‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 19 sur 61 · C.yt.XlV · texte numérisé non relu

C.yt.XlV

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tenté 9 avec quelques cavaliers , de disputer le passage de FAdda aux Impériaux (1).

L'épouvante était dans Milan , qui se crut un moment perdu. Heureusement le vainqueur allait lentement; il s'amusait en chemin » et laissait ainsi le temps au connétable de Bourbon de mettre la ville en état de défense. Le capitaine bernois de Stein , ennemi du cardinal de Sion , arriva mt ces entrefaites avec six mille Suisses , et Milan passa bien vite du désespoir k la confiance : mais sa joie fut de courte durée ; car, au moment d'en venir aux mains avec les Impériaux qui bloquaient la ville, les Suisses refusèrent de combattre , et partirent Tarme au bras , licenciés par le connétable, qui leur avait fait promettre de ne pas se battre contre les Français.

 la nouvelle de cette défection, Maximilien se crut maître de Milan, et fit sommer les habitants de lui ouvrir leurs portes dans trois jours , les menaçant , en cas de refus, de détruire la ville de fond en comble, et sur les ruines de semer du sel , ainsi que l'avait fait autrefois Frédéric Barberoussè (S).

Le gouverneur ne se laissa point intimider, et le blocus de Milan devint plus rigoureux. Cependant les Suisses k la solde de Maximilien étaient mal payés et murmuraient. Des murmures ils en vinrent aux menaces , et leur colonel Stapffer, un matin, alla trouver l'empereur, réclamant avec une insolence soldatesque l'arriéré de la solde qui leur était dû. En cas de refus , il déclarait qu'il irait avec ses gens rejoindre le connétable. L'empereur eut recours aux prières et a la colère ; mais le colonel fut inflexible : pour

(0 Gaillard, t. i, p. 225. — Simonde Sismondi , t. xiv, p. 402. Ligue de Cambrai , liv. 5 , vol. il , p. 539. — Roscoé , t. m , p. 79. (2) Gaillard, 1. c.,t. i, p. 227.

Tapaiser, il lui promit d'aller au quartier des Suisses, le soir, avec le cardinal de Sion (1 ) .

Maximilien n'attend pas la nuit, et se hâte de remettre à Scbinner seize mille écus , k compte d'une somme beaucoup plus forte qu'il va se procurer (S) ; puis U monte à cheval et part , avec une escorte de deux cents cavaliers , pour Trente , sans rien dire a son armée , qui se débande , lève le siège de Milan , et pille Lodi et Saint-Angelo , afin de se payer de ce que leur devait l'empereur (3).

Quelques historiens cherchent k expliquer la fuite de Maximilien par l'apparition des ombres de Charles , duc de Bourgogne, etdeLéopold d'Autriche, -qui, la nuit, auraient réveillé l'empereur de son sommeil pour l'avertir de se défier des Suisses (4).

Cette prise d'armes, tentée courageusement, on ne saurait en disconvenir , aurait demandé , pour réussir , une vigueur d'action dont Maximilien , malgré ses talents militaires (5) , était incapable en ce moment. On a prétendu que le pape avait sourdement excité ce prince k descendre en Italie. L'histoire doit la vérité aux vivants comme aux morts. Le pape remplit toutes les conditions du traité qu'il avait conclu quelques mois auparavant avec François I*^. En cas d'attaque du Milanais, il avait offert k son allié cinq cents hommes d'armes et un corps de trois mille Suisses. Requis d'exécuter le traité , Léon X répondit qu'il n'était pas en état de fournir le contingent stipulé ; mais, en compensation ,

(1) GaiUard , 1. c, 1. 1 , p. 228.

(2) Paul. Jov., Vita Léon. X» 1. iii. — La ragione della sua p^irlita non essere per altro che per andare a far provisione di dcnari per le paghe deir esercito. — Parata, 1. c.

(3) G. von Frûndsberg's Kriegsthaten , t. il, p. 24. ~ Paul. Jov., 1. XVI. — Guicc, I. XII. — Simonde Sismondi, t. xiv, p. 405.

(4) Schmidt , Hist. des Âltemands, Reims , 1786, in-S» , t. v , p. 476^. (6) Schmidt, loc. cit., t. v, p. 482.

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il promit l'assistance d'un corps de troupes florentines qui se mit eu marche pour Bologne , oii il arriva quand l'empereur était en pleine déroute (1).

Il fit plus encore : au moment oii les montagnards s'ébranlaient pour porter secours k l'Église, qui n'avait même pas besoin de les appeler k elle » Léon X écrivit k Tévêque de SioD une lettre que nous voudrions ne pas avoir trouvée dans le recueil de Bembo. Â Dieu ne plaise que nous blâmions le pontife du respect qu'il montre pour la foi jurée » de ses généreux efforts pour conserver la paix, de son inébranlable obstination k garder un traité qu'il a signé , quelque dur qu*il soit pour la papauté; mais il nous semble qu'un serviteur comme Schinner a droit k de grands méoagements. Ce n'est pas assez de lui dire : c Aussitôt que vous aurez reçu ma lettre, renoncez k votre entreprise; demeurez tranquille , et ne cherchez pas k troubler la paix de vos montagnes (S) ; > le pape ajoute : c II n'est rien qu'un homme sage et prudent doive plus éviter que de jeter le trouble dans une république oii la paix va régner , et de pousser k la révolte ud pays qui l'a vu naître ; c'est mal servir les intérêts de la république chrétienne (5). » Un soldat tel que Schinner , qui s'estimerait heureux de mourir en défendant l'Église , si nous supposons qu'il ait failli par trop de zèle , méritait d'autres paroles que celles que lui adresse Léon X. Ne craignez rien pour Schinner : si le soldat aj* se sentir blessé jusqu'au cœur, le ^prêtre est Ik pour verser

(1) Simonde Sismondi , Hist. des Rép. Ital., t. xiv, p. 412.— Gaillard, Hist. de François 1*^; p. 239-240. — Roscoè , t. m , p. 92.

(2) Quamobrem bas ad te litteras statim duxi dandas, quibus te commoDcfacerem atque bortarer ab incepto desisteres ; quietique potiùs et tranqaillitati , qaàm belloram et discordiarum fovendis initiis incendendisque animis tête dares.

(3} Qnôd in eo universœ rei christiansB public» malè consulis. — Bembi Ep., ep. 29, 1. xi, dat. xvi cal. Mart. FJorenti».

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du vin sur la plaie. L'évêque se tait, obéit, jette son cor d'Uri, dit adieu k ses montagnards jusqua ce que le moment arrive , et il viendra , où Léon X aura besoin du guerrier. Schinner , dans son repos studieux a Rome , n'aura point oublié son ancien métier. Nous le reverrons, les yeux inondés de larmes , chanter, comme le Siméon de nos livres saints : c Je puis mourir en pajx. > C'est qu'avant de quitter cette vie, Parme et Plaisance seront rentrés dans le domaine de rËglise.

Nous avons lu dans Roscoë : c  cette époque » Léon X envoyait Ennio , évêque de Veruli, en qualité de légat près des cantons hdvétiques , pour les engager k fournir des troupes aux ennemis de François P^, qui ne Fiporait pas (i). > Ainsi se vérifie ce mot profond du comte de Maistre : f Depuis trois siècles , l'histoire semble n'être qu'une grande conspiration contre la vérité (2). »

Or , sait-on ce que Léon X écrivait a Ennio? c Comme je vous l'ai dit, aussitôt après mon traité de bonne amitié signé avec François P^ , prenez bien garde, dans vos relations avec les Suisses , d'offenser directement ou indirectement Sa Majesté; je m'en rapporte k votre prudence. Vous savez qu'k la cour de ce prince on n'est pas entièrement revenu sur votre compte ; il est donc bien important pour vous de ne prendre aucune part k ces diètes qu'on annonce en Suisse ; tenez-vous a l'écart , et montrez ainsi que vous n'avez pas même la pensée de rien faire qui puisse déplfire au roi de France (5). >

(1) Roscoë, t. m, p. 93. .

(2) Un Pape,in-12 , p. 245, note 2e.

(3) Scripsi... ut Régis Qnimum nulJâ in re procursitioneve ofTenderes... quamobrem censeo à conventibus isthic pablicè proximèque celebrandis prorsus abstineas, abdasque te potiùs in aliqaem deviamet privatum locum , ex quo explorât um illis sit te ne cogitare quidcm

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N'oublions pas que cette lettre fut écrite quelque temps avant l'expédition de Maximilien. Voilk, ce nous semble, un pape bien lavé du reproche de parjure. Qu'on écrive demain une nouvelle histoire de France, nous sommes sûrs d'y lire un chapitre qui aura pour titre : Léon X fauêse ses serments et trahit François /•'.

Lors de l'invasion du MHanais, le pape, justement alarmé, dut compter, pour arrêter les Français^ sur l'assis* tance du duc d'Urbin, qu'il avait sommé de venir, comme feudataire du saint-siége , se rallier sons l'étendard de l'Église (1). François de la Rovère obéit , mais mollement.

Quand les deux monarques se rencontrèrent k Bologne , François !•' essaya d'intervenir en faveur du duc d'Urbin ; mais la faute du feudataire avait eu de si funestes conséquences pour les confédérés , que le pape dut demeurer inflexible. Il invoquait la parole que le roi avait donnée de ne prendre sous sa protection aucun sujet du saint-siége apostolique (2). Ce n'était pas la première fois qiie le duc d'Urbin encourait le blâme de son souverain. Sous Jules II, il s'était montré partisan des Français» et, chargé par le pape du rétablissement des Médicis k Florence, il avait refosé formellement de s'associer aux projets du pontife. Après la bataille de Ravenne , on l'avait vu s'acharner k la poursuite des troupes pontificales ; enfin , en pleine rue , il avait frappé d'un coup de stylet le cardinal de Pavie , François des Alidosi , assassinat dont il avait obtenu l'absolution, grâce k l'intervention du cardinal de Médicis (3).

quidpiam contra Régis volantatem. Dat. prid. cal. martias 1516. Aoma. — Ep. Bembi , ep. 34 , lib. xi.

(1) Leoni , della Vita di Francesco Maria di Montefèltro délia Rovere IV, duca d'Urbino, in Yenezia , in-4o , p. 161.

(2) Délia Zecca di Gubbio e délie geste de* Signori della Rovere, dachi di Urbino, dal prevosto Rinaldo Reposati, In Boiogna, 1773, in-4o, t. II , p. 48.

(3) Reposati , p. 47. — Roscoë , t. m, p. 83.

Tels étaient les griefsdu saint-siégecontre leduc d'Urbin (1|. Le souverain avait le droit de punir le vassal. Léon X, dans un monitoire oii sont rappelées les plaintes de Rome contre le sujet désobéissant , le somma de comparaître devant le consistoire dans le terme de quelques semaines (2). Au lieu d'obéir , le duc eut recours k Tintervention de la duchesse Elisabeth , veuve du duc Guidubald , et dont Bembo a célébré les belles qualités.. La duchesse eut plusieurs audiences du pape ; mais ses prières furent inutiles. Pendant qu'elle implorait le pardon du coupable , que faisait le duc d'Urbin? Au lieu de se soumettre, il jetait dans la citadelle de Pesaro une garnison de trois mille hommes dont le commandement était confié k un officier d'une fidélité et d'un courage k tout épreuve. Si le prince se fût présenté volontairement k Rome , il aurait été pardonné sans doute. Au sujet qui persistait dans sa révolte , Léon X devait un châtiment exemplaire : il l'excommunia , le déclara rebelle , et le priva de ses titres et de ses dignités. En même temps , les troupes pontificales, soifô la conduite de Laurent de Médids, envahissaient les États du duc d'Urbin , s'emparaient de sa capitale, puis de ses places fortes , presque sans coup férir , et en donnaient l'investiture au commandant de l'expédition. Cet acte de vigueur et de justice, trop rigoureux peut-être, reçut l'approbation en plein consistoire des membres du sacré collège. Un seul d'entre eux, Grimani, évêque d'Urbin , refusa de signer une sentence qui privait de ses États un prince dont la cour avait toujours été ouverte aux proscrits. Il reprochait k Léon X d'oublier l'hospitalité que l'antien duc Guidubald avait autrefois si généreusement exercée envers Julien de Médicis.

(1) Reposatl , p. 47.

(2) Guicc.,St.dit., t. ii,liv. 12. — Raynald., ad ann. 1516, t. xix, 4>.2I9.

François de la Rovère supporta courageusement l*exil ; il avait k ses côtés une femme bien capable d'en adoucir les rigueurs, la fille d'Isabelle de Gonzague» qui rappelait au monde toutes les vertus dont sa mère était ornée.

Les temps changèrent ; les Urbinates » qui avaient accueilli Laurent de Médicis comme on accueille un prince nouveau, par amour du changement ,,s'en dégoûtèrent bien vite (1). François de la Rovère, qui ne tarda pas k conoaîtro les dispositions des habitants, rêva la conquête d*Urbin (2). Â cette époque, tout projet aventureux a des chances de fortune ; dès qu'il est connu , on est sûr de voir accourir une foule de soldats mercenaires que le repos fatigue , et qui troqueraient une année de vie contre quelques heures de pillage.

Au premier appel , le duc vit arriver 3,000 Italiens , 1,500 cavaliers, et un chef expérimenté, Frédéric de Gonzague , seigneur de Bozzolo , ennemi juré de Laurent de Médicis (3). La marche de François de la Rovère fut une suite de triomphes (4). Il passa le Savio, sous les murs de Césèue, sans que Laurent essayât de l'arrêter. Urbin n'était gardé que par une faible garnison , qui se rendit k la première sommation. Rosseto, le gouverneur, avait trahi.

Alors ce peuple, qui avait fait éclater sa joie lors de Toecupation de la ville par les troupes du pape, s'arme pour les chasser , et se met k pousser des vivat k la vue dé son ancien maître. 11 ne lui suffit pas d'insulter au vaincu , il veut l'hu-

(1) Ist. di Giov. Gambi , 1. xxii , p. 107. — Scip. Ammirato J. xxxix» p. 322.

(2) Belcarius, I. c, 1. xv, nos 39-41.

(3) Muratori , Annali d'Italia , vol. x. — Leoni , Vita di Franc. Maria, ducad'Urbino, lib. ii.

(4) Simonde Sismondl, t. xiv , p. 423.

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milier^ et il firappe UDe médaille oii , d'un côté , on voit la figure du papç régnant, avec l'exergue : JLeo , Ponti. Max. An. III I ^ et de l'autre, un ballon gonflé d'air, avec la devise de Sa Sainteté : Vi et virtute(l).

Ce fut un revers et une leçon pour Léon X , que la capitulation d'Urbin. Le pape perdait un duché important, et il apprenait k ses dépens combien peu il devait compter sur le connétable de Bourbon , dont le lieutenant Lautrec avait autorisé Frédéric de Gonzague a s'enrôler sous les ordres de la Rovère (2). Le pape, justement alarmé, requit l'assistance des princes chrétiens contre un sujet rebelle qui trouvait un appui jusque dans le camp des alliés du saint-siége. Roscoë a raison de dire que les plaintes d'un souverain tel que Léon X ne pouvaient être dédaignées par les monarques étrangers (3). Si la paix régnait en Europe, on le devait certainement aux efforts du pontife ; et d'ailleurs le pape, pomme le remarque Voltaire , c'était l'opinion gouvernant le monde chrétien.

Chaque fois que la papauté craint quelque danger , c'est vcr3 l'Angleterre qu'elle tourne les regards ; c'est de cette fille bien-aimée qu'elle attend, après Dieu, l'assistance la plus efficace. Entre le pape et le roi qui régnait alors sur la Grande-Bretagne , il existait un perpétuel échange de témoignages de dévoûment. Léon X demande k Henri VIII la liberté de Polydore Virgile , et l'humaniste sort aussitôt de prison (4). Henri VIII recommande k Sa Sainteté Richard Névyl , qui ne tarde pas k obtenir le titre sollicité par son

(1) Joannis Jacobi Luckii, Sylloge numismatum elegantioram ab an no 1500, usque ad an. 1600, p. 37.

(2) Guicc, St. d*ltal., 1. xiii.

(3) Roscoë, t. m, p. 101.

(4) Hortati sumus te pro tuâ in sanctam sedem atque nos reverentiâ, proque nostrâ in te paterne dilectionc et charitate , velles ( Pol. Virgi- Hum ) liberum facere.

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royal protecteur (4). Au premier bruit delà conquête d'Urbin par François de la Rovëre , le pape écrivit k Henri VIII pour lui demander de prompts secours. Ce prince intervint sur-le-champ , par le ministère de ses ambassadeurs , auprès de ses alliés , qui eurent égard aux représentations du mo* narquje. Le roi d'Espagne donna Tordre au comte de Potenza (2) de se mettre en marche k la tête de quelques milliers de soldats pour renforcer l'armée pontificale , et François P' envoya de son côté trois cents lances k Sa Sainteté , et promit de la secourir contre tout feudataire révolté; Il est vrai qu'il mit plus tard un bien haut prix k cette intervention armée : il exigea , en échange , la restitution de Modène et de Reggio au duc de Ferrare , et avec tant d'insistance , qu'il finit par l'obtenir (3).

Cependant le pape travaillait k former une armée assez puissante pour réduire le sujet révolté ; elle se trouva forte bientôt de dix mille hommes d'armes , de quinze cents chevau-Iégers et de quinze mille fantassins (4). Le commandement en ftit confié d'abord k Laurent de Médici$. Les deux armées se rencontrèrent, et les hostilités commencèrent au mois d'avril. Le château de S. Costanza (5) fut emporté par les troupes papales , qui vinrent camper sous les murs de Mondolfo , oii Laurent reçut k la tête un coup dé feu qui le mit hors de combat (6;.

(1) Qaare ad vestram sanctitatem dos C4)nvertiinus in quâ et summa) benignitatis fontem et certlssimas nostras spes semper invenimus, à quâ preces nostr» voti semper compotes redieront. — Littera régis ad papam rogatoria. — Rymer» Fœd., t. vi , pars 1 , p. 104.

(2) GaiUard , Hist. de François U' , 1. 1 , p. 241 .

(3) Muratori, Ann. d'it., t. x, p. 132. — Roscoé, t. ni, p. 103. — Guicc, t. II , i. 13. — Âmmirato, i. xxix.

(4) Leoni , Vita di Fr. Maria , duca d'Urbino» lib. ii.

(5) Roscoê.t. III, p. 107.

(6) Ist. di Giov. Carabi , i. xxii. — Jacopo Nardi , l. vi.

Il fut remplacé par le cardinal Bibbiena , qui arriva fort heureusement pour rétablir la discipline , que Téloignement de Laurent avait gravement compromise. Si la Rovère eût surpris l'ennemi dans cette occasion » il en aurait eu bon marché; mais il crut détourner le danger qui menaçait Urbin en faisant tuer au milieu de son camp » à coups de pique , quatre officiers qu'il accusait de vouloir le livrer aux Médicis(l). Après cette odieuse exécution, il se jeta sur les terres de la Toscane , laissant ainsi ses États exposés aux ravages de Tennemi. Bientôt il fut forcé de rebrousser chemin et de marcher sur Urbin. U était trop tard; ce n'était plus seulement aux troupes pontificales qu'il avait affaire , mais aux rois d'Espagne et de France , qui n'étaient pas sans crainte sur leurs possessions en Italie. L'ordre fut donné aux troupes des deux nations de quitter l'armée de la Rovère et de regagner leurs garnisons. Le malheureux duc , ainsi abandonné , fut obligé de souscrire aux conditions que lui dicta son vainqueur. La plus dure de toutes fut l'abandon de ses domaines.

Le pape leva la sentence d'excommunication prononcée contre le duc et ses adhérents , défendit de rechercher aucun de ceux qui avaient aidé le prince dans sa révolte, laissa la jouissance de tous leurs biens a la duchesse sa femme et a la duchesse douairière, et permit enfin au vaincu d'emporter avec lui ses armes , ses eflfets mobiliers et la belle bibliothèque formée par Frédéric , son aïeul (2).

Ce fut un coup de fortune pour l'Italie que la conquête d'Urbin par les armes de Sa Sainteté. Désormais, tant que la papauté posséderait le. duché , l'Italie n'avait plus k craindre d'être envahie par l'étranger. Si , comme autrefois

(1) Gaillard , I. c, 1. 1 , p. 245.

(2) Roscoë, t. m, p. 111.

SOUS Charles VIII , il voulait la traverser pour s*emparer de Naples» elle avait dans les places fortes de S. Gostanza; Mondolfo, PesarOy Sinigaglia, San Léo, Majuolo, autant de forteresses pour arrêter Tennemi ou l'inquiéter dans sa retraite. Ce qui manquait k ce malheureux pays, c'était l'unité» dont la papauté seule, k partir de Jules II , comprit toute l'importance. Avec ses vingt ou trente maîtres , elle ne pouvait avoir de volonté ; réunis au moment du danger dans une commune pensée de salut , tous ces souverains se détachaient un k un , k la première occasion , de la commune alliance, et l'indépendance nationale périssait faute d'un chef suprême. Avec Rome , telle que l'a rêvée Jules II , telle que la veut Léon X , lltalie n'a plus k trembler pour ses libertés. En cas d'invasion , elle vient s'abriter derrière la papauté , qui , pour défendre la nationalité menacée , a pour armes l'épée et la croix. On accuse d'ambition l'un et l'autre de ces pontifes; qu'importe, si l'œuvre k laquelle ils travaillaient était dans les intérêts du pays? Mieux valait un pape qu'un roi , même de France , parce que le pape est le chef naturel de la famille italienne ; que la France eu Italie , c'est une nation dans une nation. Un écrivain dont l'opinion n'est pas suspecte, M. Libri avoue que l'asservissement de l'Italie devenait inévitable le jour où François I®"^ et Charles- Quint l'auraient choisie pour champ de bataille (1). Comment alors reprocher k la papauté ses généreux efforts pour en chasser l'étranger ?

L'attention si puissamment excitée k Rome par la guerre d'Urbin fut un moment distraite par un complot auquel le pape échappa miraculeusement.

(1) Hist. des sciences mathcmatiqaes err Itiiiie, în-8o, Paris, 1840 t. m, p. 3.

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