JULES IL — 1&Ô8-1Ô
Élection de Joies 11.— Son porcrtit»— Il s'tnnpare éeCésar Boi^a et le force AreitiHier les forteresses da salnt-siége.-~ Le cardinal de Médicts gagne Tamitié da nevea de ialesll. — Sa conduite i Rome. — Dangers que coart la royauté temporelle du pape. <— Qoel^oes cardinaux se détachent de t*a«torlté, et eonroqurot un ooneiliabule à Piiie. — Sodertoi favorise les prélats rebelles. — Jules II nomme le cardinal ût Médlcls son légat à Bologne. — Le cardinal p.irt pour réduire cette rille (pil ▼tent de se révoUer. -*• H est obligé d*en lever le alége. — Ga«.ton de Folx att«|iie et prend Brescla. — L'armée du pape se retire et vient se poster près du Rancone. — Bataille de Rarenoe. — Mort de Gaston de Folx. — Le cardinal tombe dans les «iitfBs des Français.
La mort d'Alexandre VI dat réveiller ua momâit les factions que sà maio de fer avait comprlooées. Le peujde ne comprit la perte qu'il avait faite que lorsqu'il se vit de nouveau menacé par cette foule de barons qui profitaient de rinterrèpe pour ravager les campagnes de Rome. Alors il fallut bien reconnaître que Borgia était , par-dessus tout , l'homme du peuple. Un pape de race italienne n'aurait jamais osé ce que l'Espagnol tenta si hardiment, en arrachant lé domaine de l'Ëglisek des feudataires plus puissants que le pontife même. Tout en nous inclinant devant les hautes vertus de Pie III « nous ne pouvons nous dissimuler que dans ces temps difficiles il fallait , pmir régir le double monde que la Providence livrait au pape, une autre tête que celle du neveu d' Jlnéas Sylvius/ et surtout un autre bras.
Jules II , élu le 31 octobre 1S03, h l'unanimité des suffrages » pour succéder h Pie III, devait être le Moïse de l'Italie. Nous ne connaissons pas dans l'histoire un homme
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prédestiné k porter une couronne qui réunis$e, comme Jules 11» toutes les qualités qui font les grands rois, il est impénétrable k l'œil comme U l'oreille, et cependant étranger k la dissimulation ; hardi k concevoir un projet, et jamais ' imprudent quand il s'agit de l'exécuter ; r>a détermination est prompte et toujours calculée. 11 est patient dans l'infortune, courageux dans le danger, miséricordieux dans la victoire. Vous pouvez rêver pour lui toutes sortes de grandeurs, il remplira toujours dignement les vues de la Providence. Si vous en faites un condottiere, comme fit Sixte lY, son onde, quand il lui donna le commandement des troupes pontificales contre les révoltés de l'Ombrie (1), il se battra valeureusement, et sera le père de ses soldats; si vous lui mettez dans la main le ciseau du sculpteur, il fera jaillir du marbre quelque figure ressemblant au David de Michel-Ange ; si vous relevez k la royauté, il accofiiplira tout ce que le plus grand monarque fit jamais de merveilleux. Seulement, n'essayez pas de lui donner une chaire de professeur, car, lorsqu'il voudra parler, sa langue s'embarrassera ; il cherdiera le mot, comme un écolier tremblant, et le corrigera souvent trois fois, et toujours malheureusement, ainsi que le rapporte Paris des Gratis (3).
Yoilk pourtant celui qui ne sait pas dire un mot en face d'une robe rduge sans se reprendre, que nous allons voir aux prises, avec César Borgia, l'homme de Machiavel.
Les Yénitiens s'étaient jetés dans la Romagne , avaient surpris Faenza, et menaçaient les autres places de la pro-
(1) Luigl Bossl, note addiiionali allr Vita di Leone X, t. m, p. 222.
(2) Mam ipse Ha timide dicebat, sicut puer sub dlsclpHoà psda^gl tremebundus facere solet , et aliquando verba imperfecta ac bis ac tertio «orrlgebat. — Diarium corise rooianœ , in nov. GoU. aeript. âc man.Tariorani D. Ch. Goth. Hofmaoni, p. i, p. 448.
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vince (1). D fallait les chasser des États de TËglise. c Dëlivrez-nous , Seigneur, des barbares ! > s'était écrié Jales II , quand on vint lui dire qu'il était pape ; et par barbares il entendait d'abord l'étranger, puis tous ceux qui retenaient quelque parcelle du patrimoine de Saint-Piarre. Jiiles envoie des ambassadeurs k Venise , qui plaident vainement devant le sénat la cause du saint-siége (2) : on ne les écoute pas. Il se rappelle alors qu'il tient entre ses mains un capitaine auquel la plupart des villes de la liomagne sont restées fidèles , parce qu'il les a délivrées des bandits qui les pillaient, et qu'il maintient par le sang et les, supplices la sûreté des rues et l'administration* de la justice (3), Jules fait arrêter Borgia. César, étonné de ce grand coup de foudre , en demande le motif : on lui répond qu'il sera libre dès qu'il aura restitué ou fait rendre au pape , comme il l'a du reste promis , toutes les places fortes de la Roroagne ; en d'autres termes, quand il aura chassé jusqu'au dernier Vénitien des terres de l'Église ^ On peut juger de la colère du Yalentinois, qui se vantait d'avoir fait donner la tiare k Jules II , et qui , pour prix de son dévoûment aux Rovère , avait reçu le titre de gonfalonier de la sainte Église (4). La liberté, pour César, c'était plus que la vie. Les forteresses seront restituées; voici un blanc seing qu'il donne pour gage de son obéissance. Mais ses lieutenants refusent de le reconnaître ; l'un d'eux même , don Diego Ramiro, qui tient Césène , fait pendre aux créneaux de la citadelle Oviédo , porteur des ordres du prince. A ce sang méchamment versé,
(1) Ro8COê,t. II, p. 18. •
(2) Id., p. 19.
(3) Léo , Histoire d'Italie , f . l , p. 503. — Gnlcc, Sior. d'Italia , llb. VI.
(4) Burchard., Biar. ap. Conci. de' Pontif.— Gaice., St. dit., lib. vi, •-Ro8Coé, t, II, p« 17.
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le pape répond en confinant le duc dans un château qui , depuis j en souvenir du prisonnier, a porté le nom de tour de Borgia (1). Pour la première fois de sa vie. César avait trouvé son maître : il fallait qu'il restituât , ou qu'il languît peut-être toute sa vie entre quatre murailles : son choix ne pouvait être douteux. Cette fois, fl comprend que la ruse a fait son temps ; des ordres sérieux sont donnés aux comman* dants des forteresses occupées par ses partisans. Presque tous obéissent, et dans quelques mois le pape recouvre, sans eflîision de sang , des châteaux forts oii César comptait se maintenir, et le duc, dirigé sur Ostie, sous la conduite de Carvajal, cardinal de Sainte-Croix, s'embarque bientôt k Nettuno pour Naples (â). Il allait quitter cette ville, quand» j au mépris d'un sauf-conduit que lui avait délivré Gonzalve
de Cordoue , il est arrêté par Nugno Campijo, qui le déclare prisonnier du roi, son maître. Et Sannazar , sans pitié pour une si grande infortune , lui le poète <lu malheur cependanti se met h chanter :
Omnia vincebas, sperabas oinnia , Cssar ; Omnia deflciunt, incipts esse nihii (3).
Le coup qui frappait si soudainement Borgia dut être sensible au cardinal de Médicis ; car l'Espagnol avait plus d'une fois montré quelque intérêt k la famille déchue. D'un autre côté , des mots échappés au pape , son affection connue pour Soderini , le gonfalonier de Florence , son amitié pour Machiavel , l'un et l'autre ennemis déclarés des Médicis, ne laissaient au cardinal que peu d'espoir dans une restauration contre laquelle tout jusqu'alors semblait avoir conspiré, le ciel lui-même , avec ses tempêtes. Un autre , k la vue de
(1) Barch., Diar. ap. cône, de* PonUf., vol. i, p. 163.
(2) Gttlcc, St. dit., lib. VI.
(3) Masse, l.o., p. 297.
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cette alliance des élësnents et des hommes contre sa famille, aurait désespéré de la cause des exila et serait rentré dans )e repos. Mais il avait appris querbomme, ainsi que les éléments, peuvent être vaincus par une inébranlable volonté; et il l'avait , cette volonté. Il se rappelait Pic de la Mirandole, luttant seul avec son innocence contre les théologiens qui raccQsaient k Rome d'hérésie, et finissant par triompher de toutes ces robes noires qu'on disait si puissantes : il imita le savant.
Ce qu'il devait éviter en ce moment, c'était d$ tra« vailler ouvertement e^ faveur des bannb, heurtant ainsi la politique ou les préventions d'un maître qu'il avait intérêt k ménager. Il continua donc ce genre de vie tout littéraire qu*il avait mené dans les derniers temps du pontificat d'Alexandre YI , tenant salon ouvert aux artistes de Rome et de l'étranger ; fouillant le Campo^Yaccino ou les vignes voisines pour y chercher quelque belle statue décrite par Pliue; relevant, k la façon de Pomponio Leto, des inscriptions lapidaires , ou collationnant, en compagnie de Bibbiena et de G. Cortese, le texte d'un manuscrit d'Horace ou d'Homère. Parfois il allait surprendre Sadolet dans son habitation du Quirinal , pour lui demander Texplication d'une phrase obscure de Gicéron. Le soir, au coucher du soleil, il dessi^ nàit une ruine antique, ou bien encore il se délassait k faire de la musique, attendant avec confiance que la Providence lui envoyât quelque bon ange pour rétablir sa maison. ' L'ange vint sous les traits d'un jeune homme dont Rome admirait les grâces, les mœurs, la bonté et le savoir. Son vieil oncle, le pape Jules H, qui l'aimait vivement, Tavait fait d'abord cardinal , puis vice-chancelier du saint-siége : il s'appelait Galeotto de la Rovère , et était fils d'une sœur du saint-père.
Poètes et prosateurs , tous ceux qui parlent de Galeotto
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vaiiteBi les admirables qualités du cœur et de l'esprit dont le eid avait doué es jeune homme. li avait les mêmes i^oàls que le cardinal : il aimait la poésie » la peinture , la sculpture , la musique et surtout les livres. Son honheur était de feuilleter les beaux manuscrits qui faisaient autrefois partie de la bi» bliothèque de Laurent de Médicis , et que le peuple avait dis* pers& , mais que Soderiui , quand on en découvrait , laissait restituer au cardinal; car, il faut rendre justice au gonfa*loni^, s'il faisait la guerre aux Médids , il éf^rgMii leurs livres.
Quelquefois , dans une de ces causeries du soir entre le cardiod et les humanistes romains » Galeotto prenait la pa* rôle pour prédire l'avenir. Il croyait que l'exil avait usé son vieil onde , qu'il aimait beaucoup du reste; il le voyait suecomber sous le poids de l'âge , des infirmités et des affaires ; Rome avait perdu son pontife, le collège des cardinaux s'assemblait , et Jean de Médicis était nommé pape par acclamation. Il n'est pas besoin de dire qu'il donnait sa voix à son ami , et que tous les prélats présents la lui donnaient aussi. La prophétie de Galeotto s'accomplit ; un seul des électeurs ne vota pas au scrutin : c'était justement notre prophète, que le ciel ravit trop tôt k l'amour des Romains. Jean ne cacha pas sou chagrin ; il vei'sa d'abondantes larmes sur ce trépas subit , et longtemps il ne put entendre parler, sans pleurer, de son noble ami. t Les pleurs recommençoient , nous dit Paul Jove , sitost que l'occasion ramenoit qodque propos d'une pe^^nne qui Iny avoit esté si chère , et qui avoit k son égard rempli tous les devoirs d'une parfaite amitié et d'une charité chrestienne(l). »
Ces devoirs d'une charité chrétienne , c'étaient les doux
(0 PaqI Jo?e , Hfftoire de Léoa X , traduite en français par M. D. P., Parts, inl2, 1675, p. 132.
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propos que Galeotto échangeait avec son oncle touc^nt le cardinal » si bien que le pape se mit k aimer de toute son âme Jean de Médicis, qui ne pariait» de son côté, qu'avec admiration du pape ; car ii avait compris tout ce qu'il y avait dans ce pontife de grandeur d'âme, de profondeur d'esprit, d'intelligence d'artiste et de souverain.
Ii ne perdait pas de vue , du reste , les intérêts de sa famille. Il n'avait qu'une pensée, le rétablissement des Médicis. Le temps le servait admirablement, comme ii sert toujours quiconque a la patience d'attendre. Lucrèce , sa sœur, travaillait efficacement k Florence a cette œuvre toute filiale. C'était une femme de mœurs exemplaires , d'un beau courage , qui parlait aussi bien qu'elle se conduisait. On lui doit plus d'une conversion. La plus éclatante fut, sans doute, celle de Jacques Salvlati, son mari, un dœ citoyens les plus puissants de la république , patriote enthousiaste , admirateur fanatique de Savonarole , et qui avait fini , grâce k Lucrèce , par ne plus comprendre comment on avait chassé de Florence les descendants de Gosme , et pris pour maître Soderini. Le gonfalonier de Florence était un honnête homme , mais qui manquait d'adresse , comme ie remarque Machiavel. Il aurait pu, sinon vaincre , du moins affaiblir ses adversaires en feignant de servir les Médicis (1). c D croyait, ajoute le même historien , imposer silence a ses ennemis par son affabilité, ou leur échapper par sa bonne étoile. Comme il était jeune encore , il cherchait k triompher de la jalousie de ses rivaux sans brusquerie , sans violence et sans trouble ; il iporait que la fortune est changeante , et l'envie implacable. > . Il voulait être populaire , et s'aliénait par conséquent la
(I) Traité de la Répnbltqae, $ xci, p. 249-250, édit. de Parif , in-12,184].
noblesse, qui le poursuivait dans le conseil de ses soupçons et de ses moqueries : mais il avait reçu du ciel un caractère impassible ; s'il n'avait pas le courage de punir l'injure » il avait la force de la supporter. Au moindre choc, ces na-> tures tombent pour ue plus se relever : c'était au cardinal k choisir le moment pour renverser le gonfalonier. En at« tendant sa conduite était habile : personne n'eût pu se douter qu'il était intéressé dans les affaires de Florence. Ses amis étaient presque tous des peintres , des sculpteurs , des musiciens, gens qui, d'ordinaire, n'excitent pas de soupçons. La politique était bannie de ses salons; on y discutait, comme à la cour du duc d'Urbin, la prééminence de ia peinture sur la sculpture , la nature du beau , les règles du coloris et du dessin. Mario Maffei (1) et Thomas Inghirami, tous deux de Yolterre(2), étaient les orateurs qui le plus souvent en venaient aux prises. Le cardinal aimait k leur jeter comme défi la solution de quelque problème philologique, parce que les raisons manquant aux deux rivaux, ils y suppléaient par des moqueries et des facéties , des saillies et des concetti qui excitaient les applaudissements ou le rire des auditeurs. Souvent le même orateur soutenait deux thèses opposées. On remarquait l'art avec lequel le maître de la maison savait écouter, sa facilité k résumer les débats, son choix heureux de paroles , les grâces de son esprit , la soli-
(1) Fabronî , Vita Leonia X. p. 36.
(2) Mario Maffei fut depuis nommé évéqaede Cavanion.--Avea egU un û raro ingegno, un' erudizione si vasta, ed una si seduttrice eloquenza, cbe di qualunque cosa si ragionasse; egli era ugualmente pronlo a sostener ciascheduna délie opinioni fra loro più ccntrarie, e, a guisa di un altro «iarneade, allettava insieme e avviluppava co* suoi discorsi , per modo che non ben sapevasi quando ei sostenesse il vero equando il falso. -> Tiraboschi , Storla délia lett. It., t. vu, p. 143.^ Sadoleti opéra , Verons, t. m, p. i46.^P. Yaleriaiio l'a célébré dans une ode, carmen 73, edit. Ven.j 1^50.
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ÔM de son jugement. Quelquefois il mettait ea présence deux professeurs de droit , et al(Nrs la lutte était vive et docte; le cardinal montrait qu'il n'avait point oublié les leçons de ses maîtres de Pise. Il parlait k son tour, et on TéGontait en «lence; car autant sa phrase, quand traitait de poésie , était harmonieuse , autant elle était grave quand il dissertait sur le droit civil ou canonique. Mais , fidèle k ses instincts , il savait , quand Tentretien s'épuisait , revenir adroitement k ce qu'il nomnmit ses amours. Un jour qu'on avait trouvé dans les ruines transtibérines une statue de Lucrèce , qudqu'un demanda des vers sur cette heureuse découverte. Le cardinal fit parler la pierre (1).
S'il accuallait avec prévenance ses partisans , il n'avait pour ses adversaires avoués aucune parole amère ; tout au plus se permettait- il k leur égard quelqu'une de ces plai-
(1) Libenter occumbo, mea la prscordia Addactum habens feiTQm ; juvat ineâ manu Id prastHisge , qood viraginiim priùs Nulla ob pudicitiam peregit promptiùs ; Juvat cruorem contueri proprium , lllumque verbis eiecrari asperiimls ;
Saaguen mi , acerbius veneno colchieo , El qao canis Stygius , vel Hydra prsferox Artus meos compegit in pœnam asperam , Lues floe , ac vêtus reyerte in toxicum ; Tabès amara ^ exi , mihi invisa et gravis , Qu6d feceris corpas nitidura et amabiie.
Nec intérim suas monet Lucretia Civeis , pudore et castitate^semper ut Sint prsëdits , fldpmque servent integram Suis maritis , cùm sit haec Mavortii Laus magna popuii , ut castitate fcemins Lffitentur, et viris mage Istà glorlà Placere studeant , qaàm nitore et gratta ; Quin M probàsse cœde vel meà gravi tnbet, statim anlmnm purum oportere extralii Ab inquinati corporis cttstodiâ i
ganteries qu'il sayait si bien dire, véritables coups d'épingle qui égratignaient sans déchirer (1). Quand U venait k parier de Laurent » il était éloquent d'inspiration filiale. Alors il rappelait, dans un magnifique taÛeaa, tous ces beaux génies antiques que son père avait fait connaître au monde italien ; celle meute de flaireurs de manuscrits qu'il entretenait k si grands frais en Oriait (S) ; le petit berceau de chèvrefeuille sous lequel Politien avait écrit ses Sylves; la rampe verdoyante de Fiesole , que chaque soir Laurent grar vissait avec Ficin ; la petite table paternelle oii tout artiste pouvait s'asseoir deux fois la semaine ; le beau jardin de Saint-Marc, rempli de statues antiques, et oii Michel-Ange venait s'essayer k la sculpture ; et la riche bibliothèque de la Via Larga, oh, plus d'une fois, Savonarole avait puisé quelque image magnifique contre les Médicis. Quand , par hasard , la conversation s'établissait sur Pierre , le malheureux proscrit, des larmes roulaient dans les yeux du cardinal , et , d'une voix interrompue par les sanglots , il disait tout ce qu'il est d'affreux sur la terre de l'exil ; alors il récitait des vers de Dante , et les auditeurs émus se pressaient autour de lui , et montraient, par des signes muets, combien ils s'associaient k sa douleur fraternelle.
Une ou deux fois la semaine il invitait k sa table les principaux lettrés de Rome. Pendant le repas, un de ses secrétaires, ordinairement Bibbiena, lisait une épftre d'Horace, une satire de Juvénal , ou bien quelques scènes d'une comédie de Plante. Le repas achevé, les convives se rassemblaient dans le salon du cardinal, et alors commençaient les disputes
(I) MaHUosis blaoditlis offlclorum ipso» flectebat.
(3) Porro ipsos Tenalicos canes dixisses , ita odorabantor omnia et perrestigabant , ut abl quidquid rarum esset, aliquà ratioQe inTenireot atqoe comparareot. — Aog. PoUtt
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philologiques. On D*avait pas alors, comme de nos jours ^ de doctes commentaires sur les textes anciens : le vieux monde romain était k peine connu ; pour l'expliquer, presque pas de pierres ou de marbres, enfouis qu'ils sont profondément dmis le sein de la terre ; les rois de la glose n'étaient pas nés. Il fallait donc s'en rapporter a l'intelligence lexicologique de l'humaniste, qui souvent avait le don de la divination, comme on peut le voir dans les Miscellanea de Politien. Sous le rapport du tact et du goût , de la notion du mot et de la pensée , personne ne pouvait le disputer a l'élève de Marsile Ficin.
II tenait k Rome une maison splendide , prêtait k tous ceux de ses partisans qui se trouvaient dans le besoin , et jamais ne leur demandait le payement même d'une vieille dette : cette prodigalité de grand seigneur était chez lui une maladie héréditaire. Heureusement il avait des amis nombreux qui croyaient k son étoile, et qui venaient k son secours quand sa bourse s'épuisait; il empruntait du reste comme il prêtait , de la meilleure grâce du monde. Plus d'une fois il fut obligé de vendre sa vaisselle , mais jamais on ne le vit toucher a ses livres , k ses tableaux ou a ses statues, dont l'aspect le consolait dans l'adversité, f Sa grande âme , dit Paul Jove , loin de succomber sous le chagrin de quelques incommodités passagères , savait si bien cacher ses peines secrètes , qu'on eût dit , k voir son visage égal et tranquille , qu'il avait au ciel d'infaillibles ressources (1). > Il disait k l'un de ses amis qui lui faisait peur de l'avenir : un grand homme, étant l'ouvrage du ciel, ne peut jamais manquer de rien quand il ne manque pas de courage. Il avait une vive foi en Dieu, et regardait comme une lâcheté de douter de la Providence ; et vraiment il aurait
(1) Paul Jove , V;e de Léon X , p. 126.
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eu tort de ne pas y croire , car cette Providence veillait sur lui comme sur son enfant chéri. II s'en montrait digne par une pureté de mœurs que tous les historiens , même protestants-, ont reconnue. Cette époque est le règne de la satire ; quand un auteur est prêt k publier ses pensées , il regarde tristement son livre, auquel il dit, comme Benivieni : € Ya, mon enfant, k la garde de Dieu; attends-toi aux morsures des serpents. » L'homme mordait alors comme le serpent : il épargna Jean de Médicis (1).
£n ce moment, la royauté temporelle du pape et la nationalité de ritalie couraient de véritables dangers : Rome fut heureuse d'avoir Jules II pour pontife.
Louis XII avait passé les Alpes pour venger la défaite de Charles VIII; c'était toujours la même idée folle qui troublait l'intelligence du monarque français ; il lui fallait en Italie une position militaire , grande ou petite , k Naples ou k Milan. Avec l'Italie il avait la Méditerranée; avec la Méditerranée, l'Orient; avec l'Orient, la Terre-Sainte. Tout réussissait k Louis XII ; il avait chassé de MQan Louis Sforce qui venait d'entrer prisonnier k Lyon(â), dompté les Yéni-> tiens (3) , et menaçait la Romagne. L'Italie allait être une province française si Jules II fût resté dans le repos ; if en sortit. A peine est-il délivré de César Borgia, qu'k la tête de vingtrquatre cardinaux et de quatre cents gens d'armes, il marche sur Pérouse pour en chasser le tyran qui l'opprime. Délaissé par tous ceux qui l'entouraient au moment du
(1) Voir, dans le toI. ii, le chapitre qui a pour titre : Liberté âê la presse*
(2) Gordon , HIst. d'Alexandre VI , 1. 1 , p. 416. Sforce avait été livré indignement par les Suisses... Posteroque die , cùm se fugse dare decrevisset, omnl cum excrcltu oppido egressum , veste pabnlatorlà et strlgoso in equo inter milites se celantem, permittenUbus HelvetiiSi perquisitum cepit.— Bembo, Hist. Venet., 1. v.
(3) Paul Jove, Vie dé Léon X , p. 128 et suiv*
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daager, BâgËoni n'a pas d'autre ressource que de venir implorer la clémence de son souveraia qui lui pardonue. Dès ce moment Pérouse rentre sous la domination de l'Ëglise , et recouvre son collège républicain et ses vieilles franchises muttidpales (1).
Bentîvoglto régnait k Bologne comme Baglioni k Pérouse, par la terreur et le sang ; il v«ut se soumettre, mais il fait ses conditions. Jules lui répond de Césène, le 10 octobre 1506, par une bulle qui le déclare rebelle « lui et les siens, livre leurs biens au pillage , leurs personnes k Tesdavage, et le lendemain il entre l'épée an poing dans Bologne , dont il rétablit les anciennes libertés (â).
Un moment Jules occupe toute la scène , on n'aperiçoit que lui : on le voit étouffer ses ressentiments contre Venise , qui refusait aux sujets du pape la liberté de commerce et de navigation sur TÂdriatique; lever l'interdit jeté sur la république, en recevoir les ambassadeurs k la porte de Saint- Pierre; obtenir de Ferdinand d'Espagne Fabrke Golûone. un des plus braves capitaines de l'époque , avec quatre cents lances ; enrôler des Suisses sur les bords du lac de Côme (3); équiper une flotte que douze galères vénitiennes vont rejoindre , sous la conduite de Gritto Contarini , et donner pour auxiliaire k l'armée de mer Marc- Antoine Colonne , qui vient de lever dans le pays de Lucques une cavalerie et une infanterie redoutables.
11 voulait chasser l'étrange. La lutte n'était pas égale : Maximilien , en infanterie , avait dix-huit mille lansquenets allemands , six mille fantassins espagnols , six mille partisans , deux mille fantassins k la solde du duc de Ferrare ,
(1) Léo, Hlst. d'Italie, t il , p. 511,— Boonaoeoraî, note de Hoemi sur Gnleh.
(2) Léo, I. c, p. 611.
(3) Meyer de Knonao, Maooellite laGoaf. Beb», vqH. f , p. ZU^é
plus de six mille bommes de cavalerie , ceot mi |>ièoes de eanoD de siège» et six bombardes si grandes, qu'on ne pou* vait les placer sur des affûts (1). L'armée du roi de France était encore plus formidable.
D'abord , le succès ne répondit pas aux espérances du psq[>e ; ses troupes furent battues. Alors qudques cardinaux se dâacbent du saint-siége, et convoquent k Pise un concile (2) , où ils ont l'insolence de citer le pape pour rétaUir , disaient-ils » l'ordre et la discipline ecclésiastiques. C'était un attentat contre l'autorité du chef spirituel delà chrétienté que la révolte de Carjaval » de Saint-Séverin , des cardinaux de Saiat-Mak), de Bajosaetde Cosenza; ajoutons, une lâcheté envers un prince malheureux* Us croyai^t le lion mort ; mais le lion , que la fièvre tenait couché dans son lit, se réveilla bientôt : il n'était qu'endormi. Il se lève tout souffrant , le corps brisé , mais l'âme sans atteintes (3) , va faire sa prière k l'autel des Saints-Âpôtres , et se rend h l'année qui bloquait ea ce moment la Mirandole. On était au mois de décembre (iâll) ; la neige tombait en abondance , mêlée d'une grêle de balles que les assiégés dirigeaient de leur camp. Jules, k cheval , après avoir arrêté les dispositions du siège , commande lui-même le feu« La brèd»e est ouverte , et le pape , k travers la mitraille , l'épée en avant , entre dans la ville, qui obtient son pardon. Grand et l>eau caractère, comme le remarque Ranke (4), qui s'apaise aussi vite qu'il s'irrite.
Les cardinaux avaient décrété un conciliabule ; Jules convoque un concile k Latran , et les rebelles sont siffles par le
(i) Léo, p. 527-528.
(2) Roscoé, t. II , p 94.-* Paul Jove, L c, p. 142.
(3) Non potendonè anche la Infermltà che conquassava 11 corpo, ^ pîegare la fortezza deir animo. Gulcc.
(4) Cité par Léo , p. 530, note , 1. 1.
monde catholique , quand on apprend qu'ils n'ont donné que quatre mois aux prélats étrangers pour se rendre k Pise. Il parait qu'ils ne connaissaient pas mieux leur géographie que leur devoir de chrétien.
Soderini fit une faute en cédant Pise aux cardinaux révoltés pour 7 tenir leur conciliabule : c'était de sa part un acte d'hostilité contre le saiut-siége , et une manifestation imprudente en faveur des Français. Avec le caractère de Jules, on pouvait s'attendre k quelque grand éclat. Le pape fut noble et prudent : il fit avertir le gonfalonier de se tenir sur ses gardes , de ne plus travailler au succès des armes françaises , d'éloigner d'une ville encore tout ce désordre des cardinaux félons (i). Mais Soderini , ébloui par les victoires de Louis XII , peut-être par l'éloquence de Carvajal , ou cédant aux sollicitations de son frère, le cardinal Soderini, refusa d'écouter les sages avis du pontife.
On ne comprend pas que des hommes qui avaient appris h connaître dans la bonne comme dans la mauvaise fortune le caractère de Jules aient pu se flatter un instant de triompher du pape , rêver un autre concile de Bâle , pour y déposer comme indigne un souverain élu par acclamation , et former le dessein de placer la tiare sur le front d'un ambitieux comme Carvajal. Mais Dieu , qui veillait sur son Église, n'aurait pas permis une semblable iniquité.
Jules II avait fait son devoir de père en avertissant Soderini ; comme prince , il en avait un autre k remplir. Pour déjouer les trames de son ennemi , il nomma le cardinal de Médicis légat k Bologne; ce choix était significatif. Revêtu d'une charge aussi importante , le cardinal pouvait travailler k la chute du gonfalonier et au rétablissement des Médicis ; \ c'était un nouvel adversaire pour Soderini ^ qui en comptait
(1) Paul Jove, 1. c, p. 146*
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AacommeDcemeotde d.3:<mbre V>\\. t .^ — ., de réduire Bologne, où le p^ji^ tïiïii ,>. r-^- — slaloe du pape, clwf-d'œii\re Ar HtM-X- - ■ : traînée dans les mes, cou^ene de Imk, n^-,^ .^ ei il en avait envoyé les d^Vis an dv d* K j . . bientôt « fit faire nn Cdooo qnil Wu-v^ ^ Jules H (3). Mais la vérilaiWe image <!«(.<, -^j.^ . lacie, cette tête que Ja pofiilMx Bïiwt,^ *, .7 par admiration pour le sni/pieur fl"f?ttii. ».- -J^' .' cetcàldep^qne /■artisieaiaino rr[«ittsj ^ j-^ ^J'
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Le cardinal avait ordre , nou pas de punir Tinsolenee des mutins ^ prêts a inaugurer ui^ autre statue quand les Français auraient qmtté Bologne , mais de rqprendre use fdace importante qu'on regardait comme la def de la Romagne. Le lëgat conduisait sous RaiiiK)Qd de Cardimne huit cetil cavaliers et huit mille fantassins , commandés par Marc- Antoine Colonne, Jean Yitelli, Malatesta de' Baglioni et Raphaël de' Pazzi(l).
A Rome , le cardinal , quelques jours ayant soa départ , reçut de FÂrioste une lettre qui lui fut remise par le prieur de Sainte- Agathe. Le poète , en habile courtisan , félicitait d'abord le légat sur la dignité dont il venait d'être revêtu, et finissait en le suppliant de lui accorder la dispense 4es tria incompatibilia , c'est-snlire qu'il voulait conserver des bénéfices ecclésiastiques sans entrer pour le moment dans les ordres. On reconnaît dans cette épitre , k quelques exagérations poétiques , le chantre futur du Fnriaso. L'Arioste demande non-seulement une dispense en règle , mais uae dispense qui ne passe pas par les bureaux de la chancellerie romaine , qui ne lui coûte rien en un mot (2) » et il s'excuse de ce qu'il appelle ses extravagances , en rappdant au l^at l'amour qu'il porta toujours au cardinal , dont il a reçu bien d'autres promesses. Or notre poète était justement l'hôte du duc de Ferrare , qui avait fait un si insolent usage du bnHize de Mididi-Ange; le commensal de k duchesse , qut n'aio^ait
(1) Roscoe , t. I , p. 100. — Sismondi. — Léo , 1. 1 , p. 542.
(2) Supplico Vostra Signorift ReTerendîB§ifn& a fàiilo espedir grM9, la quai mi perdoni se io le parlo troppo arrogante, che raffectione e servitù mie yerso quella , e la memoria che ho délie offerte fattemi da essa , moite volte , mi darebbono ardire di domandarle molto maggiori cose di queste (ancorchè quesie a me paiano grandissime) e certitudine d*ottenerle da Vostra Sfgnoria. — Bandini , Coll. vet. aliquot monimentorum , Aretii , 1752.
JULES u. 275
guère le pape ; rheoreux possessear , grâce aux libéralités de son souvefaia, à\n petit jardin où plus d'une fois il avait éfscii des vers coetre Jules II. Mi^ix qu'un autre , le légat connaissait les pédiés oU le poète était tombée et pourtant TArioste obtint ce qu'il demandait.
Bologne sommée refiisa de se rendre. EHe étaU défendue par des bommesde cœur» tels que Lautree» Ives d'Aflègre> Visconli, surmw^mé le grandi diable» et Spinaccia. Le peuple monirait contre le pape une incroyable animosité , et compilait» pour se soualrake aux justes ressentiments de Sa Sainteté » sur l'épaisseur des murailles de la ville » sur la valeur des Français » et sur l'arrivée prochaine de Gaston de Foix » due de Nemours » qui était, h vingt-^iuatre ans le premier eapitâae de l'époque. Le cardÎBal» inquiet des mouvements de G^ton , demattdait qu'on pressât le siège » qu'on risquât un coup de main bardi contre la place ; il répondait de hii Qomj»e de ses soldats (i). On voit qu'il avait reçu des leçons de Jules II. Malheureusement il avait affaire k des officiers espagnols cpii voul^ont employer contre la place » d'abord la fanûne » pois la flamme ; on essaya donc de la flamme quand on vit que la faim était impuissante. Marc-Antoine Goloune pointa contre un des bastions une coulevrine énorme (2) doQi les projectiles couvrirent les fossés de cadavres » pendant que Pierre de Navarre conduisait une mine dans la rue deCastig}i(me» sous la chapelle de la Vierge de M Baracane » dont la chute devait ouvrir une large brèche aux assiégeants. Une explosion terrible eut lieu , dont les feux illuminèrent tout k coup l'intérieur de la place ; la chapelle ébranlée s'agita sur sa base , parut se rompre en deux , et finit par se rasseoir sur le sol , comme dans un tremblement
(1) Fabroni, I. c, p. 4L
{%) Yasari , HagionamenU) terio, Opère, t. ii , p. 1371.
de terre (i). A ce spectacle, les Espagnols , au moment de monter k l'assaut , s'arrêtent immobiles d'admiration et d'effroi , croyant que la Vierge combat contre eux, pendant que les assiégés remercient Marie de sa protection miraculeuse et jurent de mourir pour la gloire de son nom.
Cependant Gaston s'avançait k marches forcées au secours de la place. Bientôt du haut des bastions on aperçut dans la plaine , k travers des tourbillons de neige , un cavalier monté sur un cheval blanc , et portant un haume k la bourguignonne (2) , tel que Yasari l'a peint dans un de ses tableaux , tout bardé de fer , la mine haute et fiëre , le casque surmonté d'un panache rouge , que le vent et le pas de la monture agitaient de mouvements divers. C'était le beau Gaston , qui bientôt fit son entrée dans la place au son des tambours et des clairons , au bruit des canons et des acclamations des assiégés. Il amenait avec lui treize cents lances, six mille lansquenets et huit mille soldats k la solde de la France.
L'armée alliée avait perdu tout espoir de forcer Bologne ; elle en leva le siège , et fit sa retraite en bon ordre et sans être inquiétée par la garnison.
Gaston , après avoir laissé quelques milliers d'hommes dans Bologne, s'était dirigé vers Brescia, faisant faire jusqu'k cinquante milles par jour k sa cavalerie sans débrider (3). En chemin il rencontre deux corps ennemis , l'un
(1) Mirabil cosa fu che la cappella fu balzata in aria , e tordd a ricadere nel medesmo sito di prima, con restar delusa l'aspettazion dei Spagnuoli quivi pronti per Tassalto.— Muratori, Annali , vol. x, p. 75. — Sed ita concidit ( sacellum ) ut nullo labefactum motu videretar , quod sine Deiparœ prssenti auxilip non fieri potaisse, omnes judicârunt. — Fabroni , p. 41.
(2) Vasari, Ragionamento terio , t. li, p. 1370.
(3) Si trovè aver eglino fatto quel giorno, senza mai trarre la bri-
sous le commandemeiil de Jean-Paul Bagiione , près d'Isola délia Scala ; Tautre sous cdui de Gnido Raugone , qu'il attaiiue» culbute et disperse (i)» Arrivé devant Brescia, il somme la ville de se rendre ; le gouverneur (3) , le provéditeur André Gritti , jure de s'ensevelir sous les ruines de la place. Le 49 février 1512, au matin, la garnison de la diadelle, que les Vénitiens , en s'emparant de Brescia , n'avaient pu forcer, se jette, sur un signal, dans la ville que Gaston attaque de tous côtés ; on se bat dans les rues , sur les places publiques , dans les églises et les monastères , sur le toit des édifices. Les chevaliers français combattent pieds nus, afin de ne pas glisser sur un terrain détrempé. Gaston est partout ; on le reconnaît moins encore k son panache rouge qu'aux rudes coups qu'il porte. Âvogadro , Tun des commandants vénitiens , n'a que le temps de s'échapper par la porte de Saint-Nazaire ; mais , atteint dans sa fuite , il est pris et pendu avec ses deux fils comme traître et rebelle (3). André Gritti est obligé de remettre cette vieille épée qu'il teignit si souvent du sang français; les autres ofAciers meurent en combattant, le vainqueur marche sur des cadavres. Huit mille morts sont les trophées de cette horrible journée , oti Bayard, qui le premier était monté k l'assaut, refusa la rançon que lui offrirent les deux jeunes filles de la maison où il alla prendre son logement, et oii Gaston fit pendre, en sa présence , quelques soldats qui avaient osé violer un monastère déjeunes filles (4).
Pendant que Gaston enlevait ainsi d'assaut Br^a, le
glla a' cavalli , mUia cinquaata. -^ L'anonimo Padovano, apud Murât., Add. dit., vol. X , p. 77.
(1) Léo, 1. c, p. 543.
(2) Roscoë , t. Jl , p. 104-105.
(3) Sisraondi.— Guichardin.— Léo.
(4) Roscoc, t. Ji, p. 107.
278 JUUis II.
cardinal , campe k Budrio , se ^sposait li passer le Pd pour secourir la place ; luaUieureusemeDt ses lieutenams «lettaienlpius de temps k prendre une dëlibéraUon que Nemours k s*emparer d'une citadelle. U n'y avait que le vieux Jules II . capable de lutter d'activité avec un jeune homme de 24 mis. A peine a-t-il connu, par les dépêches de sot) légat, la marche merveilleuse de Gaston , qu'il distribue des commissions k Troïle Savelli , k Gentile BagHone , pour recruta de la cavalerie ; k Capochio , gentilhomme romain, pour former de nouveaux cadres d'infanterie. L'Espagne et Venise , réveillées par ses remontrances , équipent dix miille fantassins suisses; Mathieu Schinn^, qu'Û a décoré de la pourpre romaine, traverse le pays des Grisons pour presser la levée de six mille montagnards (1), et Maximilien, alarmé des succès du capitaine français , rompt , moyennant une somme de 50,000 florins (2) , avec Louis XII , et se ligue avec les Vénitiens, pendant qu'excité par le légat, Henri VHl consent k envahir la Normandie et la Bretagne (3).
Gaston n'était pas seulement un csqpitaine d'une prodigieuse activité , un sddat d'une bravoure fabuleuse ; c'était un homme doué d'une haute pénétration ; il avait deviné son ennemi. Sans crainte de dégarnir Brescia, il va présenter la bataille aux Espagnols. F. Colonne et de Navarre occupaient sur une hauteur une position formidable oh leur artillerie^ bien servie^ devait avoir raisîon de la furie française; ils attendaient. Mais, k la vue des bannières ennemies, un mouvement électrique remue toutes ces masses ittmaobiies comme un mur ; les soldats rompent leurs rangs , courent vers la tente du cardinal , se jettent k genoux , indment la
(1) Paul Jove,l. c.,p. 169.
(2) Voyez, dans le t. ii, le chapitre qui a pour titre Mathieu Schinner.
(3) Lunig, cod. It. dip., vol. ii , p. 3003.
tête et demandât la bénédiction , que le légat lear donne avec la croix d'argent que le pape avait bénie. On put voir dtt camp français ce spectacle pieux . Gaston voulait se battre ; mais Ives d'Allègre , en homme prudent , contient Timpétuosité de son jeune ami ; du doigt il lui montre ces masses de soldats agenouillés , ces vieilles bandes espagnoles blandiies dans le combat, et ce terrain déclive si propre k l'artillerie. Gaston l'écoute , et , après quelques insignifiantes escarlaottohes de cafvalerie, lève son camp et va se poster sur la gauche d'Imola , dans l'intention de surprendre Bavenne ou de livrer bataille aux confédérés , qui ne manqueront pas d'aeco&rir^au secours de la place (4).
Mais le cardinal, pour prévenir les desseins de Gaston , se hâte d'envoyer a Ravenue Maro-Autoine Colonne avec quelques escadrons de cavalerie. Gaston, k peine arrivé devant la place, dresse les échelles et ordonne l'assaut. Les assiégés firent vaillamment leur devoir ; artillerie , mousqueterie , pierres, grenades, poutres, ils faisaient usage de toutes sortes d'armes : de part et d'autre le sang payait le sang.
Pendant quatre heures on se battit sur les remparts. Cette journée, qui coûta la vie a 1,300 hommes (2), fut glorieuse pour Marc-Antoine Colonne, qui du haut des murailles , où il resta constamment comme un simple soldat , vit les assaillants rentrer dans leurs lignes.
Gaston avait réussi toutefois k ébranler ces lourdes masses d'Espagnols qui venaient, mais lentement, au secours de Ravenne. Après avoir laissé un corps considérable devant la place , afin de n'être point attaqué sur ses derrières , il prit la résolution d'aller offrir le combat aux confédérés.
(1) PattlJove.t. c, p. 173-174.
(2) Muratori, Ànn. d'U., vol. x , p. 80.
Les Espagnols avaient fait halte au pont de Ronco, nommé Vitis sous les Romains. Lk, Pierre de Navarre avait fait creuser sur le bord de la rivière un fossé profond , der* riëre lequel était postée son infanterie que protégeait une véritable montagne de chariots , de fascines et de daies ; le long de la digue, sur un terrain en pente, vingt pièces de canon et deux cents hacquebuttes , placées sur des chariots armés de spontons , et servies par d'habiles artilleurs , devaient répondre au feu de Tennemi. Les Italiens avaient pour chef Fabrice Colonne; la cavalerie légère était conduite parle marquis de Pescaire; Tarmée alliée tout entière était sous les ordres du cardinal , chef de la ligue sainte. Médids n'avait ni épée ni cotte de mailles ; son costume était celui de sa dignité , une robe rouge , une croix sur la poitrine , une espèce de bonnet carré sur la tète. Monté sur un cheval turc , il allait d'une arme k l'autre, des rangs espagnols aux lignes italiennes , saluant de la main les officiers , encourageant les soldats , exhortant les uns et les autres a faire leur devoir , au nom de Jules II , leur maître spiritud , au nom de cette Italie , leur mère , ou leur patrie d'adoption (1).
Si vous jetez les regards dans les rangs de l'armée française , vous trouverez k l'arrière-garde , commandée par k Palice (2) , un autre cardinal , Frédéric Saint-Séverin , marchant k la )éte des troupes , armé de pied en cap , le casque en tête , l'épée au côté , le baudrier sur l'épaule. On le reconnaît k sa haute stature , k sa barbe épaisse et aux insignes de légat qu'il porte devant lui; car il représente,
(1) Tribunos, centariones ac miîites ipsos nt pro servando sedis apostolicœ patrimonio, pro aris ac focis, pro commun! Italiae libertate, pro salute , pro dignitate strenuissime deccrtarent , graviter, coplosè est adhortatus. — Brandolini , Léo, p. 85.
(2] Mémoires du chevalier Bayard, eh. Liv, p. 275.— Guich., 1. x, p. 586.
JULES 11. â8l
dans le camp français , les eiiiq Pères du conèile de Pise ; bomme d'énergie qui a la tête de Jules II sans en posséder le cœur « qui tirerait Tépée au besoin , peut^tre entrerait par une brèche k la Mirandole , mais ne pardonnerait pas aux habitants vaincus.
Cependant l'armée frsmçaise arrivait par détachements sur la rive gauche du Ronco , où elle formait tranquillement ses lignes. Si Ton eût suivi Tavis de Fabrice Colonne (1), les alliés auraient traversé la rivière et fait un mauvais parti aux divisions ennemies isolées les unes des autres k d'assez longs intervalles; mais Pierre de Navarre refusa de bouger : les Espagnols restèrent donc dans leurs retranchements , et épaulés par les digues du Ronco. Au dire des mattres de Fart, cette immobilité systématique fut une faute.
La bataille s'engagea d'abord k coups de canon. L'artillerie joua, de l'une et de l'autre rive, pendant près de deux heures , mais avec un avantage marqué pour les alliés, dont les boulets faisaient de larges trouées dans les rangs de la gendarmerie française. C'était un combat en règle que voulait Gaston ; mais l'ennemi s'obstinait dans ses positions : il résolut d'aller l'y trouver. Il fait donc jeter sur le Ronco un pont de bateaux que ses Allemands passent au pas de course sous le feu de la mitraille , pendant que les Gascons et les Picards traversent la rivière vers un gué favorable. C'était le moment pour Navarre de se porter avec son infanterie k la rencontre de ces corps détachés , qu'il eût infailliblement écrasés; les prières de Fabrice Colonne' furent encore inutiles. Alors ce capitaine tire son épée en s*écriant : c A moi » mes amis ! ne périssons pas par la faute d'un mécréant ( moro ) ; > et il marche droit k Fartillerie d'Ives d'Allègre ; mais son mouvement est aperçu par
(1) Vasari , Ragionamcnto lerzo, t. Ji , p. 1372.
â8â JULES II.
Alphonse d'Esie , -duc de Ferrare, qui ««branle à son tour, et biefilôt Fabrioe , entoure et toutes parts , se 'voit <»wpromis et perdu. U ^essaye de ^e défienéne » (pumd une voix lui crie : f Romain^ ue te fais pas tuer; rends^toi , la journée est finie. — Qui es-tu? demande Fabrice. — Je suis Alphonse d'Esté » r^épond la voix , ne cnaiiis fien. — ie bk rends, dit Fabrice , mais sous condition que tu ne me livreras pas aux Français (I). > Le marquis de la Padrie, embarrasse ^dans ies httissons dont.le terrain est séné , iiepeut mener que des escadrons rompus , et f^rouve la lortone de Fal»rioe (3). P^scaire via se heurtier contre use ade «des FîraDÇsis , et , reçu rarsae au poings est obligé de se replier , labandonnant au vainqueur son artillorie « ses étendards et ses équîpagies , pendant que Gardonne , étourdi par le (fèu de r:artîlerie , se débarrasse des msignes de sm 'oommandement, et opère sa retraite , suivi par Carvs^alet Ai^oine'deiLeva.
Mais la bataille n'était pas finie ; restait cette terrible infanterie espagnole qui n'avait pas enccHre donné , et dont les soldats , couchés k plat venire peur éviter ie hovlet ennemi , se rdèvent tout à cmtp »i signal de leur chef, et marchent au pas de charge CK^Ire les Allemands , que bat en flanc rartillerie placée le long des fossés^ et <dont pas une pièce n'a étéf^rise. Il y eut un moment d'hésitation dsms les rangs des lansquenets. Emser, leur capitaine, et M. deMolart, pour montrer le cas qu'il faut faire des tireurs itaUens, dressent une table du premier morceau de planche qu'ils trouvent sous la Htain, demandent du vin h un goujat, et boivent au succès des Français , quand un boulet emporte la table , les verres et les deux buveurs (5).
(1) Paul. Jov4us , in Vità Alphonsi , p. 83.
(2) Paol Jove, Vie de Léon X, p. 181.
(3) Sismondi , Hist. des rép. itsK, t. xiv.
JULES n. â85
Le choc des Ëspapols fut terrible , comme serait celui d'un rocher qui se détacherait d'une haute montagne. Les kuisquenets frétaient des piques fie 46 k 18 pieds de long , un énorme corselet de fer , maïs point ^e boucliers ; les Espagnols avaient une courte ^ée, un poignard , un boudiear^ une armure complète ^i ïem garantîssaît h tète , les jambes et le corps (1). On eût dit qu^ avaient lu, la veiHe , le récit d'une affaire des Suisses avec les Bourguignons de Charles le Téméraire. Ils glissaient , s^altongeaient, rampaient sur le terrain k la manière du serpent , et s'entortillaient atftour de la jambe des lansquenets. Les Allemands essayâent , mais en vain , de se servir de leur lance , qui ne frappait que dans le vide. Aussi Taffaire eût-elle été prompt^nent terminée si d'Allègre d'abord , puis Gaston , ne fussent venus avec leurs gendarmes pour délivrer les Allemands. Pris ainsi par devant, en flanc et par derrière, les Ëspagncds ne pmrent résister ; ils firent retraite , mais au pas et dans un ordre parfait, serrés autour de leurs enseignes, qu'ils ne perdaient pas un moment de vue, et faisant expier dans le sang la témérité des chefs ennemis qui cherchaient kles entamer. Gaston, pour venger la mort d'Ives d^ Allègre , percé d'un coup de pique, s'était jeté tête baissée avec quelques cavaliers dans un gros d'Espagnols, quand un soldat de blesse en le désarçonnant. Lautrec crie afu soldat :
c Ne le tue pas, c'est le frère de votre reine (2); » mais l'Espagnol impitoyable lui traverse la gorge de son épée , tandis que Lautrec tombe frappé de vingt coups de dague , et que , par un mouvement subit la gendarmerie française
s'arrête d'admiration ou de fatigue ^ laissant ces vieilles
(1) Machiavelli, delP Arte délia guerre, 1. ii, p. 07;— Georg. von Frûndsberg Ritters Kriegstbaten ^ Fraocf., làdSj info).
(2) Paul Jove, 1. c. p. 186.
baodes espagnoles, mutilées et saignantes , opérer en repos leur retraite.
Les Français étaient vainqueurs ; mais jsauais triomphe iravait été si chèrement acheté. Ils laissèrent sur le diamp de bataille dix mille cinq cents hommes (1) et la tleur de leur uoblesse. Gaston de Nemours seul valait une armée, c Chacun bientôt fut adverty de la mort de ce vertueux et noble prince , le gentil duc de Nemours , dcmt un deuil commença au camp des François , si merveilleux , que je ne cuide point, s'il fût arrivé 2,000 hommes de pied frais et 300 gens d'armes , qu'ils n'eussent tout défait (3). >
L'Arioste attribue le succès de cette Journée au duc Alphonse : < Ce grand capitaine, dit-il, eut la gloire de vaincre dans les champs de la Romagne Jules II et les Espagnols (3). »
Yoilk bien le poëte qui a deux plumes d'or k son service : Tune pour demander au légat du saint-siége une bulle gratuite de dispense , l'autre pour chanter l'ennemi de son bienfaiteur. S'il s'était fait raconter les détails de cette affaire , une scène l'aurait heureusement inspiré. A côté d'Alphonse, qui se bat vaillamment saas doute , et qui u'attache la lance a son cheval que lorsqu'il n'a plus d'ennemis a vaincre , était une figure h peindre : celle du cardinal au moment oii , s*arrachant du champ de bataille couvert de mourants qui implorent sa suprême bénédiction de la main et du regard , il les recommande k la miséricorde divine (4). La scène est
(ij Muratori, Ânn. d'Ualia , vol. i , p. 82.
(2) Mémoires du chevalier Bayard, ch. liv, p. 313. (3) C^ostui sarà col senrio e con la lancia Gh* avrà Tonor nei campi di Romagna D'aver dato air esercito di Francia La gran viUotia contra Julio e Spagna.
Orlando furioso , c. lii , st. 55.
(''<) Maiunlque ab hostibus capi quàm apostolici viri munus non
belle assurément, et i'Ârioste Taurail dignement célébrée. Pendant qu'il accomplit ainsi, au risque de sa vie, ses devoirs de légat , le cardinal ne prend pas garde aux rires moqueurs d'un cavalier épirote qui le raille sur son chapeau rouge et sa croix d'or, et tombe sous un coup de javelot que lui porte un Bolonais. D'autres cavaliers épirotes accourent , la dague au poing, pour tuer le légat, quand Frédéric Gonzague de Bozzolo survient pour le dégager : le cardinal était prisonnier (1).
Frédéric l'envoya sur-le-champ au cardinal SaintrSéverin. Il faut le dire k la louange de ce Père du conciliabule de Pise, il eut pitié du prisonnier, qu'il traita courtoisement, en galant chevalier. De son propre mouvement, il fit donner k Jules de Médicis un sauf-conduit pour venir au camp des Français adoucir les regrets de son cousin : qu'il soil loué de sa généreuse commisération ! Deux jours après, Jules prenait le chemin de Rome , porteur de dépêches oii le cardinal rendait compte au pape de la bataille.
n aurait fallu voir Rome au moment ob arrivait la nouvelle de cette terrible journée de Ravenne ; on eût dit qu'Attila , comme autrefois , frappait k la porte du Peuple ; les cardinaux , les mains jointes, suppliaient Sa Sainteté de faire la paix avec les vainqueurs (S), d'équiper des galères, de fuir loin de Rome. Jules ressemblait alors au Moïse de Michel-Ange ; on aurait pu mettre la main sur sa poitrine , on n'eût pas surpris une pulsation de plus dans le cœur du
obUsse. — Luc. Rremita, Inhistor. Romualdioft ap. Rap. Brandolinl.— Léo, p. 85. — Postquam et exhortando milites, et morientiam animas Deo commendando, omnia legati pontificii munera prsestiterat, incidit la binos gallos equitea.— Fabroni, Vita Leonis X , p. 46.
^1) Âmmirato, Ritratto di Leone, lib. x , p. 69.
(2) Fabrooi, p. 45. — Roscoë, t. ii, p. 118.
Doble vieillard ; s(m œuvre n'étail pas accomplie. S!il av:ail eu pear, il n'aurait pas sauvé la natioAsdiflé itsdîeane.
Jamais prisoimiet n'avait étë l'objet de prévenances: semblables k celles 4oDt on entourait le légat : c'est qu'il représentait cette papauté vénérée de ceux mêmes qui Essaient la guerre k son chef visible. On renversai la statue de Jules II ; mais ^ qùandle pape pa^t» on s'indinait pour lui demander sa bâ^ction. Â Bolope, le» BentivogU, k force de doux soins, parvinrent k faire oublier au cardinal la p^rte de sa liberté (1).
Sur sa route, quand, par ocdre de Louis ÎIl, on le eonduisait k Kilan , une nqûe dame de Modène , Blancbe Rautgone, ymàii ses joyaux pour secourir le légat : charité tout évangélique qui ne tarda pas k être récompensée (2) : le cardinal n'oubliait que les injures.
 Milan , il vit venir k Im le cardinal Saint*Sévefin , les Trivulce, les Yisconti,, les Pallavidni, tout ce que la ville renfermait d'illustres citoyens ; c'était Ik que le conciliabule avait transporté ses assises. Chaque matin un crieur public, placé devant la porte de la cathédr^e, sommait le pape de comparaître en personne, pour répondre de sa conduite, devant ces fils ingvats qyoe le peuple de Milan sifflait, comme avait fait celui de Pise* Les enfants se pressaient sur les pas de Carvajal, qu'ils saluaient du si^riquet âe Papa (3), vraisemblablement parcQ que ce cardinal, Jules II déposé, se voyait déjk les defs de saint Pierre dans les mains ; malheureux qui les eût bientôt laissées choir, trop lourdes qu'elles étaient pour ses mains débiles ! Le temps n'était pas
(1) Ro8coê,t. Il, p. ne.
(2) Bandello, Nov., vol. iii, nov. 34. -^ TiratKiBO^i , Storia délia lett. It., vol. Yii, p. 83.
(3) Paul Jove , Vfe de Léon X , i. ii.
JULES 11. â87
loin oii les cardinaux dissidents allaient tomber sous les coups de cette impitoyable divinité qu'on nomme le ridicule. A Rome venait de s'ouvrir le concile de Latran , le péristyle du concile de Trente. Le 3 du mois de mai 4513, on vit descendre du Vatican un vieillard dont les cheveux avaient blanchi dans les souffirances^ l'âme et du corps : c'était Jules II qui se rendait k la basilique de Latran , assisté de tous ses cardinaux;, de quatre-vingt-trois évéques, de prélats, de députés , de grands dignitaires nationaux et étrangers. A sa vue » le peuple fléchissait le genou. L'empereur Afaximi* lien , Henri VIII d'Angleterre, le roi d'Aragon , la république de V^ise , étaient représentés dans le cortège pontifieal par leurs ambassadeurs (i).
Pendant que Rome assistait k cette ^orieuse cérémonie , un antre spei^ade, qui avait bien aussi sa grandeur, se passait k Milan. Le légai absolvait, au nom du pape, ceux qui par obéissaoee an ordres de leur souveraîn avaiefH pris les armes contre le saint^siége. La foule était grande autour du cardinal : gendarmes français , lansquenets allenftaads , cavaliers albanais, montagnards suisses, qui, k Ravenne, k Bresda, avaient porté de si furieux eoups aux soldats de la sainte ligue , s'inclinaient pieusement pour recevoir le pardon du prisomier (â).
(1) SismomlU Hiat. im rép. M.« t. xiv, p. 2t7.^HiBt. coac. Ut» Romae, 1521.
(3) Galcc., I. X.