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CHAPITRE PREMIER

CONCILE DE LÂTRAN. — 1513 et suiv.

ODTertare du concile de Latran par LéonX. — Carrajal et Salnt-Seferin y comparaissent, souscilTent ane formule de rétractatlcfn et sont solennellement absoBs.— Léon X fait grAce i Ferrcrt, secrétaire du conciliabule de Pise. — Réformes entreprises par Léon X. — Réforme du haut clergé , réforme des prêtres et des moines. •^Décret du concile sur l'éducation cléricale et sur les prédicateurs. — ComUei sont peu fondées les plaintes que l'Allemagne fit entendre contre Rome, par l'organe deHutten. —Idée sommaire des principaux actes du concile de Latran, et nécessité de les étudier pour répondre ailx accnsationB du protestantisme*

Nous nous rappelons qu'au moment oii Jules II travaillait à l'accomplissement des glorieux projets qu'il avait conçus en ceignant la tiare , quelques prélats osèrent se révoltes^ contre le saint-siége, mettre au ban de la chrétienté le courageux pontife, l'accuser de simonie, et provoquer son interdiction dans le conciliabule de Pise. A cette comédie sacrilège, jouée par des cardinaux ilidignes de la robe rouge qu'ils portaient, le pape répondit en convoquant le concile de Latran , oii bientôt se réunirent k la voix de leur pasteur les évêques des diverses parties du monde. Le schisme , sans asile en Italie , fut obligé de se transporter en France , hué en chemin par les populations catholiques , et sifflé jusque par les enfants. Jules II mourut, comme il avait vécu, sans peur et sans reproche, et, sur le lit oh il

2 CONCILE DE LA T a AN.

allait rendre sa belle âme k Dieu » il pardonna a ceux tfui avaient trahi le vicaire du Christ , mais en exigeant qu'ils se réconciliassent avec TÉglise, mère de miséricorde, mais aussi mère de justice (i).

A son avènement au pontificat, Léon X donna l'ordre qu'on lui préparât des appartements dans le palais de Latran , afin qu'il pût assister en tout temps aux délibérations de l'assemblée. Le 6 avril iSiS » il ouvrit en personne la sixième session du concUe. Après qu'on eut chanté le Veni Creator^ le pape, se levant, adressa aux Pères du concile une allocution touchante. U les conjurait au nom de Dieu , de sa mère , des saints apôtres , et de toute la milice céleste , de travailler sans relâche au rétablissement de la paix entre les princes chrétiens , et leur déclarait sa ferme intention de les tenir réunis jusqu k ce que cette belle œuvre fût terminée (S). Les princes, un moment dissidents, s'étaient empressés d'adhérer au concile de Latran : Louis XII venait de le reconnaître (3). L'Église était ramenée k l'union.

On sait qu'après l'ascension de Jésus-Christ les apôtres se rassemblèrent k Jérusalem, et qu'k la suite de leurs délibérations ils rédigèrent un décret conçu en ces termes : // a semblé bon au Saint-Esprit et à nous; c'est la l'origine d€ ces grandes assises oii , sous la présidence du successeur de Pierre ou de ses légats, l'Église veille sur le dogme, et règle la disdpline chrétienne.

(1) I>e BasHicâ et Patriarchio lateranensi^ auctore Raspono, Romœ, 1656, in-folio, p. 175.

(2) Later. GoncU. sub Leone X celeb., p. t3. — Roscoê, t. ii, p. 2l7. — Raynaldns, Ann. eccl^ad ann. 1513.

(3) Estant tout à fait vaincu par les importnnités de sa femme et par les remonstrances de ses sujets qu'elle suscitoit de tous côtés , le roi renonça à son concile de Pise.— - Mézeray, Histoire de France, t. iv, an 1513.

Le coAdle se forme en congrégations particulières , en congrégations générales, en sessions générales. Dans les congrégations particulières » les Pères sont en soutane et en manteau violet; dans les congrégations générales, en rochet et en camail ; dans les sessions générales , en chape et en mitre.

c Ce sont les congrégations qui rédigent les décrets que doit publier le concile. L'ouverture du concile a quelque diose de solennel. On voit les Pères en chape et en mitre s'avancer processioonellement vers l'église où doit se tenir le concile. Le président marche le dernier. Au pied de l'autel il ôte sa chape, prend la chasuble, et commence la messe. Au moment de la communion , les Pères vont deux k deux k l'autel et communient aussitôt après le célébrant. La messe achevée, après la prière pour l'Église et le pape, le célébrant bénit le concile. La session commence. Les Pères sont assis , un secrétaire monte en chaire et lit le décret d'ouverture du concUe. Les suffrages sont recueillis, et on déclare \ le concile ouvert. La cérémonie se termine par la profession de foi , la prestation du serment de chaque Père et la bénédiction pontificale. Daas les congrégations générales, au centre de la salle est un trône sur lequel repose le livre des Évangiles (1). »

Deux hommes manquèrent k l'ouverture du concile présidé par Léon X : c'étaient les cardinaux Carvajal et Saint- Severin , qui , munis d'un sauf-conduit de Sa Sainteté , étaient partis pour Rome afin de se réconcilier avec l'Église. Leur repentir étaient aussi sincère que leur schisme

(1) Origines et Raison de la liturgie catholique , par M. Tabbé Pascal, p. 414-416. — Gaetano Moroni , Dizlonario dt erudizione storico-ecclesiastica.

4 CONCILE DE LATRAfi.

avait ëté éclatant (1). Ils venaient en suppliants demander pardon au chef de la chrétienté du scandale qu'ils avaient donné récemment au monde , et se soumettre , en enfants dociles, k toutes les peines canoniques que voudrait leur infliger le successeur du grand pontife qu'ils avaient si méchamment con triste. Le cardinal de Sion, Mathieu Schinner, qui depuis six ans, a la tête de ses montagnards suisses y cherchait sans la ti^ouver l'occasion de mourir pour rÉglise , eût voulu qu'on fermât les portes de la sainte cité k des prélats qui avaient trahi le Christ et son vicaire. Il rappelait k Léon X les paroles de Jules II étendu sur son lit de mort , et qui, comme chrétien, avait pardonné aux cardinaux schismatiques , mais , comme prince , avait demandé qu'on les repoussât, s'ils s'en approchaient jamais, d'une ville qu'ils ne devaient plus souiller de leur présence (2). Mais Léon X avait ouvert ses bras k ces exilés qu'un € zéphyr céleste, disait-il , ramenait au repentir (3)» > Toutefois il voulait une expiation : c En ce jour, ajoutait-il , la miséricorde embrassera sa sœur la justice. » Il choisit donc la salle du concile pour théâtre de la réconciliation des pécheurs avec leur sainte mère, et de leur châtiment exemplaire.

Dépouillés par le mattre des cérémonies des marques de leur dignité (4) , de cette barrette que Saint-Severin étalait

(1) Fabroni, Vita Leonis X,p. 64 et seq. — Guicciardinl , Storia d'italia , lib. xi , yoI. n.

(2) Necad nrbis Ingressum admitterentur, cùm urbft Roma , quantum ipse existlmet , poUuta esset in eorum admissione. — Paris de Grassis, t. m, p. 984.

(3) Aura zephyri cœlestis afflati ad veram pœnitentiam revertentes.— Epist. Maxlmiiiano Romanorum imperatorl designato.

(4) Et jussi eos ut violacea aut nigra bireta haberent Similiterque

jussi capucium deponerent qno super spathulis ad collum tegebantur. — Paris de Grassis , t. iv , p. 47.

GONGliE DE LATRAN. 5

k tous les regards, k la bataille de RaveDDe, devant les rangs français (1), de cette robe rouge que Garvajal» portait si orgueilleusement lorsqu'k Pise et k Lyon il insultait aux cheveux blancs de Jules II » les deux coupables , introduits dans la salle du concile par Paris de Gras»s, fléchirent le genou, courbèrent respectueusement la tête, et, après quelques instants passés dans cette attitude , se relevèrent tous deux. Alors Garvajal s'adressant k Sa Sainteté : — Très^saint-père , lui dit-il , pardonnez*nous nos offenses; ayez pitié de nous, de nos larmes, de notre repentir ; n'ayez pas égard k la multitude de nos iniquités , qui surpassent en nombre les grains de sable de la mer.

11 se fit un moment de silence ; tous les yeux étaient fixés sur les suppliants.

— L'Église est une bonne mère, dit le pape en laissant tomber un doux regard sur les deux prélats ; elle pardonne k ceux qui reviennent k elle; mais l'Église ne voudrait pas, par une charité coupable, exciter le pécheur k faillir de nooveau. Afin donc que vous ne puissiez vous glorifier de vos iniquités , ]'ai voulu vous châtier.

Alors , au milieu d'un silence lugubre , chaque spectateur retenant son haleine pour entendre la sentence, le pape procéda par une série d'interrogations que nos deux pécheurs étaient obligés d'écouter sans mot dire , car il n'y avait pas pour eux de réponse possible (S).

— N'avez-vous pas , demandait le pape d'un ton de voix sévère , contristé par votre ingratitude votre maître, votre bienfaiteur, votre père, votre juge, Jules II de glorieuse mémoire?

(1) Vasari , Ragiooamento teno , giornata seconda, p. 1372.

(2) Raynaldus , Ânn. Eccl. ad ann. 15tl3.

O G0IHCILE DE LATRAIf.

— N*ave2-vous pas osé, k Pise, méchants que vons étiez, exciter le peuple k désobéir k votre sainte mère, l'Église apostolique?

— N'avez-vous pas afiSehé sur les murs de la maison de Dieu une sentence de déchéance contre te vicaire du Christ ? Répondez, et prononcez vous-mêmes votre sentence (i ).

Les coupables confus baissaient la tête.

— Eh bien! reprit le pape, voici une cédule que vous allez signer; si vous promettez de la souscrire, vous obtiendrez miséricorde du saint-siége apostolique. Tenez , lisez.

Carvajal prit la formule , la lut rapidement k voix basse , et fit signe, en portant la main k son cœur, qu^l adhérait plemement k ce qu'elle prescrivait.

— Lisez tout haut, dit le pape.

— Très-saint-père, je ne puis , parce que je suis «îroué, reprit Carvajal (2).

— Vous ne pouvez pas , ajouta le pape avec un léger sourire , parce que vous avez un mauvais estomac ; il ne faut pas d'hésitation : vous êtes libres ; si vous voulez souscrire franchement cette formule, dites-le , sinon vous pourrez en liberté retourner k Florence , d'oii vous êtes venus munis de notre sauf-conduit.

Saint-Severin prit alors la confession des mains de son. complice, et la lut en vrai capitaine, comme une proclamation qu'il aurait adressée aux soldats qu'il guidait k Ravenne. Ele renfermait le désaveu complet de tous les actes dont ils s'étaient rendus l'un et l'autre coupables envers

(1) Dicite ergo vos ipsi de vobismetipsis sententiam. — Paris de Grassis, 1. c.

(2) Non possam clariùs loqui quia raucus sum. Papa apertâ voce dixit : Non potestis clariùs loqui quia non habetis ])onum stomachuqi. -r- P^ris de Grassis , t. iv, p. 47.

eONGIlE 0£ LATRAN. 7

l'autorité du saint-siége. Cela fait , ils prirent une plwne , signèrent la formule , se jetèrent k genoux , et reçurent l'absolution du pape.

Léon descendit de son trône; ce n'était plus un juge, mais un père. D s'approcha de Carvajal , et lui prenant les mains : — Maintenant, vous êtes mon frère et mon père, lui dit-il , puisque vous avez fait ma volonté ; vous êtes la brebis perdue de l'Évangile qui a été retrouvée : réjouissonsnous dans le Seigneur (i).

D accueillit avec les mêmes paroles de douceur, le même serrement de main , 1& cardinal Saint-Severin ; et les deux coupables, avec les insignes de leur dignité, leur place désignée au concile , retrouvèrent la paix de la conscience , l'amitié du pontife et l'estime des membres du sacré collège ; une seule pénitence canonique leur était imposée : c'était de jeûner au moins une fois par mois pendant toute leur vie (2). Deux prélats qui avaient opiné pour des mesures de rigueur contre les scbismatiques ne voulurent point assister k cette scène de réconciliation* L'un, le cardinal d'York , obéissait probablement aux ordres de son mattre , Henri d'Angleterre , qui ne comprenait pas alors une révolta contre le saintsiége ; l'autre , le cardinal de Sion , en voulait surtout aux rebelles qui avaient fait cause commune avec les Français , qu'il haïssait comme les montagnards d'Uri haïssaient autrefois les soldats de Gessler.

Il y avait bien encore d'autres coupables, mais obscurs, si on les compare aux cardinaux : c'était , entre autres , Zacharie Fei:reri , qui avait servi d^ secrétaire aux Pères du

(1) Tu nnnc es frater meus et pater meus quia voluotatem meam fecisti, et tu es tanquam 111a ovis qus hi Evangello perlerai et inventa est. Itaque gratulemur et exultemus in Domino. — Paris de Grassis, t. iv,

(2) Novaes , Elément! délia storla di sommi ponteûci , t. vi , p. 167.

conciliabule , et quelquefois même de domestique , eu affichant furtivement leurs décisions sur les murs d'une église. Ferreri, poète , {deura sa faute et demanda pardon k Léon X en prose et en vers. Le pape lui rendit jusqu'au no(n de docteur dont il s'était seni dans l'intérêt du schisme» et qu'il avait placé en grosses lettres sur le titre de quelques écrits contre Jules II (1).

Jamais souverain ne sut moins que Léon X garder le secret d'une belle action dont il n'était pas l'auteur. A peine les cardinaux avaient-ils obtenu leur pardon , qu'il se hâta d'annoncer k Tefi^ereur le repentir des coupables, dans une lettre que nous ne chercherons pas k reproduire » car le senti*ment est, comme la grâce, intraduisible (2).

En attendant le concile poursuivait ses travaux sou$ la suprême inspiration du pape.

Le temps va venir oii l'Allemagne brisera violemment le lien spirituel qui l'unit k Rome depuis tant de siècles. Nous l'entendrons , pour justifier sa révolte , alléguer je ne sais quelles tendres oii languissait le clergé italien. Elle pariera d'une dégradation intellectuelle et morale qu'elle exagérera singulièrement, et qui fournira k son poète lauréat Ulrich de Hutten des images plus poétiques que fidèles (3). Ulrich cependant était en Italie en 1514; il devait connaître lea

(1) Raynald., ad ann. 15ia. — l.eon. X Brev., t. v, p. 10.

(2) Itaqaecùm per me ipse nihil aeque uaquam optavissem quàm in Oei sponsœ valtu cam notam cicatricemque aboleri , te hortatore libentius atque prociivius in eam cogitatioDem incabui , ut eos viros qaoa commemoravi , abalienatos duduin à repub. desciscentesque ad veritatis fontem rectâ redeuntes via, amicè paternèque exciperem. — Haximiliano Romanorum impecatori designato. —P. Bembi Ep., iib. m, ep. 22.

(3) Au moment où. Ulrich de Hutten s'emportait contre le clergé italien , il gagnait une maladie qui le conduisait lentement au tombeau, et qu'il enseignait à guérie dans son livre : De guaiaçi medieiné tt morbo gallico.

tentatives de la papauté pour ramélioratiou des mœurs cléricales. Depuis bien des années Rome poursuit une réforme sacerdotale ; ce mot ne lui fait pas peur : elle l'a prononcé sous Nicolas Y, sous Sixte lY, sous Innocent YIII» sous Jules U.. Mais réformer ce n'est pas briser» c'est au contraire créer une seconde fois. Est-ce que Léon X ne vient pas de proclamer en plein concile la nécessité d'une rénovation morale qifi non-seulement atteindra l'Italie, mais la république chrétienne tout entière? Au sein du concile un comité a été nommé qui doit chercher les moyens non pas seulement de corriger les mœurs du clergé , mais de les ramener à la pureté des vieux temps (1). Ulrich de Hutten ne connaît donc pas les actes du concile de Latran ?

Au milieu de toutes les tempêtes qui menaçaient k la fois la double souveraineté du pape , Jules II ne cessait de s'occuper des besoins de rËgÛse. Si Dieu l'eût laissé vivre , il aurait entrepris » ainsi qu'il le disait , la réforme du clergé : son successeur n'avait garde de laisser périr une aussi sainte pensée.

A l'exemple d'Alexandre III » Léon veut désormais qu'on n'élève au sacerdoce que des hommes d'un âge mûr, de mœurs exemplaires, et qui aient étudié longtemps sur les bancsde l'école (2).

Il défend qu'on agite , comme c'était la coutume k Florence, de vaines questions sur la nature de l'àme : l'âme est immortelle. Il défend d'enseigner qu'il n'y a qu'une âme ré-

(t) Capientes qnateoQs nobls ex alto permltUtur ea jam nimlùm invalentia mala corrigere ae pleraque in pristlnam sacronim eanonum obsenrantiam reducere. — Sessio nona , Balia reformatlonis.

(2) Utœtas, morum gravitas ae lltterarum Bcieotia in personis promoyendls , in episcopos ac ablMitès diiigenter inqnirantur. — Sessio nona , Bnlla reformationis cnriae.

iO CONCILE DE LATRAN.

paodue dans le monde (1) , ainsi qu*on le faisait dans qoef^ ques universités d'Italie ; k chaque homme , quand il natt. Dieu donne une àme qui ne peut jamais périr (2). Cette science qu'il aime k glorifier et qu'on appelle la maitresse des sciences, la théologie, a trop été négligée jusqu'à ce jour : il faut qu'elle refleurisse. Bannie soit cette philosophie platonicienne qui l'a séduit lui-même ! Désormais qui voudra se livrer au ministère des autels devra connaître les Pères et les canons. Encore cette science, toute belle qu'elle est, ne lui suffirait-elle pas pour mériter d'entrer dans les ordres sacrés , si sa vie n'est exemplaire. U faut qu'une fois dans le saint ministère , le prêtre vive dans la chasteté et la piété ; il faut non-seulement qu'il s'abstienne de faire le mal , mais qu'on ne puisse le soupçonner de pouvoir le commettre ; il faut qu'il soit comme une lampe allumée devant les hommes et qu'il honore Dieu par ses œuvres (5).

Voilk pour le prêtre; mais, s'il s'agit d'un dignitaire de rËglise, combien le^pape est plus exigeant !

U veut que la demeure du cardinal soit comme un port, un hospice ouvert k tous les gens de bien , k tous les hommes doctes, k tous les nobles indigents, k toute personne de bonne vie (4).

La table du prélat doit être simple, frugale, modeste; dans sa maison ne régneront ni le luxe ni l'avarice ; ses do-

(0 DamaamQ3 et reprobamus omnes asBereotes animam anicam esse in cunctis hominibus. — Sessio octava.

(2) Gùm pro corporum qaibas infunditur maltitadine singulariter maltiplicabilis et multiplicata , et nuUUplicanda sit. — Sessio octava.

(3) Ita sobriè, caste ac piè vivat , ut non solùm a malo , sed ab omni etiam specie mali abstinens coram hominibas luceat, Deumque imprimis operibus honoriflcet. — Sessio Doaa , de Gardinalibas.

(4) Gùm domas cardinaiium patens hospitiam portusque ac refaginm proborum et doctorum maxime viroram.et pauperum Dobiiium, honestarumque personarum. esse debeat. —Sessio nona, de Gardinalibus.

mestiqaes seronl peu nombreux ; il aura toujours l'œil levé sur eux ; il puuira leurs dérèglements , il récompensera leur bonne conduite (1).

S'il a des prêtres k son service , ces prêtres seront traités comme des botes bonorables (S).

Vient-on fiapper k sa porte, il regardera le client , et refusera , s'il vient solliciter des places et des bonneurs , d'être son avocat k la cour; s'il demande justice, au contraire, il intercédera pour lui. Il faut qu'il soit toujours prêt k plaider la cause du pauvre et de l'orpbeUn (3).

S'il a des parents dans le besoin , la justice exige qu'il vienne k leur secours, mais jamais aux dépens de l'Église (4),

L'évêque doit résider dans son diocèse, et, s'il en a commis l'administration temporaire k des bommes d'une conduite éprouvée, le visiter au mùias une fois cbaque année, afin d'étudier les besoins de son Ëgbse et les mœurs de son clergé (5).

£n mourant il n'oubliera jamais que sa fille bien-aimée, l'Église qu'il administrait, a droit aux témoignages de sa reoonnaisssmce.

Pas de vaine pompe k son enterrement : le bien qu'il laisse appartient aux pauvres; ses héritiers ne pourront dépenser au delà de 1,500 florins pour la cérémonie funèbre (6).

Il faut lire chaque ligne de ce décret pontifical sur le cardinalat , pour voir avec quel soin Léon X descend jusqu'aux moindres détails qui touchent a la vie intime des prélats dans leur palais , avec leurs domestiques, avec leurs parents,

(1) Sessio iiona , de Gardinalibas.

(2) Ne invilia descendant miolsteria. — Ibid,

(3) Sessio nona.

(4) Sessio nona.

(&} Sessio nona.

(6} Sessio nona.

avec leurs clients , k Téglise ^ dans leur dioc^e , k table même.

Ainsi donc ce n'était pas une réforme qui n'atteignît que le pauvre prêtre dans son église que demandait le pape , mais une réforme qui s'étendtt jusqu'au prêtre en robe rouge ou violette : c Le champ du Seigneur, disait-il en 1514(1), a besoin d'être remué de fond en comble, pour porter de nouveaux fruits. >

Il faut l'entendre joignant sa voix k celle de l'Âllefflagne et de la France, et confessant que chaque jour des plaintes arrivent de toutes les parties du monde chrétien sur les extorsions de la chancellerie romaine (2) : Hutten est plus amer, mais non pas plus exigeant. Ce que le pape demande en ce jour , ce qu'il demande bien haut, atin qu'on l'entende au delk des Alpes, des Pyrénées, (par deik les mers, c'est que désormais le fisc s'aniende (3) , qu'il cesse de pressurer ceux qui ont recours k lui , qu'il redevienne ce qu'il était dans les praniers temps de TÉglise (4).

Mais, pour arriver k cette pureté des temps anciens , il faut que le néophyte qu'on destine aux autels reçoive une éducation sévère , chaste et religieuse.

A Florence, k Rome et dans toute l'Italie, on croyait, k la Renaissance , avoir assez fait pour la culture de TintelU-

(1) Nostra firma Intentlo et dispositio uDlYersaîem reformatlonem , tanqnam utilemet necefisariam , ad Domini agri purgatiODem et cnlturam ornai no prosequi et perflicere. — Sessio septlma.

(2) Graves ia dies querelsB contra oiSclalium Romans curise absciasum et extorsiones ad nos deferontur ex diTersis orbis partibus. — Sessio septlma.

(3) In exigendis taxis, emolumentis, regaitbus et proventibus. — Sessio septima.

(4) Jaxta primsevas offlciornm institutiones sea antlquas eoosuetudinés. — Sessio sept.

gence » quand on avait appris k un écolier k lire Virgile ou Théocrite , k connaître les dieux d'Ovide , k traduire les Songes de Platon. Léon X ne veut pas que l'âme se contente désormais de cette nourriture toute sensuelle. Il faut qu'elle sache qu'elle a été créée de Dieu pour l'aimer et le servir ; qu'elle pratique la loi du Christ , qu'elle chante k l'église nos saintes hymnes , qu'elle psalmodie k vêpres nos psaumes du prophète-roi; que chaque soir elle lise les faits et gestes de ces héros chrétiens que l'Église inscrivit parmi ses docteurs, ses martyrs et ses anachorètes. Il veut que l'enfant sache par cœur le Décalogue , les commandements de Dieu , les articles du symbole , son catéchisme enfin , et que, sous la conduite de leurs maîtres, les élèves, laïques ou clercs, entendent la messe, les vêpres, le sermon, et emploient le dimanche et les jours de fête k célébrer le Seigneur (1).

On n'a pas assez étudié les actes du concile de Latran. Qu'on ouvre le beau livre où Rinaldi les a reproduits, et Ton verra combien les plaintes de Hutten étaient injustes ! D disait k Wittemberg , en 1518, que la papauté refusait d'écouter les gémissements de l'Ëglise d'Allemagne ; il nous trompait. Voyez-la donc cette papauté représentée par Léon X ; quel zèle elle fait éclater au palais de Latran pour la gloire du catholicisme ! Ici , c'est le pape qui demande que les votes des Pères soient secrets, afin qu'ils puissent en toute liberté exposer leurs griefs , formuler leurs plaintes , proposer leurs réformes ; ailleurs, c'est l'abolition des taxes trop onéreuses de la chancellerie romaine qu'il provoque spontanément; plus loin, c'est l'envoi de légats aux princes

(1) Verùm etiam docere teneantur ea quae ad religionem pertinent , ut sunt praBcepta dlvina , articuli fldei , sacri hymnl et psalmi , ac sanctorum TiUe. — Reforraationes curis et aliorum.

14 COM€ILE DE LATRANi.

étrangers , hérauts de paix , qu'il arrête avec le concile. Voici use page de ce grand livre oh le pape exige que les cardinaux et les abbés rétablissent k leurs frais les autels que la guerre civile a renversés. En voki une autre où chaque prélat est imposé , suivant ses revenus , pour subvenir aux frais de cette glorieuse croisade que le saint-siége prêche depuis plus d'un siècle contre les Turcs. Lisez donc ces belles lignes : < Princes , donnez-vous le baiser de paix ; vous n'avez qu'un ennemi k combattre , TOttoman qui menace la chrétienté. » Prêtres du Seigneur, ceci s'adresse k vous ; écoutez bien : c Désormais personne n'entrera dans le saint ministère , s'il n'a fait un cours de théologie. > Tournez la page ; Erasme ne se moquera plus, s'il revient en Italie» de l'ignorance des moines mendiants : aucun d'eux ne pourra prêcher la parole divine , s'il ne remplit ces conditions dont le juge ecclésiastique doit répondre sur le salut de son âme : âge mûr , probité , doctrine , prudence , mœurs exemplaires (1). — Ces sages règlements s'adressent k l'Eglise tout entière : il faut que les évêques des provinces chrétiennes veillent k l'exécution ,des décrets de Latran , et que, réunis en conciles provinciaux ou en synodes au moins tous les trois ans , ils s'occupent de l'amélioration des mœurs de leurs diocésains , et de la décision des cas de conscience controversés (2). Mais qu'ils n'oublient pas ces belles paroles de l'Ecriture : Employez ppur guérir les plaies des pécheurs

(1) Ut nullus tam clericus sœcularis quàm cnjuscumque etiam meadicaDtium ordiDîs regularis , aut quivis alius ad quem facultas praedicandi , tàm de jure quàm de privilegio aut aliàs pertinet, ad hajns liiodi oflicinm exercendam admittatar, nisi prlùs per superiorem suam respective diligenter examinatus ( io quâ re conscientiam ipsius superîoris oneramus] ac moram honestate, state, doctrinâ, probitate, pradentiâet vitse exemplaritate ad illud aptus et idoneus reperiatur.— Sessio undecima.

(2) Sessio décima.

rhuile et le vio, k l'instar du Samaritain » afin qu'on ne vous dise pas avec Jércmie : Est-ce qu'il n'y a plus de résine en Galaad? est-ce qu'il n'y a plus ailleurs de médecin (1) ?

A l'époque de la renaissance, quand la philosophie de Platon passade la Grèce en Italie, presque tous les esprits étudièrent l'astrologie : l'école de Florence, représentée par Benivieni, Marsile Ficin et des chanoines de Santa Maria del Fiore , l'enseignait publiquement dans ses vers ; le prédicateur la prêchait même en expliquant dans la chaire Tévangile du dimanche. A Rome , le moine prédisait la fin du monde , qu'il lisait dans les astres. Léon X , au nom de la religion , proteste contre ces superstitions , et défend d'effrayer l'imagination des fidèles par des peintures tirées d'un monde imaginaire. Machiavel avait dit en parlant des Florentins : Ce ne sont pas des enfants, et ils croient pourtant aux prédictions de Savonarole. Le pape ne voulut pas que le prêtre répétât en chaire le rôle du dominicain. Il avait vu quel parti l'incrédulité pouvait tirer de ces révélations surnaturelles que certaines âmes voulaient s'attribuer , et il défendit, de toute l'autorité de sa parole, confirmée encore par l'assentiment du sacré concile , k quiconque enseignait en chaire , dans un cloître ou dans un livre , de prédire des événements dont Dieu seul s'était réservé le secret. L'autorité suprême avait besoin de protester contre des superstitions qui étaient protégées comme autant de vérités, non-seulement dans quelques universités italiennes, mais jusque dans les couvents de l'Allemagne. C'est ainsi qu'k SpaÂheim, sur les bords du Rhin, l'abbé, dont l'orthodoxie

(1) Salutifero olei et Y!ni medicamine ad instar Samaritanl in Evangelio sollicitam operam impendamus, ne nobis iilad Jeremisobjiciatar : Numquid résina non est in Galaad, ant medicus non alibi ? ^Sess. viii. — Labbe et Cossart , Coll. Gonciliorum , con. Lat.» p. 187, t. xrv, Parisiis, in-folio.

i6 CONCILE DE LATRAN.

n'était pas plus douteuse que la science « Tritfaeim, vénéré de Jules II , avait publié le secret de se mettre , k Taide des esprits célestes, en communication avec une personne absente (1). Non pas que le pape nie que Dieu ne se révèle k des créatures privilégiées et que ces créatures ne puis* sent prédire l'avenir ; il Ta dit , il le croit , et le déclare formellement; mais il veut qu'on éprouve ces âmes qui annoncent les futurs contingents , et que les révélations que l'Esprit-Saint peut leur communiquer soient soumises k celui k qui Dieu dit par la bouche de son Christ : c Vous êtes Pierre, etc. (2). »

Nous avons vu ailleurs que , dans son fol enthousiasme pour cette littérature païenne dont les humanistes de la Renaissance poursuivaient la glorification , le savant avait renoncé trop souvent k la langue de nos Écritures , en parlant de notre Dieu, du Christ, de sa mère, des anges : il lui semblait que lorsqu'il avait appliqué au Sauveur des hommes une épithète tirée d'Homère ou de Virgile , la puissance céleste devait apparaître aux regards dans un limbe plus lumineux. Malheureux travers dont le théologien lui-même ne spt pas toujours se préserver ! U fallait une leçon k ces adorateurs fanatiques de l'antiquité : elle leur fut donnée par

(1) Steganographia : hoc est ars per occnltam scriptaram adimi sui voluntatem absentlbus apeiiendi certa. DarmstadU , 1621 ; publié à Lyon en 1531.

(2) Mandantes omnibus ut evangelicam yeritatem et sanctam

scripturam, juxta declarationem, Interpretationem et ampliationem doctorum , quos eeclesta vel usus dlutarnns approbavit , legendosque hactenus recepit , et in posterum recipiet, prsdicent et explanent ; nec quidquam ejus proprio sensui contrarium aut dissonum adjiciant , sed Hlis semper insistant quœ ab Ipslus sacrsB scripturse verbis et praefato- Tum doctorum interpretationibus rite et sanè intellectis, non discordant , tempus qnoque prsflxum futurorum malorum , vel antichrlstl adventam , aut certam diem Judlcii praedicare^ vel asserere nequaquam preesumant.

le concile de Latran. G*est la langue de rËvangile qu'il parle constamment; c'est à la source de nos livres saints qu*il va s'inspirer ; les images qu'il emploie sont tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament. Une seule fois , a la dixième session , un vieillard au beau langage , l'archevêque de Fatras, délaissa l'humble prose pour chanter en vers la reine des anges ; mais sa poétique invocation ne renferme aucune expression que lecasuiste le plus sévère oserait blâmer (4). Il s'excuse si candidement , lui pauvre septuagénaire c dont le luth ne rend plus que des sons plaintifs , » de son appel aux Muses pour célébrer Marie, qu'il serait bien difficile de ne pas lui pardonner.

Un moine augustin , dont nous dirons bientôt le voyage en Italie, de retour en Allemagne, raconte des prodiges qu'il n'a pas vus et qu'il ne pouvait voir assurément. Nous ne parlons pas du haut clergé romain magnifiquement représenté à l'époque où Luther voyageait , et dont il dénigre l'intelligence, aux grands éclats de rire de ses disciples buveurs de bière , qui croient k l'ignorance de cardiuaux tels que Garaffa, Frégose, Piccolomini. Nous ne dirons rien de ces 6,000 crânes d'enfants nouveau-nés qu'on a trouvés dans le cimetière d'un cloître dont il n'a pas donné le nom (â). Il ne s'agit ici que de ce Christ qu'il a la prétention d'avoir révélé au monde chrétien qui l'avait oublié depuis longtemps (3). Mais Luther ne connaît donc pas les actes de ce

(1) Oranium splendor , decus et pcrenne Virginum lumen , genltrix Superni , Gloria humani generis Maria

Unica nostri ; Sola tu virgo dominaris afttris ; Sola tu terrœ , maris atque cœli Lumen , inceptis faveas, rogamus,

Inclyta nostris. Sessio décima .

(2) Tisch-Reden , p. 464 ; Eisleben, 1566.

( {) Un<«er Evangelium hat , Gott Lx>b , vie! grosse» Gutes geschafft ; II. 2

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