BIBBIENA
venait de lui ravir ; pas assez de chants pour célébrer Tavénement au pouvoir de Pierre , fils du Magnifique ; pas asse? de couronnes pour tous ces hommes de science qui faisaient de lointains voyages afin d'enrichir la bibliothèque Laurentieune de chefs-d'œuvre littéraires. Aujourd'hui, ce peuple inconstant ^ après avoir chassé son mattre k coups de pierres, brûle les beaux livres venus de l'Orient et rassemblés dans le palais bâti par Michelozzi ; puis brise des statues qui faisaient l'admiration des étrangers , parce que tout celsi appartenait au fils de Laurent. — Folie ! disait Bibbîena. Voici un couvent de dominicains que les Médicis ont enrichi ; et aujourd'hui qu'un descendant de cette noble famille , poursuivi par la populace , vient demander au nom du Christ qu'on lui laisse passer la nuit dans le dortoir dq monastère , un frère le repousse et lui dit : t Va-t'en ! » — Folie! murmurait Bibbiena. Ce religieux de Saint-Marc, du nom de frère Jérôme , qui le vendredi est regardé comme un saint k Florence , le lundi suivant est pendu et brûlé comme un imposteur. — Folie ! répétait Bibbiena. Bien jeune il s'était promené près du Prato, dans ces beaux jardins de Ruccellaï , oîi , k l'ombre d'arbres toujours verts , des homn^es pleins de la lecture des anciens rêvaient une république modelée sur celle de Platon ; et, dans tous ces républicains, il avait trouvé, plus tard, de petites vanités, de petites ambitions, de petites colères. — Folie! répétait-il; et il riait. En route avec le cardinal Jean, dans ses long$ voyages k travers l'Italie, la France, la Germanie, la Flandre, partout il avait trouvé k exercer sa verve satirique : c'était un autre Rabelais qui prenait le monde pour un théâtre , les hommes pour des acteurs , la vie pour une icomédie ; seulement , l'âge le convertit. Quand il eut vu avec quelle force d'âme son compagnon supportait l'exil , la dou-