‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 49 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

4ë0 DERNIERS ÉVÉNEMENTS.

sénécbalde Rouergoe^ demeura en son lien, au4U duché, lieutenant du roi ; lequel avoit, par sa sagesse et gracieuseté f gaigné les cœurs des Milanois ^ si que le pays estolt en grande patience ; mais le sdgneur de Lescun arrivé , et le sénéchal de retour , les choses changèrent : aussi firent les hommes d'opiniof (!)• >

Les proscription^ durèrent longtemps. Lescun « qu'on nommait alors le maréchal de Foix , confisquait les biens des bannis , lançait ses soldats après les malheureux échappés à ses poursuites , et les faisait perdre quand il pouvait s'en emparer. C'était un véritable procon3uU fastueux, colère» irritable au dernier pcnnt, n'écoutant que sa mauvaise télé, m^risant les réprimandes que lui adressa plus d^une fois son maître; bon capitaine du reste, dit Brantâme, oaais pourtant plus hardi et vaillant que sage et de conduite. A la fin , les mécontents devinrent si nombreux , qu'ils se réunirent, coururent aifx armes, et formèrent de véritables guérillas qui attaquaient, ^ur les grandes routes les i;ens du roi de France (2). Ces proscrits , riches citoyens de Milan ^ semaient partout la défiance et la: haine contre ks Français. Il était difficile qu'on ne crût pas aux plaintes d'hommes dont les biens avaient été confisqués sans forme de procès , et la tête mise k prix , parce qu'ils c s'avisoient de l'iniquité dugouvemeur. > Leurs {Maintes arrivèrent jusqu'à Rome : ce fut Jérôme Morone , chancelier de Milan , exilé lui aussi , niais exilé volontaire , qui se chargea de plaider la cause des bannis. La voix de cet homme d'Etat, éloquente mais passionnée , ne pouvait manquer de faire une vive impres^ sion sur l'esprit de Sa Sainteté : quand un magistrat se {^int d'un soldat, presque toujours il est écouté.

(1) Mémoires de Messlre du Bellay, l. ii, p. 1 59. — Simonde Sismondi, Hlst. des Rép. it., t. xiy, 476-477.

(2) Gaillard^ Hist. de François 1er, 1. 1 , p. 377 et suiv.

MOUt DE LEON X. 451

Le pape était personndlement niééontent du gouverneur Lâutrec, qui, sans respect pour raùtorité du saint-siége, disposait à sm gré de tous les bénéfices, les conférait \k des sujets indignes ou incapables (i), et défendait , «ous des peines > sévères, les appellations h la cour de Rome. Ces témérités , que François I®' eût été le premier k réprûner, s'il les eût connues plus t6t/ blessaient au coeur Léon X. Le pape s'en était plaint d'abord par ses ambassadeurs k la cour de France, puis k ses cardinaux, quand il vit qiie les réparations promises se faisaient toujours altendré.

Quelques««ins des proscrits milanais qui fuyaient Toppression s'étaient rassemblés kBussetû, petite place ap- "partenantk Christophe I^allavicini. Lescun, irrité, députe le Crémonais Cardmo k Pallavieini , pour se plaindre d'une' protection accordée , au mépris du droit' des gens , k des sujets révoltés.' Pallavieini conçoit des soupçons , fait appliquJBr k la question l'envoyée qui confesse, vaincu par les tourments sans doute, tles projets d'assassinat. Pallavieini, ne . pouvant trouver dès juges qui condamnassent sans procédure Cardinô , s'érige en dictateur, prononce la sentence' et livre le coupable au bourreau. . Une semblable énormité ne pouvait rester impunie. Les bannis se Mfent de quitter tosseto^ avec eux- Pallavieini, et de sauvent k Reggio.(2). :• . • • ' •

C'était une place démantelée el qui n'aurait pu résister k une attaque sérieuse. Le maréchal de Fol)^' croyait qu'k la première sommation , le gouverneur allait lui • Kvrer les' bàntïTs : il se trompait. Ce ' gouvérnieiir était Guîchardin le Florentin ^ qui, bien que républicairt , 4vaît prêté serment de

(1) Paul Jovc , Vie de Léon X, p. 356.

(2) Gaillard , Hist. de François lor , 1. 1 , p. 281

452 DERNIERS ivÉMEHENTS.

fidélité au pape, et qui n'était pas disposé k le trahir. Lescuu lui demande une entrevue ; le gouverneur l'accorde^ en indiquant pour le lieu du rendez-vous la porte de Parme. Le maréchal , qui se défie de Guichardin , fait poster k la porte de Modëne un corps de tix)upes , pour en barrer le eliemin aux bannis . s'ils avaient envie de s'échapper. Pendant que le maréchal , qui s'est fait accompagner de qudques gentilshcHnmes , échange des paroles de reproche avec l'historien , la porte de Modène s'ouvre afin de laisser passer une voiture de farine , et les soldats français se précipitent pour pénétrer dans la place ; mais on les repousse. Alors de toutes parts le cri de : trahison ! se fait ^entendre : on court aux armes , on attaque la suite du maréchal , qui , sans le sang-froid du gouverneur , allait chèrement expier l'impru- * dence de ses gens ; trop heureux d'>échapper k la vengeance populaire, grâce ^ux efforts de son généreux ennemi.

Cette violation du territoire de l'Église était pour le pape un motif ou un prétexte de rupture avec la France. Le maréchal , pour r^rer sa faute , se hâta de dépêcher La Motte-Grouin k Sa Sainteté; mais le pape refusa d'agréer les excuses du lieutenant de François I*^. Il assembla le consistoire , se plaignit amèrement de la conduite de ce monarque , dénonça comme un attentat au droit des gens la vids^on du territoire de Reggio , exoonununia son ennemi, et déclara que, dès ce moment, l'alliance avec la France était rompue , et qu'il agréait les propositions que don Manud, ambassadeur de Gharles-Quint , faisait au

saint-siége.

Ces propositions étaient tout k fait dans l'intérêt de la

papauté (1). Charles-Quint, si Sa Sainteté voulait joindre

(1) Giannone, Hi8t. du royaume de Naples, la Haye, 1742, în-4o,

t. IV.

MOftT DE LÉON %. 453

ses troupes k celles de Tempereur, afin de chasser les Français de ritalie et de râaÛir François Sforce k Milan (1), promettait de restitoer Parme et Plaisance au^ domaine de rÊf^lise , d'aider le pape dans sa lutte contra ses vassaux rebelles , de donner une pension de mille ducats au* cardinal de Médicis sur les revenus de rarchevèclié de Tolède, et d*augm^ter le cens qu'il payait au saint*s«{ge pour le royaume de Naples (9).

La malheureuse invasion de Reggio détermina la rupture de Rome avec la France (3). Un historien contemporain dont l'opinion est d'un grand* poids, M. Dam, trouve dans l'état de l'ÉgNse d'Allemagne^ k celte époque, le motif d'un rapprodiemrat naturel entre le pape et l'empereur. La Saxe était pidne du bruit que produbait la parole de Luther ; les doctrines du moine faisaient chaque jour de nouveaux progrès ; quelques princes mtaies étaient séduits : or, un seul homme pouvait mettre fin au schisme , c'était l'empereur ; le pape vint Mm.

Gharles-Quint était k la diète de Worms , quand il reçut en même temps la nouvdie de la signature du traité d'alliance d^ensive et offensive entre les deux cours, et 'de l'irruption des Français en Navarre. Il ne put réprimer un vague sentiment de crainte , car il prévoyait' que la lutte dont le signal venait d'être donné ferait le malheur de de l'empereur ou du roi (4). Les historiens favorables k Gharles-Quint , tels que Mafifei , Guichardin, Polydore

(1) SIeidan, Comm., 1. viii.

(2) Sehmidt , t. vi , p. 279. —Gaillard , Histoire de Francis \", 1. 1 , p. 989^90. — Le trailé est rapporté dans Rynaldi , p. 336 et suiv. ,

t. XX.

(3) Giannone^l. e., t. iv, p. 14.

(4) Ut brevi vel ipse miser împerator , vel Franciscus miser Francofum rex fotorus esset. — Ltrar. Aleander. — Ryoaldi, Ann. eccl., t. XX , p. 339.

454 DERNIERS £VÉNEM£NTS.

Virgile , croieut que le signal de$ hosiiUlës fut donné par François P^ mais le mon^^rque s'est justifié de celle in* fraction aux traités dans une lettre qu'il fit parvenir au saint-père (1) : c'est un débat ^tredeux t^es couronnées difficile k juger. Ce qu'il y a de certain» c'est que l'invasion de la Navarre par François l^^, provoquée ou non ^ était un cpv^ de mature; si le monarque en eût fait la conquête, il serait resté paisible possesseur du Milanais» et la guerre aurait eu nécessairement rfspape pour théâtre. La noblesse tout entière était hostile à Gk^les-Quint ; elle avait vu de niauyjds oeil l'électioq de ce prince U l'empire , parce qti'elle craignait l'influence , dans lesi conseils du souverain « d'hom- \qes étrangers s^ux n^œuis espagnoles. Fipançoisl^^ avait dil compter sur les antipathies deâ deux peuples (2).

La fortune .seconda d'abord les Français, qui tiraversèr^t les. Pyrénées et pénétrèrent îcn Espagne ssu» diffieulté. Pampelune n'arrêta qu'un mqmen^t le .vainqueur : le commandant s'enfuit à la ptemjèré som)pati0ft.(3). Restait la citad^e défendue par. un jeune homme d'un rare courage. Placé sur la brèche, il auimaiit sëa oompagncms de la voix et. du geste , et de sa longue épée menaçait les assi^eants; autour de lui se pressaient d'antres combattants du même àg^:k peu près^ et résolus de 3'ensevelir sous les ruines de la forteresse {^utôt que de traiter avec rennemi, quand un éclat de pierre et m boulet de canon vinrent k la fois frapper le noble Espagnol aux deux jambes i il ^'appelait Don Inigo. Le lendemain la citadelle capitulait, et Don Inigo

(1) Âpologetiea , eujusdfiin famœ regiss studiqgi, cpistoJa. *- Freber, Germ. rer. script., t. m , p. 342 , 356.

(2) Respoosio christianiss. Gall. Reg. ad orationcm quâ Cffîâttrio eum Romœ invectus est. -—Frehei*, I. c, ibid.

(3) Hist. de Navarr€ , par An th. Favia Parisien, advocat au parle* ment de Paris , in-fol., 1612, p. 705.

était transporté dans le château de son père* Les médecins appelés crurent d'abord que les blessures étaient mortelles , et que le malade expirerait au milieu dès souffrances de l'opération . Il les supporta cependant avec un courage héroïque et ne mourut pas* Pour tromper les longues heures de ta coDvales<^nee , Don Inigo demanda quelques livres ; on lui en apporta : c'étaient des romans de chevalerie qu'il farma aussitôt , et les Fleurs des Saints , qu'il ouvrit et déiK>ra. La nuit venue, il s'endormk plus doucement que de coutume , et eut des visions. Il crut que la terre s'agitait, que le lit où il reposait dansait sur ses {Heds , et , fra^i^ de terreur, 3 se mit h prier; alors saî petite chambre s'illumina d'une blandie lumière, et sur des nuages odorants^ il vtt Marie la reine des anges quj lui souriait tendrement {i).

t Estant remis en santé, dit le Pafisiefi Pavin, sans déclarer k personne le secret de ses conceptions , il fait un pèterinage h Notre-Dame < die Mont-Scrrat... et Ib, ayant quitté son espée, son poignard, son génet et son habit séculier, il prend un meschant roquet de toile, et se déguisant ainsi sans dire d'oii il ^estoit , il s'adonne k la dévotion , k macérer sa chair, ne vivant que d'aumône.- »

Il est malheureux que l'expédilioB de la Navarre ait été eonfléè k Lesparre, bon soldat comme tous les capitiaines dont se servait François P% mais qui n'entendmt rien k l'art de la guerre. S'il se fut contenté de jeter des garnisons dans les diverses places fortes de ce pays, et surtout s'il avait eu soin d'annoncer publiquement qu'il avait envahi la Navarre non pas pour la réunir k la France , mais pour la restituer aux enfants de Jean d'Albret , qui la réclamaient comme leur patrimoine, en va'tu du traité de Noyon que Charles d'Autriche avait signé, alors les esprits tic so

(I) OrlaBd., Hisl. Soc. Jcs., K i.— MalTei , in Vità S. Ign., I. i, p. 2.

4f56 DERNIERS ÉVÉNEMENTS.

seraient point émus en Espagne , et il serait resté maître du pays. Mais, enivré par ce facile triomphe, il marche en avant, se jette dans la Castille et va mettre le siège devant Logrogno, commandée par Don Pèdre Yelez de Guevara (1). Alors tous les Castillans de sang noble ou roturier se réunissent pour arrêter le vainqueur ; partout on court aux annes; en quelques jours vingt mille hommes sortis des villes, des villages et des montagnes , se présentent pour

barrer le passage k Lesparre , qui , au lieu d'attendre de Pampelune 6,000 Navarrais qu'on enrôlait pour lui porter secours , s'en va , avec autant d'imprudence que de courage, se heurter contre des masses compactes» est mis en déroute , et tombe avec ses principaux officiers dans les mains du vainqueur. U avait enqployé aviron trois semaines a conquérir la Navarre , il la perdit en moins de quinze jours (2).

Cependant tout se préparait en Italie pour de grands événements. Le pape donna le commandement de ses troupes k Frédâ^ic, marquis de Mantoue, qui renvoya aussitôt à François 1®' le cordon de St-Michel dont il avait été décoré (S).

Guichardin eut le titre de commissaire général près de l'armée pontificale ; le commandement des forces alliées fut confié k Prosper Colonne, ce vieux soldat qui depuis près de vingt ans n'avait pas quitté les camps; encore plein de verdeur malgré ses blessures et son âge , très-beau sur un

(0 Favin, Hist. deNaTarre, p. 706.

(2) RobertsoD , 1. 1 , p. 405. — Mémoires de du Bellay.— « Cestuy-ci aveugle d'ayaricefit un traict qui causa la perte de ce reyaume; il fiai que tous ceux qui s'en voudraient retourner en France le pouvoienten rendant la moitié de k paye et mist cet argent dans sa bouge. » — Fayia,p. 706.

(3) Simonde Sismondi, Rép. it., t. xiv, p. 475. — Roscoë, t. iv, p. 333.

champ de batailto , {dos admirable dans uoe redoute. Au oommaicemait du mois d'août 1520, toutes ces troupes vinrent prendre position sur la Lenza, k cinq milles de Parme (4). L'armée aUiée était forte de six mille Itdiens, de deux mille Espagn<ds , venus des environs de Gênes dont ils n'avaient pu s'emparer , de deux mille autres partis de Naples sous la conduite de François d'Avalos , marquis de Pescaire , de six mille Allemands et de deux mille Suisses environ (3).

Scbinner était heureux; voici le moment venu oh, dociles k ses conseils, le pape et l'empereur paraissent avoir compris le danger de laisser plus longtemps les Fran* çais en Italie. Il a repris cette croix de légat que Jules II lui avait donnée, et qu'il portait k la bataillé de Marignan. Depuis cette journée funeste , que de chagrins il a dévorés ! Ses montagnards l'ont abandonné, Henri YIII n'a pas voulu l'écouter , et il a vu , dans le Valais , son château de Martigny nûné par Georges Supersax, C'est en philosophe, ou plutôt en chrétien qu'il a supporté les reproches de Léon X , l'ingratitude de ses paysans , les fureurs de ses ennemis , les triomphes des Français ; il a cherché dans la prière des consentions contre la mauvaise fortune. A Sion , oii il vit dans l'exil , il s'est remis , en attendant des jours meilleurs , k feuilleter le livre de Boèce, son vidl ami , qui sait si bien guérir les maladies de l'àme. II a peu d'espoir de revoir Rome ; aussi a-t^i ini par vendre k Léon X la maison qu'il possédait sur l'Esquilin , et qu'il avait prêtée k Sa Sainteté pour y loger les humanistes romains. Ne le croyes pas msdheureux dans ses montagnes de la Suisse. Toutes les joies ne lui ont pas été ravies : un jour il reçoit

(t) Simonde Sismondi , I. c, t. xiv, p. 475. (?) Pauli Joviî, Vita Alf. Pescarii, t. ii.

4e^8 DERNIERS ÉVÉNEMENTS.

une lettre d*Érasme; une aotre fois, un voyageur qui passe h Sion lui remet une belle et longue épttre de Sadolet ; uD soir, c'est un humaniste qui« en traversant les Alpes, couime Longneil (Longolius), est déralisé, et auquel il donne géndr^sement sa bourse. Mais le plus grand bonheur qu'il ait éprouvé do sa vie, e'est quand le pafpè revient h lui , et qu'il peut reprendre sa crofix et sa cuirasse. Les montagnes deTAppenzell, lesdesx Mytheo et lelac de WaU lenstadt retentissent du bruit du cor alpestre. G'e^t un ap^ pd, le dernier qu'il fait k ses montagnards ^ et les Suisses accourent en foule. Les soldats qu'il improvise traversent le PcNitrdu*Diable> rUrnerloch, et arrivât dans le^^éoais. Déjà Prosper Colonàe en complie xlans son' am^ plus de dix mille (1). •' f

Mais Lautreeen avait a loi seul près deâO,0OO qui seiti- Uaient devoir lui rester fidèles (â); car la diète belvétique; ai rappeiàut ses soldats dans leurs foyers ^ menaçait de 'Châtiments ceux qui violeraient leur serinent, en se. battant contre les Français. Le cardinal n'a pas peur de la diète ; qu'elle arrache du sol valaisan jusqu'à la dernière pierre dé ee château ép^copal qu'a renversé Supersax, que lui importe, s'il peut chasser les Français de l'Italie, râablir-les Sfittrce> et rendre k TÉglise Parme et Plaisance? C'est la ^fuse cette fois qu^il emploie. 11 a des émissaires qui se glissent dans l'armée de Lautrec, qui parlent aux Suisses, excitent leur^ avances ^ leurs jalousies , leurs colères , et purvieuneot k les séduire.. La dé^rtion se met bientôt dans lés rangs àe ces soldats merc^aires qui accusent le général de lenteur , d'incapadié, d'orgueil , et de parjure : il leur avait promis une solde arriérée de plusieurs, mois, l'argent n'arrivait

(1) SimondcSismondi, Rép..it., t. xiv, p. 482. m Léo. Hist. d'Italie » t. i, p. 57â.

pas (1). Mai» ce n'ékiit pas la faute du géuérâl fran^is, qui pressait iautilement renvoi des 30,000 ducats qu'il avait demaDdés, et que la duchesse d'Angoulême , mère de François I^'' , avait reçus et dépensés^ Alors les Suisses , malgréléSf protestations de Lautrec, quittent le <;anip français, et passent avec armes et bagages dans le camp des alliés* oh leS'Cardinaux de Sion etdeMédicis, légats du satnt-^ege, les attendaient, la crosse en main, insignedefeor dignité (3). ^ Il.n'5i'avait:pour Lautrec, compromis par une ise^bl^le défection, qu'un parti k preâdtë : c'était de se retirer derrière'rAdda, afin de couvrir J^ilan, que les alliés voudvsdèflt enlev€ar% C'est ce qu'il fit résolument. Il est difficile d'^xpfiquer comment il se laissa tromper par Prosper Gbloiibe, (pij passa briviàre sans coup férir; Au moins ^uràit*il dâ s'aya&Gor avec toutesi ses forces pour bsyrceler et inquiéter l'eiinerni^ s'ilnavait pu l'empêcher de traverser l'Adda ; mais il raste l'arme au bras dans son c^imp, et se' contente de détacha Lesouu, son firère, qui, :avecun misérable' corps d'itiffaiiterie, quatre cents tances et ônq k six pièces dte canon, Va tenter d'arrêter les confédérés dans leur marche sur Milan.' La partie n'était pas égale , et Lescun, malgré toute sa bravoure, devait succomber* Après d'inutiles prodiges, de valeur^ il fut forcé d'opérer sa retraite sur Cassano.

Lautrec, ayant appris par ses coureurs la défaite de son frère, se hâta de regagner Milan k marches forceps. Pour effrayer les habitants, il livra au bourreau un vieillard, Christophe Pallavicini , dont il s'était emparé quelques mois auparavant, et que Léon X avait vainement réclamé, en promettant en échange un chapeau de cardinal a Tune des

(1) Simoode Sismondi , l.c, t. xiv, p. 484.

(2) Roscoé,t. IV, p. 338.

460 DERMERS EVENEMENTS.

créatures de Lautree : imprudence ou cruauté qu'un historiea français de cette époque a justeineni flétrie (t).

Milan , du reste , était fatigué de la domination française: k la première sommation des alliés, il se rendit , sans même essayer de se défendre. Depuis l'expédition de Chartes VUl , l'esprit national italien avait fait de grands progrès ; le joug de l'étranger, qu'on subissait d'abord avec joie, était devenu dur et pesant : Jules U commençait k être compris.

U faut bien avouer que cette haine pour l'étranger est due k la planté , qui , depuis Alexandre VI , travaille k rendre odieux aux Italiens tout ce qui porte le nom de Barbare. Réduite k ses seules forces , il est certain que la papauté n'aurait pas pu opérer la dâivranoe du sol : aussi s'allie»t-elle k Ghari^^uint pour refouler les Français au ddk des Alpes; mais avec une arrière-pensée , qu'on a taxée de ruse et qm n'est que du patriotisme, celle de tourner ses armes, avec la grande confédération italique , contre les Espagnols , dont elle se servait pour instrument ; puisque, comme l'a remarqué s^ustement M. Ubri, l'asservbsement de l'Italie devenait inévitable le jour oii François I^ et Charies-Quint la choisiraient pour diamp de bataille (2).

(1} Fama est Lconem Palavîcino affloeni fiiîsse , certè pro eo intercesBlsse eo anlmo ut rem suam agi dieeret , Dec cessasse galeruai purpareum offerreMenaldo,queingratiâ multùm valere sciebat apud Laatrecum , modo ex reis eximeret Palavicinum ; fuisse Lautrecum , ut nemo nascitur vftioram expers , naturà acerbiorem , et qui aegrè i suseeptA seatentiA diveUiretur. Itaqœ spretis pontifielis promlssis in renm l^e agi Jussisse , ixnde io Gallos pontifex inexpiabileodiiun couciperet. — Arnoldi Feroni , regii consiliarii , de Rébus gestis Gallorum llbrl IX, Lut., 1550, in-folio, p. 64.

(3) Hist. des scienees mathématiques , t. m, p. 3. — Gloriosum iilum quidem fuisset liberare Italiam externis dominis , ad quod avertendum periculum omnes cogitaiiones , omnes curs et omnia sludia Laurentii patris tantà cum nominis sui faraâ speetârunt. — Fabrenl, Vita Léon. X, p. 159.

Léon X était k sa maison de campape de la Magiiaira , quand un courrier vint lui apporter la nouvelle de la restitution au domaine de TEglise de Parme et de Plaisance , ces deux bras de l'exarchat de Ravenne , sdon l'expression de Jules H (1). Que dieu accorde encore quelques jours de vie au pontife , et dans toute l'Italie il ne restera pas une lance étrangère !

II partit le 25 novembre de la Magliaoa pour Rome , oii il avait hâte de remercier le ciel , au pied des autels, du triomphe que venait d'obtenir le saint-siége. Le peuple l'attendait aux portes de la ville , des couronnes d'olivier k la main. Partout, sur son passage, éclataient des transports d'amour. De grandes réjouissances eurent lieu pendant trois jours. Paris de Grassis vint demander k Sa Sainteté si elle jugeait convenable de rendre k Dieu de solennelles actions de grâce, c Que vous en semble? » dit le pape* c Très* saint-*père» répondit le maître des cérémonies, quand la guerre édate entre des princes chrétiens, l'Ëglise n'a pas coutume de célébrer la défaite du vaincu, k moins toutefois que l'Église n'en retire quelque avantage. » Le pape sourit, et répondit: c J'ai recouvré un beau trésor! — Alors, répliqua Paris, nous remercierons Dieu (2). » Le pape convoqua le consistoire pour le mercredi 27, et , se trouvant incommodé, se retira dans sa chambre k coucher.

Les médecins furent appelés , mais l'indisposition leur parut sans danger : c'était un catarrhe, que l'humidité de la villa Magliana avait développé, et qui bientôt prit un caractère funèbre. Le pape avait de la peine k respirer , il se mit au lit ; la nuit fut mauvaise et agitée. Le dimanche matin,

(1) Campi, Stor. eccl. di Piaeen., t. i , lib. vi , p. 189. — Ragioni délia Bede apost. sopra M dacatodi Parma et Piacenza , da M. Antonelli segretario del S. Gollegio.

(2) Parid. de Grassis, Diarium ineditani.

462 DERNIEKS fVJîNEBffiNTS.

i^^ déeeiDfbre 1521 , on le vit lever les yeux au cid, joiadre les mains , murnatirer quelques mots d'une prière ardente » puis retomber sur son oreiller et mourir ( I ) : le catarrhe l'avait suffoqué» U aelfêvâit sa quarante-sixième année ; il avait régné huit ans htti|t mois et dix-neuf jours.

Jamais la mort d'un pape n'avait encore excité d'aussi viis regrets. Le peuple se jeta» dans les premiers transports de son avjengle colère, sur Féchanson de Sa Sainteté , Barnabe MalesiÂna, qu'il accusait d'avoir ^npoisonné le paperdans une xxmpe de.vin (S). On le traîna au château Saint- Ange ; mais l'arrivée du cardinal de Médicis T&nAii la liberté au malheureux échanson. On avat cfaenàé desprmves, et on n'avait ti^uvé que des rrnnmus populaires. LesfunéEafflesida pontife fiirent simjdes et modestes : Ântoinîe de SpeUe prononça l'oraison funèbre ; mais les pleurs du pi^pte furent plus éloquents que les paroles du camérier.

Au bruit de cett€ mort si soudaine , Érasme écrivit d'Angleterre:

V La chrétienté vient de perdre un de sq3 plus beaux or- Q^nents. » ! .

Quatre siècles parmi les soixante qui se sont écoulés dcçuis que Dieu créa le monde ont reçu le nom d'un homme.

* Cet homme s'appela Péridès , Auguste , Léon X et Louis XI Y.

(1) Paul iove, vie de Léon X, in-l2, p. 372.

(2) Paul Jove , ibid.

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