volendo dinotare, che Tuonio di Dio amante floriva o^ dovea ûorire in queste tre virtù , fedc , speranza e carità , essendo la fede espressa sotto il bianco, la speranza coi verde, e la carità coi coior rosso. — Amm., 4â.
(2) Ammirato, Rilratli.
donner ce goiit désordonné qu'il avait montré pour la forme ; on le vit construire dans un des faubourgs de Florence , hors de la porte San-Gallo , un vaste couvent où plusieurs fois la semaine il venait entendre Mariano de Genazzano , religieux augustin, dont l'éloquence tout évangélique a mérité l'admiration de ses contemporains (1).
Dans cette rapide biographie de l'un des plus ^orieux citoyens de la république florentine, nous n'avons cherché k mettre en relief que les qualités principales et les défauts les plus sérieux de Laurent de Médicis : leis unes furent son ouvrage, les autres l'œuvre de son siècle même. La source de toutes les fautes qui ternirent cette belle vie est dans le culte qu'il avait voué à l'antiquité. Marsile Ficin , Ange Politien, Benivieni, en firent un sensualiste; comme artiste, ce fut l'homme de la peinture terrestre, de la forme visible , de la couleur sensible ; il chercha le beau hors de la région idéale du christianisme , et crut le trouver dans la nature matérielle. Quelques-unes de ses trop fréquentes transgressions des préceptes évangéliques sont dues moins aux exigences d'une nature libertine qu'à la fastueuse imitation de l'antiquité.
Tout en blâmant , dans l'intérêt du spiritualisme chrétien, les instincts sensuels de Laurent, l'historien , s'il veut être juste, ne saurait taire les services qu'il rendit k la civilisation. A partir du règne de Laurent, Florence cesse d'offrir ces spectacles de désordre , de sang , de meurtres, dont elle attriste le regard k chaque instant au moyen âge. Sous ces rois marchands du nom de Médicis , et surtout sous Laurent , les mœurs s'épurent , la barbarie des temps anciens s'efface , le règne de la force brutale s'en va , les vieilles
(1) Roscoë, Vie de Laurent de Médicis, t. ii , p. 194. — Vasari, Raglon., t. Il, p. 1358. — Polit. Miscellanea. — Mansi , Miscell. Baluz., t. I, p. 435, Luc. in-folio.
JEAN DE MEDJGIS. 15
haines qui divisent les races et les familles s*éteipent, et ce bruit de stylets , de poignards , qu'on entend k toute heure dans les rues de la cite' , meurt pour longtemps : tout cela est remplacé par des discussions philosophiques , des cantiques aux Muses, de douces. causeries , des spéculations scientifiques k Tombre des bois.
M. Delécluse^ dans ses Vicissitudes de Florence, a peint avec un vif intérêt de détails la vie privée de Laurent , qui, rentré dans son ménage , avait les goûts et la sobriété d*un bon bourgeois : on dtnait mal chez le Magnifique. Quand il maria Tune de ses filles, le jeune époux , dit M. Yillemain, accoutumé au luxe de la cour de Rome, fut alarmé de Textréme parcimonie de son beau-père , en venant s'asseoir k la table de famille (1). Un jour, Laurent, qui avait dépensé tous ses revenus , et jusqu'k sa fortune privée , a embellir sa patrie , se trouva réduit k regretter l'état de commerçant oîi ses pères s'étaient enrichis : il allait être obligé de déposer son bilan. Florence s'émut, et paya les dettes du débiteur (2).
Laurent avait épousé en 1468 Qarisse, fille de Jacques Orsino ou des UrsiuS , femme dont les vertus égalaient la naissance (3). Il en eut trois fils : Pierre, Jean et Julien.
Jean naquit k Florence le 11 du mois de décembre 1475 ; il reçut au baptême le nom de son oncle paternel Giovanni, second fils de Cosme de Médicis , mort en 1461, ou peut-être de Giovanni Tornabuoni , frère de Lucrezia , mère de Laurent (4).
(1) M. Villemain , Joarnal des Savants, an 1838.
(2) M. Macé , Cours d'histoire des temps modernes , in-8o , t. i , p. 280-281.
(3) Quâ nalla erat in Italià femina lectior génère, propinquitatibus alque virtutibus. — Fabronl, Leonis X Vit. in-4o, p. 6, Pisis, 1797.
(4) Luigi Bossi , Vita c pontiftcato di Leone X , di Goglielmo Roscoe ,
10 lF.\fi DK MÉUICIS.
On croyait alors aux présages : c'était le siècle de l'aslroiogie, dont les Grecs chasses de Constautinople avaient l'ëpandu le goût en Italie. Ou disait li Florence que Qarisse avait rêvé qu'elle accouchait , dans l'ëglise de SaDta-Reparata , d'un lion merveilleux de beauté et de douceur (I). Les poètes feignirent de croire au songe et y lurent les destinées futures de l'enfant : le lion Hgura donc comme un emblème de force et de bonté dans les chants que la reconnaissance et la flatterie inspirèrent en l'honneur du fils de Laurent le
La maison de Médicis, comme nous l'avons vu, était une demeure de lettrés. L'évéqne d'Arezzo (2) y représenta, pendant longtemps, la grammaire et la philosophie. Il avait été le précepteur de Laurent ; k soixante ans, il enseignait îi lire à'Jean(3), qui aimait à jouer sur les genoux du vieillard. Ugolin Verino était le maître de Pierre, qui, dès son enfance, montra un vif amour pour les écrivains de l'antiquité : Virgile était son auteur de prédilection. Dans une lettre adressée k son père, il raconte comment il commence k traduire, à douze ans, les Bucoliques du Hantouan (4), qu'il explique ensuite, k la prière de Verino, k son petit frère. Jean se prit aussi d'une véritable passion pour la belle Rome chantée par Virgile.
Après la conspiration des Pazzi, en H7%, Politien avait suivi Pierre et son frère k Pisloie , en qualité de gouverneur. Dans une de ses lettres, il donne sur ses élèves quelques
Ullano, ISI6, iu-3o, t. i , p. 39. — Vasnrl , RaglonameDto eecondo, Glor. eee. p. I36fi, nèfle opère, FIrenze, I831-I838 ,! vot. la-So.
(I) Jovlu«, Vita Leonis X,l. i.
(S] Anamirato.R'tratlId' uomlnl illustri di eau Hedi<il,la'4i>, p. 33.
(3] Cbe visse tanto che le prime lettere insegnô a Plelro, Gioianni « GiDllano , flgiiuoll dl t«renzo, — Vasarl , Raglunanicnlo seconda , p.
(i) Fabroni , p. fi.
JEAN i)E MEDIGIS. 17
détails empreints d'un charme véritable : c Je suis assez content de Pierre, écrit-il a son illustre protecteur; il va bien. Nous faisons chaque jour des excursions aux environs de Pistoie , et de longues séances dans la bibliothèque de maestro Zambino , oii les bons ouvrages grecs et latins ne manquent pas. Jean monte k cheval , et la foule s'amuse k le suivre (1). >
Laurent , comme tous les hommes supérieurs , avait Fintuilion de l'avenir. Il avait deviné les merveilleux instincts de son fils bien-aimé. Le soir , après que les portes de son palais avaient été fermées aux solliciteurs , il appelait ses favoris , c'est-k-dire Politien , Chalcondyle , Marsile Ficin , Gentile , Verino , qui a célébré avec plus d'enthousiasme que de talent la gloire de Florence (2); et., prenant Jean sur ses genoux, il leur montrait cet œil en. perpétuel mouvement , ce front aux lignes blanches et pures , ces cheveux bouclés comme ceux d'une jeune fille , ce cou de cygne aux fines inflexions, ce sourire doux et spirituel ; et il leur demandait de tirer l'horoscope de l'enfant. Politien contemplait la figure, et annonçait que Jean honorerait un jour les lettres antiques. Marsile Ficin levait les yeux k l'horizon , et prédisait une ère de gloire pour la philosophie platonicienne, dont le fils de Laurent étendrait le règne en Italie. Chalcondyle , dans le profil grec de l'enfant , lisait d'heureux jours pour les Hellènes fugitifs ; et le vieux Gentile d'Urbino répétait avec le Siméon de nos livres saints :
(1) La lettre existe dans Roscoê , Vie de Laurent de Médicis, p. 448, t. II î App. no Liv.
(2) De Iliustrationeurbis Florentise, libri très. — Verino était aimé de Ficin, qai en par4e dans divers endroits de ses œuvres; voy. Fie. Op., 1. 1, p. 62ô, 869, 884; et sur ce poète : Negrl, Scritt. Florent, p., 520, et Bandinl, Spécimen. Litt. Florent. , t. i, p. 199. La Laurentienne à Florence conserve divers autographes de Verino.
iS JEAN DK MéDICIS.
t Mes yeax ont vn un autre Sasveur; Je^ sera la iuuiiëre qui éclairera les Dations. >
Il y avait bien loDgtemps que la science divinatoire n'avait entrevu aussi clairement l'avenir.
Le cœur de Laurent s'oavrait plein de joie k ces beaux rôveïi, et sa main, en sigoe de contentement, pressaitia main de ses nobles amis. Il destinait son fils au sacerdoce. A sept ans, Jean de Médicis recevait la tonsure : deux mois auparavant, un courrier était parti de Florence pour demander, en faveur de l'eDfant, iiLouisXIla collation d'un bénéfice (1). Florence, àcetie, heure, n'était pas seulement, comme la nommait Politien, la ville homérique, mais une citadelle d'où l'on 'pouvait tirer centcinquantemillecombattanig. Elle aimait Laurent, en reconnaissance des trente-deux millions que Cosme avait dépenséspour r«nbellir(S); Laurent était l'homme du peuple. Quand l'arislocratie , humilia par le marchand de laines qui refusait des alliances royales, avait essayé de ressaisir le pouvoir, en rendant aux gonfaloniers et aux seigneurs leurs anciens privilèges, le peuple avait murmuré : les nobles firent semblant de ne pas l'entendre. L'aristocratie, représentée par les Pazzi, pour frapper Laurent, se cacha derrière la robe de l'archevêque de Pise , qui lui avait donné rendez-vous îi l'église de Sanla-Reparata : l'église fut rougie au moment de l'élévation , mais seulement du sang de Julien , qui succomba sous les coups des assassins. Laurent se défendit vaillanimeat, et eut le temps d'appeler à son secours en se réfugiant dans la sacristie. Quelques heures après, le peuple pendait aux fenë-
(1) Fabronl.ViU Uur. Hed. Id Aâii.,p. 15,1. i.
(2) SismaDdl , Hisl. des Bëpubl. liai-, t. ne , cï. <tt , 1 1 , 74 ; t, ch. 78. — Hatlam, l'Europe au moyen Age, t. ii,p. SOSeteulT.— H. Macâ, Coàra d'blslolre des temps modernes, t. i , ISc le(on , p. 179^
JEAN BE HÉDIGIS. iO
ires du palais les principaux conjures (1); et, plus lard, Louis XI envoyait Gomines pour féliciter Laurent et lui demander son amitié (2) : une alliance avec ce monarque républicain û'était pas k dédaigner. L'historien latin de Florence , Bruti , remarque , avec raison , que le sang des Pazzi servit k accroître le pouvoir, déjk si grand , du Magnifique (3).
A Laurent qui savait si bien se servir de son épée , qui au besoin Teût rougie jusqu'k la garde du sang d'un Pazzi , et qui, pour satisfaire sa vengeance, trouvait des bour* reaux parmi le peuple , Louis XI n'avait rien k refuser; il. répondit qu'k la première vacance d'un bénéfice il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour contenter sa Magnificence.
Déjk il avait permis , en signe de bonne amitié , au petit-fils de Gosme de c porter trois |[eurs de lys en son escu (4). »
L'abbaye de Font-Douce (5) vint a vaquer l'année suivante, 1483; Louis XI y nomma Jean de Médicis. G'est la première de ces faveurs nombreuses que le ciel réservait au fils de Laurent. Sixte IV avait besoin de se faire pardonner son amitié pour les Pazzi : l'investiture de l'abbaye de Passignano , accordée k Jean , sur la
(1) Sismondi, t. xi, ch. 85. — Machiavel, Hist. de Florence, 1. viir. -RoscoëjVie de Laurent de Médicis, ch. 5 et suiv. ~ Gomines , liv. VI , ch. 6.
(2) M. Deléclase , Florence et ses vicissitades , 2 vol.in*8o.
(3) Gonsilia qus à conjuratis ad Medicum potentiam evertendam inita fuerant , ad eorom principatum stabiliendum mirîQcô contoleroQt.
(4) Mathiea, Histoire de Louis XI, in-folio , Paris , 16f0, p. 308.
(5) Font-Douce , village avec une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit, dans la Saintonge , à quatre lieues de Saintes , sur le ruisseau de FoQl-Doa ce.— Michel Baudrand , Dict. géographique et historique, infolio, 1705.
20 JEAN DE HÉDIGIS*
demande de l'ambassadeur florentin, fut le prix de sa réconciliation ave« la famille de Médicis : c'était noblement se repentir.
Laurent a consigné dans ses Ricordi , ou Mémoires , le
récit de toutes les bonnes fortunes qui arrivent coup sur
^ coup k son fils : le cœur du père s'y montre autant que le
talent du narrateur.
c Le 19 mai 1485, la nouvelle nous est venue que le roi de France a nommé Jean k l'abbaye de Font-Douce ; le pape a confirmé, le 31 , la royale élection, et permis k mon fils, qui n'a que sept ans, de posséder des bénéfices. Le 1*' juin, il est parti de Poggio pour Florence, oîiTévêque d'Ârezzo (Gentile) lui a donné la confirmation et la tonsure : le voilk messire Jean. Le 8 au matin, arrivée du courrier Jacopino , porteur de dépêches du roi de France , qui daigne conférer k messire Jean l'archevêché d'Âix : le soir, départ d'un message porteur de la cédule royale pour le pape et le cardinal de Màcon... Le 15, k six heures, réponse de Sa Sainteté , qui hésite k confirmer , k cause de l'âge de l'enfant , la nomination royale. La réponse est surle-champ expédiée k Louis XI, et voici que, le 20, Lionetto nous informe que l'archevêque d'Aix n'est pas mort. Le 1«' mars 1484 trépasse l'abbé de Passignano, et sur-lechamp un Courier est expédié k Vespucci , ambassadeur de Florence k la cour de Rome , qui a ordre de demander pour mon fils l'abbaye vacante, dont il prend possession le 2, en vertu de la réserve accordée par Sixte IV, et que confirme Innocent VIII , quand mon fils Pierre va le complimenter k l'époque de sou avènement au pontificat (1). »
Ce fut un événement heureux pour le Magnifique que l'exaltation k la papauté de Jean-Baptiste Gibo, qui succé-
(1) Hoscoê,VieetponU deLéoo X,t.i, p. 14, 15.
J£AN DE MEDIGIS. 21
dait k Sixte IV, dont les Médicis avaient eu si souvent k se plaindre. L'un des fils qu'Innocent YIII eut avant d'entrer dans les ordres , François» comte d'AnguiUara, avait épousé, en 1487, Madalena de Medici (1). Les Ursins et les Gibo avaient longtemps donné k l'Italie le spectacle de haines ardentes que le sang ne pouvait éteindre; la vertu d'une femme fut plus puissante que le poignard : elle rapprocha les deuK familles. L'histoire et la poésie ont célébré les mérites de Madeleine (2).
Chaque jour , pour ainsi dire , apportait une nouvelle joie k Laurent* Dans l'espace de quelques années , son fils fut nommé successivement chanoine de la cathédrale de Florence , de Fiesole et d' Arezzo ; recteur de Garmignano , de Giogoli, de] Saint-Casciano , de Saint-Jean dans le val d'Âmo , de Saint-Pierre de Gasaie , de Saint-Marcellin de Cacchiano ; prieur de *Monte-Varchi ; chantre de Saint-Antoine de Florence ; prévôt de Prato ; abbé du mont Gassin , de Saint-Jean de Passignano, de Sainte-Marie de Morimondo , de Saint-Martin de Font-Douce , de Saint-Salvador de Vajano, de Saint-Barthélémy d'Anghiarri, de Saint- Laurent de Goltibuono, de Sainte-Marie de monte Piano, de Saint-Julien de Tours , de Saint-Juste et de Saint-Glément de Yolterre , de Saint-Ëtienne de Bologne , de Saint- Micheljd' Arezzo , de Ghiaravalle près de Milan , de Pin dans le Poitou , de la Ghaise-Dieu près dé Glermont (5).
U ne lui manquait plus que le chapeau de cardinal , et c'était l'objetjdes vœux'de Laurent et de sa cour. La nature avait donné au Magnifique un coup d'oeil profond , une volonté de fer, une ténacité que rien ne pouvait abattre. U
(1) Roscoë , vie de Laurent, etc. , t. ii , p. 189. — Polit. Ep. 12 , J. 12.
(2) Roscoé , Vie de Laurent, etc., t. ii, p. 89. — Polit. Ep. 12,1. 12.
(3) Fabroni , in Add., p. 245.
avait deviné que !e corps d'Innoceùt VIll, usé pai' les veilles, les chagrins de [amille, les maladies, ne porterait pas longtemps la tiare ; > âme faible, mais faonnéte, qui se laisserait mener bien plus facilement qn'elle ne mènerait les autres (I). > 11 n'avait pas de temps !i perdre; il lui fallait la pourpre , et il la demanda. U disait au pape :
< J'apprends que Votre Sainteté est dans l'intention de créer bientôt de nouveaux cardinaux ; je serais coupable si je ne vous rappelais, en ce moment, les titres de celle cité et les micus aussi k la bienveillance de votre béatitude. .. Je connais vos dispositions bienveillantes envers ma famille, et je vous en remercie humblement. Je puis affirmer h Votre SainEelé que rien ne serait plus doux 'a mon cœur de père, rien de plus heureux pour Florence , que le chapeau que je lui demande pour mon lils : sans cette faveur insigne, jeue vois pas comment Votre Sainteté pourrait récompenser mou dëvoùmeot U sa personne, et prouver au monde que je ne suis pas indigne de ses bonnes grâces, i
Il s'excusait, en terminant sa lettre, de ce qu'une main étrangère avait tracé des lignes qu'il n'avait point écrites, parce qu'il avait mal îi la main droite (2).
Innocent VIII ne put résister longtemps aux priisros de Laurent et aux vœux du cardinal Ascagne (3) et du vicecliancelier de l'Église , Itodei'ic Borgia (4).
Le 9 octobre li88 , un courrier apportait au Magnifique un billet du cardinal d'Angers , écrit à la hâte , cl ainsi conçu :
(1) Easi moDslrnlo uorao plù per «eer consigllalo che conKieliare sltrl. — LeUern <ll Lorenio Gold. Antonio Vespuccl, page 393) App., □1 XXXIX. — Vie de L.aarent de Mcd]cU , par Roscoé , 1. 1. Cette lettre reDFertnequelqueqpurtlcuIarltée curieuses sur rélectluQd'lQDDceDtVIil.
[SJ Fabronl , Vila Leonia X . App., p. 2ir..
(3) Mas. Flov. Roscoè , A[ip., no v, 1. 1.
(1) Hfls. Flor. Roacoii , App., n"' vi et vu , 1. 1.
. c llagiitâ(pie et eher frère ^ salut* Boone nouvelle pour v<Hre fils, pour vous, pour Florence : Jean est créé cardinal sous le titre de Sa&ta4laria iu Dominica. Je ne saurais vous dire ma joie (1). »
Janoaîs père n'avait été plus h^reux : le soir de celte bonne nouvelle , les édifices de Florence étaient illuminés » et Laurent passait la nuit k annoncer cet événement k ses nombres aÉiis.
c Vraiment » écrit-il k I^nfredini , son ambassadeur , je ne sais si les démonstrations de joie qui ont éclaté k Flo« renée dé^wont k Sa Sainteté : de ma vie , je îi'ai vu allé* gresse plus vive. Si je ne m'y étais opposé, où aurait bien fait aulre (^se. Cda soii dit ^tre nous , car je sais que la faveur (^enue par messire Jean devait rester secrète ; mais vous Tavez dit k tout le mcmde k Rolne ; on ne nous blâmera pas, je l'espère, d'avoir suivi votre exemple. Impossible k moi d'échapper aux félicitations de la ville tout ei^bre ; jusqu'aux hommes du peuple qui viennent me témoigner leur joie! Si j'ai mal fait, ce n'est pas ma faute^ Dites-moi donc le genre de vie que doit mener désormais messire Jean , les habits qu'il doit porter , quelle suite il doit avoir. Messire Jean est avec moi au palais depuis hier : ma maison ne désemplit pas de visiteurs. Écrivez-moi surle-champ , et me dites la signature et le cachet de mon fils* Ke perdez pas on moment ; faiies-vous donner la bulle et expédiez-la-moi le plus tôt possible dans Tintérèt de nos amis. Je vous aavoie la mesure de messire Jean ; il a grandi , je crois , depuis hier (2). J'espère que vous serez honoraUement récompensé de vos efforts , et que Sa Sainteté sera contente de son ouvrage. Je voudrais bien que
(1} Fabroni , App., p. 247.
(2) Oie mi sombra eseersi fatto grande ed aver cangiato d' aspettô da jeri îd quà.
S4 JEiN DE HÉDICIS.
VOUS m& dissiez si je dois faire partir pour Rome mon fils Pierre, comme j'en aurais envie. U me semble qu'une faveur aussi insigne' exigerait que je partisse moi^éme. >
Les néoplatoniciens étaient heureux ; leiffs hymnes ne tarissaient pas : c'est qu'ils savaient bien ce qu'il y avait de caché sous cette pourpre trop libéralement accordée au fils de leur bienfailear. [*olitien ne put contenir sa joie : il voulut que le pape entendît quelques accents de reconnaissance de ce mondeoîi Jean brillait déjk. C'est la lettre d'un professeur , tout fier de son élève : on aime k voir Pditien vantant les titres de Kécolier aux faveurs pontificales. < Mon Giovannr; dit-il , est si bien né, il a été si bien élevé, il est si bien insb'uit, qu'il ne le cède k personne en esprit, à aucun de ses aïeux en mérite, h nul de ses précepteurs euxmêmes en amour pour la science. Il a si bien profila à l'école de son père , que jamais parole libre ou même légère n'est sortie de sa bouche : action , geste , démarche , en lui rien n'est U blâmer. Enfant , il a la maturité de l'homme fait. En ("écoutant parler, les vieillards croient entendre son grand-onde Cosme , et non le fils de Laurent. On dirait qu'il a sucé avec le lait nourricier l'amour des lettres et de la religion (1). Ah! que je voudrais, très-saint-père, que vous pussiez ouïr ce concert de voix qui s'élève \ Florence pour vous souhaiter un règne heureux ! Que je voudrais que vous , vissiez tous ces flots du peuple qui viennent au palais nous fatiguer de lenrs cris de joie l Le palais de Médicis est le rende:f-vous des femmes, des vieillards, des enfants : tous les ïcxes y sont confondus, et les rangs aussi; c'est ï qui verra le' premier le nouveau cardinal. Tout ce monde de courtisans saute, crie, lève les mains au ciel en signe de
i laclc nutrlcia
JEAK DE HÉDIC|g« HH
joie, etprieBieu pour Votre Sainteté. N*en doutez pas ; Jean sera l'honneur de la pourpre ; il ne succombera pas sous le poids du chapeau de cardinal ; l'éclat des grandeurs ne râ)louira jamais... (1). >
Cette lettre , qu'il fallait abréger ( car Politien aime la phrase, il la fait si bien!), n'eut pas un grand succès k Florence. Laurent y trouvait des longueurs (2); les lettrés, une expression tourmentée; les esprits politiques, une louange maladroite des mœurs de son élève (3). Politien ne put se consoler du peu d'effet produit k Florence par son épttre : k Rome , elle éprouva le même sort ; le pape n'en fut pas content. Or Politien tenait beaucoup k l'approbation d'un juge aussi éclairé qu'Innocent VIII. Il avait été plus heureux , quelques mois auparavant , dans sa dédicace au pontife romain de sa traduction latine d'Hérodien.
Il est vrai que jamais la louange n'avait parlé peut-être une langue plus harmonieuse I On dirait cette préface écrite par quelque commensal d'Auguste : elle est pleine d'images. C'est Laurent le Magnifique, doux astre qui descend du ciel et qui rend au monde sa sérénité; ce sont les lettrés qui, comme autant de fleurs dont une pluie d'orage avait courbé le front , se raniment et se réveillent aux douces flammes d'une lumière nouvelle (4). La part du
(1} Pol. Ep., lib. VIII, ep. 5.
(3) Mss. Flor Ess' è nioUo lungho. Egli sarebbe contento chc
letta fosse in concistoro e non solo da S. S....« lo son d'avviso cbe vol lo diciate eautamente al papa senza dir altro.
(3) È forza confessare che non è fatta per insinuar ci ona opinione più vantaggiosa del di lui criterio , giacchè nel tentare con troppo stadio di convincere il papa délia regolarità della sua condotta , egii induce quasi in sospetto , che quella condotta avesse bisogno di giustificazione. — Bossi^ App. alla vit. di Leone X , t. ii , p. 21 1.
(4) Cessit Yidelicet iile quasi nimbus, suaque mundo reddita serenitasest, sic ut nos jam ipsos coiiigamus, atque ut gravati pluviâ flores, penèque decidui , ad novs lucis radios erigamur.— Opéra Politiani , Lugduni , 1533, t. i, p. 6.
pofttife dans ceUe palingâiésie est aussi grande que belle. Le moyen qu'Innocent YIII ne se laissât pas prendre a des flatteries si douces? P(ditien rappdait k Sa Sainteté une entrevue récente oii le pontife demandait au savant de donner à Tltalie quelque récit des splendeurs de Fandenne Rome (l)t et comment il s'est mis k Toeuvre, et conunefti il a traduit Hérodien en latin.
Innocent n'envoya pas seulement au rhéteur des paroles d'amitié et d'encouragem^t, mm deux cents beaux écus d'or, afin, disait-il dans sa r^onse, que, c grâce a ce viatique, il pût continuer ses doctes travaux (2). » Le même jour il écrivait k Laurent :
c Le volume de Politien , notre chear fils , fera l'omem^t de notre bibliothèque, en même temps qu'il restera comme un éternel témoignage du mérite et de la science de l'écrivain. Au nom de Dieu , aicoura^ez de toute votre autorité la puMication d'oeuvres semblables, qui seront pour Ang^ la source d'une gloire immortdle» et pour nous d'un véritable plai^(3). >
A ce don de deux cents {ûëces d'or , Politien répond en poète : il amène pour remercier son btenfaiteur les hnma^ nistes aux pieds du samt-père, qui le félicitent d'avoir chassé les ténèbres et repoussé l'ignorsmce.
Noble échange de louanges qui n'ont rien de menteur et cil le rhéteur et le pape font tous deux leur devoir : Innocent Ylll, en protégeant dans Angelo les saintes lettres / dont Dieu lui donna la garde au Vatican ; Politien , en
(1) Opcra Politiani, t. ii, p. 5-7.
(2) Nuoc verô in slgaum tàm grati animl quàm amoris nostri erga te paterni , ducentos aureos per dilectum ûlium Joannem Tornabonum ad te mittere dccrevimus , at eo vitse praesidio faciliùs hujusmodi labores subire queas. — Eplst. Inn. YUI , Ângelo Politiano. Epist. Polit.» p. 232.
(3} Ep. Inn. VIII , Laurenlio Med., p. 233.
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rac(mlsAt les libéralités de ce pontife , dent Gvid. Ântomo Vespicci avait \m mcmient inéeoonu les talents. L'asAusadeur flcorentin , dans une lettre confidentielle k Laurent , disait tout bas : Le pape n'entend guère k la pc^lique non phis qu'aux lettres (1); Politien pense autrement. Le rhéteur disait yrai encore qpaand il célébrait la joie de Florence k k nouv^ des dignités que le pape venait d'aeeorderatifils de son protecteur. Florence, un moment, ae prend d'un amour tout lyrique pour Rome, et oublie ses vieilles qu^elles avec Sixte lY. Ette félicite la papauté en vers , en prose ; elle couronne Innocent YUI , elle le place dans ses musées, elle le célèbre dans ses chaires de professeurs, et frappe des médailles pour éterniser dans ses annales la glcMTieuse faveur qu'elle a e/a reçue (â).
La république remercia Sa Sainteté de l'honneur qu'elle avait fait k la cité en donnant le chapeau de cardinal k Jean de Médicis. Barthélemi Scala rédigea la lettre :
... Lo Scala , figliuol d'an mulioaro Ovver d'un tessitor di pannl lini (3}.
Scala devait toutes ses grandeurs k la culture des lettres : chancelier de la république, gonfalonier, il n'oublia jamais ni ses parents ni ses bienfaiteurs (4).
Les professeurs de l'enfant célébrèrent en toutes sortes de langues la promotion de leur élève : ils étaient nombreux.
(1) Ê non moUo di sperienza delli stati , dl non molta letteratura. — — Guid. Antonio Vespacci Laarenlio Medici. — Roscoê, Vie de Laurent , p. 392 , t. II , App., no XXXIX.
(2) De Bandini , Ck)Ilectio veterum aliquot monumentorum , Arezzo ,
(3) Altissimo Jn Bart. Scai. vitâà Mannio. Flor., 1768,
(4) Veni nudus, omnium rerum bonarumegenus ad rempublicani , Yilissimis ortus parentlbus.— Scala. Ep« inter Polit. Ep. L xii.
S8 JEAN DE HÉDICIS.
On cite DânArius Chalcondyie, Pierre %inèie, Beniard Michellozzo, et d'autres encore : c'étaient Ik des instituteurs. Ses maîtres véritables sont MarsOe Ficin , Politien et Pic de la Mirandole, qui le prirent au sortir de l'eafance , quand sa raison commençait ii se développer, et le formèrent aux lettres bumaiaes, dans ces conversations de tous les soirs , au pal^s de Laurent , oU Jean assistait dès l'âge de neuf ans. Ce sont trois grandes et nobles intelligences qu'il nous faut étudier, car elles nous servirait a comprendre l'enfant devenu pape(l).
(1) Panvlnlus, VltaLeonlsX. — Hcnckt, Vlli Polit. — Boïle, art. Uoa X. — Rosc^è , Vie et Pontiûcat de Léon X, 1. 1. — 1mm. Ficble , de Ptiilosoplilffi noTX platonloB origine, In-B», Berlin , 1818.— Kerl , deCiusIf alien) platonleorum recentlomm 1 rcllglaoe dirliUtnl anlml , ln-4*. — Lelptig, 1785.