‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 42 sur 53 · RÉTABLISSEMENT DES MEDICIS · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DES MEDICIS

mourut : c'était un événement que ce trépas , qui arriva le 21 février 4513. François I" disait de ce pape, en s'adressant k Léon X : c Nous n'avons pas eu d'ennemi plus acharné , nous n'avons pas connu de guerrier plus terrible sur le champ de bataille , de capitaine plus prudent. En vérité , sa place était k la tête d'une armée plutôt que de l'Église (1). .

C'est un jugement que nous n'acceptons pas : Jules II fut encore plus grand pape que grand homme de guerre. Si , pour être pape , il faut savoir protéger les droits de l'autorité menacée par quelques cardinaux schismatiques , défendre dans un concile les enseignements apostoliques , n'appeler dans ses conseils que des hommes de science et de piété, donner au monde l'exemple d'une chasteté de mœurs irréprochable , veiller sans cesse k l'administration de la justice, garder la foi jurée, pardonner k ses ennemis, se confier en Dieu dans l'infortune , faire l'aumône , aimer les pauvres, épargner le trésor public, n'en distraire pas un denier pour les siens, puis mourir en bon chrétien, Jules II était digne de la tiare.

Nous avons de la peine k nous séparer de ce pontife-roi. Ëcoutons-le encore un moment ; voici ce qu'il écrivait de son lit de mort a son frère :

c Mon cher frère , > c'est au cardinal Sixte Gaza de la Rovère qu'il s'adresse , c vous ne comprenez pas pourquoi je me fatigue ainsi au déclin de la vie. À l'Italie, notre mère commune , ije voudrais un seul maître ; ce maître , ce serait le pape ; mais je me tourmente inutilement : quelque

(1) Joliusfuit maximus inimicus noster, et non cognoTimus nostro

seculo terribiiiorem hostem in bello quàm papam Julium , qui in veri-

tate fuit prudentissimus capitaneus , et melior fuisset imperator quàm

.papa Romanus. — Par. de Grassis, Act. cœrem., par. 2, p. 94; rapp.

par Cancellieri, Oescriz. deitre Pontef., S 2, p. 71. Roma, 1814.

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chose me dit que l'âge m'empêchera d'accomplir ce projet. Non ! il ne me sera pas donne de faire , pour la gloire de l'Italie, tout ce que mon cœur m'inspire. Oh ! si j'avais vingt ans de moins ! si je pouvais vivre au delk du terme ordinaire , seulement assez pour réaliser mes desseins ! Mais j'ai bien peur que toutes mes fatigues ne soient dépensées en vain (1) ! »

N'est-ce pas un beau rêve que l'idée de cette monarchie italienne sous le sceptre d'un pape tel que de la Rovère? Que n'eût pas été Rome sous un prince qui se levait k quatre heures du matin » ne dormaitqu'une ou deux heures , k table ne mangeait qu'un œuf et un peu de pain , et qui » après avoir dompté lesBaglioni, les Bentivogli, les Vénitiens, les Français » assiégé la Mirandole , réduit Bologne , enlevé aux ennemis du saint-siége trente places fortes, doté sa capitale de rues nouvelles , de places magnifiques , d'aqueducs grandioses , mourut en laissant plusieurs millions (2) ? C'est alors que Jules aurait pu mettre en pratique cette maxime qu'il aimait a répéter : Les belles-lettres sont de

(1) Voi caro fratello non Inlendele perché lo rai alTatichi cotanlo in nna età cadente. lo il faccio per rianire la comune patria sotto un sol padrone , e qucsti debbe essere perpetaamente il ponteflce romano. Ha mi affanna il pensieroche non potrè arrivarvi per i gravi annl che mi ritrovo , e ciù che mi strazia è l'idea di non potere arrivare a far tanto perla gloria d*Italia , quanto ne sente il mio cuore. Oh , se avessi venti anni di meno ! oh , se potessi vivere altro tempo bastevole ai miei.disegni ! lo temo che le mie peno e fatiche siano spese indarno.

Dair inedito Giornale di Paride' Grassi al numéro 13 , p. 75 , 79. Bibl. Barberini.

(2) L'auteur anonyme de la satire intitulée : Julius , fait dire au pontife : Super hœc oronia quùm tantum aluerim exercitum , tôt spi^ndidissimos triumphos adornârim , tôt exbibuerim ludos, tôt locis «dificaverim ; tamen morlens reliqui quinquagesies ceqten^ ii^Hlift duc^torum.

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l'argent pour le peuple, de For pour les nobles, des diamants pour les princes (1).

(1) Le belle lettere Bono argento pei non noblli, oro pei nobUi , diamant] pel principl. — Paris de Grassis , loc. cit.

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