‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 6 sur 69 · I) K I, E II N A II I) I) E VINCI · texte numérisé non relu

I) K I, E II N A II I) I) E VINCI

minées. On voulait d’abord qu’il fût né en l iio, mais Del — Eloyi di Jhinini illaslri — trouva la vraie date en consultant le registre des archives locjdes. Léonard de Vinci est né en 1452 près de Florence au château de Vinci, dans le val d’Arno. Son père Ser l*icro Antonio da Vinci était notaire delà République. Sans doute il ne vivait pas dans l’austérité apparente de la magistrature puisque, selon la tradition, il amena un enfant à son contrat de mariage. Cet enfant c’était Léonard. Et sans doute comme dit un sonnet italien : « Ce premier grain du collier était une perle fine, puisque les trois femmes de Ser Piero da Vinci, s’en parèrent comme de leurs enfants. » Il fui le lils des trois femmes comme le fils de l’absente *. Sans doute celui qui a trouvé dans sa peinture le plus adorable et le plus pénétrant sourire de vierge, de déesse et de courtisane, avait, dans son enfimcc, le charme tout féminin qui chez l’enfant séduit la femme. Ij’histoirca conservé le nom des trois femmes du notaire de la République; puisqu’elles furent bonnes à Léonard, redisons leurs noms : 1.^ première fut Ciovanna di Zanobi Amadori ; la seconde, Francesea di ser Giulnaro Lanfrcdini; la

* Li IIKM'C de LêuiiarJ n'a i|u'uii noui dans i'histoirc : te nom de Calarina.

LA JBUSESSE

Iroisième, Lucrezia cli Siiglichno Corligioni. Elles SC suivirent de près dans le tombeau, puisque Léonard les vit mourir toutes les trois avant de quitter le château paternel. Elles sont parties, jeunes, belles, souriantes, laissant la maison pleine d’enfants et de chansons. Ivéonard n’a pu garder qu’un doux et mélancolique souvenir de ces trois mères, |)cul-ctrc mortes à la peine, je veux dire à l’amour des enfants. Qui sait? Ces adorables figures de sainte .\nnc et de sainte Marie, qu’il a toujours crayonnées avec un sentiment ineffable, lui rappelaient peut-être CCS trois femmes qui furent sa mère visible. Sans doute, il n'avait jamais vu la vraie: quelque maitresse «pi on prend au passage et qui vous quitte en vous laissant son sourire dans un enfant, le regret éternel mais l’espérance encore.

Naluralcl Enfiinl naturel, dit la généalogie; enfant de l’amour, dit Stendhal. Cet état d’illégitimité est purement légal. Ixîonard a été de la famille, du foyer, de l’intimité. Pas une des trois mères ne lui fut marâtre, et toutes les trois il les appela sa mère. Scs lettres et ses voyagesau château familial le disent tout haut*.

‘ Selon M. Charles Blanc, t Leonard fut légitimé, puisqu'on le voit plaider avec ses frères pour la part qui lui revenait dans la succession

Quelle fut l’enfance de Léonard de Vinci? à quelle école apprit-il l’omniscience? 11 faut croire que ce fut à l’école de tous les grands hommes, l’école de la Nature. Tout jeune il se pencha curieux et inquiet sur cette autre mère, qui, à son tour, lui donna le lait de scs mamelles fécondes. L’étude de son caractère prouve qu’il fut joueur et studieux, bruyant et méditatif.

•\u quinzième siècle l’école l’eût asservi à son despotisme. La Nature, au contraire, lui inspira la liberté d’examen; il devint savant par le livre universel, au lieu de le devenir seulement par les livres. Comme Descartes, il arracha d’une main robuste et victorieuse les guenilles pédantesques dont s’affublait l’humanité, il voulut voir la grande déesse toute

(l'un (le leurs oncles, Fr.incesco da Vinci. » Qu'il fût l(■gililn(‘ ou non. il avait le droit de .se présenter devant la succession d’un oncle, puisque son père l'avait reconnu. Il serait plus sûr de dire qu'il n'était pas l('•gitiIné. Je crois qu'il ne l'a été que par .son génie, ce beau génie qui a répandu sur le nom de Vinci la gloire la plus éclatante de la Renaissance.

LA JEUNESSE

nue clans sa véritci éblouissante. Avant tout, avant d’être peintre et sculpteur, avant d’c'îlre musicien et poëtc, il fut naturaliste. Ce fut cette préface de sa vie passée aux bords de l’Arno, dans les bois, sur la montagne, cpii l’initia aux grands mystères de la création. Son œil d’aigle mesura les distances, interrogea le soleil, pénétra dans la lune, poursuivit les étoiles. Il jugea des forces de l’air, de l’eau et du feu, car lui aussi devina les puissances de la vapeur. Il n’était effrayé de rien, courant aux incendies, se jetant dans les orages pour voir l.à-bas les avalanches du feu, ici It's mouvements de la foudre. Il voyait si juste, que le premier il décida que la scintillation de l’étoile est dans notre œil et non dans l’astre.

Sans doute, lui et scs neuf frcVc's avaient, .selon la (îoutume du temjcs, quelcpic pédagogue au chAteau même, enseignant tout à la fois le latin etriiisloirc aux aînés, l’alphabet et l’éci iture aux plus jeunes. On voit d'ici I/“onard prenant la part du lion, interrogeant sans cesse, insatiable de science, soit dans la bibliothc'quc du château, soit en pleine campagne.

Sans doute aussi il étudia à Florence. Ser Piero mettait son orgueil dans sesenfanis comme dans ses ancêtres. On peut juger que Léonard eut tous les maîtres, jusqu’aux maîtres de violon, jusqu’aux niaî-

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1res d’escrime, jusqu’aux maîtres de danses. Et qui donc lui apprit à être si beau cavalier? Je vois d’ici, tout jeune encore Léonard, dominant tous ses frères par la force et par la grâce, comme par l’esprit.

Il a tous les privilèges des enfants de l’amour; lui-mème a remarqué que la Nature, dans son éternel et fécond entre-croisement, imprimait à la fille l’image du père, au fils l’image de la mère. Or Léonard, si dissemblable de ses frères, a dû s’applaudir d’être un enfant de l’amour, «un enfant trouvé! » un enfant de cette inconnue qui était morte de son péché, mais en donnant une grande âme à son fils.

J’ai dit qu’il avait pris la part du lion : quand son |)ère ou sa mère lui donna au baptême le nom de Léonard, était-ce par pressentiment?

En ce beau siècle, où tous se jetaient si jeunes dans la bataille de la vie, on n’attendait pas qu’on fût majeur pour quitter l’école. Les grands artistes du quinzième siècle sont déjà à l’atelier à douze ans. Que savent-ils? Rien de la vraie science, tout de la

science vraie, puisqu’ils aiment l’art, celle initiation au Beau, qui est la lumière. Ils apprennent la vie en vivant, ils apprennent la peinture sans autre grammaire que la palette, ils apprennent la sculpture sans autre mélliode que le ciseau. Comme le bambino qui a passé les monts pour jouer du violon à la j)orte de nos cabarets, ils jouent de la viole ou du luth sans avoir pris une seule leçon. A force de jouer on devient violoniste. Ainsi des poètes; croyez-vous que tous font des sonnets parce qu’un maître leur a lu l’art poétique de leur temps? ils chantent pour chanter. Pour les hommes do génie, il n’y a pas d’école : il y a l’inspiration, la déesse invisible qui raille, les pédants.

Ijéonard tout enfant encore était familier à la plume pour le dessin, pour l’écriture, pour le jeu des chiffres. Tout, d’ailleurs, lui semblait un jeu, comme les philosophes qui ne voient dans la vie qu’une comédie plus ou moins sérieuse. Son amour des caricatures datait de ses plus jeunes années; de ses plus jeunes années aussi sa manière d’écrire à rebours. Ce qui semble plus étrange, c’est qu’il se passionna pour les mathématiques à l’âge où la plupart s’y rebutent. II aimait tout parce qu’il passait, comme par caprice, d’une chose à une autre; parce que, pour celte inlel-

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ligence déjà si lumineuse à sou aurore, tout élail speclable et curiosité ; l’étude sérieuse avait d'ailleurs ses entr’actes, il montait à cheval, il prenait l’épée, la lyre, l’aviron ; s’il courait en pleine campagne, il se familiarisait vite avec la faux du moissonneur on la hache du hûcheron. « Beau à la nage, magnifique à cheval, terrible à l’épée, » il ne recherchait pas seulement la compagnie des jeunes gens; il jugea que, sphynx implacables, les femmes ont pour l’arlisle des secrets que l’amour seul arrache de leur cœur. Il fut bientôt à la mode parmi les belles Florentines ; il avait toutes les séductions pour arriver à elles : la Ijeanté, la poésie, la musique, la peinture, et, ne l’oublions pas, la danse. Il fut de tous les bals, de tous les concerts, de toutes les cavalcades, aimé partout, surnommé le magicien, tant il avait l’art de surprendre et d’émouvoir. Pourquoi n’a-t-on pas conservé quelques-uns de ses airs de danse, quelques-unes de ses sérénades? Parmi ses improvisations, parmi ses sonnets retenus au vol des vers, c’est à peine s’il nous en reste un aujourd’hui:

SONNET DE LÉONAnU DE VINCI

Clii non pnô quel clio vnol, quel ctio pm’i vnulia ;

(!hp quel clie non si pin'i folle c il volorc.

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