‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 49 sur 53 · BIBBIENA · texte numérisé non relu

BIBBIENA

ceur qu'il montrait envers les faiblesses humaiBe^, la charité dont il était animé même pour ses ennemis , sa confiance dans la Providence , son courage dans l'adversité , sa piété filiale , son zèle évangélique ; alors il finit par avouer que la sagesse pouvait habiter sur cette terre.

Avec ces penchants au rire, il n'est pas étonnant que» dans ses études classiques , Dovizi se fût attaché surtout aux écrivains comiques de l'antiquité. Son auteur favori , c'était Plante , qu'il portait constamment en voyage , qu'il relisait a chaque instant de loisir, et qu'il savait par cœur. Si jamais il veut mettre en relief une de ces innombrables sottises que le monde promène autour de lui , c'est de Plaute qu'il s'inspirera , c'est sur la scène qu'il la jouera , et alors vous le verrez reproduire jusqu'aux crudités de langage de son poète favori, par une sorte de folie aussi : pour être antique. De sorte que , lorsqu'on voudra connaître Bibbiena , il faudra bien se garder de le juger d'après son œuvre littéraire. Il sera hardi dans la Calandra jusqu'à la licence , parce qu'k ses yeux la chasteté des termes avait été dédaignée par son modèle.

Si la Calandra , cette comédie que Bibbiena composa fort jeune , et longtemps avant qu'il fût entré dans les ordres » ne peut trouver grâce aux yeux du moraliste , elle a , sous le i:apport du style , obtenu les applaudissements de l'Italie tout entière. C'est une des plus heureuses , trop heureuses imitations sans doute , qu'on ait faites de la manière de Plaute. Hâtons-nous de dire que les mœurs de l'auteur ne ressemblaient nullement k celles qu'il a mises en scène.

Si Bibbiena , adolescent , n'avait pas une grande estime pour l'hunaanité, il savait comprendre les œuvres qu'elle produit. D se dédommageait en quelque sorte de ses dédains pour la nature vivante, par son culte pour la matière. Sans être peintre ou sculpteur, il appréciait avec un tact exquis

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les beautés d'une statue ou d'un taUeau. Au premier coup d'oeil il disait si la statue était antique, si le tableau était d'un bon maître. Il n'est presque pas besoin de remarquer que Bibbiena, comme Bembo, aimait le paganisme. Adorateur de ce que Lessing appelle l'enveloppe visible , il allait malheureusement chercher dans la mythologie ses admirations. La poésie chrétienne des artistes ombriens lui était presque inconnue; il passait devant une œuvre de Giotto sans éprouver d'émotion , parce qu'il prisait avant tout la vie matérielle avec ses fraîches carnations , ses chaudes et brillantes couleurs , ce qui tombe sous les sens , en un mot ; il aurait adoré Rubens.

S'il aima Raphaël , c'est moins quand le peintre s'exer-^ çait a représenter des madones, que quand il peignait sur les murs de la Faraésine les fables d'Apulée.

fiibbieua était un homme de cour accompli (1). Aussi le cardinal Jean de Médicis l'avait-il employé souvent , et avec succès, pour représenter les Médicis exilés. A Mantoue, lors du congrès tenu dans cette ville pour traiter de la pacification de l'Italie, Bibbiena, qui avait su s'attirer la confiance de Jules , dont il était le plénipotentiaire , obtint un véritable succès (2).

Léon X l'avait choisi , comme nous l'avons vu , pour son conclaviste. Suivant la coutume, le pape lui fit don de tous les meubles qui garnissaient la maison qu'il occupait sur la place de Navonne (3) pendant qu'il était cardinal. Le 23 sep-

(1) C'est un des interlocuteurs des Dialogues de Casliglione. f^oir II librodel Ck>rtegiano, t. i, p. 38, 169, 170, 22&. Milaq, 1803, in-8o.

(2) Questo vi dico che di messer Bernardo tanto oneratamente sente e parla N. S. che è cosa da non credere, considerata la natura di Sua Santità, chedi nessuno si contenta, di nessunosi suole lodare.— Bembo, ep. 24,ott. 1512.

(di) Mss.Bib. Magliab. xxxvii, no97.

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tembre 1513, it conféra le cardinalat k Jules de Médicis, son cousin; k Laurent Pucci , nommé dataire par Jules II (1); a Innocent Cibo, petit-fils d'Innocent VIII , et k Bernard Bibbiena, qui avait pris les ordres, et était alors diacre. Léon X écrivit k Ferdinand d'Espagne une lettre ou il vantait la prudence , l'intégrité, les talents et les vertus de son conclaviste (2).

Voilk donc les trois symboles de la vie intellectuelle que Léon X réunit auprès de sa personne lorsqu'il eut ceint la tiare. Bembo représente l'élément littéraire païen; Bibbiena, l'élément artiste païen ; Sadolet, l'élément chrétien. Bembo veut opérer le réveil de l'esprit k l'aide de Cicéron. A force de chercher le style, il finira par n'adorer que le signe, et il ira, par un coupable anachronisme , jusquk mettre au service d'idées chrétiennes des formules mythologiques. Cette recherche désordonnée du mot contribuera au progrès de l'intelligence en l'attirant vers ces deux mondes romain et grec qu'elle avait délaissés trop longtemps, et où reposaient qudques sources du beau. Combien il est k regretter qu'il n'ait pas appliqué au christianisme la théorie esthétique qu'il développait k la cour du duc d'Urbin ! Bibbiena suivra Bembo dans cette voie du naturalisme. Comme aux yeux de Bembo, Cicéron c'est tout le style, aux yeux de Bibbiena , Scopas ou Praxitèle c'est toute la statuaire : dans la statue , ce n'est pas l'idée , mais la ligne seule qui le frappe ; et comme il ne trouve cette ligne que dans l'œuvre des Grecs, il méprise toute image taillée par un ciseau chfétien. Ne lui parlez pas de l'expression qu'Orcagna a su

(1) Negri , Scrittori Fiorentini, p. 379.

(2) Prudentiam, integritatem, agendisque rébus usum alque scientiam virtutesque esteras et esse libi perspectas existimo , et reipublicse, et honori et praesidio confido fore. — Epist. Bembi , ep. Ferdinando Hispanis régi, no 7.

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rendre si merveilleusement, si 1^ pierre n'a pas été traitée anatomiquement par le statuaire. Sans doute la beauté en sculpture ne saurait exister qu'à la condition de l'alliance de l'expression et du dessin; mais la ligne le préoccupe seule. Cependant on ne saurait nier, en blâmant ses tendances sensualistes , qu'il n'ait rendu de véritables services k l'art en propageant l'étude de la réalité ou du dessin. Entre ces deux hommes s^ux idées exclusives , vient se placer Sadolet , âme calme et réfléchie , dont l'amour pour l'antiquité ne va pas jusqu'au fanatisme , qui ne s'est pas contenté d'étudier Gicéron et Démosthènes , mais qui a médité samt Paul , qui a lu la Bible, qui connaît lesi Pères. Il est spiritualiste autant qu'on peut l'être k cette époque. Son artiste modèle , c'est Raphaël , non pas toutefois dans les œuvres qu'il a produites au sortir de l'école du Pérugia , mais dans celles qu'il a créées tout récemment, et oii l'on trouve l'expression du peintre de l'Ombrie et les contours des maîtres florentins. Nous sommes sûrs que tant qu'il restera près de Léon X , l'art ne s'abîmera pas dans le paganisme , que la théorie sur l'imitation de Ben^bo ne triomphera pas complètement, et que si la littérature profane a dans le Vénitien un brillant représentant, lui, Modénais , saura favoriser l'étude des saintes lettres , ei^ donnant l'exemple d'une grande chasteté de style , d'un amour éclairé pour le christianisme , et d'une sainte admiration pour la parole révélée. Voilk les trois s^uxiliaires principaux qu'en montant sur le trône Léon X s'est adjoints afin de travailler k la gloire de la religion , des lettres et des arts. Tous trois sont des hommes de paix et de charité.

(CHAPITRE VU.— chute: DES MÉDICIS.) Hlx orig^ in archiv. reipub, Flor,

Hoc €Mt INVERTÂ&IDM LiBAOKDM qui invetiH sunt inter libros domini Angeli Polituni , quos secernendo extraxit indé domin^ê JoiiiNNES Laschiki Grœcus^ eoç commissione dominorum; coram domifio Theodoro et coram domino Bartholomœo de Crais ; quod inve^iarium confectum fuit in domo Pétri de M^dicis , die xxiv QCtobris 4495, ut patet in originali,

Abistotelis Poetica, et quidam alla, in grseco, m papyro.

Galeni de composilione Pharmacorum , in papyro , in grœçû.

Pétri Hispani Dialectica et qosedam alia, , in graecum de latino versa , in papyro,

Leges quœdam , cum glossis in memhrana; glossulse verô sunt inmarginibos.

Homeliae JohannisChkisostomi, in graeco.

Servius in Virgilium , in memhrauua , latinus codex.

Aristotelis de Mundo^ in grœco , simul cum Poleuonis meditationibus , ^t Aristotelis metaphysicis , in papyro,

Compendium tiûum librorum Oribasii , factum per Br- TiUM , in papyro.

iDStituta , ÎD grœco , in papyro.

Epistolse Theodori Lascharis, in papyro, in graeco. AcTUi&ii opus de Medicinâ , de Urinis , in graeco , in papyro ; et Galeni quœdam.

Galbni quœdam in Medicinâ, et ejusdem; liber de dicto

auctore, in grœco , in papyro,

ÂLEUNDERTRÀLiANUS^in Medicibâ, in grseco, in papyro.

Liber Galeni in Medicinâ; cojus primum capitulom de

Cardiacis, in papyro, in asseribus, sine operimento, in

graeco.

Galeni de compositione Pharmacorum , in papyro, signatusn°225.

Liber Galeni in Medicinâ , in graeco , in papyro : habens primum capitultim deThcriacis Alexipharmacis, in asseribus non opertus , signatus n° 223.

Galenus, de usa particularum in Homine, et liber ejusdem de Pulsibus, in papyro^ et graeco, signatus n ** 245.

Priscianus quidam antiquus , in membrana , signatus u°347, latinus.

Priscianus iterùm antiquus, in twcmôrana, n« 626, latinus. Demosthenis Orationes , graecae , in papyro, Historia ZoNARiE, in papyro, in graeco.

Galeni de Pharmacis , secundum genus , in graeco , in papyro, n° 24 8.

Pedagu Dioscoride Anazarbis, in graeco; liber de Materiâ, in papyro, signalus n* 230.

Compendium Philosophiae Georgu Protbrtioi , in graeco, in papyro.

Aristotelis Metaphysica parnmper , et Galeni de Anatbomiâ , n** 246 (huticcodicemD. Jo, Lascari pênes se).

Pars PoLLUcis et quœdam alia, et Polienis Stratagemata , in graeco , in papyro et antiquo codice , volumine mediocri, , lecto operimento rubro , n** 91 . «y

Excerpta qoœdam ex diversis auctoribas , et pro?erbia , et quœdam alia sine taboHs , inpapyro.

Ptndari Olimpya , et pars Pytiorum , cum expositione, m papyro , in grœco , n" 87.

Xenophontis Graeciae Historia, in papyro, sine tabalis , in graeco , n° 622.

Qosedam in Physicâ, primùm de Climatibus Terrœ , et expositio Theonis in Arati Pbenomena, in papyro, sine tabulis, in graeco, n* 439.

Â&iSTOTELis Polifica, in graeco, in papyro ^ ligata in quâdam caria membraneâ.

Aratus cum expositione , in graeco , m membranis ligaiuê inquâdam caria .

Galeni liber antiquos^ in graeco, in menibranis , inquâdam caria.

Vocabula quaedam medicinalia , et qaaedam alia, in graeco, in papyro^ in iabulis , sine operimento, vetustissima , n.224.

Quaedam recollecta à domino Angblo Politiano in pueriti^. suà, m papyro, in laiino, ei ligata simul in quâdam caria m€mh'ane4.

(CHAPITRE Vil.— CHUTE DES MÉDICIS.) Fergier d'honneur.

Comment le roy fist son entrée à Florence, en quel triomphe il y entra , V ordonnance qu'il y tint, et comment les bendes marchèrent les unes après les autres.

En grant triomphe et parfaicte excellence.

En broyt eo los d'honneor victorieux ,

430 PIÈGES JÙSTlFIGAtlVËS;

Le roy des roys entra dedans Florence ^ Où il conquist ung renom glorieux ; Car il portoit le glaive furieux Pour son vouloir par-lout exécuter ; Et pour la guerre ou la paix discuter Par haulx exploits d'emprise vertueuse.

Dont pour an vray du droit en disputer ^ Declairer veblx la façon merveilleuse.

(}uand les seigneurs furent vers luy venus , Ils luy baillèrent les grans clefs de la porte , Et lui priant qu'ils fussent soustenus , Et maiutenuz soubz sa haulte puissance ; Et désormès eii son obeyssance Très humblement tous ils se maintiendroyent, Son nom gardroyent , ses armes deffendroyent ; Et outre plus pour leur erreur distraire , A telle loy qu'il vouldroit se joindroient Sans jamais jour eulx ayder du contraire.

Quant leor vouloir par leur parler concetipt , Sur leur requeste , à bien peu de laogaige , Bénignement le bon roy la receupt , Sans leur vouloir faire mal ne dommaige , Et des plus grands receupt foy et hommaige incontinent par grant solempnité En rabaissant leur téméraireté Et leur vouloir de soubdaine chaleur Dont ils s'estoient contre lui despité > Bien leur montra qu'il estoit leur seigneur.

Procession^ comme j'ay devant dit , Dignes corps saincts , précieuses relicques , Sortirent hors sans aucun contredit , Croix , confanons , banyères autentiques ,

PIÈCES JUSTlFlGATlVESi 4S4

Curés vcs^s de cbappes magniflqaes , Abbés , doyens , cbantres , archediacres , ■ Prestres chantans , chanoines , soudiacres. Portant joyaulx de saincts , de vierges , d'anges , Et beaulx vaisseaulx de precieulx lavacres Vindrent vers luy pour luy rendre louénges.

Tous les estais du grant jusques au moindre^ Tant fussent-ils de noblesse ou clergié , Bourgoys , marebans , furent contraints d'eulx

[joindre f A ceste loy pour le plus abrégé Et de venir dessoubs ung train rengé Bien acoustrés devers ledit seignetir Portans joyaulx , bagues de grant valeur, Et beaulx habits de sumptueux arroy , En luy faisant révérence et honneur»

Ne plus ne moin$ que leur souverain roy.

Que diray-je pour parler court et brief ; Quant si près d'eulx leur bon seigneur sentirent i Quoy qu'à aulcuns le cas fut un peu grief, Ce néantmoins grans et petis sortirent , Et toutes bonnes obéissances firent Faveur , support , subjection , souffrance , Ce que devant en effect et substance Ne peûsoient pas Tuscains polie tonde , Qu'à ceste loy la ville de Florence Eussent peu mettre tous les princes du mondd.

Les Florentines à face angéliques Sur eschauffaulx , fenestres , et tauldis ,• Venyssiennes i Rommaines autenticques

432 PIÈGES JUSriFlGATiyES.

Vindrent illec voir le roy des hardis , Et leur sembloient eslre à ung paradis De voir Franeoys en leurs terres marcher.

Après recueil, los , honneur , révérence , Faicte au bon roy sans vouloir dénigré , L'on commença de marcher vers Florence En ordonnance de degré en degré.

Et si fut tel du bon seigneur le gré , * Que Florentins tous les premiers marchassent , AfjQn que nuls les Franeoys n'empêchassent ; Mais fust à tous cette entrée famée Tendant à fin que Florentins goûtassent L'excellence de sa pompeuse armée.

S'ensuyt comment après que les seigneurs tant de V église que de la ville, marchans , bourgoys et aultres méquaniques furent entrés , les bendes du roy commencèrent à marcher , qui fut la chose la plus singulière qu'on vit jamais pour entrée de ville.

ET PaEMlEBEflfENT LES GODiEUVBUflEBS.

Quant Florentins avec leurs instruments , Furent entrés vestus d'habits propices , Premièrement vindrent les Allemans, Lancequenets, Foussignerans, Souysses, Portans plastrons , bracelets , escrevices , Et mesmement tons les coulevriniers , Plus barboillés que poures charbonniers.

De manier leur salpestre et poudre ;

PIÈCES JCSTiriGATIVES. iSeH

Et qnaot il fanlt ruer snr les paniers ,

A doubler sont plus que tonnerre ou fouidre.

LA BBRDB DES PIGQUIBRS.

Après marchèrent la bende des grans picques , Moult frisqués à grans pas furieux , Saichant des artsmarciens les pratiques, Plus qu'autres nez a cela curieux.

Car gens y a de nom victorieux , Dignes d'avoir par leur beaulx faits maints dons Et parmi eulx avoit fleusles , bedons , De leurs explets sonnans les extremets , Sans oublier estandars ne guydons , Le mieulx en point que Ton les vit |amais.

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