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rectidllâit, pour soulever la multitude , tantôt contre les Médicis , tantôt contre Alexandre YI , les improvisations de Savonarole. Si la loi religieuse eût obligé le moine de déférer toute espèce d'écrit qu'il voulait imprimer k son juge naturel » l'archevêque, qui sait? Jérôme ne serait peut-être pas monté sur le bûcher. Que de fois nous avons été attristés en découvrant des recueils formés de pensées diverses; des pamphlets sous forme de feuilles volantes /sans nom d'imprimeur, et qu'un sténographe infidèle a publiés sous le nom du grand orateur. N'est-il pas probable que l'autorité épiscopale , si elle avait été consultée, eût refusé de les approu* ver? Aurait-elle laissé circuler ces légendes plus ridicules que pieuses, oii Jean-François Pic fait opérer de si grands miracles au prieur âe StrMarc?
Bossuet a dit : que la véritable simjdicité de la doctrine chrétienne consiste principalement et essentiellement k toujours se déterminer en jce qui regarde la foi par ce fait évident : Hier on croyait amsi , donc , encore aujourd'hui , il faut croire de même (i). Il est certain que, dans les premiers temps de l'Église , tout chrétien était obligé de soumettre ses écrits k l'approbation du souverain pontife. Saint Augustin, saint Hcmorat, saint Julien, saint Gésaire» grandes lumières du catholicisme , ont reconnu la loi et s'y sont soumis. Nicolas la consacra en ces termes dans le canon 5® des canons romains : c C'est par décret des pontifes de Rome que tout écrit est approuvé ou condamné (â). »
Telle fut la législation de l'Église jusqu'à l'époque de l'invention de l'imprimerie. Alors , seulement , onT essaya de
(1) Lettre à Leibnitz , 28 août.
(2) Romanoram pontifijcum deoreto cœterorum opuscula tractatoram approbantur vel reprobantar. ployez Baronius, an. 490, no 21 à 47. — Âlbizzi ( card.), de Inconst. in fld. çcxxx » n» l3ô. — Braschius, de Libert. eccK, t. m , c. 26 , no 13.
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s*y soQsUwe : Léon X voulut la faire revivre. L'Eglise était rassemblée au concile de haXràiï, convoqué par Jules II. Le pape publia sur la presse ce décret célèbre que nous citerons en entier :
c § i . Parmi les sollicitudes qui kious pressent , une des plus vives et des plus constantes est de pouvoir ramener dans la voie de la vérité ceux qui eu sont éloignés, et de les gager k Dieu , avec le secours <te sa grâce. C'est Ik , sans contredit, l'objet de nos plus sincères d&irs, de nos affections les plus tendres, de notre vigilance la plus empres>^ sée (1).
» Or, nous avons appris par des plaintes levées de toutes parts que l'art de l'imprimerie, dont l'invention s^est toujours ' perfectionnée de nos jours, grâce k la fevQur divine, quoique très-propre, parlegrandnombredelivresqu'ilmet, sansbeaucoup de frais , k la disposition de tout le monde , k exercer les esprits dans les lettres et les sciences, et k former des érudits dans toutes sortes de langues, dont nous aimonsk voir la sainte Église romaine abonder , parce qu'ils sont capables de convertir les infidèles , de les instruire et de les réunir par la doctrine chrétienne k l'assemblée des fidèles , devenait pourtant une source d'abus par la téméraire entreprise des maitres de cet art; que dans toutes les parties du monde ces maîtres ne craignent pas d'imprimer, traduits en latin du grec, de l'bébreux, de l'arabe, du chaldéen,. ou nouvellement composés en latin et en langue vulgaire , des livres contenant des erreurs même dans la foi , des dogmes pemideux et contraires k la religion chrétienne, des attaques contre la réputation des personnes même les plus élevées en dignité, et. que la lecture de tels livres, loin d'édifier, enfantait les
(1) Noas nous servons de !a tradactron donnée par linvariable , fieUv., 1831.
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plus grands égarements dans la foi et les mœurs , faisait naître une fcmle de scandales et menaçait le inonde de plus grands encore.
» § 2. C'est pourquoi, afin qu'un art si heureusement inventé pour la gloire de Dieu , raoeroissement de la foi et h propagation des sciences utiles , ne soit pas perverti en un usage ootutraire et ne devieqne pas un obstacle au salut pour les fidèles du Christ ^ nous avons jugé qu'il fallait tourner notre sollicitude du côté de l'impression des livres » pour qu'k l'avenir les épines ne croissent pas avec le bon grain ^ et que le poison ne vienne pas se mêler au remède. Voulant donc pourvoir k temps au mal pour que l'art de l'impri* med6 prospère avec d'autant plus de bonheur qu*on appoN tera dans la suite plus de vigilance et qu'on prendra plus de précaution, de l'avis du sacré collège, nous statuons et ordonnons que, dans la suite et dans tous les temps futurs, personne n'ose imprimer ou faire imprimer un livre quelconque dans notre ville, dans quelque dté ou diocèse que ce soit , qu'il n'ait été examiné avec soin , approuvé et sipé , k Rome , par notre vicaire, et dans les diocèses, par l'évéque ou tout autre délégué par lui , et ayant la science compétente des matières traitées dans l'ouvrage , sous peine d'excommutiication. »
Le décret du concile de Latran est une grande mesure d'ordre, sociale et religieuse. Depuis vingt ans, le duché de Milan a passé sous la domination de maîtres divers ; les grands vassaux du saint-siége , abattus un moment , se sont hîentfit relevés ; Venise a trahi chacun de ses alliés ; la Suisse est divisée en deux camps , la plaine et la montagne : la plaine obéit k la France, et la montagne k TËglise ; Gènes a relevé et abattu cinq k six drapeaux ; Naples a suivi ou délaissé Rome ; l'Empire n'est jamais resté fidèle au même parti : laissez la presse libre , et chacun de ces États s'en
servira pour récriminer contre le passé, excuser sa politique, attaquer ses mattres, ses vainqueurs ou ses alliés, et continuer dans des livres une lutte qu'on croyait finie faute de combattants. Alors la paix du continent italien et du monde chrétien sera de nouveau compromise.
En Italie , oii tout sentiment devient une passion , si la presse reste libre , il faut s'attendre k voir se renouveler ces combats k la manière des héros de Pontano , oii la parole humaine se traîne dans la fange. Fille de la lumière incréée , la papauté ne pourait consentir k cette dégradation de Tintdligence. Au moment même oii elle était obligée , dans l'intérêt de la £simiUe chrétienne , de prendre des mesures de répression contre la licence de la presse » elle publiait , sous la direction de Béroalde , l'œuvre de l'un des plus grands historiens de l'antiquité. Tacite, dont la plume avait courageusement flétri les scandales de la vie impériale ) puis elle rassemblait les chefs-d'œuvre des littératures grecque et romaine dans le palaisdu Yattcan, dont elle ouvrait les portas k tous les hommes d'étude ; enfin elle érigeait ^ car c'est une véritable création ^ ce cdlége de la Sapience » que toutes les universités allaient prendre pour modèle^ et ok elle appelait ce que l'Italie possAdait de plus émiaent dans les lettres et dâBs lea sciences.