‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 48 sur 61 · DERNIERS ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

DERNIERS ÉVÉNEMENTS

nient. Georges Sàbinus a décril en véritable poète les merveilles de la cërémonie. Quand la couronne impériale eut été posée sur le front du jeune monarque , aux acclamations de tous les assistants , Tarchevêquei de Cologne s'avança en habits pontificaux , et s'adressant k l'empereur : t Promettez-vous, lui dit-il k haute voix, de travailler saintement au triomphe dé la foi catholique ; de défendre et de protéger les Églises d'Allemagne ; de soutenir loyalement les intérêts de l'Empire ; d'être le père et le tuteur des veuves et des pauvres; de rendre au pontife de Rome l'obéissance qui lui est due? »

A chacune de ces questions , Charles se contentait d'incliner la tête; k la dernière il teva la main^ et la posait sur le côté droit de l'autel : t Je le veux ainsi, dit-fl, et je compte, pour remplir ma promesse, sur l'aide de Dieu et les prières des chrétiens : que Dieu et ses saints me soient en aide! »

Alors l'archevêque se tournant vers les électeurs : « Voulez-vous, leur dit-il, reconnaître Charles , ici présent, pour maître et pour souverain , l'aider, lui être soumis, lui obéir, suivant le précepte de l'Apôtre : Que toute âme soit soumise aux puissances? » Fiat^ fiat^ crièrent tous les assistants (1).

(1) Finitâ Utaniâ pro régis salute, rogat ab eo archiepiscopus Coloniensis an ûdera catholicam operibus justis seivare? an ecclesiarum tntor et defensor? an regnum efficaciter secundùm justltiam defendere veUetPan jura regni dispersa congregare? an viduarum» miserabiliumque personarura pius defensor et judex futurus? an Romano déniqae pontifici debitam subjectionem exhibere velit? Ubi haec omnia facturum adpromiserit,ductisad allare positisque super dextrum cornu duobus digitis , conceptis verbis hoc modo jurât : Sic volo, et in quantum divino fultus fuero adjutorio precibusque christianorum fldeltum adjutus'valuero , omnia praemissaûdeliteradimpIelH); sic me Deus adjuvet et sancti ejus. Tum regresso rege , Goloniensis ad circumstantes principes conversus , quœrit : an velint tali principi acrcctorise subjLcere, ipsiusque regnum flrmare, flde stabilire, adjussionibusque iltius

Fidèle à son serment , Charles , quelques mois après son couronnement, convoquait une diète k Worms pour réprimer les doctrines de Luther. Mais les prédictions de Léon X ne devaient pas tarder k s'accomplir : Tltalie, ainsi qu'il l'avait prévu , allait servir de champ clos au duel entre les deux rivaux.

Avec son sang allemand , la maison de Bourgogne avait transmis k Charles sa vieille haine contre les Français. L'empereur gardait rancune au jeune prince qui avait voulu monter sur le trône d'Allemagne, retenait un duché appartenant au duc de Bourgogne , et s'était fait un nom glorieux k Marignan. Il lui en fallait un k lui , roi d'Espagne et de Castille, empereur élu des Romains , empereur d'Allemagne, et k qui Fernand Cortez. venait de donner le Mexique.

François I®% de son côté, avait ressenti cruellement l'affront que lui avaient fait les ordres allemands , en lui préférant un jeune homme k peine émancipé , de taille médiocre, au teint blafard , aux cheveux rouges , dont la lèvre inférieure pendait sur le menton , qui traînait péniblement ses mots, et ressemblait k une momie (1), digne fils de Jeanne la Folle et incapable comme sa mère (2). En apprenant l'élection de Charles , François I®"" avait déclaré qu'en qualité de duc de Milan , il ne souffrirait pas que l'empereur se fît couronner k Rome autrement que Sigismond et Frédéric III (5), c'est-k-dire sans armes. Or Charles, k Valla-

obtemperare , juxta Âpostoli prœceptum dicentis : Omnis anima potes, tatibus sublimioribus subdita sitP Tum ad rogata : Fiat , ûat, concla. mant. — Goldast., DD. MN. Imperatorum , etc., Statuta et rescripta... Francf., 1607, in-fol.,p. 11.

(1) Garolus staturà quadratà, sed mediocri, capillo flavo, colore niveo , labro inferiore parto , latiore atque in mentum proéminente facie oblongâ ac subtristi , sermone raro , gestu moderato. — Petrus Martyr.

(2) Simonde Sismondi , Hist. des Français , t. xvi , p. 95.

(3) Pet. Mart. de Ang., epi&t. 736.

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dolid, avait nionlré qu'il savait trop bien se servir de sa lance pour la jeter aux pieds de son rival : une lutte était inévitable.

Léon X suivait avec soin les mouvements de ces deux princes. L'Italie devait avoir encore quelques mois de repos; car Charles était trop occupé en Allemagne a fonder son autorité , et François P' en France k surveiller la guerre allumée dans les Ardenues et le duché de Luxembourg, pour qu'ils vidassent de sitôt leur querelle. Ce quela papauté devait faire, dans la prévision d'un conflit plus ou moins âoigné, c'était de se tenir prête k tout événement. Faible et désarmée, elle courait de grands risques; puissante et sor ses gardes , elle pouvait faire acheter son alliance , rester maîtresse de ses mouvements , et faire pencher la balance partout oii elle pèserait de cette double force dont elle seule réunissait les éléments, la force divine et la force humaine. La civilisation avait tout k gagner dans la grandeur oiondaine de Rome. Si vous ôtez a Rome l'épée dont se servit si heureusement Jules U, que deviendra-t-elle? vassale du roi de France ou tributaire de l'empereur d'Allemagne : alors le mouvement inteUectuel k la tête duquel s'est noblement placée la papauté s'arrête tout aussitôt ; le pinceau s'échappe des mains de Raphaël , le ciseau de celles de Miéhel- Ange; Marc-Antoine Raymond! jette son burin; le gymnase romain est fermé , les travaux de Saint-Pierre sont aban<f donnés, les chants de Vida et de Sannazar interrompus , les histoires de Guichardin et de Paul Jove inachevées, les livres politiques de Machiavel livrés peut-être aux flammes , et la marche de l'esprit humain suspendue. La papauté est , au seizième siècle , le soleil du monde intellectuel : qu'aucun corps étranger ne vienne s'interposer entre l'astre et les intelligences qu'il éclaire, car autrement il y aurait obscurcissement, et ténèbres peut-être.

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Dans t'intërét de son existence temporelle , et Inen plus encore dans Tintérêt de la civilisation , la papauté avait raison de se mettre k la tète , pour le diriger , de tout mouvement qui pouvait agiter Tltalie. L'évèque de Pistoie» Pucci , partit avec une somme de 19,000 écus d'or pour lever en Suisse un corps de six mille hommes. Le cardinal de Sion , Sehinner, Tattendait pour Taider de toute son influence. £lle vivait toujours en Suisse cette influence , grande , rëvé^ rée, et accrue , sll était possible , dans ces derniers temps , par la pieuse résignation avec laquelle le prélat avait obéi aux ordres dtt souverain pontife, qui lui avait prescrit le silence et la retraite. Mis au ban de la papauté , pour ainsi dire, Sctunner avait donné un bel exemple au monde catholique , en se courbant , comme un enfant , devant la parole de son maître , certain que tôt ou tard il sortirait de ce repos qui enchaînait et ses mains et son cerveau.

Milan commençait k se lasser des Français, c Tandis , dit un historien qui n'est pas suspect, que Louis XII avoit méiagé le MÛanois comme un ancien héritage auquel il étoit affectionné , François P' n'y avoit vu qu'une riche province qui pou voit plus payer que toutes les autres (i). » — c On estimoit, ajoute messire Martin du Bellay , le nombre de ceux que le sieur de Lautrec avoit bannis de l'Ëtat de Milan aussi grand que celui qui estoit demeuré ; et disoitron que la plus grande part avoient été bannis pour bien peu d'occasion, ou pour avoir leurs biens ; qui estoit cause k nous donner beaucoup d'ennemis qui depuis ont été moyen de nousthasser de l'État de Milan, afin de rentrer dans leurs biens. Auparavant que le marédial de Foix fût venu lieutenant du roi au duché de Milan, estoit, comme dit est , le seigneur de Lautrec venu en France ; le seigneur de Téligny ,

(I) Simonde Sismondi, Hist. des Hép. ital., t. xiv, p. 476.

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