PIC DE LA HIRANDOLE
11 dut quitter Rome. Cette victoire avait coûté trop d'humilialion il ses adversaires pour qu'il espëràtjouirenpaix de sa gloire. Il reprit sa vie des champs , il revit son beau soleil , il retrouva sa tente poudreuse , il dormit comme autrefois sous son étoile protectrice , il aspira de nouveau cet air ambiant qui dilatait ses poumons et fertilisait sou cerveau. A peine avait-il touché le sol de la France , qu'il apprit a la fois la mort d'Innocent VIII, l'exaltation de Borgia sous le nom d'Alexandre VI , et le réveil de ce spectre coiffé du bonnet de docteur, et qui, de la ville sainte , lui criait : — A Rome, hérétique ! <
— A Rome donc ! se dit-il. M
Heureusement il se rappela qu'avant de ceindre la tiares*, Borgia s'était fait applaudir au barreau d'Espagne, et il résolut de demander des juges au souverain pontife. Il y a ici une belle page dans la vie de Borgia. A trois cents lieues delà ville éternelle, un pauvre voyageur, assis tpîstemi dans une misérable auberge de village , prend un d'encre et écrit au pape , c'est-ii-dire k ce qu'il y . inonde de plus grand; car le pape, comme le reœari Voltaire, c'est l'opinion au moyen âge. Il se plaint qu' ravive cette tache d'hérésie qu'Innocent VIU avait eu délaver lui-même; il dit que, nourri du lait de fa si Eglise romaine, il aime cette Eglise comme sa nourrice et'' sa mère; qu'il veut vivre et mourir catholique; il demanda qu'on lui donne des juges, et proteste de sa soumission f de son obéissance au saint-siége. Alexandre nomme sur-lï champ une commission. L'œuvre des neuf cents proposa tions est soumise h un examen sévère. Cette fois ce sont des théologiens qui ont pris part au mouvement spiritualisi dont Florence donna le signal, que la papauté a choisis pour présider îi l'enquête. L'imiocenee de Pic est reconnue solennellement. Ce fut un bien beau jour pour notre jeune