I.E MOTE.1 ACK ET LA RENAISSANCE
Quand Léonard de Vinci vint en France, il salua déjà des œuvres achevées où se mariait le sentiment des deux nations. Son académie de Milan, il la retrouva un peu à Paris, à Rouen, à Tours, à Blois, à Troyes, à Dijon, presque dans toutes les grandes villes du centre. C'étaient des écoles d’architecture, de sculpture, de peinture et d’enluminure. Les Italiens imprimaient déjà leur influence. Léonard de Vinci ne se
‘ Quand Léonard do Vinci vint on France, il n'écrivait plus. Quels regrets pour l'iiistoire de l'art! Comme il eût marqué l’heure ii l'horloge de l'esprit humain !
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vil donc point dépaysé en France; il y retrouva sa nature luxuriante du Milanais, il y retrouva des fresques, des tableaux, des statues presque dignes de Florence la Magnifique, dans une architecture « de pierres vivantes. » Dans le.gothique fleuri, il retrouva déjà l’ornemenlisme antique, ces arabesques féeriques qui encadraient les fresques et les mosaïques de la Grèce. Je dis arabesques, parce que le mol est consacré depuis Raphaël. Dans le petit château du Clos, Léonard de Vinci ne fut pas peu surpris, sans doute, de voir, dans rorncmcnlalion de la grande salle, les mêmes arabesques qu’il avait remarquées dans les œuvres de Raphaël au Vatican. Selon un mol du temps, on travaillait à l’antique et à la française ; « Pierre Delorme, maître maçon et tailleur d’images, taille à l’antique et à la mode française. » La Renaissance avait passé les Alpes avec Georges d’Amboise. Mais Léonard de Vinci, qui visita bientôt après les artistes à l’œuvre, affermit leur main timide encore par ses leçons souveraines.
Ce fut un beau spectacle pour le maître milanais que tous ces poëmes de pierre qui chantaient les aspi rations de la terre au ciel, ces merveilleuses cathédrales, toutes parées comme une perpétuelle Fête- Dieu, s’épanouissant sous les richesses du génie
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ET LA nENAISSANCE
humain. Les architectes et les sculpteurs du Moyen Age avaient donné une âme et un corps à la pierre; elle vivait, elle parlait, elle chantait. La grande voix de l’Évangile vibrait au portail, l’espritde Dieu hantait les clochetons. Quand léonard leva les yeux sur ces majestueuses stations de l’idée chrétienne, l’art du Midi mettait déjà son doigt savant sur l’imagination du Nord. L’infini qui tourmentait le grand artiste ne lui apparut-il pas dans cette architecture qui mariait les syrènes aux fées, les génies aux anges, les chimères aux démons ; dans ces frontons à jour, dans ces aiguilles dentelées, dans ces balcons en trèfles, en cœurs et en flammes, dans ces niches aériennes, dans ces pilastres fleurissants, dans ces lacs d’amour, dans ces frises où vivait tout un peuple étrange symbolisant toutes les idées. Certes, le peintre qui avait retrouvé jiour le Cénacle la figure de Dieu et de ses douze Apôtres, dut saluer avec un cri d’admiration scs frères les artistes en plein vent, surnommés a les maîtres des pierres vives. »
Sans doute laîonard de Vinci ne voyagea guère en France, mais il dut s’arrêter dans quelques villes du Midi et du Centre. Il a été à Rouen, selon l’abbé Fontani.
Quoiqu’il n’ait pas vécu à Paris, il dut y passer
quelque temps. 11 lui fut donc facile de juger la France artiste. Quelle que fût sa syinpatliie ou son indifférence pour celte terre d'adoption, le génie de la France le surprit. La France n’avait pas de peintres encore; mais combien de merveilleux artistes, architectes, sculpteurs, miniaturistes, musiciens, orfèvres, tapissiers, céramistes, serruriers, mosaïstes, enlin ces admirables peintres verriers qui pouvaient presque lutter, par le sentiment et par la couleur, avec les peintres italiens du quinzième siècle.
Que de monuments alors debout en France pouvaient parler à Léonard de Vinci ! L’.Vrl grec et romain n'avait plus que des vestiges. Mais par combien d’œuvres grandioses l’Art chrétien s’était fondé et affermi ! Une étude rapide eà travers les siècles évoquerait sur leurs ruines tous les monuments français qui, depuis Clovis, ont consacré l’Art national.
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ET LA IIENAISSANCE
On ne s’esl jamais bien entendu sur le mol Benaissance. Presque tous les historiens disent la Renaissance des arts, la Renaissance des lettres, la Renaissance de l’esprit humain. C’est une grave erreur. Au seizième siècle comme au quinzième, la France avait ses arts, ses lettres, son esprit humain. La Renaissance ne fut autre chose qu’un lelour vci’s le pa.ssé, une porte ouverte sur l’antiquité. Comme il arrive souvent, le mot viola l’idée.
L’art français, pour n’ahorder ici qu’une des faces de la question, était alors dans toute sa force, dans toute sa sève, dans tout son épanouissement. Il n’avait donc pas à renaître, puisqu’il vivait d’une vie primitive et féconde. II vivait dans les cathédrales, il vivait dans les châteaux, il vivait dans les plus humbles maisons, puisque la céramique et l'enluminure avaient pénétre partout. Si notre imagination retourne à travers ces siècles méconnus, et ranime comme par encliantemenl les splendeurs de l’art du
LE MOYEN AGE
Moyen Age, nous reviendrons tout éblouis de ce pèlerinage radieux. Que n’aurons-nous pas admiré? Les poèmes des pierres vives, ces admirables églises, toutes peuplées de statues, tout animées de basrelfefs, de fresques à fonds d’or, de tapisseries merveilleuses. Et dans les chapelles, et sur les autels, quelle orfèvrerie féerique où tontes les formes ont tenté l'ouvrier, où l’or, l’argent, le bronze, le fer, rivalisent par les tons pour que l’harmonie soit plus parfaite. Et ces guipures idéales (|ui semblent filées par les anges! Et ces chasubles tissées d’or et d’argent par des mains de fées. Et ces missels à images, où le calligraphe et l’enlumineur ont révélé leur science. Cet évêque qui passe avec sa dalmalique, sa crosse, sa mitre et son anneau, est tout enchâssé dans l’art.
Ne serez-vous pas émerveillé aussi par ces mosaïques, par ces marbres tumulaires, par ces pierres tombales où sont dessinés dans le sentiment primitif les morts qui ont laissé un souvenir?
Et je n’ai poitit parlé de res admirables chaires à prêcher, où le sculpteur a trouvé dans le Iwiis la vie, comme un fantôme dans la pierre. Mais tout dans l’église ne parle-t-il [>as la langue de l’art? Tout! jusqu’à la lumière, cette âme de Dieu, qui vient par
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les vitraux, où les poèmes de la l’assion comme les légendes de laBihle sont traduits par des mains naïves et savantes!
Et ce pèlerinage dans les églises, vous pourrez le faire jusque dans les plus obscurs manoirs, jusque dans les chaumières les plus simples; partout les confréries ont montré leur empreinte ; partout l’art a bégavé sinon parlé cette langue universelle du Beau dans le Vrai, du Sentiment dans la Nature.
Que s’il fallait accuser un point plus lumineux dans ce mouvement de l’art français qui est né avant Clovis, qui fut protégé par Charlemagne, qui fut grand et beau sous saint Louis, nous saluerions Louis XII, père du peuple et père des arts; car François l'”' ne fut que l’Améric Vcspuce de ce Christophe Colomb, dont les mains jetèrent de vifs rayons s\ir les nouveaux mondes encore inabordés.
Ce ne fut pas François l" qui découvrit Léonard de Vinci : ce fut Louis XII qui le nomma peintre du roi
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de France; ce fui Ix)uis XII qui lui fleurit le chemin d’Italie en France. Comme on a très-bien dit ; Louis XII sema l’épi, François 1“^ recueillit la gerbe. « A peu près tous les artistes qui donnèrent quelque éclat au règne de François 1", avaient brillé sous Louis XII et lui avaient survécu. Après eux, il y eut bien une génération de leurs élèves, presque tous nés sous Louis XII, et presque tous ayant étudié sous sa protection, qui prolongèrent le soleil couchant. » Il faut rendre à (jésar ce qui est à César. Si Fiançois I" se revêtit de la (oison d’or, ce fut Louis XII qui en fil la conquête. François I" eut des artistes italiens, mais il ne fit qu’imiter son prédécesseur. « Il cul le Hosso; mais Louis XII avait Jean .loconde. François I*' eut le Friinalice, qu’il renvoya; Louis XII avait Paul Ponce, Trebali et Demugiano, qu'il ne renvoya pas; et que ne lit-il pas pour retenir près de lui le Vénitien Hamnusio? François l" avait pour confesseur Guillaume Parvi; Louis XII, l’évêque philosophe Laurent Bureau. » François I" abandonna les artistes français pour les italiens ; Louis XII accueillit les artistes étrangers et protégea toujours les artistes français. Il n’eut garde de renier Gentil de Troyes, le sculpteur ; non plus qu’Arnauld Desmoles et Robert Pinaigrier, ces merveilleux peintres verriers.
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non plus que les architectes Jean G.iylde, Garnachel et Jean de Soissons, non plus que tant d’autres cxcellcnls artistes répandus dans toute la France.
Et ce qui, à nos yeux, accroit encore la sujiérioritc de Louis XII sur François I", c’est que son bras droit était cet équitable et généreux Jacques d’Amboisc, qu’on peut surnommer un véritable Médicis français; tandis que François 1" laissait signer pour lui cette main fatale du chancelier .\ntoine Duprat, qui fit tant de mal à la France pour se coiffer d’un chapeau rouge.
L’Italie n’avait pas plus le privilège de la musique que le privilège de l’architecture. Quoi(|ue Léonard * de Vinci eût hanté les églises romaines, quoiqu’il eût assisté aux messes solennelles de Léon X, il dut reconnaîtreque les églises de Paris avaient leurs maîtres de chapelle et composaient des messes « à neuf chœurs, irente-six parties, toutes pleines d’imaginations artificieuses; des déploratiom à contre-point et à canon sur le plain-chant de l’introït de la messe des morts. » Combien de musiciens illustres au quinzième siècle, depuis Dusnois, Régis, Caron, IJinchois, jusqu’à Jacques Aubrccht, qui fut le maître de musique d’Érasme; Jean Oekenheim , Josquin Després, Antoine Bromel, Arcadet, Verdelet, MontanetGoudimel,