CHAPITRE UI
lies roanoAcriU aa moyen âge. — Difficultés de la science. — Susceptibilité et orgueil'de rbnmanisle. — Quelques exemples de querelles littéraires de la Renaissance. — PoUtien et Mablle , Galeotto et Merula. «* La presse ne respecte rien ; elle attaque jusqu'à la royauté , que Pontuno Joue dans un de ses dialogues. — Réflexions sur cette polémique. — On ne saurait nier les services rendus à l'imprtmerle par le papauté. — Ce que de' Bussi fit i Rome pour les ouvriers typographes. — Plaintes élevées de tontes parts contre les abua de la presse. — Dangers dont elle menace la société. — Le concile de Latran prend des mesures pour que le repos de la chrétienté ne aolt pas. troublé; mesures religieuses et sociales. — Décret de Léon X.
C'est un rude métier , au moyeu âge , que celui des lettres; l'apprentissage en est aussi long que difficile. L'imprimerie, qui vient de naître en Allemagne, ne reproduit que lentement encore les chefs-d'œuvre de l'antiquité; il faut donc chercher dans les manuscrits les procédés syntaxiques des langues anciennes. Or , c'est déjk une étude fastidieuse que d'apprendre k déchiffrer cette écriture monacale , hértsisée de signes dont le religieux avait emporté le secret ; puis ces manuscrits sont aussi rares que coûteux.
En 1500, la bibliothèque d'Oxford était enfermée tout entière dans un cofte que le chapitre de l'église de Sainte- Marie tenait sous clef (1) ; celle de Paris, au commencement du XIV® siècle , ne possédait que trois écrivains classiques : Gcéron , Ovide et Lucain (2). Louis , électeur palatin , en
(1) Warton , Dissert., t. ii.
(2) Warton , ibiâ.
1421 , léguait comme un trésor a l'université de Heidelberg sa bibliothèque , composée de cent cinquante-deux volumes , dont trente-neuf sur la théologie , douze sur le droit canoâ , quarante-cinq sur la médecine et six sur la philosophie (1).
On comprend le haut prix qu*on devait mettre aux manuscrits. Beccatellide Palerme, pour acheter un Tite-Live de la main de Poggio , fut obligé de vendre une terre patrimoniale (2). Jean Manzini se moque d'un savant nommé Andreolo de Ochis , qui ., pour accroître ses richesses bibliographiques , disait sérieusement qu'il vendrait sa maison et sa femme (3). Richard de Bary , chancelier d'Angleterre sous Edouard III , donna a l'abbé de Saint- Alban cinquante livres d'argent pour trente k quarante volumes (4).
Jugez de la douleur d'un pauvre enfant qui voit passer dans les mains d'un banquier des livres dont ses épargnes d'une année ne payeraient pas un feuillet! Les Fugger d'Augsbourg, dont Luther a plus d'une fois maudit l'opulence, possédaient une bibliothèque oîi, suivant Wolf, les manuscrits brillaient en aussi grand nombre que les étoiles au ciel. Malheureusement ils les prêtaient, comme leur argent , k gros intérêt : il fallait être un prince de la science pour pénétrer dans leur bibliothèque , et au moins un duc pour entrer dans leur comptoir. Ils enfermaient sous clef le pain des mtelligences ! En vain on frapperait k leur porte, ils n'en donneraient pas une miette. Quelquefois il arrive qu'une âme qui a scandalisé le monde par ses débordements a besoin de ferventes prières ; alors , au moment de mourir, elle fait don k quelque abbaye d'un manuscrit orné de lettres
( 0 Schmidt , Histoire des Allemands , in-8o , t. v , p. 530. (3) Baiilet, Jagementdes SavaDts, 1. 1, p. 546.
(3) Blâme, Iter Italicum, Berlin, 1824, in-8o, 1. 1 , p. 38-39.
(4) Hallam, Histoire de la litt., etc., in-8o , t. iv, p. 34i.
d*or. L'héritier se présente k la giûlle du monastère , le trésor du défunt k la main : les pères , au son des cloches , viennent recevoir le manuscrit comme ils recevraient un monarque y et l'emportent processionnellement dans leur bibliothèque. Sans ces moines, dont la réforme s'est si souvent moquée , le monde serait resté plongé bien longtemps encore dans les ténèbres , et peut-être que Luther lui-même, qui les immola si cruellement k la risée publique dans ses Propos de table ^ n'aurait pas trouvé k Erfurt cette Bible latine dont la vue remplit ses yeux de larmes (1).
Mais les Fugger allemands et italiens se sont laissés attendrir , et ont eu pitié du pauvre Lazare qui , assis dans leur bibliothèque , en dévore de l'œil tous les trésors ; les frères du couvent, plus charitables encore, ont fait copier pour lui des pages entières d'un codex inédit de l'Iliade. Ne croyez pas que l'épreuve k laquelle est soumise toute intelligence qui veut entrer en communion avec l'antiquité soit terminée ; la science ressemble au paradis de Dante : pour y arriver il faut traverser plusieurs cercles. D'abord les dictionnaires existent k peine : qu'on juge du désespoir , de la souffrance de cet enfant qui , k force d'étude, est parvenu k déchiffrer les signes et peut-être le sens d'une page du poëme , et qui se voit arrêté tout k coup par un vocable dont la racine est une énigme pour lui. S'il habite Florence, il ira consulter sans doute quelques-uns des doctes chanoines de la cathédrale qui ont traversé heureusement tous ces limbes cil il se trouve emprisonné ; mais demain , en tournant le second feuillet de son manuscrit, il retombera dans les mêmes ténèbres , et il aura besoin pour en sortir du même ange libérateur. Que de mots ainsi dont il lui faudra, par des travaux de jour et de nuit , conquérir le sens caché ! €e
(I) Luther*^ Tisch-Redcn.
ir. 3
n'est pas seulement rinteiligaice qui sera chez loi tourmentée : esprit et mati^e souflRnront également ; trop heureux s'il ne laisse pas son àme et son corps k cet autre sphinx qu'on nomme la science. Combien nous sommes heui-eux aujourd'hui ! Qu'un mot arrête un écolier du xix^ siècle ; assis sur son banc, il trouve a ses côtés un mafire muet , mais docile, complaisant, jamais embarrassé ni colère, qui lui donne non-seulem^t les mille acceptions d'une expression , mais souvent le sens d'une phrase tout entière.
Presque pas de grammaires non plus oii l'élève autrefois pût étudier les règles d'une langue. Otez le rudiment et le lexique , auxiliaires indispensables de quiconque veut connaître les secrets d'un idiome mort ou perdu , qui donc aujourd'hui serait assez courageux pour en aflBronter les insurmontables difficultés? L'écolier, au moyen âge, ressemble assez au voyageur qui s'essayerait sans guide sur les glaciers de la Suisse. Et cependant l'enfant ne perd pas courage : comme le poète d'Âusone, il n'attend pas que l'hirondelle vienne frapper aux vitres de sa chambrette; il se lève avec le soleil, et, le poëme antique sous les yeux, il empare, il note, il assemble, il sépare; et un beau jour, après des labeurs inouïs , il parvient k se rendre maître de son auteur. U sait la valeur de tous les mots enfermés dans un chant du Rapsode, et ce chant, c'est Homère tout entier. Entendre une langue , à cette époque , ce n'est pas en lire couramment les signes; c'est, au besoin, les reproduire. Et voilk le lauréat qui , lui aussi , se met à chanter en grec et en latin. Ainsi faisaient Ficin, Pic de la MiraiMole, Benivieni , Politien, Pontano , Sadolet, Bembo. Mais tout n'est pas fini.
Pour être quelque chose dans le monde de l'humaniste, il faut y représenter une triple vie, comme ou dit alors, c'estk-dire penser, converser, écrire en grec, en latin et en
LE CONCILE m LATRAN. — LA PRESSE. 35
hébreux; et k ces trois langues ajouter des uotions sur la physique d'Âristote , la philosophie de Platon , la cabale judaïque 9 la scolastique et les livres saints.
Et maintenant ne pardonnerons-nous pas un peu de gloriole k ce laborieux ouvrier , qui, comme la fourmi, a formé grain k grain ses provisions de toute la vie? S'il est riche k son tour , il ne doit rien k personne ; sa fortune est bien acquise , et il a droit d'en être fier : malheur donc k qui oserait y toucher ! Tout ce qu'il acquiert devient or : qu'on n'essaye pas de dénigrer ou de ravir ses trésors , il ne souffire pas plus la médisance que le vol. II a l'épigramme » le dialogue , l'épitre , pour châtier ses adversaires ou ses spoliateurs, qu'ils portent tiare, diadème, hermine ou épée. Dante plongeait ses ennemis dans les flammes étemelles ; le savant de la Renaissance n'attend pas l'autre vie pour les tourmenter.
Nous connaissons Politien , cet écrivain aux mœurs élégantes de la cour du Magnifique. Il semble qu'un poète qui cherche pour s'inspirer les solitudes de Gareggi , dont Tha* bitation rurale k Fiesole est enlacée dans des baies de chèvrefeuille et d'aubépine, qui au retour des champs apporte dans sa demeure de Florence toutes sortes de fleurs odorantes , si parfois il lui arrive de se fâcher , n'aura que de belles colères : nous allons voir.
Sa gloire, et peut-être plus encore l'amitié que lui portait Laurent , blessait au cœur une foule de rivaux qui , voulant k tout prix faire du scandale , se jetaient sur lui comme autant de frelons. Le plus acharné de ces insectes se nomme Mabile, Mabilius. D'abord Ângiolo ne veut pas démentir le nom qu'it porte; \\ souffre en silence : sa patience est prise pour de la peur ; les bourdonnements continuent et les morsures aussi. Alors l'ange du ciel devient un véritable démotf . Luther lui-même , nous le confessons
sincèrement, avec son prodigieux talent pour la caricature, n'a jamais fait un moine semblable h Têtre créé par Politien, et nous doutons que Dieu ait lui-même réuni dans un seul individu les difformités physiques imaginées par le rhéteur : c Ses cheveux crasseux distillent Toing ; sa tête est la demeure de vers cadavériques ; sa barbe est rongée par les teignes , et d'autres insectes qui y prennent leurs ébats ; ses narines sont couvertes d'une forêt de poils qui étendent sur le menton du malheureux (1) leurs filaments polypeux...» Nous n'avons pas la prétention de reproduire , dans tous ses détails, la peinture de Politien.
Nous voudrions pour l'honneur du rhéteur quel'épigramme fût restée inédite; mais il s'en fait gloire comme de l'une de ses plus belles sylves , et la montre a tous ceux qui se rassemblent chez son protecteur. Laurent en rit comme tous les autres.
Nous pensions que Mabile allait se cacher : il se montre et cherche k se venger ; non point en calomniant cette belle figure que le ciel avait donnée à Politien , mais en le transformant en geai qui vole les plumes du paon , en plagiaire éhonté qui s'approprie la version latine d'Hérodien , composée par Tiphemas (2); sa fiction au reste valait peut-être
(1) Qoèd vestes oleo geris perunctas Mucco et pulvere sordidas , Mabill; Qoôd lardum madido fluit capiilo , Pleno furfuribusqae, vermibasque , Et GadayerU>Qs peduDCulorum ; Qa6d faligine squalet atra barba, Qaam rodant tineœ , paleiqae saltans ; Qu6d muccosa tibi seges pilorum Extat Daribus usqoe polypoais...
His te ex omnibus esse qois poetam , Vatem, fatidicumneget, MabUiP Ang. Pol. Op., t. III , Lngd., 1534 , iû-8o , p. 2S4. (2) Qaanqaam œmuli eam translationem nti nos à Leone accepi-
UE GONGlLfi DE LATAAN. — LA PRESSE. 37
mieux que celle de sou rival, car elle obtint un grand crédit dans le monde littéraire.
Après rimage physique vient le portrait moral de Mabile» et ici Politien parle une .langue qu'on n'aurait point osé employer aux soupers de Trimalcion. Si Boileau avait lu répigramme , il aurait compris que le latin lui-même peut offenser Toreille (1). Nous se savons pas si Mabile continua sa polémique avec Politien : de nos jours ce n'est pas avec de l'encre que se laveraient de semblables outrages (2).
Et ce qu'il y a déplus douloureux, c'est que la calomnie ne se tait pas même quand l'humaniste n'est plus ; elle est Ik , assistant aux derniers moments du moribond , le suivant k l'église, au cimetière, et mêlant ses mvectives obscènes aux chants des prêtres , aux prières des fidèles , aux pleurs de toute une ville ; puis , quand une pelletée de terre a été jetée sur la bière du défunt , elle cherche et trouve un imprimeur qui consent k salir un blanc papier de Venise de cette boue fétide. Arrive la postérité , qui , feuilletant le livre, juge le mort d'après l'arrêt posthume qu'a formulé une colère sacrilège.
Encore si ces haines entre lettrés avaient été provoquées
mas, Gregorii Tiphernatis fuisse dicerent quèd passim indacto faco et folsis nsBvoram coloribas interUta, aUeni styli habitum mentiretur.-* Paul. Jov. Elog.
(1) Nous ne citerons que le débat de cette pièce étrange :
Haeres relictus à parente sordido , Ule impudicus, temulentus aleo , Sparcas , latosus , pedicosus , hispidas , Pannosus , unctus , horridus , caprimuigus , Edax , ineptus , Insolens Mabiiias , Uoo expatravil patrimooium die , Gulft heUuante...
(2) On peut voir dans le Menagiana, t. iv ».p. 122 , Paris 1715, in>]2, une épigramme d'André DatI sur Politien , d'une insigne licence , et qo'il est impossible de reproduire ici.
par quelque grave offense ! Mais , à cette époque de vanités fiévreuses , un mot suffit pour allumer une guerre qui coûte aux deux adversaires des flots d'une encre corrosive. Filelfe reprend son élève d'avoir imprimé Turoos au lieu de Turcas; l'âève s'emporte et se met k écrire contre son maître deux sanglantes épttres (i).
Galeotto Marzio avait publié, en 1468, un traité de Homine , œuvre de moraliste et de médecin. Merula, professeur k Milan, lit le livre , et se permet de discuter certaines doctrines de l'auteur. Galeotto veut défendre son ouvrage, et prodigue k son critique toutes ces épithètes dont 4in portefaix napolitain s'amuse, dans un moment de mauvaise humeur , k gratifier un voyageur qui l'a mal payé. Galeotto voudrait que le Zoïle , pour l'honneur des lettres , expirât sous le bâton (3).
Ce n'est pas seulement l'humaniste qui est immolé ainsi impitoyablement aux railleries de la foule : chacun son tour; après le lettré , le roi.
 Naples existait une académie célèbre , dont Gioviano Pontano était le directeur. C'était un esprit distingué que Pontai^o , qui ressemblait sous plus d'un rapport a Politien. Grammairien, |philosophe, historien, orateur et poète, il était infatué de ses talents divers , et d'humeur guerroyante. On connaissait son penchant k batailler, et rarement on essayait de l'attaquer en face ; seulement on disait tout bas , car k Naples comme k Florence on aimait k mentir, qu'il avait dérobé au mont Cassin quelques ouvrages deCicéron , dont il s'était approprié le style et les idées (3) ; mais personne n'eût osé.siper de son nom une semblable calomnie.
(1) Tiraboschi , Storia délia Let. It., t. vi , p. 727.
(2) Tiraboschi , 1. €., t. vi, p. 383.— Ap. Zeno , Dissert. Voss., vol. ii, p. 88. — Roseoë ,|Vie de Laurent de M édicis , t. ii , p. 89 et sniv.
(3) Vossius , de Hist. lat., 1. ni , c. 8.
Pontano gardait sa colère ei ses vers jusqu'au moment oh l'envie prendrait un corps et une âme ; enfin , nous ne sa* vons plus quel malheureux Gaulois eut le courage de crier au plagiat. Nous nous attendions k qudlque virul^te épigramme, mais cette fois Pontano laisse l'individu pour attaquer la nation. SaitH)n ce qu'il fait des Français dans son dialogue intitulé Char m î — Des gai^tiers* des gâtesauces, des ménétriers, des ivrognes. Pyrichalcus, un des personnages du dialogue , demande k Mercure si Ton ne ferait pas bien de leur planter un clou dans la tête ; k quoi Mercure répond : le Gaulois n'a pas de cervelle (1).
Lors des querelles de Naples avec le saint-siége , notre gallophobe avait rendu k Ferdinand I^' des sèrvioss doiu il s'exagérait l'importance. Ferdinand l'en récompensa magnifiquement en le choisissant pour secrétaire; Pontano n'était pas satisfait. On dit qu'il sollicitait un titre de baron (2), ce qui nous parait d'autant plus probaUe qu'il s'était toujours moqué de la noblesse ; ou , suivant un autre historien , une pension sa vie durant (3), ce que nous croirions volontiers , car dans ses écrits il avait fait constamment profession d'un fier dédain pour l'argent. Comme il ne voyait venir ni le parchemin ni les florins , il se mit en colère et résolut de se venger.
Pontano excelle dans ces petits drames connus sous le nom de dialogues, et que la réforme, qui n'a rien trouvé, n'inventa pas dans ses querelles avec Rome , mais dont elle
(1) Hi Galli sunt fartores, caupones, coci , tibicines , aleones, ebriosi omnesac stolidi.— Pyrichalcus : Si rectè memlni guttur fais compingendum , clavus cerebro figendw est. — Mercuriut c Atqui nallam est Gallis cerebrum. — Joannis Pontani Dialogi , Florentlœ» per hsredes Pb. JuoctsB , anno D. 1680 , iii-8o, p. 7 , Charon,
(2) Naovo dizionario istorico , Bassano, 1796 , t. xv, p. 272.
(3) Il P. Robcrto da Sarno délia congreg. deir Oratorio, ViU Poniani.
prit k rilalie et Tidëe et souvent même Texpression. Evidemment Ulrich de Hutten s'est inspiré de Pontano dans cette comédie k deux ou trois personnages qu'il écrivit pour décrier Jules II. Si Ton voulait bien , on trouverait dans le lauréat de Maximilien plus d'une plaisanterie sur la luxure des moines et la gourmandise des cardinaux , que Pontano se permettait pour rire et qu'Ulrich imprimait sérieusement.
Pontano, donc, imagine une allégorie, qu'il appelle l'iine, oîi figurent un voyageur, un courrier et un aubergiste (1), trois hommes des grandes routes qui se mettent l'un après l'autre k célébrer les douceurs de la paix (1481), que le monde italien doit aux talents de l'écrivain.
U faut entendre les bruyantes exclamations de l'aubergiste , qui voit déjk les routes de Naples peuplées d'une foule de pèlerins et de pèlerines d'une vertu plus que douteuse , s'arrétant dans la salle k manger de son hôtellerie pour y dépenser leur argent (2) !
Mais oii est donc Pontano? Dans son écurie, oii il s'amuse, k soixante ans, k panser, k étriller, k caresser son âne. Le voilk qui paraît et entame avec son jardinier , lui favori des Muses , une dissertation sur l'art de la greffe ; puis arrive le héros de la comédie satirique , accoutré comme le coursier du calesso napolitain un jour de fête : la fleur k l'oreUle , sur le dos une couverture de soie , k la bouche un frein doré y le long de l'épine dorsale des rênes dorées également (3).
Alors commence le drame , oii Pontano joue le rôle d'un
(1) Caupo, Tiator, tabellarius;
(2) Caupo. 0 me beatuoi; aderunt fréquentes lenonam puell», ade- Tunt earum sectatores, novitii satellites. — J. Pontaoi Opéra, Basil., 1538, t. II, p. 327.
(3) Sericis Instratas ornamentis, aurato freno, aaratis babenis. — Ib., p. 329.
palefrenier. U s'agit d'étriUer l'animal : le pauvre poëte s'y prend , comme k l'ordinaire , par la queue d'abord , qu'il est obligé de lâcher, parce que son âne ne respecte rien , pas même l'odorat du poëte ; il lui tient la tête , l'animal veut le mordre ; il essaye de passer la main sur le dos de la monture, qui se met k ruer. Puis vient la morale : Bien fou qui veut laver la tête d'un âne , car il y perdra et sa peine et son savon (1). L'âne, c'est Ferdinand.
Telle est la fable trouvée par Pontano : elle ne brille pas par l'invention, et, sans quelques détails qui rappellent le trait caustique d'Aristophane, elle serait oubliée depuis longtemps. Après l'avoir lue, on est tenté de s'appitoyer sur le sort du diplomate , sauveur de son pays , et dont .les services ont été si mal récompeifsés. Malheureusement pour lamémoire de l'écrivain , l'histoire est là qui raconte tout ce que la noble maison d'Aragon fit pour Pontano (2). Or l'ingrat, c'est le poëte , qui , au lieu de fuir avec ses maîtres lors de la conquête de Naples par les Français, va saluer Charles VIII du titre de libérateur. Quand les Français ont été chassés du royaume , le poëte reparaît pour se venger de sa trahison , en représentant les vaincus , dans son dialogue de Gharou , comme des hommes sans cervelle ni courage (5).
Ce Charoa est un dialogue ou Pontano a semé l'esprit k pleines mains ; malheureusement il a dû l'écrire dans quelque lupanar napolitain. On trouve dans cette satire une scène cil des ombres d'évêques , de cardinaux , àe prêtres , de moines , viennent se confesser k Charon avec une effironterie
(1) Asioo caput qui layant, ii operam com sapone amittunt. — P. 338. S
(2) Bla lo stesso non diè gran pruove in se stesso di quella riconoscenza che desiderava in altri. ^ Tiraboschi , t. vi, p. 962. — Guicc, Stor. d'Ital., lib. ii.
(3) Ap. Zeno , Diss. Voss., t. fl , p. 172 , ec. — Francescantonio Soria , Storici napol., t. ii , p. 490.
de termes qui fait monter la rougeur au front (1). U est pro* bable que Luther aura connu, 1ers de son séjour k Rome, quel^ ques fragments de ce dialogue. Le moine a pris au sérieux tout le dévergondage du Napolitain , et la réforme a fait comme Luther, sans prendre garde que Pontano n'est h qu'un artiste qui cherche jusque dans son expression k calquer l'antique. Ainsi ont fait Bibbiena dans sa Galandra , et Machiavel dans sa Qizia.
Qui ne voit que c'est le monde païen que le poète met en scène? Horace avec Lalagé, Anacréon avec Bathylle, Martial avec la Rome des Césars. C'est une étude, et non point un tableau de mœurs qu'il veut donner , et dont il a raison de tirer vanité , parce qu'alors la forme est toute l'œuvre. Ne nous montrent-ils pas a chaque page de leurs écrits , ces idolâtres de l'antiquité , que leurs invectives ne sont qu'un jeu d'esprit renouvelé des anciens? Politien , par exemple, avant ses querelles avecMerula, trace du professeur un portrait séduisant ; k l'entendre , c'est un homme docte , dont les leçons serviront k polir les mœurs de la cité , et qui doit par ses livres immortaliser le nom de celui qui la gouverne (2). Et, quelques jours après, Merulà, qui s'Ivise de douter de la latinité de quelques expressions de Politien , n'est plus qu'un ignorant cherchant k faire du bruit par de honteux penchants. Pontano , qui s'amusait k loger la sottise sous le capuchon monacal , métamorphose , dans son dialogue de Charon , chaque frère en aristotélicien capable ,
(1) Supra œquum mordax, vel eo qoôd non homines modo sibi notos, Bed gentium et urbium quoque omnium mores acerbft scribendi iibertate perstringeret, Bicuti ex variis dialogis, Charonteque prsesertim intemperanter ostendit. — Paul. Jovius , Elog. vir. doct.
(2) Georglum habes Merulam hominem doctissimum qui non solùm doceodo politiores quotidie tuos cives reddit , verùm scribendo quoque res tuas gestas aeternitati commendat. — Lib. xi, Ep. i, Ludovico Sfor- Use , vicecomiti.
qpiand il ar^mente », de changer Charon en âne (1). Voilk un moine qui ne ressemble pas k celui d'Ulrich de Hutten. Est-ce que ce cardinal chassant son mattre d'hôtel , qui n'a pas ose donner soixante écus d'or d'un poisson , ne descend pas en droite ligne de LucuUus?
Vers la fin du xv* siècle , un mal, que Fracastor a chanté dans un beau poëme, exerçait d'affireux ravages en Italie. Hutten, quicroyaitéchapper aux atteintesderaffectionk l'aide du bois de gaïac , alla bientôt mourir dans une petite île du lac de Constandt , victime d'un remède dont il avait trop célébré les vertus. D'oii venait ce mal? de Naples , de la France, ou de l'Amérique? C'est ce qu'il est difficile de dire , même aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, il arriva fortk propos pour fournir de nouvelles images au satirique , qui n'en trouvait plus malheureusement dans les hôpitaux des Grecs ou des Romaius. Un poète comme Molza meurt-il d'une fièvre lente , la fièvre pr^d le nom de la lèpre hideuse , et bien longtemps après qu'il a cessé de chanter et de vivre , on voit un écri vain ^de quelque talent imaginer un drame oii il introduit Colomb , Femand Cortez , Magellan , Vasco de Gama, Améric Vespuce, qui se vantent chacun d'avoir découvert quelque portion du Nouveau-Monde , et demandent qu'ApoUon les couronne. Le chancelier du dieu s'apprête k minuter pour chacun d'eux un brevet d'immortalité, quand survient Molza, t la tête pelée, le menton rasé, le nez déchiré, le visage purulent, qui, s' adressant aux juges du tribunal (c'étaient des femmes) , s'écrie : « Point de couronne ! Voilk les glorieux trophées du monde dont ils se disputent la découverte (2). >
(1) Nihil est qiiod argum'entando non consequantur, imô qaod non extorqoeant , et sein quomodo ut ^elîs noiis assentienduni sit eorum dictis , facile hoc pacte efflcîare e Charonte asfnus. — Pont., 1. c,
(2) Comparvc Mario Molza , poeta di molto grido, ma per non haver
Oh voit le danger qu'il y aurait à juger les mœurs d'un homme d'après une épigramme même aussi ingénieusement encadrée que celle de Boccalini ! Un jour l'évêque de Fossombrone , Giov. Guidiccione , inquiet de Molza , écrit à son ami Tolomei : c Donnez -moi donc des nouvelles de Molza, j'en suis en peine; on me dit qu'il est malade d'une fièvre aiguë : voudrait-il nous faire tort de son âme pour en enrichir le ciel? > Ce n'est pas le seul éloge des vertus de ce prétendu lépreux que vous trouverez dans les historiens contemporains (1). Comment croire que Laurent le Magnifique, cet homme de mœurs élégantes , donnât chaque soir le bras , pour aller Ix l'une de ses maisons de campagne , a Politien , s'il eût ressemblé au poète inventé par Dati ? que le duc de Milan Sforce invitât k sa table iin professeur qui aurait représenté tous les vices décrits par le rhéteur florentin? Non ! le lettré du xv® siècle ne doit pas être jugé d'après de folles épigrammes ; l'épigramme a pu servir des vengeances , mais la vengeance est aveugle et menteuse. Blâmons sévèrement ce rire dont on accueillait, k la table de Laurent, des facéties obscènes qu'on a voulu depuis faire passer pour des peintures du monde italien. Laurent donnait un mauvais exemple en les écoutant. Quand Léon X , cardinal d'abord , fut élu pape , il comprit qu'il lui fallait imposer silence k des poètes qui remuaient les f boues de toutes les
nel capo e nella barba pelo alcano, fatto molto difforme, oltre che più mostruosolo rendeva Tesser senza il naso , pleno cli gomme, e di croste, e di doglie, U quale col dito mostrando le sue piaghe, con alla yoce : queste , disse ( o sire ) che qui vedete nella mia faccia sono i nuovi mondi , i nuovi riti et i nuovi costumi de gl* Indiani... Ck>n queste giole , délie quali tutta mi vedete boUata la faccia et impiagata la persona, qnesti temerarii hanoo abbellito, et arricchito il mondo.— Boccalini , Ragguagli di Parnasso , cent, ii , c. xc.
(I) Datemi novelle del Molza (a Tolomei), ch' io lo desidero fuor di misura , cioè se egli vuol fare povero il mondo , e ricchi i cieli con la sua anima , perché Intendo che egli è infermo d*una acuta febbre.
LE CONCILE DE LATRAN. — LA PRESSE. io
voluptés (4).» Si la papauté ne songea pas plus tôt k réprimer les égarements de la presse , c'est que l'imprimerie était à ses yeux une seconde lumière descendue du del , et qu'elle n'osait toucher k rien de ce qui venait de Dieu.
Étudions en passant ce qu'elle avait fait en faveur de la presse.
En 1466, deux Allemands qui connaissaient le secret de Gutenberg, Conrad Sweinheim et Arnold Pannartz transportèrent k Rome leur imprimerie de Subbiaco, où tout récemment ils avaient donné une édition de Lactance (2). Paul II régnait alors. Jean- André de' Bussi, évéque d'Aleria (3), se déclara leur protecteur. Conrad et Arnold établirent leurs ateliers dans la maison des frères Pierre et François de Maximis, k l'aide des secours que leur fit obtenir de' Bussi. Leurs presses furent bientôt en état de fonctionner; mais il leur manquait un correcteur habile ; l'évéque s'offrit et fut accepté (4). A partir de 1466 jusqu'en 1472, nos Allemands publièrent un assez grand nombre d'ouvrages latins : d'abord la. Grammaire de Donat, puis les Épîtres familières de Cicéron. L'évéque préparait la copie, revoyait les épreuves , faisait l'office de prote , et attachait k chaque ouvrage une préface ou bien une épître dédicatoire, de beau style latin, qu'il faut lire parce qu'on y trouve quelques détails curieux. Dans la dédicace des Lettres de saint Jérôme k Paul II , l'évéque remercie Sa Sainteté de la
(1) Fèces atriasque veneris , disait Politien en parlant de Panormita. «rCité par M. Ghasles dans an excellent article sous le titre de : Un autre dix-huitième slècte. Revue de Paris, 1843, mars.
(2) Angeli M. card. Quirini... liber singularis de optimorum scrlptorum editionibus qua? Roms prlmùm prodierunt post divinum typographis inyentum. Lindaugiœ , 1761 , in -40 , p. 49.
(3) GaluBio, I Piemontesi illustri, t. n , p. 381.
(4) Joaones Andréas prssui Alerieosis» qui in ipsorum librarià tabernft corrector esse non dedignatus est. — Mentel , de yerâ Typ. origine. Par., 1660, ln-4o, p. 11.
protection qu'elle a bien voulu accorder k ce bel art de rimprimerie, < qui, en multipliant les chefs-d'œuvre de Tantique littérature, enatellementabaissélesprix! qu'un ouvrage qui coûtait autrefois cent écus d'or en vaut k peine vingt, et bien imprimé encore , et purgé de ces fautes grossières qui le déshonoraient quand il était k l'état de manuscrit (1). »
Ailleurs , il nous apprend qu'il a mis neuf ans k revoir l'édition de l'Histoire naturelle de PUne (1472) ; et 0 en faudrait , ajoute-t-il avec une bonhomie charmante , au moins quatre-vingt-dix (2).
Ses protégés n'étaient pas heitreux ! Leurs livres, dont on vantait la correction , ne se vendaient guère , et leurs vastes magasins s'emplissaient de jour en jour de rames de papier. Conrad et Arnold eurent recours k ce bon évêque , qui se mit k leur rédiger une supplique qu'il se chargea de mettre, au mois de mars 1472 , sous les yeux de Sixte lY, car Paul II était mort.
c Très-saint-père, disaient les malheureux typographes (3) , nous avons imprimé , pendant notre séjour k Rome,
(i) Tuis certè temporibas ad reliquas Dei gratias hoc etiam fel)citati8 orbi chrlBtiano accessit ma nus ut pauperiml^quippe parvft pecuuià Bibliothecas possint redimere. An parva tus Sanctitatis gloria ut quœ volamina vix ceotum aureis emi poteraut aliis temporibus , viginti hodie ac ralnoris bene exarata et non mendosisslmè facta rediùiantur? — Quirinl, p. 109.
(2) In nonum annum premi non potuit emendatio , ne futura quidem exacta post nonagesimum ; p. 179.
(3) Impressi sunt , beatissime pater , noatro studio llbri , qui in subjeetis suo ordine tlbi recensebuntur : Donati pro puerulis, ut iude principium sumamus, unde inprimendi initium sumpsimus, numéro trecenti , Lactantii Firmini volum. S25;. Ëpistol. familiarium Cieeronis,
volumina 5&0 Ingens sumptus ad victum oecessarius , cessaotibus
emptoribus , ferri ampiius à nobis nequit , et émeutes non esse , oullum est gravios lestimonium quàm quôd domus nostra statis magna plenu est quaternionum : tua incredibilis maasuetudosubveoiat npbisdealiquo offlcio, unde possimus nos et noslros alere. — Ang. Quirio^ liber singularis, etc., p. 54.
un grand nombre d'ouvrages dont nous allons vous rappeler les titres': dansj Tordre de leur publication : Donat » notre premier livre, k l'usage de l'enfance , tiré k 300 exemplaires; Lactance , tiré k 8â5 ; les Ëpf très familières de Gicéron , tirées); k S50 , etc. Désormais il nous est impossible de subvenir^ aux dépenses énormes de notre établissement si les acheteurs nous manquent; notre maison » bien vaste pourtant , est'encombrée de piles de ballots , c'est la meilleure preuve que nous ne vendons pas. Que votre inépuisable charité vienfie k notre aide , afin que nous puissions vivre et faire vivre les nôtres (1). >
N'esi-il pas admirable, cède* Bussi,qui, après avoir étudié sous Victorin de Feltre , vient k Rome et tombe dans une'si afteuse indigence, qu'il n'a pas de quoi se faire faire la barbe (2)? Nommé évoque d'Aleria (en Corse) par Paul II , il aime tant les livres, que , pour les répandre , il fait le métier de prote. t Malheureux métier , qui ccmsiste , dit-il , non pas k chercher des perles dans le fumier , mais du fumier parmi les perles. » Quand il a passé tout un jour a user ses yeux k ces révisions de textes en diverses langues, *
(1) Voici Tordre des impressions qu'ils firent jusqu'au mois de mars 1472, avec le nombre d'exemplaires qu'ils tirèrent de chaque auteur. Donat 300 exemplaires , Lactance 825 , Epit. fam. de Cicéron 560, Ep. à Attic. 275, Roderic de Zamora 300 , St Aug., la Cité de Dieu , 825, les Epîtres de saint Jérôme 11 00, Cicéron, de l'Orateur 550, les ouv. ph. du même 650, Apulée 276, Aul.-Gelle 275, Jul. César 275 , la Défense de Platon 300, Virgile 550, Tlte-Live275, Strabon 275,Lucain276, Pline 300, Suétone 276 , Serm. de saint Léon 276, Quintllien 275, la Cliaîne d'or de saint Thomas 560 , Ep. de saint Cyprien 276 , la Sainte Bible 575 , Sil. Italiens 275 , Orais. de Cicéron, 275, Ovide 660, Nicolas de Lyra ou la glose ordinaire 1100 exempl. — Origine de l'Imp. de Paria, par Chevalier , in-40. Paris, 1694, p. 199.
(2) Ante Auli Geim ed an. 1469. — De' Bussi mourut à Rome en 1475. — Mazzuchelli , Scritt. U., 1. 1 , parte ii , p. 702 , a donné l'épitaphe de l'évêque.
il écrit la nuit une longue préface pour chacun des oavi:ages dont il est Téditeur : une préface en latin de Cicéron ; un véritable livre quelquefois ; puis, avant de se mettre au lit, il rédige un placet qu'il adressera , dans l'intérêt de ses enfants , c'est le nom qu'il donne k ses ouvriers et aux deuK maîtres, Sweinheim.et Pannartz, tantôt au pape, quand il saura que Sa Sainteté est en fonds , tantôt k quelque riche cardinal , si les pauvres ont tari l'épargne pontificale. En France, comme ailleurs, nous avons donné de belles couronnes k l'inventeur de l'imprimerie, pas assez belles encore ; mais nous avons trop souvent oublié les protecteurs de la typographie naissante, bienfaiteurs aussi de l'humanité. Gloire donc k de' Bu.^si, ce savant d'une patience angéiique , qui passa neuf ans k préparer une édition de Pline FAncien, autant de temps peut-être que l'écrivain en avait mis k composer son ouvrage !
Sixte IV lut l'épître de l'évêque , son bibliothécaire k celte époque , et vint au secours des Allemands ; mais la papauté était bien pauvre ; elle ne pouvait donner que cent écus au traducteur du de Animalibus à* Amioie , Théodore Gaza, qui , de dépit, jetait l'argent dans le Tibre. De son côté, le siècle était assez indifférent k l'invention de Gutenberg. Les lettres romains auraient tenu dans ce petit cabinet oîi de' Bussi corrigeait ses épreuves. 11 fallut qu'Arnold et Conrad attendissent des temps plus heureux. Qui leur eût dit qu'un seul exemplaire de chaque ouvrage qu'ils avaient publié suffirait un jour pour acheter la plus beUe maison de Rome, les aurait étrangement surpris!
Ces livres se répandaient , et, avec eux, la lumière; et, il faut le dire aussi , la satire k la manière de Martial , l'ode libertine, imitée de celle d'Horace , la peinture cynique qu'on devait retrouver dans Pétrone , le paganisme avec toutes ses licences. A toute force, on voulait ressembler aux dieux
i£ CéNGiLG DE LlfftAlf. — LÀ PRESftK. 49
d'Homère. La papauté ti'était pas la seule k déplûirer Tabus que la presse faisait du plus beau présent que rhomme ait reçu de Dieu. Vital de Thëbes, professeur de droit, se plaignait, eu 1500 , de Taudace dé des typographes qui; alléchés t)ar Fappàtd'un gain honteu^t, ne rougissaient pas de publier des ouvrages oii t Fauteur parle une langue qu'on n'avait pas même entendue dans les lupércales antiques (1). » Et Gerson disait en chaire qu'il ne voudrait pas plus prier pour Jean de Mung que pour Judas; s'il n'était pas certain que l'auteur du roman de là Rose eût fait pénitence avant de taourir (2).
Dans une lettre k Merulai BàrbaroErmoIad^ dénonçait éomme un malheur ces publications frivoles, qui détournaient le public de la lecture des bons écrivains , et deman-^ dait qu'aucune page ne fût désormais publiée sans l'approbation de juges Compétents (3):
Berthold, archevêque dé Mayence en 1486, avertissait les fidèles de se tenir en garde contré iie& livres iiTéligieux et libertins , traduits du latin en allemand , et qu'on répandait parmi le peuple (4).
Alexandre YI, eh ISOl, signalait Jes pamphlets publié; & Cologne , k Mayence , k Trêves , et défendait d'imprimer aucun écrit s'il n'avait été revêtu dô Psipprobation du supérieur ecclésiastique.
A Florence , L^n X avait pu Juger de la dangereuse puissance de la parole écrite ou imprimée , quand un scribe
(1) Sst enlm videre nonnulloa qoUurpis locrtgratià non erubescunt imprimere quosdam libros tantœ spurcitlœ atqoe obscœnitatiB , ni ne qaidem in fœdorum numinum sacris admitterentur. -^ Préface du yol. des Décret., imp. par Gering et Rembolt.
(2) Etsi scirem Ipsum Joàn. Mang noti egisse poenltetitiam , non potiùs rogarem prn eo qaàm pro JudÂ. — 4e dim. de TA vent.
(3) Beckmann , Hist. des Inv«, t. lu , p. ès.
(4) Beckmann , d'après le codex diploiïiat. de Guden.