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CHAPITRE XI

Intention de Léon X en créant de nouveaoi cardinaux. — Égidius de Vlterbe. — Lettre que lui écrit Léon X. — Il refuse d'abord et est obligé d'accepter la pourpre.

— Adrien d'Utrech. — Ses premières années à Louvaln. — Son amour- pour les pauvres. — Vertus qu'il fait briller quand 11 monte sur la cbalre de Saint-Pierre.

— Thomas de Fio (Cajetan) entre dans l'ordre des Dominicains. — Succès qu'il obtient à l'université et en chaire. — Ses mérites divers. — Ponzetti cultive les sciences et les saintes lettres. — Paul-Émlle Cesio se distingue par sa charité. — Quelques mots sur Ivs autres cardinaux. •— Luther à Wlttemberg, Jugeant Rome et l'Italie.

Depuis longtemps Léon X avait conçu le projet d'augmenter le nombre des membres du sacré collège. D voulait que le cardinalat romain offrît au monde catholique la réunion de tout ce que tes nations chrétienn€s avaient de plus éminent dans les lettres. La sainteté des mœurs devait se trouver unie, dans l'élu, aux lumières, et le savoir à l'expérience des affaires. C'est le mérite et la vertu qu'il allait honorer. De pauvres religieux vont donc échanger leur robe de bure contre la soutane de cardinal. Il sait que dans le silence des couvents vivent cachées k tous les regards, aux siens exceptés , des intelligences qu'il veut tirer de leur obscurité volontaire pour les produire au grand jour, et qu'il destine k servir l'Eglise par leurs talents , comme elles édifiaient le cloître par leurs vertus modestes.

Égidius de Viterbe.

Dans le couvent des Augustins, à Viterbe, vivait un

moine, né de pauvres cultivateurs, ancien élève de Mariano de Genazzano, qu'il devait surpasser en éloquence et en savoir (1). A cette époque , il n'est pas d'homme comme un pape pour découvrir le mérite, même quand il se cache dans la prison d*un doître. Jules II tira notre moine, qui se nommait Egidius, de son monastère, et l'employa comme légat à Venise et a Naples(2). La chaire convenait mieux au cénobite que la cour (3). Il y monta donc pour remplir une œuvre toute catholique, pour prêcher une croisade contre ce Turc; qui ne pouvait laisser un seul jour de repos k la chrétienté. L'historien que nous avons sous les yeux compare la parole de l'orateur tantôt k un torrent qui entraîne Tau- ^teur , tantôt k une sirène qui séduit et endort les grands et le peuple, le docte et l'ignorant , l'homme et la femme, le vieillard et l'adolescent (4). Égidius était poëte, historien , pliilosophe , théologien , linguiste. Il savait l'hébreu , le ehaldéen, le grec, le latin ; et non-seulement il parlait admirablement dans une église ; mais , dans un concile comme celui de Latran , il méritait que Sadolet le comparât k l'aurore (5). Ajoutez, pour connaître pleinement cette nature d'homme, qu'aussitôt sa tâche remplie, il allait bien vite se cacher dans sa solitude.

C'est dans ce couvent que le moine, alors général de son ordre, reçut de Rome une bien belle lettre.

< Je vois souvent ici Corneille Benigno, que j'aime beaucoup, et qui vous aime merveilleusement (mirabiliter) , que

(1) Martène , Coll. ampl., t. vi, p. 3.

(2) Oldoious , add. ad. Claconium , t. ni , p. 395.

(3) Pontaao, Dial. Egid., Op., pars iv, p. 166 , Flor., 1520.

(4) ... Ejas eloqaentlam verborum et senteotiarum torrentem dixeris; cujusvis generis auditores doctos, indoctos, mares, fœminas, juvenés, senes, principes et plebeios mulcebat. — Oldoinus , ad Ciac.

(5) Glarissimum hujus sœculi tanquam obscurescentis lumen. — £pist. Pet. Bembo y Ep. fam. ii , p. 8.

^9St NOMINATION DE CARDINAUX.

VOUS aimez aussi , et avec raison ; c'est un homme de mœurs et de lettres élégantes : je prends plaisir k Técouter, car sa parole est grave, sage, toute romaine, en un mot. Gomme, il m*a dit qu'il allait bientôt vous revoir, en me demandant mes ordres, j'ai songé k vous écrire ; non pas en vérité par désœuvrement , je suis si peu souvent inoccupé , mais pour avoir le bonheur de lire une de vos lettres, comme vous m'en écrivez quelquefois. Ces lettres sentent la forêt, et l'ombre où elles sont écrites, et le charme des lieux que vous habitez (1). Je veux vous dire aujourd'hui que je me propose d'augmenter le nombre des membres de mon sénat : j'y ferai entrer quelques-uns de ceux que j'aime , d'autres que réclame l'état de l'Église : c'est une mesure que je vous soumets, et sur laquelle je vous demande votre avis. Le jour de la promotion n'est pas encore fixé ; quand il le sera , je vous le dirai (2). *

Cette lettre était signée du nom de Léon X. Tout autre que le bon augustin aurait deviné Sa Sainteté , qui s'ex'pliquait si clairement du. reste. Égidius ne la comprit pas. Il répondit en félicitant le pape sur la détermination qu'il venait de prendre.

Nouvelle lettre de Léon X. Mais cette fois le pape ne va pas chercher ces ombres qu'aimait tant Égidius ; il lui dit :

c Je vous avais écrit pour savoir si vous consentiez k entrer dans le collège des cardinaux ; vous ne me répondez pas, peut-être par modestie, vous en avez tant; peut-être parce que vous n'avez pas grande envie de la dignité ; pudeur chez vous ou défaut d'ambition, je vous félicite, quand

(1) Olere eoim mihi propemodum videntur sylvam Uiam tuam et Sftculorum umbram quà scribens tegeris et amœnitatem loci. — Ep. Léon. X,l. xv, ep. 35.

(2) Egidio Viterbiensi , Augustiaianorura Eremitarum Magistro , 13 Cal. Qaintil. Roroas. — Epist. Léon. X, 1. xv, ep. 3Sv

ISOMINATION DE CARDINAUX. 1S3

tant de gens recherchent les honneurs avec un empressenaent qui va jusqu'à la folie. Votre silence n'a fait que me confirmer dans ma résolution. Il y a longtemps que je songe k voirs faire cardinal, d'abord pour vous récompenser de trente années de travaux, ensuite afin que l'État mette k profit vos lumières. Du reste, je sais bien que vous honorerez le chapeau beaucoup plus qu'il ne vaus honorera. Je veux donc aujourd'hui exécuter ce. que j'ai arrêté depuis longtemps : vous serez cardinal aux calendes du mois d'août; je vous dis le jour, afin que vous soyez k Rome, et que je puisse vous voir et vous embrasser (1). »

Il fallait se résigner et obéir au pape. Égidius quitta donc sa retraite, mais en pleurant cette épaisse forêt oii il aimait à se promener après le repas de midi , ces bois pleins d'un silence si propice k la méditation , cette verdoy^inte solitade, que l'oiseau seul égayait sans le troubler : Thébaïde littéraire dont le pape a pris soin de célébrer lui-même les charmes, dans un style k donner du regret au bon moine qui la quittait (â).

(1) Cet. Cal. Quint. — Epist. Leonis X, ep. 38.

(2) An tu, cum hoc œstu in sylvam illam densam atque horridam teabdideri», in quâ frigus opacissimum vel meridianis horissenUas, putas fier! posse ut tibi non invideaturPEgo autem subin video cùm malta, tum iliud, qnod ais, tua te ad studia, tuasque litteruias avidissimè revertentem mirablliter juvari istâ loci atque sylvs taciturnitate et solitudine; in quâ nihil quod polis vide'as, nihil tuis aurlbus obstrepet praeter avicularum cantus. — Egidio, etc., Ep. Léon. X, 11b. xv, p. 486-487.

On lui doit un grand nombre d'ouvrages , dont Andréas Victorellus dit avoir vu les Mss. à la bibliothèque Angelica à Rome. ^ Liber in tria priera capita Geneseos. — De EcclesisB incremento, qu'Ambrosius Gelepinus a loué en ces termes : Quis iibrum de Ecclesiœ incremento à te conscriptum, et divinâ pontiflcis voce laudatum non admiratur?

— Dialogorum liber. — Eglogœ sacris très > quarum secunda de otio , tertia de resurrectione Domini. — Dictionarium , sive liber Radicum.

— Liber in Thaghin I, signa façtii super iitteras Hebraicas latinitate

ADRIEN d'UtREGUT.

A Utrecht , un pauvre ouvrier , nommé Florent , tisserand ou brasseur de son métier (1) , avait un fils , Adrien » qui dès son enfance montrait de grandes dispositions pour l'étude ; un véritable Flamand , un peu lourd , un peu épais, apprenant assez difficilement , mais n'oubliant jamais ce qu'il savait une fois. Ses maîtres en étaient enchantés et le citaient pour son amour du travail , pour son assiduité aux leçons et pour sa bonne humeur. Adrien ne perdait pas une heure de la journée. Quand il sortait de classe , il avait coutume d'entrer dans une église et de prier le bon Dieu. S'il rencontrait un pauvre en allant k l'école y il partageait avec lui le pain de sop déjeuner.

.Un prêtre se trouva qui prit en amitié l'écolier , et le fit entrer > k Louvain , au collège des Portiensi (2) , séminaire gratuit. Adrien faisait de rapides progrès; il étudia la philosophie, les mathématiques, le droit pontifical qui régissait alors un double monde , le latin , le grec et l'allemand.

Marguerite, la veuve de Charles le Hardi, comme on dit en Allemagne, le Téméraire suivant notre langage, gouvernait alors les Pays-Bas. C'était une femme qui aimait les lettres ; son bonheur était d'aller k la recherche des écoliers studieux , qu'elle savait découvrir , surtout quand ils s'em-

donata, etc. Foyex And. Victorell. in Âdd. ad Giacon., 1. c, p. 397. — Paulas Jovius, in MiisaBO.— Oldoinns in Âdd. ad Giac, I. c, p. 395» 399. — Cbioccarelli ; de ScFipt. neapol., 1. 1 , p. 67. —Marini Ârchiatri poDtefle., 1. 1 , p. 227 ; t. M , p^ 345. — Tiraboschi , t. VJi , p. 1589. — Gandolfly de ce seript. Aug. •— Ossinger, Bibl. Scrip. Aug.

(1) Natus Batavus ,. pâtre Ftorentio aulaeorum textore, ant cervisia» eoctore. — Sponde ad aon. 1522. — Oldoin. ad Giac, t. m , p. 430»

(2) la eollegto Portiorura.

NOniNATION DE CARDINAUX. 185

prisonnaient , comme Adrien , dans une chambretle qui touchait les toits , et froide et malsaine. Une fois, en traversant là ville de Louvai», au milieu d'une nuit d'hiver, elle aperçut un point lumineux k Tune des fenêtres de l'université. Elle demanda k son chambellan qui pouvait veiller si tard et par un froid si rigoureux ; on lui dit que c'était Floritz , ou le petit Florent , le fils du tisserand ; et le lendemain Adrien recevait d'une main inconnue , du bois pour se chauffer et 300 florins pour acheter des liyres. Plus tard, elle obtint pour son protégé une cure et enfin un canonicat.

Adrien bénissait le ciel et le nom de Marguerite , sa bienfaitrice. C'est k Louvain qu'il commença et acheva son docte livre de Rébus Theologicis (1 ) , qu'un de ses amis lui vola et fit imprimer, sans que l'auteur , k ce qu'il paraît , eût pu revoir les épreuves.

La réputation d'Adrien était arrivée jusqu'k la cour de Maximilien ^^ Lorsque l'empereur voulut donner un précepteur k son enfant , il jeta les yeux sur le chanoine de l'église de Saint-Pierre k Louvain , lequel apprit k son élève les quatre langues du monde nouveau : l'italien, l'allemand , l'espagnol et le français. Charles-Quint n'oublia pas son professeur.

Adrien vivait, k Louvain ,k l'écart,, dans un monde qu'il s'était fait k lui ,' et, comme il l'aimait , formé de quelques dateurs antiques , grecs et latins , mais en prose ; car toute sa vie , même étant écolier , il avait méprisé les poètes. Ses convives, quand il ne dînait pas seul, étaient d'anciens camaradea de collège , quelque humaniste étranger voyageur de passage , ou quelque pauvre qu'il avait trouvé en

(I) Gommentarii de Rébus Theologicis in 4 sentehtiarum qussiiones , una cam quaestlonibus quas Quodiibctas vocant.

rentrant au logis. Il n'avait ni prôneurs ni courtisans , parce que personne k Louvain, non plus quk Tolède , plus tard, ne comprenait ce bon Flamand , qui n'avait jamais voulu quitter les modes du Brabant ; qu'on voyait toujours seul k la promenade , un livre k la main ; qui n'entendait rien aux arts, savait k peine le nom de Raphaël, et n'aurait pas donné une obole d'une statue de Phidias , k moins que ce ne fût pour la revendre , afin d'en distribuer le prix aux pauvres , et qui disait de Sadolet : Ce n'est qu'un poëte , et du Laocoon : Ce n'est qu'une idole (1).

Quand il avait trouvé une larme k sécher , il s'en revenait tout joyeux chez lui ; il avait gagné sa journée. La mère de famille qui avait besoin d'un peu de bois en hiver pour se chauffer , d'une robe neuve pour sa fille qui devait faire sa première communion , ou d'un médecin pour son mari alité, n'était pas obligée de chercher longtemps : elle entrait dans la première église venue , et près du bénitier elle trouvait un pauvre auquel elle disait : Oii demeure le docteur Florent? et le pauvre donnait l'adresse. La mère de famille montait un escalier de mince apparence, s'arrêtait k une toute petite porte de bois, tirait une petite ficelle qui traversait une planche de sapin enduite d'une couche de rouge , et Adrien , averti par le bruit de la sonnette , accourait et donnait ce qu'il avait , et, quand il n'avait plus rien, empruntait pour donner. •

Ce fut un beau jour pour le monde catholique , que celui oii Florent fut décoré de la pourpre romaine. Déjk il avait été élu évéque de Tolède, et en Espagne, comme en Flandre, on l'avait surnommé le père des pauvres.

Dieu avait ses vues sur Adrien. Cet â^olier flamand , qui étudiait toute la nuit, qui n'avait jamais vu de sa vie l'Italie,

(1) Letterc de' Principl, t. i, p. 96. Venez. 15G4.

qai aurait passé et repassé devant une statue de Praxitèle sans lever les yeux , qui appelait les artistes les voleurs du bien des pauvres , fut choisi pour succéder k Léou X . Il faut que le schisme soit confondu ; il parlait hier du paganisme de la cour de Léon X : voila un pape flamand qui , par un véritable miracle , k cette époque , ne comprend rien k Tart , un phénomène vivant de science et de charité ; ses yeux s'ouvriront-ils? Le schisme ne veut rien voir.

Florent prit le nom d'Adrien VL Alors Érasme écrivit au pape :

c Au milieu des acclamations de tout un peuple , des miUe voix des trompettes , du tonnerre des canons , est-ce que jeue pourrais pas espérer que ma petite voix arrivera jusqu'k vos^ oreilles , et que vous vous rappellerez votre Érasme, un des disciples les plus assidus k vos doctes leçons de théologie, l'admirateur de vos vertus, et aujourd'hui une des toutes petites brebis de votre grand toupeau (1)? »

Le maître de la sainte science k Louvaia n'avait point oublié Érasme (2). Pendant plus de trois ans» ce ne sont, de la part du pontife pour son compatriote, que de douces paroles, des conseils de miel, de tendres épanchements. Adrien voudrait que le philosophe se levât comme le géant de l'Écriture pour combattre le sanglier qui ravage la vigne du seigneur. Érasme a peur du sanglier, et, pour en finir avec le pape, il se compare k l'écrevisse. 11 deiminde des afles , que la papauté ne peut lui accorder ; si bien qu'un jour le pauvre Adrien meurt de douleur de n'avoir pu donner la paix au monde chrétien. Que faut-il donc pour réconcilier des frères baptisés de la même eau , si Adrien a succombé dans cette tâche, après avoir mérité les éloges d'un

(i) £rasini Epist.

(2) Erasmi Epist., 1. m, ep. 3; I. xxin, cp. 4. — De Burigni, Vie d'Érasme, t. i , p. 8S , 22l , 300, 396 , 399.

moine qui dit du mal de tout ce qui porta la tiare? Poutife aux splendides vertus (1), c*est l'expression de l'un de tes ennemis , tu* meurs parce que tu n'as pu accomplir Tœuvre de paix que tu poursuivais jusque dans tes songes ; tu meurs parce que Luther et les âmes qu'il a séduites n'ont pas voulu t'écouter , toi dont la parole était un écho de la voix de Dieu ; tu meurs parce que les ordres de l'Allemagne ont repoussé tes conseils ; tu meurs parce que ta fille bien^ aimée , ton Église de Saxe , se débat dans l'impénitence ! Mais, en t'envolant vers le tribunal du Père de toute charité, une consolation te reste : c'est que tu n'as pas fait couler une larme, que tu n'as jamais su qu'aimer et pardonner. Jouis de ta gloire en voyant , k défaut d'artistes , ce cortège de paralytiques, de lépreux, d'aveugles qui t'accompagne vers ce petit tombeau modeste comme tes vertus. Au dernier jour^ quand ta poussière se ranimera et que tu revêtiras un corps glorieux, tu prendras ton vol vers les cieux en tenant dans tes mains cette devise qu'un Allemand écrivit sur ta tombe : c /{ riest pas de plus grand malheur que de commander aux autres (2). »

Thomas de Vio (Cajetan).

< L'Église sait que de. généreux exemples ont un grand pouvoir sur les âmes ; que la force et le courage se prisent surtout dans l'union des esprits et des cœurs ; et l'Eglise , éclairée par les plus pures lumières de l'Évangile , inspirée

par Dieu même, n'a pas reculé devant une pensée qui atterre

(1) Qiianquam enim audiu de ilio Hadriano quôd fuerit splendidae ac laudalae vits. — Luth., Âdversus novum idolum et antiquum diabollum qui Misns exaltatus est.

(2) Hadrianus Seitua hic situs est qui nihil sibi infelicias in vitfb duxit quàm quôd imperaret.

et confond Tesprit hamain : devant la pensée d'associer des bommes pour le sacrifice , devant la pensée d'établir, non pas des associations passagères et momentanées, mais des associations durables et permanentes dont l'appât des sacriiiceç serait la souveraine et Tunique loi. Elle a voulu opposer aux terribles maladies qui minent la société des remèdes efficaces, en ouvrant au milieu de nous des sources intarissables de dévoûment et d'amour; elle a voulu que les âmes énervées, amollies par les joies de la terre, pussent venir se retremper dans ces fontaines sacrées ; en un mot , elle a institué les ordres religieux pour donner au monde la leçon et l'exemple des plus angéliques vertus (i). »

Yoilk de belles paroles ; et ce n'ost point un prêtre qui les a écrites , mais un homme du monde , une des gloires de la science, M. Augustin Gauchy.

Thomas de Yio, auquel Léon X donnait la pourpre romaine , appartenait k l'ordre de Saint-Dominique.

Sur les bords de la mer Tyrrhéniènne , oîi Virgile place le tombeau de la nourrice d'Ênée , est un petit bourg du nom antique de Gajeta. C'est Ik que naquit, en 1469, Cajetano, de l'illustre famille de Yio (2). Son père le destinait au monde. L'enfant, pour échapper aux séductions de cette vie , embrassa volontairement l'ordre des frères prêcheurs. Il fit sa théologie k Bologne. En 1491 , il fut choisi a Padoue comme lector artium. Sa réputation s'étendit bientôt dans toute l'Italie (5). Le chapitre général de l'ordre s'était assemblé k Ferrare ; la province de Lombardie dé-

(1) ConsidérûtionB sur les ordres religieux, br. in-8o, Paris, 1844, p. 2a-24.

(2) Flores historiœ saerl collegii , S. R. E. cardinalium , à D. Lud. D. d'ÂUichy, Ep. i£dnensi. Lut., 1600 , t. m.

(3) PataTii lector artium positus circa 1491 , maximam sibl famam quà l.ectionibus , quà scriptls edltis comparavit. — Quétlf et Echard, Script, ord. prœdic, t. ii , p. 14 , in- foi.

190 mohinàtton de cardinaux.

signa Gajetan pour y soutenir , selon la coutume , une thèse de théologie. 11 eut pour auditeurs , ce jour-^lk , le duc de Ferrare, le sénat et Jean Pic de la Mirandole (1).

Gajetan s'était pris d'une véritable passion pour samt Thomas d'Aquin, cet ange de l'école , trop peu connu de nos jours, qui a sondé, k la manière des Allemands , tous les mystères dé la sainte science , et qui , pour les expliquer , ne s'est inspiré que de Dieu. Il le savait presque par cœur ; aussi disait-on que si la Somme du théologien avait pu se perdre , elle se serait retrouvée dans le cerveau de son disciple. Il y a dans saint Thopias un enchaînement logique qui rafqpeDe la méthode d'Aristote, et une imagination de poète qui tient de Platon. Gajetan savait enchaîner un auditoire k l'aide de cette alliance des deux natures grecques ; il parlait k la fois kla raison et au cœur. Ses succès aussi étaient immenses. Les cardinaux, les doyens d'églises, les séminaires, les universités, les grands et le peuple aimaient également k l'entendre (2). Gajetan fuyait toutes les gloires mondaines. La couronne qu'il demandait k Dieu était bien plus belle que cdle que les hommes voulaient lui tresser. A Padoue , il se cacha pour échapper au triomphe qu'on allait lui décerner. Il avait vaincu ce jour-lk Maurice et Trombetta devant un auditoire nombreux formé de maîtres et d'écoliers (5).

Alors , dit son biographe , c'était la coutume en Italie de disputer sur des matières toutes spirituelles, tournois où Tâme seule était appelée k combattre ; tandis que dans l'antiquité païenne , c'était le corps qui entrait en lice (4). Gaje-

(1) Joann. Baptis. Flavius Aquil., Poëma heroïcum de Gaietano.

(2) Histoire des iiomines illustres de l'ordre de Saint-Dominique , par A. Touron,6 vol. in-4o. Paris, 1747, t. iv, p. t à2C.

(3) Quétif et Echard, 1. c, p. 14.

(4) Nempe ut in olympicis ceriaminibus prises aetatis homines de «orporeis viribus pericliiebantur , sic nostrâ tempestate , viri religiosi

IHOMINATION DE CARDINAUX. 191

tan parut dans d'autres luttes philosophiques » et toujours avec le même succès. Combien nous aimons mieux le voir dans la cathédrale de Pise , sans peur de la robe rouge que porte Garvaj al, reprocher en pleine chaire aux cardinaux schismatiques leur désobéissance, les poursuivre de ses moqueries , les accabler sous les foudres de son éloquence , et les citer au tribunal de Dieu , s'ils ne se repentent et ne font pénitence (1)! C'est k Pise qu'il composa son Traité célèbre de l'autorité du pape et du concile , oii il a défendu victorieusement la suprématie monarchique du souverain pontife.

L'Église ne pouvait oublier dans ses récompenses un de ses fils les plus illustres. Le cardinal Caraffa voulut voir Thomas de Vio ; il le chargea des intérêts de l'ordre de Saint- Dominique. La vie de Cajetan change alors : ce n'est plus une existence littéraire dont les spéculations philosophiques remplissent les instants , mais une vie de cénobite occupée tout enlièrç de soins religieux , et oii le frère trouve moyen de faire admirer sa science, sa charité, son zèle évangélique, son amour pour la pauvreté. Des poètes se rencontrent sur sa route , et se mettent k chanter ses vertus diverses :

Non opibus , gemmis aut fulvo dllior auro , Sed modicis contentus erat fictilibus osub ,

dit Flavio , qui en fait un Père de l'Église.

Un pape aussi allait se présenter sur le chemin du moine pour lui offirir la pourpre. Mais Jules II meurt trop tôt , et c'est Léon X, son successeur, qui se charge de ce grand acte de justice (2). Encore un mot : il y a une belle scène

in ejaamodi conventibus animos eiercere, ac de moribus, de litteris, de sclenUis certare consueverunt. — Oratio de Vitâ Thom. de Vio Oajetani , à J. Bapt. Flaviano Aquilano.

(1) QuétifetEchard, t. ii, p. 15.

(2) Tiraboschi , St. deiia lett. It., t. vu , p. 283.

dans la vie de notre dominicain. Le connétable de Bourbon venait de s'emparer de Rome. Quand il ae resta plus un seal dou k arracher des murs du Cotisée , ses soldats se répandirent dans la ville comme des furieux , dévalisant tous ceux qu'ils trouvaient sur leur chemin. Près du pont Saint- Ange , ils avaient saisi Gajetan , qu*Os menaçaient de tuer s*il ne se rachetait à prix d'or. Survient le pape Clément Vil , qui crie aux meurtriers : c Arrêtez ! n'allez pas éteindre le flambeau de l'Église (i) ! » Les soldats , frappés de terreur comme s'ils avaient entendu la voix de Dieu , ont pitié du malheureux , l'aident k ise relever , le conduisent k son couvent, et lui laissent la liberté moyennant cinq mille ducats, que lui prêtèrent des âmes généreuses , et que Gajetan rendit , en des temps plus heureux , sur les revenus de son évéché de Gaëte.

PÔNZETTI.

C'est un Florentin (2) qui a conquis tous ses grades dans l'état ecclésiastique k force de travail et de talents : d'abord un des sept de la chancellerie romaine , puis derc de la chambre apostolique , puis chanoine, puis évêque deHelfi ou Malfatta , petite ville de la Fouille ; enfin cardinal du titre de Saint-Pancrace. En lui donnant la robe rouge, Léon X eut évidemment l'idée d'honorer la science philosophique , dont Ponzetti était une des gloires. U était connu par des travaux importants et de diverses natures. U avait dédié à

(1) Quare Cleraens vil roman us pontifex dum Roma deprsdaretar , et indigné à militibus Cajetanus tractaretur, ea pro dajetaoo verba protuiit : Gavete ne eitinguatis iumen Ecciesiœ. — Oldoinas in Ciac, t. m, p. 393.

(2) Inclytœ nationis Florentins Familiœ suprême romani pontificatos ac sacra cardinalatos dignitate illustratse : opus per Ign. Ursullnom. RomsB, 1706.

Augustin Nifo ses trois livres sur les Poisons, écrit un Traité de physique , une Dissertation sur l'origine de Tâme. Dans son livre de Physicâ^ il avait enseigné queTâme ne peut comprendre sans le secours des sens : Anima non mielligit sine sensibus. On imprima que Fauteur niait la spiritualité de Tesprit. Ponzetti prit la plume et donna sa profession de foi dans son livre de Philosophie nqlurali (i).

Comme Benivieni son compatriote^ Ponzetti cherchait rhoroscope d'un homme dans les signes célestes qui avaient présidé a sa naissance. Il croyait k la puissance de certains chiffres ; le nombre 7 lui semblait réunir les perfections de tous les autres.

Sept , disait-il , est formé de 2 et de 5 , ou de 4 et de 3. S'il vient de 4 , qui est impair, et de 6 , qui est pair, il ne saurait procéder que de la source de tous les nombres ; car 6 est engendré et n'engendre pas.

S'il vient de 2 et de 5 : 2, dualité, sera le premier nombre, parce que l'unité n'est pas nombre, mais principe ; et 5 représentera les cinq causes des choses : Dieu , Tesprit, l'âme du monde , le ciel , les quatre éléments.

Vient-il de 3 et 4' : 4 sort de 4 et 3 ; 4 , unité ou principe; 5, origine du premier cube impair.

Peut-être nous est-il permis aujourd'hui de rire de problèmes qui occupaient alors de graves esprits. L'astrologie avait fait refleurir la science .des nombres ; mais elle ne l'avait point inventée : l'antiquité la pratiquait. On sait les propriétés mystérieuses que Pythagore attachait k certains chiffres. Ponzetti était un des admirateurs du philosophe; l'un et l'autre regardaient l'unité comme principe , origine et source de toutes choses; mais Ponzetti ne trouvait

(I) De Philosophie naturali libri sex. Rom» , edtnte Jacobo Mazzo- «hlo, 1520. •

i94 NOMINATION DE CARDINAUX.

pas dans le nombre 6 un nombre maudit. Cette croyance , du reste, k la puissance occulte de certains chifires ne doit en rien nous prévenir contre la foi de Tadepte. Qui ne sait que saint Augustin partagea sur ce sujet quelques idées du philosophe grec ?

Pacl-Êmile de Cmsis.

Paul-Émile de Caesis (Cesio) , que Léon X décora de la pourpre romaine , était un habile juriste. Professeur de droit, il avait eu. souvent occasion de recevoir la visite de gens du peuple, et dans ce contact obligé avec les pauvres il s'était pris pour leurs souffrances d'une ardente sympathie;-c'était l'homme de l'orphelin, de la veuve, de l'opprimé , de tout ce qui souffrait dans l'àme ou dans le corps. On le voit, après la mort de Léon X, administrer un grand nombre d'églises où il institue des quêtes dont le produit est desthié k secourir les indigents. Quand les revenus de son diocèse ne suffisent pas pour les soulager, il fouille dans sa cassette , entame ses revenus patrimoniaux, et fait comme Sadolet, l'évéque de Garpentras. Dieu, souvent aussi , lui envoie , comme auModénais, de bons' anges qui emplissent son bûcher et ses poches vides. Il disait gafment : c Mieux vaut manquer du nécessaire que d'en laisser manquer les autres : eh bien ! si nous ne pouvons mener un train de prince , nous vivrons dans la pauvreté ; . il faudra dire adieu k nos nombreuses robes, nous contenter de vêtements modestes, n'entretenir qu'une petite famille de serviteurs, et nous arranger de façon k ce que personne ne souffre (1). »

. (0 Malle se carere, atque inopià opprimi quàm easimminui. Si lantisBimè agitare non potero, homillimos l'vfsan ; non erunt tam mult» vestes; contentus ero paucloribus; alam minorem famillam ; omnia

n avait établi dans ses divers diocèses de sages règlements. 11 voulait que les prêtres , k certaines heures, vinssent k l'église pour chanter des hymnes k Dieu , qu'ils les récitassent avec respect et gravité. D défendait de parler' dans le saint lieu (1).

Devenu vieux, il habitait, au Quirinal, une petite maison qu'il préférait au plus beau palais de Rome. Son plaisir était, quand venait le soir, d'aller se promener sur ces hauteurs où s'élève la tour de Néron ; Ik, quand il voyait venir k lui un hôte ancien de la cour de Léon X , il l'arrêtait , le faisait asseoir k ses côtés , et commençait un long récit sur les vertus du pontife. Un soir que la pluie tombait k torrents sans pouvoir interrompre ces hymnes de reconnaissance , les pieds du vieillard, malades depuis longtemps , furent atteints d'humidité. Gesio se mit au lit , saisi d'une fièvre qui le conduisit bientôt au tombeau. Il fut pleuré de tous ceux qu'il avait oWigés , c'est-k-dire du monde romain tout entier (2). • '

Qu'on ne s'étonne pas de ces longues pages que nous consatrons k la biographie d'hommes dont le nom n'apparaîtra plus'dans notre histoire; ce n'est pas ce nom , quelque grand qu'il soit, que nous voulons glorifier, mais le pontife seulement qui le mit en lumière.

Nous devons le voir , c'est moiiis les lettres que Léon X veut honorer que les vertus. Presque tous ce^ nouveaux cai^ dinauxont des titres k l'admiration du chrétien. Louons-les avec efiusion , sans crainte qu'on nous accuse de flatterie. C'est le re]proche que mériterait Fabroni quand il nous vante la gravité, la sagesse, la prudence consommée du Romain

fsefam, priasquam ista. (instituta) deserantur.-^Oldoinos, in add. adCiac, t. m, p. 40t.

(l)^Oldolnus , in Ciac, t. m , p. 402.

(2) Obiit tanto luctu, et su! desiderio reticto , nt nihil supra fieri potacrit. — 76id.

196 NOHINATIOIS DE GAKDINAUX.

André délia Valle ; — la science profonde du droirunie à ratustériié des mœurs de Tévêque de Côme , Scaramouche Trivulce ; — le génie consommé des. affaires du Génois Jean-Baptiste Pallavicini ; — le zèle pour Tavancemenl des saintes lettres de Boniface Ferreri de Verceil, qui fit élever k ses frais un collège à Bologne, où .il était légat; — la piété exemplaire de Guillaume-Raymond de Vie, natif de Valence (4).

N'est-ce pas k Campeggio, dont Léon X récompensa magnifiquement la scijence, qu'Érasme écrivait, k propos d'une bague qu'il en avait reçue : t Le feu brillant de l'or sera l'étemel symbole de votre sagesse cardinaliste ; la lumière du diamant ne sera jamais qu'une pâle image de la gloire de votre nom (2). »

Citons encore d'autres savants , mais chrétiens surtout^ que Léion X voulut récompenser.

C'est Nicolas Ridôlfi« que Sadolet aimait, que Marc- Antoine Flaminio chanta dans ses vers , et auquel Bernard Rutillio dédia sa Vie des Jurisconsultes, qu'il terminait ainsi : Vale^ sœculi deciis (5) ;

C'est François, Franciotto Orsini (des Ursins), que chérissait Laurent de Médicis , auquel Politien adressa ses lettres de Ponderibus et Memuris , et qui , après la mort d'Adrien VI , fut un moment sur le point d'être élu pape, tant les cardinaux avaient de confiance dans ses lumières et sa piété (4) !

On voit que dans un vague pressentiment des luttes que

(1) Fabroni , VilaLeonis X, p. 125.

(2> Igneus auri fulgor mihi tus sapientiœ prorsus cardinalitise 8ymbolam semper erit , et adamantis gratissima lux nanquam nominis toi gloriam repraesentabit. — Epist. Eràsimi , lib. xxxi , p. 57$.— Londini, 1642,t. i,in-foI.

(3) OldoinuB in Ciac, t. m, p. 409.

(4) Francis. Sansovinus , in Historié de familiâ Ursinâ. — Ughefli , in Ualiâ sacra. — Oldoinus , in Ciac, t. in, p. 400*401.

NOMINATION DE CAfcDINAUX. 497

VjËglise soutiendra bientôt, et comme illuminé d'une lumière céleste , Léon X a cherché dans Télu les mœurs unies à la science des lettres divines. Ce sont de grands maîtres en théologie que Cajetan, l'auteur du de Pontificalus instilutione divinâ^ de Invocatione sanctorum:^ d^ Potestate papœ et concilii; Adrien d*Utrecht , professeur à Louvain , k qui nous devons les Quœstiones et le Supra computum hominis aigonizantis ; Alexandre Cesarino , célébré par Paul Manuce comme un des hommes les plus versés dans la science des livres saints {i); et Jacobatio (2) , qui dans les questions dogmatiques a toute Tàutorité d un apôtre (5), et dont le livre de Conçilio obtint l'insigne Tionneur de faire partie des actes du concile de Latran .

Quelques jours après cette promotion de cardinaux , que Rome accueillit avec de grands témoignages de joie , tous ces princes de l'Église se trouvaient rassemblés a la même table dans une des salles, du Vatican que Raphaël achevait de peindre (4).

Si vous quittez l'Italie, et qu'après avoir traversé le* Rhin , vous fassiez route pour la Saxe , vous trouverez une autre table dressée dans une auberge de Wittemberg. Lk quelques moines assis parlent de Rome. Celui que les convives écoutent en silence se nomme Martin Luther : voici ce qu'il raconte k ses disciples :

c En Italie comme en France, tous les diseurs de messes sont de véritables ânes qui n'entendent pas le latin , et en Italie , pas même la langue maternelle qu'ils sont chargés

(1) Qui majorem aut juris civilis aut sacrarum iittcrarum cognitionem sit consecutus , neminem constat.

(2) Oldoinus, Add. ad. Ciac, I. c, p. 381.

(3) VIr namqueapostolicac sanctionisconsultissiriius. — Steph. Joanninensis , in Mcdiceà Monaiehià.

(4) Fabroni, I. c, p. i27.

d'enseigaer aux autres (1). Les Italiens sont des gefis sans Dieu (2). ^

» Vous savez , mes amis , que je vis il n'y a* pas longtemps la face du pape ; maintenant c'est autre chose qu'il nous montre (3).

» Je vous le dis : Tibère l'empereur , ce méchant garnement, était un ange, comparé k tout ce qui fait partie de la cour de Rome (4).

» Écoutez-moi bien :

» £n ce temps^k il y avait un homme qui avait si grande eQvie d'être pape , qu'il se donna au diable pour obtenir la tiare. U fit donc un pacte avec Satan , et dit au diable : Je me donne k toi , je t'appartiendrai , mais seulement quand j'aurai célébré la messe k Jérusalem, Or il fîit nonuné pape : comme il célébrait la messe dans une chapelle qui se nommait Jérusalem , le diable parut qui dit au célébrant : Sais-tu comment s'appelle cette chapelle? La chapelle de Jérusalem. £t alors le pape se rappela le pacte qu'il avait . fait avec le malin esprit » et quand Û eut achevé la messe , il dit : Je vais mourir, qu'on me coupe en morceaux; si Iqs corbeaux emportent mes chairs et laissent mon cœur , c'est

(0 Darnach sagteo sie, ^iedieMesdp&lfen in Italia und in Gallia nngelerte Esel weren^die kein recht Latein verstanden, haben aacb ifare recte Muttersprache in Italia nicht gelernt , die doch Andern soUen fûrgtehen und sie leren. — Tisch-Reden, Ëisiebéo 1567, in-folio, p. 607.

(2) Lebet Italia one Gottes Wort iu groàsem Aberglauben und Abgôt' terei. Glajibet weder der Todten AuiTerstehung, noch ein se^iges Leben. — Von Wahlen und Italienern. — /6td., p. 607.

(3] Vir sahen dem Bapst ins Angeslcbt , jetzund sehen wir im in Ars ausser der Majestat , und ich. Doct. Marti nus Luther hab nicht damais gedacht , das ich derselbe Heremit sein sollte.— Jbid,, p. 609.

(4) TIberius der heidnische Keiser , ober wol ein Unflat 'waere , wie Suetonius scbreibet , ist noch ein Engel , gegen dem itzigen Wesen des Rômischen Hofes. — Ibid,, p. 610.

preuve que j'aurai Ik-haut obtenu miséricorde. Et il arriva ce qu'il avait prévu : signe qu'il avait été , selon les papistes, pardonné, et que la toort élait une expiation du pacte (1). >

Or ce que nous traduisons ici le plus fidèlenaent possible était fort sérieusenàent raconté par Luther, qui, dans son récit, n'oublie qu'une chose, le nom du pape. Et les convives croyaient k la parole du docteur qui tenait en ce moment l'Allemagne sous sa main , et la poussait k la révolte, c'est-k-dire k la perdition de sa foi et de sa liberté, Car l'une était enchaînée k l'autre.

C'est ici que nous devrions raconter la révolte du moine de Wittemberg contre TÉglise. Mais nous avons pensé que nous pouvions sans scrupule intervertir l'ordre chronologique des faits, et tracer aussi complètement que notre cadre nous le permet le tableau du mouvement intellectuel qui va se produire sous Léon X. Luther viendra plus tard, quand rien ne pourra nous distraire du spectacle de cette lutte f^jneste qu'il doit engager avec l'autorité. Montrons, en attendant, que la vérité , pas plus que le soleil, n'a peur des ténèbres ; que pour éclairer l'esprit la papauté appela tout ce qui peut séduire l'imagination , histoire , peinture , musique , sculpture, poésie.* Les larmes arrivent toujours trop tôt : n'avonsnous pas le temps de pleurer sur le plus cruel événement de riiistoire moderne , la réformation , c'est-k-dire la guerre au foyer domestique entre le fils et sa mère I

(i) Von einera der sich dein Teufel ergeben , das er Bapsl wùidc. — Tisch Reden , p. 836.

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