I. E TOMnEAlI
qu’ils renfcTinaienl. Kl pendant qu’on faisait de l’argent avec le plomb, on abandonnait aux enfants les dépouilles humaines consacrées par la sainteté de la mort. Les enfants venaient tous les jours jouer avec les morts ; les crânes et les tibias n’étaient plus qu’un jeu de boules et de quilles.
11 a fallu qu’un matin le jardinier Goujon, indigné de ces profanations, se levât avant le jour, recueillit les o.sscmcnts et les remît pieusement dans la terre, à peu près là où fut le chœur de l’église.
Et tout fut oublié, oublié à ce point que dans le pays même on croyait encore hier que toutes les dépouilles mortelles du chàte^au enterrées dans l’église, dans le cimetière et dans le cloître avaient été lransporté“cs dans le cimetière de Saint-Denis d’.\mboise. La vérité, c’est qu'on avait laissé au château les morts enterrés dans l’église, les morts de bonne compagnie qui avaient une dernière demeure de pierre ou de plomb.
Cependant la tradition de la violation des lombes s’était répandue même au delà des Alpes, même au delà du libin ; on avait dit que pendant la révolution le crâne du divin I^éonard avait |>eut-êlrc servi à distraire les citoyens français.
Plus d’un Italien est venu à Amboise pour y cher-
DE I. E 0 N A n D DE VINCI
clicr le tombeau de Léonard de Vinci ; il regardait tristement la place de l’église couverte aujourd’hui par des massifs plantureux, il saluait et s’éloignait silencieusement.
La tille du jardinier Goujon, souvent interrogée, prononçait quelquefois le nom de Léonard de Vinci devant les visiteurs ; c’est elle qui la première, il y a quelques années, m’a donné l’idée de rechercher le tombeau du peintre de la Cène; mais était-ce jiarce qu’elle avait entendu prononcer ce grand nom par son père ou par les visiteurs eux-mêmes? Elle m’a indiqué clle-mème comme marque du lieu où l’oii pourrait retrouver le peintre de François l"', un cerisier blanc c< dont les cerises n’étaient si bonnes, que parce qu’elles |>oussaient sur des morts. »
Le mardi 2ô juin, on donna le premier coup de pioche en présence du maire et de l’archiprêtre d’Amboisc. Je mis les ouvrici’s sur trois points : les uns pour reconnaître les fondations de l’église, les autres pour retrouver l’ossuaire, ceux-ci pour recberclicr les tombeaux. Il fallut pratiquer des fouilles profondes, la place de l’église, que j’avais retrouvée exactement sur les dessins de Du Cerceau, ayant été surélevée de deux ù trois mètres pour les
plantations. On retrouva bientôt un pan de mur prin-
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