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CHAPITRE IVII

LÉONX, PAPE. -1513.

Modes uaités pour réieetioo du pape , compromis, adoration , acceult. ^ Le GoAclave. — Comment on y vote. — Le cardinal de Médicts part de Florence pour Rome» afin de prendre part à l'élection. — Comme le plos Jeune , U recueille les stit- Crages. — Il est élu pape, et prend le nom de Léon X. — Ancien mode d'introolsation. — Couronnement du pape. — Léon X prend posseasion de Saint-Jean de Latran. — Descriplion de cette priae de possesaton. — Joie que Rome fait éclater à la nomination de Léon X.

Le compromis, Tadoration, le scrutin, Taccessit ou Taccès, étaient autrefois les quatre modes usités pour l'élection d'un pape*

Les cardinaux y faute de s'entendre, donnaient pouvoir k l'un d'eux d'élire le souverain pontife; c'est ce qu'on nom-» mait le compromis.

Si les deux tiers des membres du sacré collège avaient réuni, leurs v^ix sur l'un d'eux , ils allaient comme par inspiration le reconnaître pour chef de l'Église : voilk l'adoration ou l'inspiration.

Quelquefois il ne manquait au scrutin qu'une ou deux voix pour que l'élection fût valide; alors les cardinaux allaient k l'accès, c'est-k-dire que, séance tenante, on suppléait ces voix par des billets qui portaient accedo ad idem : c'est l'accessit ou l'accès.

Grégoire XV, par une bulle expresse, décida que le scrutin serait désormais le seul mode d'élection.

C'est k Rome , dans le palais du Vatican , que les cardi-

naux se réunissent pour élire le pape : c'est Ik que s*assemble le conclave.

Dix jours après la mort du pontife , le lendemain même de ses obsèques (novendiale esequie) (4), une messe du Saint-Esprit est solennellement chantée dans le chœur des chanoines de Saint-Pierre. La messe finie, un prélat, \m évéque ordinairement, monte en chaire, et, dans un discours latin , résume la vie du pontife défunt , «et exhorte les cardinaux k lui donner un successeur selon le cœur de Dieu : c'est le moment oîi les cardinaux entrent processionnellenaent au conclave. Ce jour-lk seulement il leur est permis de diner k leur palais , pourvu qu'ils rentrent le soir au conclave.

A peine le pape est-il mort , que les ouvriers travaillent au Vatican a construire autant de cellules que Rome compte de cardinaux ; chacune de ces cellules est faite en bois de sapin , tendue de serge verte , et assez vaste pour loger deux conclavistes , l'un d'épée , l'autre d'église. Ces conclavistes sont chargés d'aller prendre dans un tour les vivres du cardinal, qu'ils servent k table ; ils sont vêtus d'une robe de chambre violette. Près de ce tour, plusieurs prélats veillent incessamment , afin d'empêcher qu'on ne glisse dans les mets destinés au cardinal quelques lettres ou billets , car toute correspondance lui est sévèrement interdite ; autour du conclave, une garde nombreuse est distribuée pour défendre toute communication avec les cardinaux. Pendant les jours d'élection, chaque église de Rome fait alternativement une procession autour du Vatican , chantant le Veni Creator^ pour attirer les lumières divines sur les électeurs.

(0 Noos avons extrait ces détails sur le conclave d'un savant ouvrage de M. l'abbé Pascal : Les Origines et Raison de la liturgie catholique, Paris, 1844 , grand in-8o , p. 417-420..

A six heures. du matin et k dix heures du soir, le maître des cérémonies parcourt l'intérieur du conclave en agitant une sonnette et répétant : Àd eapellam Domini : c k la chapelle du Seigneur. > Deux fois par jour , k ce signal , le matin k sept heures, le soir k trois heures, les cardinaux sortent de leur cellule , accompagnés de leur conclaviste , et se rendent k la chapdle Sixtine» Au milieu de cette chapelle est une petite table entourée de trois scrutateurs tirés au sort ; d'un côté est un calice oii chaque cardinal doit déposer son bulletin, de l'autre là formule du serment qu'il prête avant de voter : Teslor Christum Dominum qui mejudU eaturus est eligere quem secundùm Deum judico eligere debere ^ et qubd idem in accessu prœstaho : c au nom du Christ mou Seigneur, qui doit me juger, je promets d'élire . celui que je crois selon Dieu devoir être, élu , soit au scrutin , soit k l'accessit. » C'est le conclaviste qui prépare les billets. < On plie une grande, feuille de papier, que l'on coupe au pli du milieu ; on prend ensuite un des deux côtés plié de la largeur d'un doigta et après avoir roulé le reste du papier jusqu'k l'endroit qui est plié, ou le coupe au huitième pli; ce papier étant ainsi disposé, le cardinal écrit son nom k l'extrémité par-dessous et en cette forme : Bar-^ tholomeus cardinalis... Cela étant. fait, le conclaviste roule encore le bout du papier jusqu'k ce qu'il ait atteint . l'autre. > On met ensuite sur ce troisième pli un peu de cire d'Espagne sur laquelle on imprime deux cachets diffé* rents faits exprès, car le cardinal ne doit pas se servir de ses armes ordinaires. Sur les deux autres plis restés vides parle haut, le cardinal fait écrire par son conclaviste le nom du personnage auquel il donne son suffrage : Ego eligo in summum pontificem reverendissimum et eminenlissimum dominum meum cardinalem *** : c j'élis pour, souverain pontife le révérend et très-éminent monseigneur

le cardinal *** (1). » Le cardinal n'écrit pas de sa main ce vote, k moins qu'il ne sache déguiser son écriture. On plié le bulletin , et sur la suscription le cardinal foit mettre une devise. A mesure qu'un bulletin est écrit, le conclaviste le dépose dans le calice dont nous avons parlé. Les infirmiers vont recueillir dans les cellules le bulletin des cardinaux malades. De retour k la chapelle , on ouvré en présence des scrutateurs la petite cassette étroitement fermée oii le cardmal malade a déposé son vote, et les bulletins sont jetés dans le calice. Alors un des cardinaux , chef d'ordre, renverse le calice sur la table; le scrutateur prend le billet, l'ouvre et lit le nom qyi y est inscrit. Si le cardinal proposé a réuni les deux tiers des suffrages , il est élu eanoniquement ; dans le cas contraire , on brûle les bulletins k la cheminée d'un appartement voisin de la chapelle. Le peuple répandu autour du Vatican a les yeux fixés sur cette chemmées. Si, k l'heure où l'élection d<Ht être consommée, il aperçoit de légers flocons de fumée s'échapper dans les airs , il se retire inquiet , silencieux : c'est que le scrutin n'a pas donné de résultat; mais s'il ne s'élève aucune fumée , c'est que l'éleo tion est terminée. Alors le peuple se répand dans les rues, attendant avec impatience qu'on proclame le nom du pontife nouveau.

Le 4 mars 1513, les cardinaux s'étaient réunis dans la chapelle de Saint-André. L'archevêque de Strigonie ( Hongrie ) célébra la messe du Saint-Esprit. La messe achevée , l'évêque de Gastdla prononça le discours de eligendo pùntifiee; puis, au bruit de l'hymne Vtni Creator y les cardinaux allèrent s'enfermer dans leur ceQule. Ils étaient au nombre de vingt-cinq.

Le cardinal de Médicis quitta Florence le 3 du mois de

(0 Ori£^n€8%.. de la fitorgle catholique , etc. Conclave.

mars ; souffirant d'un abcès, et obligé de voyager en litière, il n'arriva que le 6 k Rome. Il avait choisi pour condaviste son compagnon d'exil, le jeune homme qui ]'avait accompagné en France, en AUemape, en Italie, et qui ne l'avait presque pas quitté depuis dix ans : il devait k Bibbiena cette marque de reconnaissance.

Le scrutin dura sept jours; c'était Jean de Médicis qui, comme premier cardinal-diacre , recueillait les votes (1). Le septième jour , son nom sortit du calice ; il avait obtenu te nombre de voix voulu : tous les jeunes cardinaux lui avaient donn^ leur suffrage. Médicis , quand il eut compté les votes, ne fitparatti*e aucune émotion. Les cardinaux vinrent alors lui rendre leurs hommages; il les embrassa tendrement. On lui demanda le nom qu'il choisissait, il répondit : Le nom qu'il vous plaira. Interrogé de nouveau , il dit qu'il avait songé quelquefois que, s'il montait jamais sur le trône pontifical, il prendrait le nom de Léon X , pourvu que le sacré collège le trouvât convenable (2). Les cardinaux inclinèrent la tête. Tous les papes qui avaient porté le nom de Léon avaientr laissé de beaux souvenirs : c'étaient Léon le Grand , le restaurateur de l'église de SaintrPierre ; Léon III , mort martyr dans Saint-Sylvestre in cafite ; Léon IV , k qui Rome , envahie par les Sarrasins, dut l'oubli de ses malheurs; Léon IX, un ange de chasteté (5). Alors le cardinal

(1) Roscoê, t. Il, p. 169.

(2) Ipsl aatem cardinales hortaiwntor , at ipie iDéiearoi qao nomine Ydlet Yoeari » et dixit qoèd alias inter yanas saas cogitationes, eogitaverat qoôd si nnqaàm pontifeiesset, Yeilet Tocari Léo X, et nunc si lis placeret sic vocaretor; sin antem, ut eis placeret. *~ Paris de Grassis, cité par Fabrooi , in Add. p. 269. ^ C'est OetaTieii , fils d'Aïbéric , patrIce de Rome et saccesseor d'Agapet en 956, qui le premier ebangea son nom , en prenant celui de Jean XII.

(3) Eugène de la Gonrnerie, Rome chrétienne, tome W, pasHm, beau liyre que nons ne saorions assez recommander.

364 l£on X, PAPE.

Alexandre Farnèse , précédé du maître des cérémonies » brisa Vme des fenêtres du condave, et dit au peuple :

c Je vous annonce une heureuse nouvelle : nous avons pour pape le révérendissime seigneur Jean de Médicis y cardinal-diacre de Sainte-Marie in Domnica , qui a pris le nom de Léon X.

La foule, répandue sur la place de Saint-Pierre, cria : Vive le saint-père! Palle! Palle! et le pape, accompagné de tous les cardinaux et du clergé de Rome , se rendit h l'église de Saint-Pierre pour être intronisé. U vgulut y aller k pied (1).

Le père Mabillon , dans ses Commentaires des Ordres romains, a cherché quel était le mode d'intronisation en usage dans les premiers siècles de TÉglise : il nous montre Etienne III porté triomphalement de Sainte-Marie m prœsepe^ oii il fut élu pape, k la basilique de Saint-Jeande-Latrau , oii , d*après Anastase le Bibliothécaire , le pape fut intronisé suivant la coutume. Ainsi donc , dans TËglise romaine , la cérémonie a quelquefois la vieillesse du dogme et remonte jusqu'aux apôtres. Quand Yalentm fut proclamé pape en 8â7, le sénat romain vint lui baiser les pieds, c'est-k-dire le saluer, suivant Anastase, juxta morem antiquum. c En ce temps-lk , dit notre savant bénédictin , la consécration du pape avait lieu k Saint-Pierre, puis on le plaçait sur son trône dans la même basilique ; ensuite il y célébrait la messe. De Ik on le conduisait au palais de Latran , oii se donnait un grand repas. Le pape faisait des largfesses au sénat et au peuple ; c'est ce qu'on appelait les Presbyteria. > C'était k peu près le programme usité au seizième siècle.

(1) RecasaTit ponUfex, ut moris erat, gestarl, sed pedibus semper ivit. — PAris de 6ra8si5 , cité par FabronI, in Add., p. 269.

Au douzième siècle , le pape , après avoir admis au baiser les évéques et les cardinaux dans l'église de Latran , était conduit au portique du temple. Lk était un siège de marbre sur lequel il devait s'asseoir, pendant que le clergé chantait Tantienne : C'est Dieu qui de la poussière tire les indigents, et du fumier le pauvre : suscitât de terra inopem et de stercore erigit pauperem. Magnifique image de notre néant à tous , pape , empereur, peuple , et que le protestantisme a voulu souiller en faisant de cette pierre je ne sais quel siège ignoble oii il ne craint pas d'asseoir une prétendue papesse qui n'a jamais existé ; il le reconnaît lui-même au* jourd'hui.

Selon le cérémonial romain , écrit sous le pontificat de Grégoire X, au treizième siècle (1), si le pape élu n'est pas dans les ordres majeurs , il doit y être promu d'après le rite ordinaire : s'il n'est que sous-diacre , il est en amict, en aube , ceint d'un cordon et le manipule au bras ; s'il est diacre, il a Tétole transversale, le pluvial rejeté derrière le cou, la tête couverte d'une mitre. Pendant qu'il reçoit la prêtrise, un cardinal le sert et lui ouvre le livre k l'autel durant la messe (â).

' Le lendemain de son ordination , le pape est consacré ; si la consécration épiscopale n'a pas lieu ce jour-lk, le pape ne peut dire la messe, ni en public ni en particulier, jusqu'k ce qu'il ait été promu k l'épiscopat.

Le pape, avant d'être sacré, est revêtu de tous ses ornements (5), k l'exception du pallium ; il s'avance vers l'autel, précédé de la croix pontificale qu'accompagnent sept flambeaux, et entouré de tous les cardinaux, évêques, prêtres,

(1) Origines... de la liturgie catholique, p. 924 etsuiv.

(2) Eidem electo servit de libro in altarl , io Misse. (3] Omni ornatu suo.

diacres et sous-diacres. L'évèqne consécrateur, revêtu des ornements pontificaux , sans bâton pastoral , se dépouille de ses insignes après le sacre ëpiscopal du pape » et , mettant un surplis et une chape, sert le souverain pontife k Faute].

Léon X n'était que diacre quand il parvint k la papauté. Le 15 mars, il reçut la prêtrise; le 17, la consécration épiscopale, et le 19 la couronne (1). Le couronnement est une cérémonie profane pour les souverains séculiers, et toute religieuse pour le pape. L'origine en est fort ancienne et remonte k Léon 111, qui régnait en 795. Autrefois le couronnement avait toujours lieu le dinoanohe ou un jour de fête (2). Citons une coutume observée dans les temps anciens : un coq placé sur une colonne rappelait au pontife combien est fragile la nature humaine, pendant qu'un derc chantait : Non videbis annos Pétri : la misère de notre nature k côté de la brièveté de notre vie , deux éloquentes images.

Le 17 mars au matin, on avait élevé dans l'église de Saint-Pierre un vaste échafaud soutenu par des colonnes , orné de corniches et d'un entablement sur lequel était écrite en lettres d'or cette inscription : Leoni X, pont, meur., UUerarum prœsidio ac Inmitatis fautori. Le pape, conduit dans la chapelle de Saintr André, fut revêtu des habits sacrés : le pluvial blanc, la mitre lamée d'or, et de Ik conduit au mattre-autel ; il était précédé du maître des cérémonies , qui tenait un roseau d'argent , au bout duquel était un flocon d'étoupe k laquelle un clerc mit le feu, pendant que l'officier de Sa Sainteté chantait : Pattr saneîef sic transit gloria mundi (5). Le pape, arrivé au pied de l'autel , se prosterna,

(1) Ro8Coé»t.ii,^p. 177.

(2) Gaetano Moronf , Dlzlonarlo di eradiilone storico-ecclesiastlca. •*-* Origines de la lit. catb., p. 930,

(3) Ro8COÔ,t. ii,p. 177.

fit une courte prière et commença la messe. Le saint sacrifice terminé, le pape fut conduit sur les marches de l'église, oii le cardinal Famèse et le cardinal d'Aragon lui posèrent la tiare sur la tête ; puis il bénit le peuple et retourna au palais des Saints-Apôtres,

Saint-Jean-de-Latran n'est pas seulement la cathédrale de Rome , c'est encore la patriarcale de toutes les églises du monde , et , comme dit le vers :

... Templum , caput urbis et orbis.

Il est d'usage immémorial qu'après son couronnement , le pape prenne possession de cette basilique. Cette cérémonie eut lieu le 11 août, fête de Léon le Grand , anniversaire de cette journée oii le cardinal de Médicis avait été fait prison* nier par les Français. Léon X voulut monter le cheval blanc qui le portait à la bataille de Ravenne. C'était un vieux serviteur dont le pape prenait un soin particulier (1).

Rome s!attendailk quelque spectade magnifique : jamais en effet on ne déploya plus de pompe que dans cette prise de possession. J.-J. Penni , médecin de Florence , a décrit cette fête en véritable chroniqueur. Nous reproduirons en partie sa narration (2),

Deux cents cavaliers ouvraient la marche la lance au poing ; leurs casaques et leurs chaussures étaient semées de flammes blanches et rouges , signe distiuctif de la maison des Ursins; deiTière s'avançaient des seigneurs et des comtes appartenant aux plus illustres familles d'Italie , les

(1) VectQB est etiam in pompft Ulà eodem equo thraeio ia quo td RaYennam à Gallis captas fuerat , qoem ab hostibua pecunià redemptam ità adamaTlt , ot posteà usque ad senectotem extremam , sûminft eam indulgentift curaodam coraTlt. — Pap. Masso, in Vità Leonts X.

(2) Cronicbe délie magniûehe pompe fatte in Roma per ia creatlooe et incoronatlonedi papa Leone X» pont. opt. max.

368 iéoN X, PiPE.

Colonne, les Savelli, les Gonti, en habits de velours. On reconnaissait au milieu de cette jeunesse brillante J. Jordano , caracolant entre Fabrice jColonne el Jules des Ursins ; ils étaient suivis demusiciens, suonatori^ k lalivréedu pape : Tun habillé de velours, l'autre d'étoffe blanche, rouge ou verte , et portant sur la poitrine un diamant entouré de trois plumes, Tune blanche, l'autre verte , la troisième violette , dont la tige était attachée par un ruban sur lequel on lisait : semper. Ils avaient sur le dos un joug entouré de ces lettres : suave. Suivait l'avant-garde des Grecs, k la livrée pontificale, toque sur la tête, lance k la main, bouclier sur la poitrine ; puis les valises des cardinaux , brodées d'or et ornées de leurs armoiries. Deux d'entre elles étaient sans broderies ni insignes ; les chevaux qui les portaient étaient montés, Tun par le barbier, l'autre par le tailleur de Sa Sainteté. Derrière s'avançaient, mêlés et confondus, les marchands principaux de Florence , tous vêtus somptueusement , de velours , de satin cramoisi , d'étoffe vénitienne de couleur rose : on reconnaissait Pierre-François Borgarini , Bindo Altoviti , Bernard Bini , Pandolphe délia Casa , Louis Gaddi, Pierre del Bene, François délia Fonte, Mario Guiducci et Guidetto Guidetti , k leurs livrées diverses et k leurs estafiers. A quelque distance venaient deux majordomes de la maison du pape, suivis de deux cent soixante écuyers, marchant deux k deux, et portant des habits roses, des casaques de damas satiné ou velouté, ou des surtouts de satin cramoisi. Une haquenée blanche les suivait immédiatement , couverte jusqu'aux pieds d'une housse de velours , et portant sur le dos une petite échelle dont les échelons étaient eu velours cramoisi , et qui devait servir au pape pour monter k cheval. Elle était conduite par un palefrenier qui tenait d'une main un bâton peint en rouge. Douze coureurs en habit rose, montés sur de magnifiques

chevaux, tenaient chacun une bannière de taffetas rouge ornée des armes pontificales. Les chefs [de quartier portaient chacun une bannière aux armes de leurs quartiers respectifs. Deux appariteurs du gymnase romain, portant également une bannière oii était peint un chérubin enflammé, précédaient Tillustre seigneur Gian Giorgio, de la noble famille Césarea, gonfalonier du peuple, qui agitait un étendard de soie rouge , lamé d'or et orné des armes du peuple, c'est-k-dire des lettres S. P. Q. R. , brochées d'or. Autour de Gian Giorgio se pressaient une foule de laquais habillés de satin et de velours. Le noble Jean de Blanckenfeld , de la marche de Brandebourg, vêtu d'un casaquîn de satin blanc, portait l'étendard de l'ordre de Sainte-Marie des Teutons, au milieu duquel était brodée la croix rouge; après lui marchait le chevalier Jules de la maison des Médicis , et qu'on reconnaissait h l'étendard de taffetas rouge de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Presque h côté dejJules marchait le seigneur Fracasso, qui avait de la peine h soutenir le grand drapeau de soie rouge oU flottaient les clefs delà sainte Église, dont il était le capitaine ; par intervalles le drapeau touchait de ses franges de soie h l'étendard du gonfalonier de Saint-Pierre , le duc de Ferrare, le seigneur aux nombreux laquais. Alphonse d'Esté avait amené avec lui, ainsi que le duc d'Urbin et le seigneur de Camerino, une foule de chevaliers, de barons , au nombre de plus de 200, parmi lesquels on distinguait le seigneur Carlo Baglioni et des neveux et parents de cardinaux , tous splendidement vêtus. Ce qui surtout attirait les regards, c'était neuf haquenées éblouissantes de blancheur, et trois milles richement enharnachées , portant des housses de brocart; elles étaient conduites par des palefreniers vêtus de satin rose et coiffés de bérets dorés. A leur suite venaient deux maîtres d'écurie , quatre écuyers d'honneur, qui te-

naient en maiD un bâton surmonté d'un chapeau de velours cramoisi, à Fusage du saint-père ; puis, sur une double baie, deux cent cinquante-six camériers avec des capuces doubla d'hermine plus blanche que la neige; enfin, quatre valets de chaifnbre, dont deux portaient une mitre épiscopale muée de pierres précieuses , et les deux autres une tiare garnie de diamants. Les jeunes gens qui montent ces dixcbevaax aux housses brodées ' d'or appartiennent aux plus nobles familles des États romains : sur leurs dmiers s'agitent au gré du vent des panaches blancs de lait. Le beau cavalier qui mène avec tant de grâce son cheval est le seipenr Nicolas, neveu du pape Jules II, d'heureuse mémoire : autour de loi se pressent une foule de jeunes hommes si richement vêtus, qu'on peut s'écrier avec le Mantouan :

Non , mihi si lingus centum siot oraqae centum , Ferrea vox...

Non , quand j'aurais cent langues , cent bouches , je ne pourrais décrire leurs costumes variés. Presque tous portaient des noms illustres : c'étaient Pierre de Paulo , Antoine So* derini , Pierre-François de Lorenzo de' Medici , Simon Tornabuoni , Jean di Giovanni de' Medici, Antoine de' Hedici, Pierre di Giacomo Salviati , Bernard del Butta de' Medici , Pierre Pucci , Louis Martelli , Messire Richard , Raphaël Pucci et Raphaël de' Medici, Jérôme Morelli, Philippe Strozzi, Léonard Bartholini, et Messire Philippe de San Miniato , commissaire général de Sa Sainteté.

Les ambassadeurs étrangers étaient presque tous des hommes renommés par leurs lumières* Venise, la France^ l'Empire, le patrimoine de Saint-Pierre, les duchés de la Romagne et de Bologne, étaient noblement représentés ; Florence pouvait opposer aux étrangers son Mathieu Strozzi et

son François Yettorî. Cette foule de cavaliers, de prélats, de haqiienëes blanches, de mnles aux pieds ferrés d'or, de falets aux vêtements bigarrés, de soldats vêtus de fer et de satin, s'arrêta tout k coup; ces banderoles de soie, ces flammes de toutes couleurs dont les lances étaient surmontées cessèrent d'être agitées par le vent ; les drapeaux aux devises du pape et des maisons princières de lltalie s'abaissèrent lentement jusqu'k terre : Léon X manifestait le désir de monter k cheval. Sa Sainteté posa lé manteau ducal sur l'épaule d'Alphonse de Ferrare, qui sauta sur la haquenée , lui fit faire quelques pas, descendit , tint l'étrier d'une main et de l'autre souleva légèrement le pontife, et la marche continua. On vit alors s'avancer trois sous-diacres apostoliques, dont celui du milieu portait la sainte croix , attachée k un bâton peint en or et en argent , puis une blanche mule sur le dos de laquelle reposait un petit tabernacle orné de drap d'or, et qui renfermait le saint sacrement : un baldaquin garantissait des rayons du soleil la sainte eucharistie ; tout autour du tabernacle brûlaient des torches de cire blanche , 'portées par vingt-cinq palefreniers; un prêtre, le sacristain , en signe d'honneur et de respect, et comme gardien du Christ , tenait en main un bâton de bois. Puis venaient un secrétaire et un avocat consistorial , deux préfets ea surplis et en pluvial , et ayant le bras droit découvert ; après eux les chantres de la chapelle papale, les clercs de la chambre apostolique, les avocats consistoriaux , le maître du sacré palais, tous revêtus de rochets et de surplis ; puis les archevêques et évêques , au nombre de deux cent cinquante, montés sur de beaux chevaux dont le corps , k l'exception des yeux , était caché sous des housses de toile blanche : tous ces prélats portaient le pluvial sur leurs rochets et la mitre de fine toile blanche. Enfin paraissaient les cardinaux de la sainte Église , dans l'ordre de leurs (Ugnités, c'est-k-dire les

diacres , les prêtres, les évêques : les diacres en dalmatique, les prêtres en chasuble, les évêques en pluvial broché d'or ; les évêques , tous avec mitre de damas , montaient des ohe- A^aux dont les housses de taffetas blanc pendaient jusqu'à terre. Entre les deux premiers cardinaux , Sigismond de Mantoueet Alphonse de Sienne, marchait Tillustre duc de Ferrare, dont le vêtement était resplendissant d'or et de pierreries.

A chacun des cardinaux étaient attachés six palefreniers portant un bâton blanc k la main , et dix camériers en habits de velours ou de satin. A la suite des robes rouges venait le R. père Paris de Grassis, évêque de Pise et maître des cérémonies , puis le cardinal Farnèse et le cardinal d'Aragon , puis la garde suisse , en pourpoint blanc et rouge , bas de même couleur , avec un liséré vert qui , naissant au pied droit, remontait la jambe jusque près du bras. C'étaient quatre conservateurs qui soutenaient le 'dais sous lequel s'avançait Léon X , assis sur sa haquenée : son pluvial était d'or, sa mitre étincelait comnie du diamant , sa main s'étendait a droite et k gauche pour bénir les flots de spectateurs qui, k son approche, fléchissaient le genou et faisaient retentir les airs des cris de viva Leone 1 Palle , Palle ! Ce cri, répété de bouche en bouche par les hommes, les femmes , les vieillards , les enfants , retentissait comme le tonnerre. Derrière le pape marchaient l'illustre Jean-Marie de Varano et le père Mercurio de Vipera , doyen des auditeurs de rote et chapelain de Léon X ; le clerc de la chambre apostolique, messire Ferrando Ponzetto, qui avait k chaque côté de sa selle deux paniers remplis de petite monnaie qu'il jetait k la foule; les protonotaires en chapeau noir, et l'arrière-garde, composée de plus de quatre cents arbalétriers, commandés par Guido Guaina, Girolamo degli Albizzi, et Yiçeuzo di Tivoli.

C'est dans cet ordre que le cortège arriva k Saint- Jean de Latran. c Puis venait ma magnificence, dit ici notre historien. Moi seul, je faisais une triste figure au milieu de toutes ces notabilités ; je ressemblais k la mule de Zacharie. J'avais desbas dont l'un était troué et l'autre déchiré ; j'étais seul , sans laquais ni armoiries , et k pied ! i

Au sortir du palais apostolique, on passa devant la maison de Geccotto le Génois , qui avait fait construire en face de habitation une tente quadrilatère : quatre colonnes au ût argenté soutenaient un fronton surmonté d'une frise de drap azuré oii brillaient attachés des diamants magnifiques entre des plumes épanouies; k l'angle droit, du côté du palais pontifical , on lisait cette devise , écrite en lettres d'or :

Lemi pont, max, quietis aique artium laudatori.

. A l'angle gauche qui regardait le château :

nriuiis alumno^ fortunœ dominaiori.

Au-dessus de la frise régnait une corniche qu'on prenait de loin pour du marbre ; le cintre du ciel était formé d'une étoffe dite rovescio azztirro. De chaque côté de la corniche était une palla dorée, et, entre les deuxpa//e, les armes du souverain. Au pied de chaque colonne était un tableau , œuvre d'un maître habile : celui qui était a droite représentait le. pape au ciel sous deux rameaux de palmiers, et conversant avec saint Pierre et saint Paul. Un ange sonnait de la trompette; au-dessous du séraphin s'étendait, en forme de ruban, un arc-en-ciel ; puis, sous le cercle de couleurs, on découvrait des fleuves , de larges prairies , des arbres , des fleurs , des hommes , des femmes ; dans le fond , sur le dernier plan , flottait un ruban sur lequel on lisait :

374 LÉON i, PAPE,

Apertus est arbis et eœivii rex gloriœ.

Dans le tableau k gauche, des rois de diverses nations s'agenouillaient devant le pontife et lui offraient de For, de l'argent ; leurs têtes touchaient k celte devise :

Parcere subjectU.

À droite du pontife, on voyait quelques empereurs debout ; au-dessus de leurs têtes ces mots :

Debellare superbos*

De la maison de Ceccotto jusqu'au château d'Adrien (Saint-Ange), la rue était tendue de tapisseries. A la porte du château , on avait dressé un échafaud couvert d'étoffes de soie. Lii se trouvaient réunis un grand nombre de juifs qui tenaient devant eux les tables de la loi , éclairées par huit torches de cire. Quand le pape parut» ils descendirent, s'inclinèrent et demandèrent au pontife la confirmation de leur loi. Léon prit des mains du rabbin le livre des Ecritures, lut quelques mots et répondit :

Confirmamus^'sed non consentimus,

et laissa tomber le volume.

Le pont Saint-Ange était magnifique k voir ; il était qou-* vert de draps de soie et brillant de pierreries et de plumes, A l'extrémité du pont, on avait construit un arc de triomphe dans le genre de ceux que l'antiquité païenne* élevait k ses empereurs victorieux ; du côté du château , la façade de l'arc formait une double courbe ; dans celle de droite était peinte une femme qui tenait d'une main un livre ouvert, et de l'autre montrait le ciel ; dans la courbe de gauche était un Apollon, la lyre en main, la peau de Marsyas sur le dos»

LEON Xy PAPE. 375

l'arc et le carquois à ses pieds. L'arc reposait sur deux pilastres avec des chapiteaux , dans lesquels on avait figuré deux fontaines artificielles , dont Tune versait de l'eau et l'autre du vin. Au-dessus des chapiteaux régnait une architrave qui , k la courbure de l'arc , soutenait une tête de lioB dont la bouche pressait un diamant ; au-dessus de l'architrave on avait représenlë dans la frise toutes sortes de tètes de lions, de pierres fines, de plumes. On lisait sur la corniche, en belles lettres d'or :

Lecni X , pontif, max.t unionem ecclesiasticam resiaurandi ehrisHanosque tumultus sedandi studioso.

Dans la corniche supérieure , on avait peint deux lions dont l'un posait ses griffes sur les palle , et l'autre sur les armes du pape. £n demi-cercle autour de ces griffes de lions, on lisait :

Prœda pigna m$œ gloriœ.

Et autour des armoiries :

Mihi curœ esU

La voûte de l'arc, coupée en huit pans, offrait divers sujets de fantaisie : Jésus-Christ donnant les clefs k saint Pierre, un sacrifice antique. Dans le vide ou l'intérieur de l'arc, étaient deux tableaux , l'un k droite, qui représentait le pape sur son trône, entouré d'empereurs, de rois, de prmces dans l'attitude de l'adoration , et de peuples divers se donnant le baiser de paix. Au pied du trône, deux génies étaient occupés k mettre le feu k divers instruments de guerre. A gauche de l'arc était la noble cité de Florence, dont les . habitants fêtaient le pape. A l'extrémité, l'arc formait 4eux compartimenta : dans le premier était une

corniche avec une femme en relief qui tenait dans la main droite une épée , dans la gauche une palla , et sous ses pieds une devise ainsi conçua -

£ cœlo tandem redi.

Sur la corniche » on voyait sculptée, également en relief, ' l'image du Christ, dont la bouche s'ouvrait; il tenait en main les defs du ciel , et disait k son vicaire :

Trado tibi lerrœ et cœli regnum.

Une niche avait été pratiquée dans un second éviJemenl de l'arc extérieur : une femme s'élevait sur un piédestal , tenant d'une main une couronne papale, de Tautre une palme ; sous ses pieds était une inscription ainsi conçue :

Prœclarœ virlutis prœmium.

Sur la corniche , saint Pierre a genoux regardait le Christ dont nous avons parlé, et lui disait :

Léo Xf pont. m. , vincendo seipsum omnia superavit,'

C'était l'évêque Petrucci qui avait eu l'idée de cet arc de triomphe.

En poursuivant sa marche , le cortège arriva devant le palais d'Aug. Chigi de Sienne. Les regards ne pouvaient se détacher de l'arc de triomphe qu'avait fait élever ce noble seigneur.

D reposait sur huit colonnes, rondes et carrées, surmontées d'architrave, frise et corniche. Dans la frise, du côté du château, on avait placé cette inscription, gravée en lettres d'or :

Olim habuit Cypris sua iempora , tempora Mavorê Olim hahait sua, nunc tempora Pallas hahet.

iioN X, PAPE» • 377

Sur la corniche on lisait :

Leoni pont, max. pacis restiluiori felicissimo.

De chaque côté de Finscription était une niche : dans la niche de droite était un homme qui figurait Apollon ; dans la niche de gauche, un Mercure vivant. Â l'angle droit delà corniche était une figure en relief, ayant la tète et le galbe d'un homme , et l'extrémité d^un serpent ; elle tenait un sablier dans la main. A l'angle gauche était un centaure; au milieu de l'arc, sur un socle , un lion couché ; en dedans de la loge apparaissaient les armes des Médicis et celles des Chigi; sur chaque face, un tableau de maître; au-dessous, trois niches : dans celle du milieu, une nymphe; dans les deux autres , deux nègres. La nymphe chantait des vers en l'honneur du pontife. Un des tableaux représentait une femme qui tirait une épine de la patte d'un lion , image du courage ; car la femme , assaillie de toutes parts par des serpents , allait succomber, quand le lion se jetait sur les reptiles et les écrasait. Un ange descendait du ciel pour poser sur la tête de l'animal libérateur une triple couronne. Dans un autre cadre on avait figuré la vertu sous les traits d'une femme qui triomphait des quatre penchants par lesquels l'humanité est assiégée sur cette terre, et qui étaient figurés par un homme au vaste abdomen, tenant en main une cuiller; par trois femmes , la première une bourse k la main , l'autre les bras ornés de pierreries et de joyaux , la troisième s' appuyant sur une béquille. Les quatre figures allégoriques désignaient la gourmandise, l'avarice, la luxure,'renvie. La vertu dominait les quatre vices ; elle tenait un lion qu'elle présentait a la Vierge. Dans la ?one zodiacale étaient peints les Gémeaux, l'Ecrevisse, la Vierge, un bassin de la Balance.

Antonio de San Marino, célèbre orfèvre de Rome, avait

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fait élever, devant sa boutique une magnifique statue de Vénus dont le socle était orné de l'inscription suivante :

Marsfuiiy ni P€fila9, Cypria $en^per ^r^.

Cette statu9 versait d'une urne une eau plii$ transparente que le cristal. ...

Interrompons id le récit du médecio florentin, qui parlera longtemps encore. Penni ressemble assez k TéqivsâQ dont se moque Boileau» et qui ne faisait grâce k son' lecteur ni d'un feston ni d'un astragale, IHalgré ses bas troués , il s'est glissé partout; la garde qui, ce jour-lk, maintenait la police du cort^e, l'a laissé passer. U n'est pas une inscripti<m qu'il n'ait relevée , pas un sure de triomphe dont il n'ait compté le^ fleurs» pas un temple qu'il n'ait essayé de décrire dans le style de Vitruve, pas un dieu de la fable» et les dieux étaient nombreux k cette fête toute chrétienne » dont il n'ait dpnné les attributs. Ne nous montrons pas {du$ sévères qu'iEgi-* dius de Yiterbe» Sadolet, Thomas de Yio» et tous les Pères du concile de Latran , qui regardèrent sans sourire ces di* vinités mythologiques , saluant de leurs niches le vicaire de Jésus*Ghrist* L'austère Piccolomini» s'il eût pu sorUr de son tQipbeau I se serait arrêté comme les autres devant tous cf^$ caprices d'artistes , imaginés par des marchands pour fêter leur souverain. C'est au paganisme, il faut bien le reconnaître» que ritalie veut emprunter la notion de l'art; est-il donc étonnant qu'elle lui dérobe ^es dieux » quand elle lui a pris ses poètes» ses orateurs» ses juristes et ses Yàsr toriens? En Italie» depuis Dante» le langage synobolique est en usage dans toutes les solennités populaires. Or chacun de ces dieux de l'Olympe antique exprimait une idée qu'il n'était pas besoin de traduire ou d'expliquer \ et quç Viom ^mpr^ait surtout : Mars» c'était la force ^

l£on Xf PAPE. 379

Pallas le génie militaire. Venus la douceur de la paix. Avec trois statues de bois barbouillées d'ocre et de minium , le peuple écrivait son poëme ou sa harangue. Aujourd'hui encore il emploirait le même procédé, et resterait fidèle k ses dieux décrépits.

Cependant le cortège était arrivé k Téglise de Saint-Jeande-Latran« Devant le portail de la basiliipie était cette chaise de marbre dont parle Mabillon, et sur laqueUele pape s'assit pendant que le clergé chantait le verset du psaume : Suscitât de terra inopem. Puis Léon alla se prosterner devant le maitre-autd ; après une longue prière » Û fut conduit dans la chapelle de SaintrSylvestre , oii la noblesse romaine vint lui baiser les pieds. Chaque cardinal assistant reçut de la main de Sa Sainteté deux médailles en argent et une médaille en or ; chaque évëque eut une médaille en argeai.

On avait reconstruit k la hâte le palais de Constantin , aux frais de la chambre pontificale , et sous l'inspection da cardinal Famèse , archiprétre de la basilique de Latràn (1). C'est Ik que se rendit le pape, accompagné àe tout son cortège , pour prendre possession de ses Étals comme priaoe temporel. Il y passa le reste du jour. Le soir , il reprit le diemin du Vatican (â) , oii nous sdlons le suivre.

(1) Storia di soleiiiii poesessi di sommi poQieûci da l^eone Ul a Plo Vif, da Francesco Ganoellieri , in Roma , 1 802 , p. 64.

(2) Roscoê,t. II, p. 182.

GemulUr : Chronleoo equestris ordinis Theatonlcl , iB t. v. — Vêteris ffivi Analect. Ant. Mattbaei, Hagœ Gomitum, 1738. — Raimundi Duellii Hist. erd. equitum Theutooicoram hosp. S. M. Virgiois Hierosolymîtani. ViennaeAust.. 1727. — AlbaolGhlbbesIl Trismeg. Medlcus, tiye Leopont. laudatus , Roms, 1700.

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