CHAPITRE IX
Scbloner rallume les bainea contre la France. — L'empereur MaKimIlien prépare une nouvelle expédition en faveur du duc de Milan. — il est sur le point de prendre la ville, qnand les Sulsaef se révoltent dans son camp. •— MaxlmlUen s'enfuit. -^ Belle cottdolte de Léon X lors de la prise d'armes de remKrrar ^ Set lettres » Schlnner et à l'évèque Bnnio. —Le pape garde fidèlement sa parole. — Révolte du dttcd'Urbin. — Grlefii do saint-sIége contre ce prince. — ■ Le pape lui fait la gaerre et le dépouille de sa principautés — JBeureuses influences pour l'Italie de la conquête dTrbln.
Après avoir licencié son armée, k l'exception de sept cents lances , de six mille lansquenets et de quatre mille Gascons et Biscayens , François I®^ était parti pour la France , laissant le gouveniement du Milanais au connétable de Bourbon (1).
Schinner ne se décourageait pas : les revers, loin de l'abattre, le grandissaient. Après la funeste journée de Ma^ rignan , il avait quitté Milan , traversé les gorges du Tyrol et gagné la ville dluspruck, emmenant avec lui François Sforce. C'était le frère puîné du duc Maximilien, qui venait de s'enfermer dans le château de Milan , son dernier asile , son dernier patrimoine , et qu'il avait si mal défendu. Si le sort livrait le malheureux Maximilien au vainqueur, François restait pour soutenir la querelle et sauver les droits de
(1) Léo, Uist. d'Italie, 1. 1 , p. 567.
EXPEDITION DE MAIiMlLIEN. 155
Sa maison (1). Schinner avait assisté a une restauration qui semblait beaucoup plus difficile que celle des Sforces : les Médicis n'étaient-ils pas rentrés h Florence après vingt ans d'exil ? C'était dans les mains de l'empereur d'Allemagne un puissant auxiliaire que cet enfant conduit au camp impérial par l'évéque de Siou. Ferdinand le Catholique venait de mourir. Ce prince, auquel il est impossible de refuser quelques-unes des qualités qui font les grands rois (2) , peu de temps* avant sa mort, avait fait passer à Maximilien cent vingt mille florins pour l'aider k troubler la victoire des Français en Italie , pendant que Henri YIII , excité par Schinner et ému par les plaintes de François Sforce, envoyait dans le même but des subsides k l'empereur (3). Sous le titre de Philippique, Schinner avait imprimé depuis quelque temps a Londres un pamphlet ou , tantôt s'inspirant de Démosthènes, et tantôt d'Aristophane, il disait au monarque de la Grande-Bretagne : c II ne s'agit pas de couper, mais d'arracher les ongles k ces coqs (les Français) (4). » Henri VIII se laissait entraîner. Maximilien sembla secouer alors cette indolence que lui reprochent ses contemporains , et recouvrer l'ardeur qu'il montrait dans son jeune âge, quand, grimpé sur les rochers, il apercevait de loin le chamois que le brouillard de la montagne cachait k tous les regards , et qu'en véritable chasseur il marchait sûr les pics comme sur un soi uni (5). Il comptait que Henri VIII ferait
(1) Gaillard . Hist. de François 1er, p. 204 , t. u in-8o.
(2) Joa. Marlans Hist. de reb. Hisp. i. xxx , cap. xxvii.
(3) Simonde Sismondi , t. xv , p. 399.
(4) Gallorum ungues non resecandos sed penitus evellendos.— Oratio Philippica ad excitandos contra Galiiam Britannos ; maxime verô ne de pace cum victis prœmatarè agatur , sanctlori Anglorum consilio exhiblta. Lond., Toland, 1707, in-8o.
(5) Ipsc in editioribus ruplbus conspicitur, ubi feras exagitabat, atqoe undealiis speclando caligo oculis offendebatur, impcrterritus ipse ccu
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une irruption sur les côtes de France , comnie il l'avait promis , tandis que les Impériaux attaqueraient le Milanais : le roi d'Angleterre faillit k sa parole.
Mais y grâces aux subsides de ses deux alliés , et peut-être plus encore k l'assistance du cardinal , l'empereur eut assez vite levé une belle armée : elle était forte de cinq mille chevaux fournis par ses États héréditaires , de dix mille fantassins espagnols et italiens , et de quinze mille Suisses recrutés dans les cantons qui n'avaient pas voulu faire leur paix avec la France (4).
C'est k la tête de ces troupes que Maximilien , au printemps de i5i6» entra par Trente en Italie (2). II eut tort de ne pas suivre les conseils de Schinner : cette soutane rouge en savait plus que le meilleur général de l'armée impériale. Le cardinal voulait que , sans s'arrêter en chemin , le prince marchât au pas de course sur Milan , dont il se serait infailliblement emparé , grâce k l'épouvante que cette apparition subite aurait jetée dans les esprits (3).- L'empereur, en route , avait trouvé un petit château , Âsola , qui voulut lui barrer le chemin. Le prbvéditeur Gontarini, qui le défendait , répondit en homme de cœur k la sommation du prince , c'est-k-dire par le canoii. Maximilien, pour châtier l'insolence du commandant vénitien , assiégea le château , mais inutilement : après quelques attaques infructueuses , il prit le parti de marcher sur Milan (4) , poursuivant l'épée dans les reins Odet de Foix, seigneur de Lautrec, qui avait
per plana loca cursu ferebatur. — Ghilini , Expeditio italica Maxim., apud Freher , Scrip. Germ., t. m , p. 97.
(1) F. Guicciard., t. ii, ]. 12. — Paul. Joyîus, ]. xvi. — Mém. de Messire de Beilay, ]. i. — Fr. Belcarii Gomm., lib. xiv.
(2) Paolo Paruta , Hist. Yen., I. m.
(3) Simonde Sismondi, I. c, t. xiv, p. 402.
(4) Paolo Paruta, I. m. —F. Guicc, ]. xii. — Simonde Sismondi ,