I^IC DE LA MIRAT^DOLE
attirait les cœurs (1). t A ces dons un peu trop féminins , Pic aï joignait d'autres plus dignes d'être célébrés : une imagination orientale , une parole colorée , une âme d'ar* tiste , qui se laissait emporter k toutes les émotions de la peinture , de la musique ou de l'éloquence ; une sensibilité exquise , et par-dessus tout une mémoire qui tenait du prodige. On lui lisait une page d'Homère , et il la répétait en changeant l'ordre des vers. Quelques mois lui suffisaient pour posséder le dictionnaire entier d'un idiome : k dix-huit ans il savait vingt-deux langues (2). Parfois , après ses repas > il improvisait devant son commensal Benivieni tout un nouveau chant de TEnfer ou du Paradis ; et, le lendemain, Florence, dans l'admiration, ne savait que saluer , des vers de Dante , son vieux poète , retrouvés après trois siècles , ou du mensonge de son improvisateur.
Son père, seigneur de la Mirandole, voulut qu'il étudiât k Bologne. Le droit canon, qu'on enseignait k cette université, ne pouvait plaire k une imagination comme la sienne. Pic aimait par-dessus tout l'air et la liberté. Il ferma ses livres et courut le monde. Comme Luther, quelques années plus tard , il cheminait k pied , sans autre boussole le jour que l'horizon , et la nuit que les étoiles , le havre-sac sur le dos , le bâton de pèlerin k la main. Mais tandis que le fils du mineur de Mœhra s'arrêtait, au bas de chaque fenêtre, pour demander le pain du bon Dieu (5) , le fils de Gianfrancesco , la bourse pleine , le cœur joyeux , sûr de la Providence et de son chemin , errait k l'aventure , se mêlant k ces processions d'écoliers dont les routes universitaires étaient
(0 loannis Pici Mirandulae Tita, en tête de rédition de Easle, IGOI.
(2) Air età di 18 anni sapeva perfettameate 22 lingue, fiosa che ad alconi è sembrata incredibile. •- Luigi Bossi, Annotazioni, ecc, alla Vita di Leone X , t. ix , p. 236.
(3) Mathesius, VitaLutheri,— Histoire de Luther, t. [,ch* 1, -