‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 4 sur 69 · I. A JEUNESSE · texte numérisé non relu

I. A JEUNESSE

rogor celle inlelligence supérieure qui vous domine, vous Irouble el vous élève. Angelico da Fiesole vous incline devant JJieu : c’est la foi qui parle. Léonard de Vinci vous élève jusqu’à voire grandeur méconnue par vous-mème. C’est un triomphe non moins divin. Ce que les anciens ont fait par l’image visible, il le fait par l’image invisible. Phidias et Apelles ont créé la beauté antique par la splendeur corporelle : Léonard de Vinci a créé la beauté moderne par la splendeur du corps cl de Pâme.

Ce n’csl pas sans émotion qu’on aborde un génie comme Léonard de Vinci ; tout en lui garde un accent mystérieux, ses peintures comme scs manuscrits; quand on croit le connaître, on est encore dans l’inconnu. Cette grande àme ne se montre qu’à moitié, comme la terre : ici, le jour; là-bas, la nuit. Ses manuscrits, c’est le chaos quand s’annonce la lumière. Tout un monde est là, mais qui débrouillera le chaos? Voilà bien l’étoffe el le germe de toutes choses, mais qui leur donnera l’action de la vie? La

vague a amoncelé beaucoup d’or dans le sable, mais qui découvrira l’or* ?

Rien n’est plus illogique que la vio de ce logicien absolu qui s’appelait Léonard de Vinci. Celui qui dans scs œuvres, sculpteur, peintre, philosophe, mathématicien, sera le fervent amoureux de la ligne, ne suivra presque jamais dans sa vie le chemin de la raison. La fantaisie l’entraînera à toutes les écoles buissonnières, parce que lui, qui domine son œuvre qu’il a faite grande et fière, il ne domine pas les inquiétudes de son âme. Elle l’emporte à tous les mirages , à tous les châteaux de cartes. Le rêve qu’il berçait hier le fatigue aujourd’hui. Pour lui, comme pour tous les chercheurs d’infini, demain sera le grand jour. Demain arrive, et ce n’est encore qu’un jour perdu ; il donne sa lumière à l’œuvre, mais il ne donne pas la joie à l’âme, .\ussi on serait tenté de se demander si ce grand Léonard de Vinci qui a parachevé la Cèm avec le génie surhumain d’un homme-dieu, est bien ce musicien qui va s’acoquiner à la troupe de baladins du duc de Milan ?

* >olre admiration pour Léonard ne doit pas nous aveugler sur les vaines hypothèses, sur les erreurs et les subtilités de ses manuscrits: comme tous les chercheurs, le goût de l’aventure le jetait dans la fausse route. Quand il arrivait au but, quelquefois c'était sans avoir suivi le chemin.

LA JEUNESSE

Il fonde une académie, cl il est plus rieur et plus enfant que scs disciples. Sa pairie est prise d’assaut, et il reste avec les vainqueurs. Il va à Rome pour combattre Miclicl-Anqe, cl il lui donne des armes. 11 vient en France pour être peintre de cour, fondateur d’académie, ministre des beaux-arts, et il s’exile dans l’exil ; au lieu de suivre le roi à Saint-Germain et à Fonlainebleau, il se |)assionne pour un petit château, à l’ombre du cliAleau d’Amboise, on il finit solitaire entre son ami Melzi cl sa servante Matliurinc, comme un petit gentilhomme du .seizième siècle.

C’est que celUî grande :lmc ne devart être conlente de rien ici-bas ; c’est que, déployant ses ailes à tous les horizons, elle cherchait plus loin que les horizons visibles; c’est que cet amant de la Nature, qui s’élail penché doucement sur elle avec la passion et avec le scalpel, ne voulait jamais s’attacher aux biens de ce monde ; c’est que la cour et scs hochels ne devaient pas assouvir cet orgueil toujours affamé ; c’est que, pour ce souverain arlislc, la gloire ne valait pas la science. La curiosité avait pris son esprit, son cœur, son âme. Savoir, pour lui, était le grand mol. C’était le voyageur qui ne veut pas s’endormir en route, qui passe sans souci des lois cl des coutumes, qui étudie à toute heure cl qui s’en va en disant :/’of vu.

Le roman incroyable lie celle vie avenlureubc commence dès la première page. Enfanl d’une mai- Iresse, il vienl au mariage de son père avec une aulrc femme. Son père a eu Irois femmes, aucune de ces femmes n’élail sa mère. El j)Ourlanl il fui de la maison. Ses frères l’appellenl « mon frère, » mais ce n’est pas le même sang; quand on plantera au château de Vinci l’arbre généalogique, Léonard*, seul des douze cnfanls de son père, aura lous les rameaux luxuriants de la branche descendante. Selon un historien, sous l’arbre généalogique on a inscrit cette remarque, que les neuf autres frères de l/*onard ne s’étant distingués ni par l-'esprit ni par l’épée, on n’a pas inscrit leurs noms.

' Dans la lettre au cardinal d'Etlc, Léonard de Vinci signe ainsi : > LeonarduiVincius piclor. » Et j>arlant de lui, il dit; « Leonardo Vincio. »

« Le grand artiste écrit lui-mèine Vincio ou Vincius, cl non da Vinci suivant la manière généralement reçue. D’ailleurs l’une et l’autre façon d’écrire peut également avoir pour objet l’indication du nom de famille ou du lieu de sa naissance ; il resterait seulement à savoir si 1e uom du village do Vinci avait été adopté antérieurement par la famille

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