Sur la chambre obscure : Yenlurx
19. Sur les causes des pbénomènes naturels : Ycnliiri, Essai. — Sur leur expérience : Yeiituri.
Sur la perfection des .sciences : Léonard de Vinci, Manuscrits, vol. A, page 5, après avoir cherché les dilTérents sens d’une question et tenté les divei's moyens de la résoudre , s’écrie à la fin : Questo e f/e.v.vo / Léonard était rétcrncl questionneur. Il posait partout des points d’interrogation. Mais souvent, comme Archimède, il s’écriait: «. l’ai trouvé*! »
•Comme il l'a dit en commençant, il l'a dit en finissant ; « La Théorie c'est le généi'al, la Praticpie ce sont les soldats. » Ramenons cette
peniséi’ à l'Art. La nature est pleine d'artinces dans ses mirages; l'interprÈle dos artifices de la nature, c'est l'expérience ; or, l'eipcrienco est le fruit cueilli d'une main savante par ce travailleur obstiné. Mettez un tout jeune homme à ses premières heures de crayon en face de la nature, Use sentira perdu, abîmé, impuissant; il crayonnera quchpies traits incohérents, de même qu’il bégayerait en lisant une langue éli-angère. Le grand jeu des lignes et l'harmonie dos lumières sont inabordables à tous ceux qui n'ont pas commencé par le commencement, c'est-à-dire par la grammaire de l'art qui vous enseigne l'in terprétation dans l'imitation de la nature. Il faut apprendre à dassiner un ccil avant de dessiner une tète, et dessiner une tète avant de dessiner un eorps. Et combien faut-il avoir dessiné de corps avant de les savoir grouper! El pour grouper des ligures la nature trahit le peintre ou le sculpteur, car dans son mouvement perpétuel elle ne donne pas l'exemple de tableaux tout faits. C'est là surtout qu'elle doit être interprétée et non imitée. Tous les chefs -d'muvre, depuis les fresques antiques jusqu'à la Cène, depuis la Cène jusqu'à la Source, sont des interprétations et non des imitations de la nature.
APPENDICE
lieux voyages en Italie, un sêjonr & Milan, des stations dans les principaux musées d'Europe, une élude de Léonard jusejue dans ses moindres croquis, jusque dans les liiéroglj plies de ses manuscrits, jusque dans les dessins et gravures d'après les œuvres perdues, tout cela n'a pu encore me donner le droit de tout dire et de bien dire. Il faudrait les plus belles années de l'âge de rentliousiasine et de l'âge de rcipéricncc pour étudier ce génie prufond qui échappe par sa grandeur iiiènic et sa diversité.
Cet hoiniiic qui parachevait n'aimait pourtant que les comnienccn.enls ; tous les horizo-is de l'esprit l'appelaient â la fois comme pour le convier à toutes les fêtes de rintcliigencc. Léonard de Vinci a été dans sa peinture tour à tour Florentin et Milanais; Florentin par scs mailres, Milanais par son génie.
Un critique a très-bien dit comment les femmes de Milan ont eu de l'iniluencc sur sa seconde manière, i En parcourant, dit-il, les rues de la petite ville de Correggio, vous rencontrex à chaque instant les Madoiu's du Corrége, tout comme à Milan, sous les marronniers de la Porta Itcnza, vous trouverez les divines figures de Léonard. >
Étrange influence des deux pays ! quand l.éonard peignait Lucrezia Crivelli â Milan, tout à sa première manière il la peignait dans le style florentin, et quand il retourna à Florence peindre la Mnnna Lisa, il la peignit dans le style milanais.
Trntons rapidoinent un mot sur chacun des tableaux qu'il a peiiiU ou qu'il a inspires. Commençons par aflinner que tous les tableaux du Louvre (|ui lui sont attribues sont authentiques, retouchés ou vierges. Mais tous ne sont-ils pas retouches pai' le temps?
Le Baetêne de Jésus (galerie de l'Académie de beaux-arts du Florence. — Gravé au trait dans l'ilisloire de la peinture ilalientie, de Rosini). — Léonard de Vinci n'a peint qu'un ange dans ce tableau, compose par son maitre. La tradition ariirme que le BapU'ine fut le dernier tableau de Veroccliio ; on peut dire qu'il a été le premier de Léonard. Il Tut aussi son premier triomphe, puisque le maitre, b la vue de l'ange peint par l'eleve, jeta, dit-on, sa palette pour toujours.
Verocchio dessinait bien, mais ses figures étaient ciselées plutôt que modelées. L’ange de Leonard fit tache dans ce tableau, une tache splendide : on eût dit d'un rayon de soleil sur une page effacée.
Madoxe I)E Vaitiio (gravée dans le recueil de Fumagalli). — C'est une Madone un peu légendaire. Léonard a habité jicndant plusieurs années une maison située près de l'Adda, :i Vaprio. Il était alors le voisin de la villa de Mcizi, son bote. Or, une Madone avec l'Kiifant Jésus est peinte sur la façade de. cette maison qui regarde la cour de la villa Meizi. C'est une Vierge colossale dont la tôle n'a pas moins de six palmes de haut. Celle de l’Enfant en a quatre. En 17116, des soldats de la répuhli(|ue établirent leur bivouac dans cette cour ; ils allumèrent le feu de leur ciiisiue contre la muraille de la maison de Léonard, et la fre.squc fut noircie comme un tuyau de cheminée. Elle a été repeinte tant bien i|ue mal. Les têtes, par bonheur, ne soulfrirent pas Iwaucoiip de cette cuisine sold atesque. M. l’assavant croit qiae Léonard fit le carton de cette inadoiae, mais qu'elle fut peinte à fresque par François Melii. Le mauvais état de cette grande figuie peut faire admettre celte doubla' supposition. Cependant on devine encore que Léonard a dfi passer par là, car la Vierge a une belle et sévère physionomie, et l'Enfant |)0S8ède ce sourire si expressivement gracieux que Vinci seul a su donner à ses figures.
La Vif.rce aux RnciiEas (u‘ 1086 du Louvre). — Ce tableau est aussi lrè.s-{ontesté. W. Waagen dit qu'il ne peut être de Léonai'd, s car, par opposition ava>c la composition si remarquable et si poétique <|ui se rappairtc à l'époque où le bilent du peintre avait atteint toute sa perfection, il y a certaines parties, telles que les tètes de l'ange et
Digiti^'X!
de la Vierge, qui sont sans expresssion et d'une faiblesse de dessin surprenante ; de plus, les plisdes draperies sont d’une apparence roide et fausse. »
Nous transcrivons une note Irès-liasardée de M. Passavant : • On présume que Léonard ne s'est pas contenté d’eséruter le carton de cette composition, et qu'il en existait un tableau, peint par lui, dans la chapelle de la Conreption de l églisc des Franciscains de Milan ; lable:iu dont il est fait mention dans le Traité de peiliiiire de Lomazzu (p. 171-‘il2), ainsi que dans le Pasxeghi de Scanelli et Lormanni (1751, Milan), et qui fut vendu en 1790, pour 50 ducats, au peintre llamilton, parce qu'on le croyait une copie. Il a passé ensuite dans la collection du comte de Suffolk ; deux anges qui se trouvaient aux côtés du tableau principal sont à présent dans la galerie du duc Mcizi, et attestent, par leur beauté, qu'on possédait réellement un original dans l'église des Franciscains. Le tableau du Louvre n’en serait qu'une copie. »
Notre tableau du Louvre est couvert de retouches. Il est difficile de se prononcer 5 première vue. Les lumières et les ombres poussées au noir parlent autant de Léonard que l’impression toute personnelle du grand maître.
Le duc de Devonshirc possède un dessin d'une très-grande beauté qui représente une tête de Vierge dont les cheveux tombent des deux côtés. Elle est vue de face, un peu tournée i droite. Sur la uiéiiie feuille est une tète d'enfant, de trois quabts. Ces deux études, deminature, sont au crayon noir, relevé de blanc, sur papier bleu. M. l’assavant, qui donne cette description, ajoute ; t Ce dessin, d'une beauté extraordinaire et fort bien conservé, parait une étude pour la Vierge aux rochers du Louvre. >
Il y a aussi une esquisse k l'huile en grisaille de la tète de celte Vierge, qui se trouvait à Londres chez Woodburn, marcliand de tableaux. Cette esquisse était, dit-on, peinte d'après nature par Léonard ; < la disposition des lumières et le modelé sont excellents. »
Le musée de Nantes possède une répétition de la Vierge aux rochers (n* 199), et le livret aflirme qu’elle est originale. C'est une aflirmation de livret.
< L'aspect de la Vierge aux rochers, dit Théophile Gautier, est singulier, mystérieux et charmant. L'nc espèce de grotte basaltique abrite le divin groupe posé sur la rive d'une source qui laisse transparaître k travers son eau limpide les cailloux de son lit. L’arcade de la grotte découvre un paysage rocheux clair-semé d'arbres gré'cs et que traverse une rivière au bord de laquelle s’élève un village : tout
APPENDICE
I ! I couleur indélinissable comme celle des contrées chimérii|ues que l’on parcourt en rè»e, et inerveilleusenicnt propre à faire ressortir les figures.
• Quel adorable type que celui de la .Madone ! Il est tout particulier à Léonard et ne rappelle en rien les vierges de Pérugin ni celles de llapbaél : le liant de lu tète est sphérique, le front développé; l'ovale des Joues s'amenuise pour se clore par un menton d’une courbe délicate; les yeui, aux paupières baissées, se cerclent de pénombres ; le nez, quoique fin, n'est pas rectiligne avec le front, comme celui (les statues grecques ; ses narines se découpent et ses ailes fréinisR-nt comme si la respiration les faisait palpiter. La bouche, un peu grande, a ce sourire vague, énigmatique et délicieux que le Vinci donne lises ligures de femmes ; une légère malice s'y mêle à l'expression de la pureté et de la bonté. Les cheveux longs, déliés, soyeux, descwndcut en mèches crespelées sur des joues baignées d'ombres et de demiteintes et les accompagnent avec une grdee incomparable. >
Ce tableau, qui a ap[iartenu k François 1", était peint sur bois et a été transporté sur toile il y a quelques années.
ViERGK tssisE SUR LES GENOUX DE SAINTE A.NNE. — Je doiiiie encore la parole à Théophile Gautier :
n Dans la l'icrge assise sur les genoux de sainte Anne, dit-il, l'uinbre est moins grise et moins violitre que dans lu Vierge aux rochers; le peintre n'a saps doute pas employé pour ce tableau le noir de son invention qui a tant rejioiissé dans scs autres peintures. La couleur est restée plus blonde et plus chaude. Au milieu d'un jiaysage entreinélé de ruchers et de petits arbres dont les feuilles se comptent, sainte Anne tient sur ses genoux la Vierge, qui se penche avec un mouvement adorable vers le petit Jésus. L'enfant lutine son agneau iju'il tire doucement par l'oreille, action puérile et charmante qui ne détruit en rien la noblesse de la composition et lui oie toute froideur. (Juelques jolies rides coupent le front de sainte Anne et rayent ses joues, mais ne lui enlèvent pas sa beauté, car LcKinard de Vinci répugne aux idées tristes, et il ne voudrait |ias affliger l’a'il par le spectacle de la décrépitude. La tète de la Vierge, prise un peu en dessous, a des finesses exquises de lignes; elle irradie la grkee virginale et la passion maternelle ; les yeux sont presque noyés, et la bouche, demi-souriante, a cette indéfinissahle expression dont Léonard a gardé le secret. i>
M. Taine parle ainsi de celle page, doi t il fait une page de musii|ue. :
■ Dans le petit Jésus du tableau de Sainte Anne, une épaule, une joue, une U‘m|ie, émergent seules de la noirceur fluide. Léonard de Vinci était un grand musicien. Peut-être trourerait-on dans cette atténuation et dans cet accroissement ménagé de la couleur, dans cette vague magie troublante et charmante du clair-obscur, un cfFet qui ressemble aux crescendo et aux decrescendo des grandes œuvres musicales. r
1,'autbenticité de ce tableau a été souvent mise en doute. Waageii l'attribue à un élève de Léonard, t tant, dit-il, le sourire ordinair<' aux ligures de Léonard est ici maniéré et exagéré. > M. Kosini dit (pi'il est de Salai, mais qu’il a été retouché par Vinci, à moins qu'il ne soit de Bernardino Luini. M. Delérltize parUage l'opinion complexe de M. Rosini, ce qui ne dit pas assez. Mais M. Pa$.savant aflirme que c'est un tableau original, a Aucun des élèves de Lé'onard, dit-il, n'u eu celle louche spirituelle, cette finesse d'expression qu'on admire ici. »
il existe beaucoup de copies de ce tableau ; la plupart ont passé pour des originaux, et il est reconnu maintenant qu' elles ne sont que des copies bien inférieures au tableau du Louvre.
Bien que le vêtement bleu de la Vierge soit effacé, bien que la jambe gauche ait été certainement repeinte, ce tableau est une des œuvres de Léonard de Vinci. Sinon ce serait l'un des chefs-d’œuvre de Luini.
Le carton de ce tableau, selon M. Rigollot*, existe en Westpbalie, dans la collection de la famille de Plaltenberg.
Parmi les copies, on cite .' celle qui est aujourd'hui dans la galei ic Leuchtenberg, à Munich. Elle est de Salai ; d'Argenville l'a attribuée à Léonard même. Elle a été longtemps dans une sacristie de Saint- Celsc, de Milan.
Celle qui est .à Florence, dans la galerie royale, le livret de 184'i l'attribue à Salai. Elle fut achetée à Vienne, selon l’abbé Lanzi, par le grand-duc de Toscane, Ferdinand III.
.M. Viardot citant celle de l'Ambrosienne de Milan, la croit de Luini. M. Kiiglcr en indique une à la galerie Brera. « Elle est, dil-il, d'André Salaino, car on rcconnait ce niaitre au ton rougeâtre, cloiiid et transpai'ent des chairs. »
* M. Higollnl a tait tout un livre sur l'œuvre de Léonard. Il lui e.st arrivé, à l'inverse des enthousiastes, de presque toujours nier léonard sui les tableaux qui lui sont altribués. Il y voit sans cesse Luini. ce qui a fait dire avec raison qu’à force de clierelier le Vinci il le fuyait.
ÎS
Enün le musée rojal de Madrid possède aussi une copie ou imc esr]uisse Irès-dégradée de la Sainte Anne du Louvre,
Sur la Sainte Anne, Casio de Mcilici écrivit ce sonnet en 1525 :
Ecee Agnes Dci, disse Giovanni,
('.lie entré e use! net ventre di Maria,
Sol per dnitar cnn In sua santa via E iiostri piedi n gli ccleati scanni.
De immacnlato agnci viiol tuorre i punni,
Per lal al niondo di su beecaria ;
La madré lo riliene clie non voria Vedei dcl figlio, e di se stessa i ilaniii Santa Anna, coiiie qiiella rhe aapeva Gesù vestir de l'Iiuman nostro vélo Per cancellar il Tal di Adam e di Eva,
Dire n sua figlia con picloso zelo ;
U Di relirlarlo il pensier luo ne lieva, a Che gli à ordinato il suo immolar dal ciclu, a
Uaccuus. (N' 1089 du Louvre,) — Ce tableau du Louvre a été souvenlcmilesté. M. VVaagen dit que le paysage lui parait être de 11ernazzaiiu, a qui a souvent peint les fonds des tableaux de Cesare da Sesto. a 11 s’appuie • sur le ton local qui est rouge, sur la dureté des contours, sur la rudesse de ta transition des ombres, a ,M. Passavant, au contraire, vante a la létc, les pieds et une partie du paysage qui sont de toute beauté ; le reste, dit-il, parait ne pas avoir été fini et a beaucoup souffert, a 11 l’attribue sam restriction à Léonard.
Ce qu’on peut dire de plus vraiseniblable, c’est que Léonard a peint ce Uibtcau, mais que d’autres mains inbabiles ont compromis l’œuvre en voulant la transformer. M. Passavant fait observer avec raison que les pampres et les grappes de raisin sont d’un vert cru que la'onard n’a p.is employé dans le reste du tableau ; il croit que ce Baci'lius est un saint Jean-Baptiste dans le désert, dont on a voulu faire un Bacchus. Il rappelle qu’il y a dans l’église de Saint- Eustorge, à Milan, une copie de ce tableau, et que cctlo copie est un saint Jean- Baptiste. Il est vraisemblable que quelque puriste chrétien aura été scandalisé de l’expression païenne du s;iinl de l.rànard. Cette expression, qui ii’cst cependant qu’un rcllet de celle du Saint Jean-Bapffslc du lajuvre (n* 1084), aura convaincu ce puriste que Léonard avait voulu faire un Ibicchus, et il aura ajouté avec conscience ces pampres et ces raisins d'un si beau vert. Ce Bucchus est donc un Léonard travesti.
M. (iiusc|>|ju (lanipui'i a sigiialé duiiü la LiLliollii'<|Ue cuimiiuiialc de Ferrarc un volume de poésies manuscrites du Flavlo-Anlonio (liraldi, on l'on trouve un distirpie faisant allusion à un Bacclius contesté de Léonard de Vinci.
Voici ce distique :
üaeebus Lcoiiardi Vincii.
Ter Keminnm pvslhac, niurtales, crédite liacclium :
Me peperit ducta Vincius ille manu.
S'agil-il ici du Bacchus du Louvre?
liault do Saint-Gcrinain, dans son Catalogue, dit ipi'on atlribuc ce Bacchus à Lorenro, dil Credi.
l’ourcjuoi ne pas l'attribuer tout naturellement 5 Léonard?
« Il est encore question d'un Bacchus, dit Jl. Giuseppe Cain|)ori, dans la correspondance de Jérome Seregno, ambassadeur de la maison d'Este à .Milan. Le 1" avril 1505, le duc de Fi'irare témoignait à ce personnage le désir de posséder un Bncchus qui était alors, parait-il, entre lus mains d'Antoine-Marie Pallavicino, cl Seregno répondait, le 1 7 du même mois, en présentant les exeusc.s de l'allavicinn qui ne potivail lui offrir le Baa'hus, parce qu'il l’avait promis au cardinal de Rouen, cet accapareur bien connu de tonies les belles choses qui se trouvaient à Milan. Mais comme cette correspondance ne fournit pas d’autres éclaircissements, qu'elle laisse ignorer s’il s’.agissait d’un tableau ou d’une statue, et aussi si l'ouvrage en question était de Léonard, nous nous abstiendrons d'bypotbèrcs plus ou moins hasardées, et nous nous contenterons d'avoir pris note d’un fait qtii pourr.i peutêtre aider d’autres écrivains A compléter cl A mettre en lumière cet épisode de la vie de Léonard. »
Sii.ME Fahille, de Saint-Pétersbourg. — L'histoire de ce tableau est presque une légende. Amoreiti, l'abbé Lanii et M. de Gallcnbcrg SC sont plu à nous la redire. Us content que ce tableau fut volé lorsque le palais des ducs de Manloue fut pillé par les Allemands. 11 di.sparut pendant longtemps, puis il devint la posscs.sion de l'abbé Salvador!, l'un des secrétaires du comte F'irinian. L'abbé Salvadori cacha aussi ce tableau ; il craignait que le comte, gouverneur de Manloue, ne le lui racbelAl ou ne lit rentrer militairement ce tableau au palai.s,cnmmc il en avait disparu. Après la mort de l’abbé, celle Sainte FamiWe fut transportée A Moris, dans le Treiilin, où elle fut vendue par les héritiers de l’abbé à des agents de Catherine II.
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45ti
M. l'jss^ivant dil de ce tableau ■ que tous ceux qui l'ont ru dans la galerie de l'Erinilage convienuent que c’est un tableau superbe et digne du grand maître florentin. Le conseiller Pagavi le trouva si be;iu et si près de Rapbael qu'il le marqua du cbilTi'e de laiouard, alin qu’un ne l'altribuât pas au |<eintrc d'L'rbin.
Henri Bcjle parle aussi de la Sainte Famille de Sainl-Pélersbourg avec enthousiasme; il dit que ce tah'eaii < est ce que Léonard a jamais lait de plus beau; aussi esl-il sublime » Il en donne une assez longue description dans son Histoire de lu peinture en Italie. • Marie, dit-il, est vue de face; elle regarde son lils avec lierté; c'est une des ligures les plus graiulioses qu’on ait jainais attribuées à la mère du Sauveur ; l'enfant, plein de gaieté et de force, joue avec sa mère. Derrière elle, 'a la gauche du spectateur, est une jeune feinme occupée à lire. Dans le tableau, cette figure prend le nom de s.dnle Catherine, mais c'est probablement la belle-sœur de Léon X (la femme de Julien de Médieis; le mariage eut lieu en Savoie, en janvier 1515; le tableau de Saint-Pétersbourg serait donc, d'après Bcjle, postérieur à cette date). Du côté opposé est un saint Joseph, la tête la plus originale du tableau; saint Joseph sourit à l'enfant et lui fait une petite mine alTectéc pleine de la grâce la plus parfaite. Cotte idée est tout entière de Léonard ; il était bien loin de son siècle de songer â mettre une figure gaie dans un sujet sacré, et c'est en quoi il fut le pn'‘curseur du Corrége. •
M. Viardot dit, au contraire, dans les Mnsi'es Allemagne et de Htissie, que a c'est une page défectueuse où les deux femmes, Marie et Catherine, sont calquées l'une sur l'autre, où tout est laid, disgracieux, grimaçant, i
Il n'y a pas que nos tableaux du Louvre qui soient calomniés.
M. kuglcr indique plusieurs copies ou répétitions de la Sainte Famille. La plus connue est la Vierge au bas-relief. Les autres sont on Angleterre et â Milan .
Le tableau de Saint-Pétersbourg porte le chiffre LDV (L. D. V.), mais ce chiffre ne prouverait pas que ce tableau est de Léonard de \ iiici, si la griffe du maître n'était pas autrement marquée sur cette belle page.
Saisi JgAS-llArTisTE. (N“ 1084 du Louvre.) — Le docteur Kugler dit, dans son Handbuch der KunstgescMehle, qao * ce Saint Jean, le portrait de Liure'tia Crinelli et celui do Monna Lisa, qui sont au Ixiuvre, doivent être regardés comme les œuvres les plus authentiques de Léonard et de son époque la plus brillante, taudis que presque
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tuutps les aulrct indiotions se rapportent b des cartons ou à des tableaux insciicvês ou perdus. •
Si ce s;unt Jean-Daptistc ne tenait pas une croix, à voir son visage rayonnant, l'expression délirante de sa touche et de scs yeux, le geste avec lequel il montre le ciel, on dirait d'un jeune Bacchus criant Évolié à Jupiter, après sa |treiniére vendange. La finesse du modelé et les tons des chairs, nuancées de sjlimalo, les ombres poussées quelquefois jusqu'il l'opacité, les parties éclairées brillant d'un reflet pre$i|ue métallique, sont des traits carat térisliqiies de la main de Léonard. Mallieuicusenienl la lélc seule e.st pure. De noinbreii.ses retouches ont altéré ce chef-d'œuvre, ce frère de la Mon/ia Ltsa.
Ou ne sait pas toute l’histoire de ce saint Jc.an-Bapliste, mais on sait que Louis Mil en lit don à Charles I" d'Angleterre, qui donna en échange un }>OTlrail d'Érasme, par Holhein, et une Sainte Famille ilu Titien. Le Saint Jeun tninha, par une succession d'aventures inconnues, mais qui durent être les con.séquences des grandes révolutions anglaises, dans les mains de l'amateur Jabach. Cromwell l'a |>ent-èlre eu dans son cabinet. Nous le tenons de Jahacli.
La collection de l'Ainhrosienne de .Milan possède une copie de ce tableau, un des plus beaux diamants du Louvre.
L'Amoratiox iiks -Mages, (tîalerie des Uffizj de Florence. — Planche LXXVI de VUisloire de la peinture italienne de Rosini.) — Ce tableau a dè être peint avant que L<''onard qiiittAt Florence, vers 14X0, car le type des figures, surtout celui de la Vierge, n’est pas encore ce type inilanai.s que Vinci adora plus tard.
Li^iréocciipation constante de Léonard fut de vaincre les effets de la iiiiniL^ ; il doit être regardé coniine le créateur de cette science difficile (|ue les peintres nnmnicnt le clair-olisciir. < Ce tableau, dit M. de Riiinobc dans ses llecherches italiennes, où la distribution générale e.«t d’une simplicité savante, où les noiubn ux personnages sont distribués eu groupes reliés ensemble par une disposition i emarqiiabli> des masses, où toutes les figures, placées dans une obscurité coiniiiiinc d'où elles éinergenl par de faibles reflets et des lumières roinpiies, ce tableau est le plus complet enseignement que l,éonard.nit laissé aux peintres qui, comme Fri Bartliolomeo, se sont voués entièrement i l’art de distribuer la, lumière et de soutenir les plans de li'iirs tableaux par remploi du brun sur brun. >
Têtes de: Vierge.. — M. Passavant a vu. i Milan, chez les héritiers de Joseph l.ongbi, un fragment de tableau où se trouve cette tète de la Vierge entourée de petites figures. > Elle est, dit-il, d'un très-beau car.iclèrc et nierieilleuseineiit irodelée, >
APPEUniCK
La télc de femme — ou de Vierge — élude tiifuinée s’il eu fui, que j'ai rapimrlée d’Amboise, méi ile d’étre citée ici.
Pourquoi s’olrstinc-l-ou à nier LéonanI dans le.s lIiTodiades ? S.1I11Ï aiir.ail-il donc pu. lui qui n’était qu’un crqiisto patient, trouver la sé‘vére poésie de cette composition ? Pour nous, laionard seul fut le peintre d’une, peut-être de deux, peul-étrede trois llériodades.
Ibms celle que nous avons achetée à Milan, il y a quelquc.s anniies, ’adinirablc modelé, la profondeur des regards, cette mélodie ,idorablc du clair-obscur disent tout haut le nom de Léonard.
Des pages les plus authentiques passons aux portraits. Voici d’abord ceux oh Leonard se représente lui- même.
PoBTüAiT iiE l.ÉosAiin. à Floi'cnco. — Ce portrait de Léonard, peint par lui-niéme, est ce inagnifique prolil que tout le monde connaît par les gravures de Raphaël .Morgben, Campiglia, et des autres. 11 avait alors soixante ans.
PonvnAiT DE Lkoxard, dessin de profil. (Collection royale de Londres.) — Ce portrait a été publié, on 1790, dans un recueil intitulé talions of orùjinul Designs by Leonardo da Vinci, consùjirg of varions drawings... published bij Josh f.hamberlaine.
La gravure au pointillé était do Uartoloxii. C'est un prolil dessiné à la sanguine. Le regard brille et parait éclairé d’en haut; la tête, d'iiii si beau caractère dans le modèle, est rendue avec une spirituelle délicatesse.
l'nc copie de ce dessin est è l’Ambrosienno. On a dit que c'était le portrait dont parle Vasari, portrait possiidé par François Melzi,
la; musée du Louvre a possédé un portrait de Léonard vu de profil. C'était un dessin à la sanguine, qui provenait de la collection de Modène. 11 fut rendu, le septembre 1815, au commissaire de PAn- 1 riche.
Portrait de Léoxard, dessin de face. — A Venist', dans la collection de l'Académie des beaux-arts, on voit uue tète superbe, presque de
face, dessillée il la sanguine, qui était vraiscinblableinent un portrait de Léonard dans un Jge avancé. Bossi l‘a gravé dans son Cenacolo, et il J en a une copie au ciajon noir dans les dessins du roi des Pavs-Bâs.
Portrait de Léosard, de la galeriu Esterhazy, à Vienne. — Ce portrait représente Léonard tenant une lettre à la main ; cette lettre a pour suscription : .4 Maria Ànl. delta Torre Leonardo di Piero da }'inei manda il rilrallo- 11 devrait y avoir ; A Marc-Aiit.
Al. Viardot déclare ee portrait irës-aiithenlique, niais le comte de Gallenbcrg n'en parle même pas dans son ouvrage composé A Vienne en 1855, publié en 185t sous le titre de : Leonardo da Vinci.
Portrait de Léonard, à Milan. — • C'est bleu, dit M. Viardot, la belle et vénérable tête de ce patriarche-artiste. »
Ce portrait, en profil, est dessiné sur papier au crayon rouge.
Est-ce une copie du portrait de la collection Rovalc de Londres?
Portrait de Léonard, ii Vaprio. — Le conseiller Pagavi, dans ses mémoires manuscrits, indique un portiTiit de loonard peint par luimême ; c'était dans une maison appelée la Canonica di Vavro, située sur l'Adda. Cette maison appartenait à la famille Alelzi; Lt'onard dut y aller souvent vi.siter scs meilleurs et ses plus cliers amis. Son portrait qu'il peignit était auprès d'uiie fenêtre.
Aujourd'hui, il ne reste plus de traces de celte peinture dans la vieille Canonica d'Aprio, qui résiste encore aux vents et aux eaux.
Ce portrait a-t-il été enlevé? A-t-il été détruit?
la'onard, qui aimait à ti iompher de la nature par la vérité de l'art, n'a pourtant peint qu'un petit nombre de portraits.
Portrait de François I". — Le roi est représenté en saint Jean- Baptiste. Le tableau appartenait A sir L. Pococke, esquire. Le. cadre porte la date de 1518. Léonard ne peignait plus la veille de sa mort; mais peut-être le portrait ne fut-il daté qu'après sa mort. Lithographié h Londres par Day et llaghe.
Portrait dp. Monna Lisa (n” 1.0lt2 du Louvre.) — Nous avons déji exprimé notre admiration pour ce clief-d’oeuvrc « le désespoir des peintres. > Cette énigme de la beauté, qui irrite la curiosité de.s lioinnies, c'est le portrait de la feiniue de Francesco del tiiocondu.
iU)
APPENDICE
Vasari, quoiqur" parlant italien, ne trouve pas de termes .■'ssci iiempeux pour dire son enthousiasme.
François 1" acheta ce tableau 4,000 éctis d'or de son temjis, ce qui fait à peu pr^s 500,000 francs de I8G8. La Joconde serait vendue .500,000 francs et ne serait pas pavée.
Après la Cène, c’est la plus admirable page qui nous reste de Léonard; mais, comme la Cène, c'est une page qui chaque jour s'effare et devient plus mystérieuse; le fond — un paysage charmant où la mer bleue est bordée de montagnes pittoresques — est invisible i la plupart de nos yeux myopes. Nous pouvons encore contempler ce ilessin d’une pureté ravissante ; nous pouvons admirer ces formes idéales si finement et si délicatement rendues; nous pouvons nous extasier devant le regard ineffable de ces yeux d'une éclatante InimidiU‘; nous pouvons, comme les contemporains de François 1*', réver longtemps devant ce sourire mystérieux de l’iiilini ; mais où .sont ces cbairs vivantes, ces tons chauds, cette carnation palpitante qui enthousiasmaient Vasari? Cest K peine si nous pouvons encore nous étonner à la vue de ces mains, < mains admirables, sans pareilles jusqirù ce Jour, > qui .sont d'une beauté irréprochable, mais dont les Ions s'assombrissent jusqu'il la nuit.
Félihien, que la critique moderne .semble dédaigner mais qui gardera sa place parmi les historiens de l'art, n'avait rien vu de plus 6ni ni de mii'iix exprimé que la Joconde. t II y a tant de grùce et tant de douceur dans les yeux et dans les traits de ce vLsage, qu'il paraît vivant ; et il semble en voyant ce portrait que ce soit en effet une femme qui prend plaisir qu’on la regarde. » Voilà qui est bien compris et bien dit.
« L’ernvre de Léonard est une merveille, une chose pins divine qii'humaine, » Ainsi parle Vasari. Il a raison ; en présence d'une peinture si admirable et tant admirée, on s’explique le temps qui fut consumé à la peindre, soit que I artiste ait subi la fascination qu'il a si bien rendue et qu'il ait prolongé à plaisir les douceurs du léte-.itéte avec celte femme cbarmanle. soit qu'il ait eu en effet de, la peine h exprimer la sérénité fière et la provocation contenue de ce visage dont le .sourire, à certains moments, parait satanique et qui nous magnéli.se encore de scs longs et voluptueux regards. Il semble (pt'aprés en avoir poursuivi le modelé jusqu'aux accents les plus délicaLs, jusqu'à des nuances imperceptibles, et l'avoir ainsi rapprochée lie nous par une vérité palpitante, l'artiste ait voulu ensuite la reculer dans le mystère de sa demi-teinte, la tenir élûigné'e de nos yeux en l'emeloppanl d'une gaze et la faire apparaitre enfin comme un n'-ve au
APPENDICE
4Al
sein d'un cliimérique paysage, sur un fond inTraiscm))lab)e de petites iniiulagnes bleues, rocheuses, pointius, taillées en cristaux et semblables à des stalactites retournées vers le ciel.
Le musée du Roi, i Madrid, po.'sède une. copie de ce portrait. Ix". fond est un rideau sombre. On dit que cette copie est de la main de Ixionard ; mais Léonard se copiait peu D’ailleurs ce portrait, qui est très-beau, est d’une conservation trop parfaite pour avoir été peint avec les couleurs de Ix'onard. Il y a, en outre, en Angleterre, en Allemagne et ailleurs, des copies de ce tableau qui sont aus.si belles que celle de Madrid, — et qui ne sont pas des copies faites par le maître lui-même.
M. Passavant cite deux copies, « l'une i|iii se trouve au palais de I Ermitage, et l’autre qui faisait partie de la collection du cardiiud Fcscli, » dans le.squelles Monna Lisa est représentée sans vètenieuts.
Ces deux copies sont une double profanation.
I,A Mosaca. — Qui est-elle, cette jeune fille ü la beauté étrange et fascinatrice, cette moiiaca qui rayonne si extraordinairement an milieu de t.int de chefs-d’œuvre encombrant le palais Pitti? Est-ce une jeune béguine dont Piline n’a jamais connu que les pensées du ciel? Kst-cc quelque bellinsima fanciulla qui cache sous la robe monacale un cœur déjà blesse ou déjà repentant?
On a dit que ce portrait n'était pas de Léonard, mais seulement d’un de ses élèves; on a dit aussi que c'est le jrortrait qu’indique Olltrocchi, lequel portrait aurait été donné, en l.bôli, au cardinal Salviati par un beau-frère de Léonard. Ce qui est certain, c’est que ce jiortrnit se trouvait dans la collection du marquis Niccoliui ; co que je sais, c’est que c’est une des plus poétiques créations du maître.
PobTBAITS DK loi'is LK MaUBE ET SA FABILLE. — Ce fut Vers 1495 que Léonard peignit la famille de Louis le Maure agenouillée sur un calvaire. I.e calvaire e-t de Montorfano, un peintte de troisième ordre : il se voit encore dans le couvent des Grâces, è Milan; mais ai la fresque de Montorfano est bien conservée, les figures de Léon.ard se sont évanouies. V.a.sari dit que rien n’était plus ravissant que les têtes des jeunes princes Maximilien et François, qui sont auprès de leur mère, la duchesse Réatrix. On ne voit presque plus rien de ces trois figures, non plus que de celle du duc Louis le Maure. Ce groupe, est encore plus rflacé que la Cène, qui est en face du calvaire.
L’œuvre médiocre a survécu, l'œuvre du génie a été détruite; singulière compensation! Oh! les trom|ierics de la science. Pourquoi
Lénnard le ehiinisle ne pi'enait-il pas à Montorfano les mauvaises huiles dont il se servait!
PonTiiMT nE Loris i.e Maihe. — Ce portrait est !i l’Anihrosienne de Milan ; il représente le duc Louis encore dans sa jeunesse ; la fipure est vue de trois (]uarts. C’est un des beaux jiortraits de Léonard.
M. Passavant, dans son Voyage en Angleterre, cite un portrait de lajuis le .Maure dessiné au crayon noir, de grandeur naturelle, et conservé il Oxford. On attribue ce licau dessin à Léonard, mais M. Passavant « croit i(u'il est d'un de ses meilleurs élèves. »
Portrait df. i.a duchesse Béatrix. — Ce portrait est, avec le précédent, b PÀmbrosienne de Milan. C'est un fin profil étudié à la manière de Ilolbein et de Van Eyck.
Je poseain point d'interrogation devant ces deux portraits.
Portraits du dic Maihmi.iki«. — Ces deux portraits du fils aîné de Louis le Manro sont l'un à PAmbrosienne de Milan, l'autre dans la famille Melxi, — ou ailleurs, car il y a eu des copies.
Portrait de femme. (Galerie royale d'Augsbourg.) — C’est une sivur delà Moima Lisa ; une sœur en beauté et en perfection artistique. La femme d'Augsbourg fait penser, comme la Joconde, !i l'éternel idéal de ce grand chercheur.
La figure est vue presque de face; la bouche surtout est d'une grande fines.«e et d’nn charme profond ; les yeux paraissent avoir été retouchés, ce n’est pins le regard primitif ; les cheveux et la poitrine sont seclemcnl ébauchés.
Portrait ne Lucrezia Crivelli. (S° 1091 du Louvre.) — Le P. Dan, dans son Trdior des merveilles de t'ontainehleau (1042), dit ipie ce portrait est celui d’une duchesse de Mantone. M. Dclécluie. liaii.s l'Artiste, a prétendu que c’était le portrait do Ginevra Henri. Pendant longtemps, et même encore aujourd'hui, on l’ap|ielle la Belle Féronière, mais, selon les plus graves historiens, la niaitressc de François 1", ii qui l'histoire a conservé ce nom, était morte ou n'avait pas l’àge de l'amour à l'arrivée de Léonard à la cour de France.
Tout autre que celui de la Joconde, et aussi attirant peut-être en sa placidité un peu farouche, est le portrait de Lucreiia Crivelli, qui si longtemps passa jmur celui de la Belle Féronière. I<es cheveux plats, la robe rouge ornée de broderies, ce visage inquiet et résigné.
APPENDICE U5
sous l'apparente inansuétuiic, comme devait te faire l'ilalie des llorgia, comme cela est loin des vagues et adorables paradis cachés dans les regards de Monna Lisa !
Dans le Codex atlantique, manuscrit autographe de Léonard de Vinci, on peut lire trois épigrammes latines au sujet de ce portrait ; il y est i|uestion do Lucrezia Crivelli, inaitrcsse du duc Louis le Maure. On sait d’ailleurs ([ue Léonard, en arrivant à Milan, fit le portrait de cette dame. L'opinion générale est donc .actuellement que ce tableau du Louvre est le portrait de Lucrezia, acheté plus tard par François 1".
C’est une belle figure, peinte dans la manière florentine, avant que le type milanais n'eùt envahi l’idéal de Léonard. Elle est moins lielle et surtout moins charmeuse que la .Monna Lisa. Elle est vue de trois quarts; ses cheveux sont lisses; le front est ceint d’une ganse noire retenue par un diamant ; de là son nom populaire de la Belle Féronière. Cette tête charmante est eu pleine lumière ; elle est d’une ex.pression un peu fière avec une pointe de mélancolie, mais non de celte mélancolie adorable que Lé'onard seul a su donner à scs visages de femmes. Les tons sont chauds et brillants, le dessin est signé Lis)nard dans chacune de ses lignes si (lures et si moelleuses ; les ombres sont presque chaudes cl presque transparentes. Aussi le docteur Waagcn dit-il i[ue c’est le plus lieau tableau de Leonard que possède le. Louvre. Opinion risquée.
Le P. Dan parle, dans son Trésor des merveilles de Fontainebleau, des cinq tableaux de Léonard qui se trouvaient dans le cabinet des peintures du château do Fontainehleau :
a r Une Îiotre-Damc avec un petit Jésus qu'un ange appuie, le tout dans un paysage fort gracieux ;
• 2“ ün Saint Jean-bapiiste dans le désert;
• 5“ ün Christ à mi-corps ;
i l* Le portrait d'une duchesse de ilantouc ;
« 5“ Le cinquième en nombre et le premier en estime, eomme une merveille de la peinture, est le portrait d'une vertueuse dame italienne nommée Monna Usa. »
Le n° i est inconnu; le n" 2 est le Saint Jean-Baptiste n“ 1084 du Louvre ; le n° 3 est mentionné aussi dans le catalogue de Lépicié, mais ne se retrouve plus ; le n* 4 est le Portrait de Lucretia Cnrelti, et enfin le n* 5 Monna Lisa, est, selon le P. Dan, « le premier en estime comme une merveille de la peinture. »
M. G. Laviron, dans un travail .sur les tableaux apocryphes publié par l'Artiste (2’ série, l. V), nie raulhenlicilo de la Belle Féro-
nièrc; il esl vrai qu'il appuie celte négation sur ropiniun que ce poi trail est celui de la femme de Jean Féron, marcliand de dra|)s de la rue Barbette, qui fut la dernière maîtresse du roi François !•'.
Ün reste M. G. Laviron considère aussi comme apocnphesla Vieriie à r Enfant et le Saint Jean- Baptiste du Louvre.
Parti pris de la critique.
Portrait dk jkisk — Ce portrait e.st dans la galerie de Flo-
rence; Bollari a cm reconnailrc le oortrail de Kaphaël, L’invenlaire de 1B55 dit positivement que ce tableau est de la main de Léonai-il ; Bitratto in lavola di un giovane di mano di Leonardo da Vinci. Selon M. Passavant, on trouve dons ce porti-ail « des couleurs Irêsempâlées, et le faire ressemble è celui de la télé de la Méduse; aussi le eroit-on un ouvrage de sa jeunesse. «
Portrait dk Ginevra Bksci. — Ginevra Bcnci était une gracieuse et charmaiile enfant, tille d'Anierigo Benci, qui fut l'iiole de laionand. G’esl elles lui que fut trouvée l'esquisse peinte du tableau de l'Adoration des Mages.
Gbirbiiidajo et Léonard s'inspirèrent souvent de. la beauté et du elianr.e naïf de la jeune fille. Gbirlandajo fit son portrait, entre antres, sur la fresque qu'il peignit à .Sanla-.Mai ia-Novella, vers 1484.
Vasari dit que Léonard fit son portrait : « Bitrasse la Ginemi d'Amengo Brnct cosa t>ellissima, ed ubbandouo il lavoro a frati. •
la> portrait de Ginevra était dans la galerie Niccoliiii; il fut aclicté par le duc de Toscane, qui le plaça dans 1e palais Pilti.
C'est un des jolis tableaux do la première manière, de labmard. Il v a de l'esprit et de l'observation dans ce dessin si pur et dans ce modelé si juste ; il j a même comme des caresses de la bros.se sur ces yeux charmants et sur ces lèvres qu'entr ouvrent un fin sourire, — ee fin et éniginatiqiic sourire que Léonard donne aux femmes, et mi'ime aux Vierges, pour les rendre plus séduisantes. Mais on a nettoyé ce portrait, et avec le glacis bien des beautés primitives ont dispam.
Le dernier historien de la peinture italienne, M. Uosini, a cru avoir clier lui un portrait original de Ginevra par Léonard. C'est une jolie ligure, d'nn style très-pur. 11 en a donné le dessin, ainsi que relui du portrait fait par le Ghirlandajo, dans son livre intitulé : Storia delta pillura italiana, esposta coi monumenti.
Palme.rini a gravé un portrait, sous le nom de Laura, ipi'on croit être aii.ssi un portrait de Ginevra Benci fait par Sandro Bottirelli.
la' niènie portrait a été reproduit en 1834 dans une édition finreiil'iie des œuvres de Raphaël Morgben, illustrées par l'almeriui.
Portrait ue César Boruia. — Co portrait est indiqué par M. le rointc lie Ut'U, qui l’a vu à Bologne en 1845. Il était dans la rollection Coraz/a. I.a notice consacrée aux tableaux de cette collection afiirnic que c'est un portrait (le César Borgia peint par Léonard; mais nous savons ce qu'il faut accorder de contiancc aux afliriiiatioiis des notices et des catalogues. Cependant M. de Betz dit qu'il a bien reconnu dans ce IKUtrait, i|ui est très-beau, la maiiière de Léonard, la's yeux surtout n'ont pu kre peints que par ce niaiire; Léonard savait seul dunner au regard cette puis.sance étrange qui tous attire et qui vous retient devant ses ligures.
Lorsque le comte de Betz vit ce fiortrait, on voulait le vendre et un en demandait un prix énorme. Qu'est-il devenu depuis 1845''
Cartoos-portraits de l'Ambrosierne. — Il y en a six, de grandeur luiturelle, dessinés au crayon noir, rehaussé de jiaslel.
Co sont : — le portrait d'un jeune liomnie, vu de trois quarts. Un croit assez généraleincnt que c'est le portrait de François 5lelzi; — une tète de feinine, vue de face. Elle est très-belle, quoiqu’elle ait les yeux baissés. Par un singulier sentinieni, sur la marge les yeux ouverts .vont indiqués.
Les autres cartons sont des éludes nu des (lortraits de femmes. Il y a une demi-figure couronnée du lauriers ; une autre tient la main sur son cœur ; les deux dernières ne sont que des études de lèlc.
M. Charles Clément indique à l’Ambrosicmie deiiJC porlrails, (le Jean Galeazio et de sa femme Isahelle d' Annjon, deux tiers nature, à l'huile, sur panneau de châtaignier. Celui de Jean a, dit-il, beaucoup souffert; celui d'Isabelle, un peu plus haut, est parfailement intact. Elle est représentée de profil. < I.a peinture est tn''S-claire, sèche, et d'une incroyable précision. «
Portrait iiD CHATEAU DE Windsor. — C’est une belle tète de vieillard, sans liarbe, modelée avec une grande finesse, et dont les lumières sont nettes et vives. On l'attribue à Léonard. M. Passavant doute de son authenticité, tout en reconnaissant cependant que ce portrait était placé trop haut pour pouvoir se prononcer d'une manière absolue. Cette raison, ou plutôt ce manque de bonnes raisons, ne prouve pas que ce tableau soit apocryphe.
Portrait de Charles VIII, ou fortrait de Ciiari.es d'Ahdoise. (N° 1 09U du Louvre.) — Co tableau a été désigné d’abord comme étant le portrait do Charles Vlll; ensuite on a prétendu que c’était le portrait de
Louis VII; enfin, iraprès M. Le Blanc, le pcrsniinafîc reprcsentô sérail Charles d'Aiiiboise, de Chaumont, maréchal du France, gouverneur du duché de Milan. Ce favori de Louis XII éfiiit mort en 1511, à trente-neuf ans, et, n’étant entré, avec, le roi, (|u'en 1509 à Milan, on en conclut que ce portrait a été |ieint de 15U0 à 1511.
M. Waagen et M. Bassavanl pensent que ce portrait doit être allrihué à Jean-Antoine Beltraflio, un des bons élève.s de Vinci.
Hillemacher a publié, en IRifi, une eau-forte de ce portrait, avec la légende : Charles Vlll, roy tU France.
PoiiTRAit DE LV CALEniE DE Dresde. — Co lablcau, dont Jacob Fidkema a fait une bonne gravure sous lu titre de : Porirail d'uil guerrier, ru rte face, est le portrait, selon Lomaz/o, du général Jean- Jacques Ti'ivulce. Ce portrait aurait été fait après la bataille d'Agnailul, où le général Trivulce, alors Agé de soiiante-qnatrc ans, coinniandait l'avant-garde.
Selon d'autres critiques, ce portrait est celui du due Louis le Maure; d’après M. Passavant ce serait le portrait de M. Morelt, orfèvre et joaillier de Henri Vlll d'Angleterre. A l’appui de cette dernière opinion, on rappelle que Hollar l’a gravé en 1047 avec l’indication du nom de Morelt ; ce tableau était alors dans la collection de lord Arundel. Il faut remarquer que, d’après M. le comte de Bell, il y a au palais Pitli, dans le salon de l'Iliade, sous le n' 207, un portrait d'homme attribué à I.éonard et appelé VOrfdvre; pourquoi ne sciait-ce pas celui-là qu’aurait gravé Hollar?
Mais si l’on n'est pas d’accord sur le nom du personnage représenté par le portniil de la galerie de Dresde, on ne I est pas davantage sur le nom du [leintre ; les uns nomment laionard de Vinci, les autres Jean Holbein. M. Viardol, dans ses Husdes d' Allemagne, dit i|ue le mérite de < e portrait est égal à celui de la Joconde ; mais d'autre.s critiques pensent que c’est un llolliein. Si c’csl le portrait de l'nrfévre de Henri Vlll, cette deniière opinion serait la plus vraisemblable.
Au reste, c'est une lielle figure, d’un teint brun, avec une barbe rons.se que l'àgc a déjà blanchie ; il a un manteau bordé de fourrure, porte son chapeau avec fierté, tient d’une main son épée et son gant de l'antre.
Portrait de femiie, à Anvers. — M. Rigollot dit qu’il a vu ce portrait à Anvers chez un vieil amateur de curiosités. C’est une figure de femme, assise, un peu moins grande que demi-nature. Le propriétaire
APPENDICE
lii; ce. laljlcuu raltribuail i Léonard et crnyail que cV'tail le pnrirait d'une duchesse de Milan ou de Mantouc. Il était lelleinenl convaincu de son authenticité qu'il voulait le vendre IUO,000 francs et qu'il en avait rerusé 00,000.
Pourquoi le chercheur ne nous fait-il pas connaître son opinion?
l’oRTBAiT DE M.-A. DELLA TüBRE. — Marc-Aiiloinc délia Torre, professeur d'anatomie, fut le maitre, l'éninle et l'ami de Léonard. Ce n'est donc pas san.s raison i|u'on suppose que son portrait a dû être fait par le grand peinti e. Mais est-ce bien ce portrait d'hoinmc conservé h l'Amhrosienne qui e.st le portrait du célèbre profe.sscui , mort de la peste en t5l2'/ [lien ne prouve celte assertion, cl ce portrait, dit M. Passavant, « est trop faible de dessin et de modelé, la draiierie en est trop roide pour [louvoir l'attribuer à Léonard lui-niéme. Il est A l'huile et a été entièrement repeint. »
Portrait d'hobme vêtu dk bouge. (N* 155 du Dulwich-College de lamdres.) — Dans son livre Ktnistwerke und Ki'mstler in Englimd, M. le docteur Waagcn parle de ce portrait, qu'il donn« cotinnc une leuvre de ücltraflio.
Tète de femme, de la galerie d'Orléans. — Dans les planches publiées |iar Couché en 1780 sous le titi'c do : Galerie du Palttü- Rotjal, on trouve, apres la Flore de Léonard, une Tdte de femme attribuée au même maître. Ces deui figures sont les deux premières de la Galerie. La Télé de femme est actnelh’iitent dans la galerie de lord Kgerton. On s’accorde à la donner A Luini, cet élève de Léonard qui a tant fait de Léonards !
Portrait de jeune femme. — C’est un Beltraflio, selon MM. Waagen et Passavant; ce dernier a même trouve, dans les ornements de la rolH', le chiffre de l'élève de Vinci.
Ce portrait, qui est une des plus belles pages de Deltraflio, représente une jeune feiumc dont les cheveux lomhent sur l'épaule. Il est d'un beau caractère cl d'une .science très-réelle. Beltrallio, i(uoiqne élève de Léon.ird, peut être considéré comme le dernier gi and représentant de la vieille école lombarde, une école d'un caractère sérieux, où la science de l'exécution était sincèrement professée par Icsmaiires, et respectée par les élèves.
Poribait de Jeanne d'Aragon. — La reine Jeanne est morte, déji
4iS
A l> P E N II 1 C E
vi«illc, en 1435; il p.irait donc peu probable que le portrait de I galerie Doria. ainsi qu'un autre qui se trouvait à Rome — tous deux attribués à Léonard d'après une indication d'Ainoretli — aient jamais été des portraits de cette reine.
Je ne trouve pas beaucoup j>lus justiliée rupinion de M. Passavant, c|ui prétend que le |>oitrait de la galerie Doria représente bien Jeanne d'Aragon, mais que c'e.st une copie d'après le tableau de Raphaël i|u i est au Louvre. Cette copie, selon M. Passavant, aurait été faite par un élève de Léonard, qui avait pris le .soin de donner à la tête « l'expression de sourire propre à l'école de ce maître. » — «La tète est d'ailleurs, ajoute-t-il, très-bien faite, tandis que le reste est roidc de dessin et sec de couleur. » En quoi celle dernière obsi’rvatiou prouve-t-elle que c'est une copie faite par un élève de Léonard? Et puis Raphaël, bien plus jeune que Léonard, a-t-il pu faire le portrait original de Jeanne d'Aragon, qui était vieille bien avant 1435'^ Raphaël n'était pas né.
PoRTctiT DU cR.\Ncei.iER Morom. — J'ai peu du foi dans les portraits de ses contemporains attribués h Léonard. Il est certain que la plupart sont apocryphes. Léonard peignait lentement et il choisissait ses modèles; après ses protecteurs, il ne les cherebait plus que parmi les plus belles.
On cite deux exemplaires d'un portrait du cbancelicr Moroni. C'est un pei-sonnage revêtu, il est vrai, de la robe de chancelier, mais Jérome Moroni ne fut nommé à la vice-chancellerie du duc .Maximilien qu'après 151 'J; or, Léonard n'était plus à Milan à cette époi]UC.
Ces deux prétendus portraits du chancelier Moroni sont : l'un à l'arme, cliez le comte Sauvitali; l'autre è Milan, chez le duc Scotti Gallerati. Le premier provient de la collection du duc de Modène; je le crois attribué faussement b Léonard. Pour le second, il n'y a pas à douter de son peu d'authenticité.
Portrait de ferre, de l'ancien Cabinet du roi. — Lépicié, dans son CntalogUf. raisonné, parle ainsi de ce portrait :
« Item... Une tête de femme de profil, nommée communément :
• la ItcUe Péronière, • Cette femme a pour eoifl'ure une toque do velours rouge, bordée d'une espèce de broderie en or et terminée, du cété de l'étoffe, par un rang de perles. Un voile noir accompagne la toque et tombe sur les épaules. La robe est d'une étoffe gros bleu.
• Ce prolilest d'une précision étonnante, et ne laisse rien b désirer pour le lini de l'exécution. »
Voilà ce que dit I.épicié de cette BelU Féronière. Est-ce vraiment 1111 original? Est-ce une copie arrangée? D’après M. E. Soulié, conservateur-adjoint du musée du Louvre, • ce portrait existe encore dans les magasins du musée, où il est considéré comme sans intérêt. Son estimation est portée, sur l'inventaire, à 150 francs, et lors du dernier classement il a été jugé indigne de figurer parmi les chefs-d’œuvre de la galerie. »
Le nouveau catalogue du Louvre attribue, sous le n' 488, ce portrait à V école de Léonard.
Vasari cite de Léonard les portraits d’Améric Vespiice, de Saraimiccio et d’Artiis, valet de chambre de François 1"; ce dernier portrait a été très-remarqué chez Pagave, à Milan.
Bcste de sai.vt Jeam. — L’Italien Conca cite « une tète d’un jeune saint Jean, qui existait dans le palais du roi d’Espagne. » — Mengs parle, dans ses Œuvres complètes, d’une télé de saint Jean-Bapti.stc adolescent qui appartenait à la princesse des Asturies.
Le saint Jean de Conca n’est-il pas celui de RaphaCl .Mengs?
Félibien, dans ses Entretiens sur Us peintres, dit qu'il y avait à riiétel de Condé, « dans le cabinet de M. le Prince, une tête de saint Jean-Baptiste, i Elle avait été faite, suivant lui, à Florence, vers 1515, par Léonard de Vinci, pour un gentilhomme du duc de Florence, appelé Camille degli .Vlbizzi.
L'ahbé Lanii, qui avait vu plusieurs de ces tètes de saint Jean- Baptiste, dit qu’on ne peut affirmer qu'elles soient de laionard.
M. Passavant ne te prononce pas, non plus que M. Bigollot, non plus que beaucoup d’autres historiens et critiques de l’art italien. Il est probable, cependant, que .Mengs ne pouvait trop se tromper, et, d’après les éloges qu'il donne du saint Jean-Baptiste de la princesse des Asturies, on peut croire que Léonard avait mis la main à « cette glande étude de clair-obscur. •
Sai.it Jérome es réritence. (N* 750 de la collection du cardinal Fcsch.) — Ce n’est qu’une ébauche, préparée comme VAdorulion des
Mages. Saint Jiirùme est gcnnux dans une grotte ; un lion est li coté de lui. La tète seule du saint est modelée.
M. Passavant, dans ses notes," dit que « Gerli {Disegni di l^onardo, etc. Tab. t) a publié un dessin qui parait être une esquisse pour la figure de ce tableau. »
Il ajoute : « Ignatins Ilugford, peintre anglais habitant p'iorence. [lossédait une terre cuite d environ 65 centimètres de hauteur, repri^ sentant le même sujet, et qui a été reconnue pour un ouvrage de Léonard. »
Malgré Gerli, malgré)!. PassavanI et malgré la terre cuite de llugford, je doute un peu l)eaueoup de l'authenticité de ce Saint Jérôme. .Nous savons trop que le catalogue du cardinal Fesch n'était [las toujours un catalogue d'Évangile.
M. Charles Clément raconte que longtemjis le cairdinal n'avait eu que la lète du saint, qui avait été coupée dans le panneau, cl qu'il trouva un jour chez un brocanteur de Rome, le reste du tableau • ayant encore le trou carré dans lequel s'adapta exactement le uiorccau qu'il |K)ssédait. » — Je crois que le cardinal avait été mis dans le panneau.
Tète de s.unt Jevji. — Voici ce que dit M. Passavant dans une de ses notes manuscrites :
• La tête tranchée de saint Ji'an-Baptiste, sur un plat, qui se trouve dans la collection de l'Ambrosienne, è Milan, est très-finement exécutée, mais parait faile par un élève d'après un dessin de Léonard, vu que le raccourci n'est pas senti. Les lumières des cheveux sont rehaussées d'or, ce qui ne se trouve sur aucun des ouvrages du maître. »
Cette tète de saint Jean, dont peu de critiques se sont occupés, doit être mise parmi les plus ilouteuses pages du grand livre qu’a laissé I.éonard.
IlÉRODiADBS. — Une llérodiade qui a passé longtemps pour être de Léonard de Vinci, est celle qui existe dans la tribune de la galerie de Florence. Il est è ]ieu près reconnu maintenant par tous les critiques que c'est le chef-crcouvrc de Beruardiuo Luini. élève et imitateur de Léonard, et dont la plupart des tableaux ont été attribués il son maître. Ils sont souvent presque dignes de cet honneur, et Y llérodiade de Florence est assurément une îles plus belles créations de l'art. Les figures sont !i mi-corps, llérodiade saisit la tête du saint, que le bourreau vient lui apporter; une suivante est auprès de la belle-fille d'ilérode.
APPENDICE
Il y a ilans Ci! tableau une énergie il'expieskiun et une habileté de brosse des plus remarquables.
Le cliJiteau rnyal de Hanipton-Coui l possédait aussi une llèrodiade attribuée ù Léonard de Vinci. Mais lo docteur Waagen attribue cette ib‘rniére. qui ne ressemble en rien, quoii|ue assci belle de Ion, 5 l'Wérodiiide de Florence, au lleltraflio, un des élèves de Léonard.
On a cité aussi une Héiodiude du cabinet de .M. Collol, ancien directeur de la Monnaie. Celle-ci est une reproduction de l'Herodiade de Hainplon-Court. « Si elle n'est pus de Li'onairl, elle est digne de l'etre, dit un critique plus ou moins français ; elle est d'un ton plus clair, pins transparent et plus lin que celle de Hainpion-Court, et si cette dernière est de lleltraIBo, il pourrait bien sc faire que colle de .M. Coilot fût de Léonanl. •
Le catalogue des tableaux de la galerie impériale de Vienne attribue trois llèrodiade!^ à Léonard de Vinci, mais ce n'est là qu'une luunilieenee de livret.
Aucun de ces trois tableaux n'est de Léonard ; ils sont tous les trois de son école. Il est difficile d'y meltre une signature d'un élève connu. M. Passavant attribue une de ces tiérodiadea à Cesare da Sesto.
Il y avait dans la galerie d'Orléans une copie de ÏHèrodiade de Vienne ; la galerie de Dresde en possède une aussi, mais en grand buste seulement.
Le n* 12'd7 du Louvre est une Salomé, lille d'Ilérodiade, d'André .Solario. Ce tableau fut souvent attribué à Léonard, mais il est certain qu'il fut acheté par Louis XIV comme une oeuvre de Solario. C'est un des bons tableaux dus à l'inlluence de Léonard de Vinci, quoique Solario ne fût pas son élève.
Ce tableau a, suivant la Si'liee des tableaux recueillis eu Lombardie, appartenu à Richelieu.
Ilèroitiade d'Amiens. - - D’après le docteur RIgollot, « il se trouvait à Amiens, chez u amateur, un beau talileau ayant pour sujet llérodiadc tenant un plat dans lequel le bourreau va poser la tète de saint Jean-Baptiste. Une vieille femme, coiffée d'un turban, répond du geste au regard c llérodiadc ; deux autres ligures se voient dans le fonil. > Ce tableau pi ovenait de la vente de M. Lafontaine, qui l’avait eu, croit-on, de Georges IV, en échange de tableaux hollandais et flamands que recherchait le roi d’Angleterre. D'après le catalogue de la vente, on pourrait croire que ce tableau avait fait partie de la collection de Charles I"'. On l'attribuait alors à Léonard, mais il n'était pas de lui.
EnFAirr JfcüS df Uoi.ot.ae. — Vas.iri parle d'un enfant que Léonard a peint pour ine,<iscr Baldassare TurinI, de l’escia. C'e.sl petil-ètrc ce passase de Vasari qui a porté l'alibé I.anzi à citer, dans son loin’ de la peinture italienne, comme authentique, t un Enfant lésnn couché dans un riche berceau, orné de perles, qui est à Uolopne, au palais, dans les appartements du gonfalonier. • Ce tableau n'a d'autre partie nue que la tête de l’enfant, qui est très-éclaircc, ce qui rappelle la pleine lumière où nage la ligure île Liicrelia Crivelli. Uenri Beylc, qui n’y regardait pas toujours ù deux fois, dit qu'il croyait que cet Enfant était de la première manière de la>onard; mais il ajoute qu’il n’y a rien là de son style connu. Selon Vasari, < cet enfant était merveilieusejnent beau et gracieux. »
La dispute de Jésus avec les doctkuhs, oc les quatre Pharisiexs. (Musée national de Londres. — Ce tableau a fait partie de la collection Carr; il prorient delà famille Aldobrandini.) — Encore un beau Luini qui a passé longtemps pour un Léonard de Vinci ! Au quinzième et au seizième siècle, les élèves marchaient de près sur les pas de leurs maîtres, t Ce ne fut qu’après la publication de VHistoire de la peinture italienne, de l’abbé Lanzi, qu’on commença de s’occuper des peintres du second rang, dont il avait révélé le premier les mérites, les miivres et les noms. • L'abbé lanzi fut le prophète et le reslauraleur des Luini, des Salai, ùcs Solario, des Oggione, des Cesare da Sesto, pour ne citer que les principaux élèves de l,éonard de Vinci.
< Aussi, mainlcnanl qu’on sait discerner ce qui est particulier à ces artistes, dit M. AVaagen, quelle est l’aMivrr authentique de Léonard dans laquelle on trouverait cette couleur des chairs si chaude, si brillante dans toutes leurs parties? Et cette teinte locale des draperies rouge et bleue, où la trouvera-t-on aussi pure, aussi entière, aussi bien nourrie? Mais quelque beaux que soient les traits du Christ, et quoiqu’ils rappelleul en général le type bien connu de l’école de Léonard ; quoiqu’il y ait dans la figure une légère teinte de mélancolie, elle manque de cette profondeur de caractère, de ce grandiose que Léonard savait imprimer à ses «euvres. Le modèle et le dessin sont beaucoup trop faibles pour qu’on puisse les lui attribuer, autant du moins qu’on peut le reconnaître au travers des malheureuses restaurations que ce tableau a subies. Le front, les joues et les mains du Christ ont surtout souffert de cette méthode des restaurateurs italiens, qui consiste à repiquer les carnations avec un vernis coloré qui leur donne un vernis insignifiant et une vaine apparence. La foule peut être
APPESÜICE
séduilc par ce procédé, mais il afflige les véritables connaisseurs qui reclierchent en vain les traits du pinceau et le modèle primitif. >
DWgincourt dit qu’on attribuait la Dispute de Jésus avec les docteurs à Bernardino Luini, mais qu’il te croit de Léonard. 11 le décrit ainsi dans son Histoire de l'Art : < C'est un tableau dont le sujet est confus, obscur et mal disposé; les personnages sont à ini-corps, te Christ est représenté de face, son visage est doux, noble, mais un peu féminin, malgré sa barbe naissante; il a un vêtement de soie couvert de bijoux. ■ — Après cela, pourquoi persiste-t-il è l'attribuer è laionard?
L'ne belle copie de ce tableau est au palais Spada, à Rome.
TiïEs DE Jésus-Christ. — Dans son « Catalogue des tableaux du roi, f Lépicié mentionne une demi-ligure du Christ portant la boule (lu monde dans sa main gauche, et bénissant de la droite. Il annote cette ügiire comme très-faible.
tableau fut gravé à l'eau-forte, en tli.'iO, par Venceslas Hollar; et il fut donné au musée de Nancy en l’an XI.
Le Magasin pittoresque, année 1849, a publié de ce tableau une gravure en bois faite d'après un dessin de Granville. Une notice de M. de Cheiievières-l’ointel accompagne cette gravure.
D'après M. Passavant, « il se trouve différentes tètes ou bustes du Christ de prolil, portant la croix nu tenant un globe ; ce ne sont que des productions de l'école de Léonard. >
Tête du Curist. (Musée de Brera.) — « Jamais, dit W. G. d'Adda {Gazelle des beaux-arts, août 1868), jamais le sentiment inspiré par la dignité et la vérité de la religion n'a été poussé plus loin que dans la Tête du Christ du musée de Brera. ■
Faut-il appliquer 6 cette tète l'opinion de Passavant, qui rejette dans l’école de Léonard toutes les têtes de C/irtsI attribuées au maître?
Gault de Saint-Germain cite une Tête du Sauveur, chez le prince Lichtenstein, à Vienne, regardée par Winkelmann comme une des plus remarquables productions du génie, comme un modèle sublime de beauté virile la plus accomplie.
Madoxe de Lucgi es. — C'est une petite ligure que l'on conserve à Lucques, dans la casa Buonvisi. On la regarde comme une œuvre de la jeunesse de Vinci — de sa première époque, dirait Beyle. M. de Kuinohr en parle dans ses Deeherrhes italiennes. i On y a trouvé, dit-il, la trace de ces efforts pour tout exprimer qui sont particuliers
ï ce tnailre, et en outre quelque similitude de forme avec celle des peintures florentines du temps de Dominique Gliirlandajo. »
D’api'ës le telle indinc du critique allemand, on peut douli>r lieaucoup de l'authenticité delà Madone de Lucijues.
M. Clément cite aussi une Tête de madone, au musée de l'arme, petite nature, grisaille.
VnnoK DK Saisi-O.m rHE. — ü’Agincourt parle de cette Vierge peinte à fresque sur une croisée du couvent de Sainl-Onufre, h Komc. Cette Vierge tient une fleur qu'elle offre à l'Cnfant Jésus. Elle a été restaurée par r’alniaroli, cl on a doré le fond. Cn buste est au-dcs.sous ; d'Agincourt dit que c'est le buste du donataire.
Autant qu'on on peut jugera travers la restauration de Falmaroli et les marques du temps, cette peinture ressemble beaucoup, comme sujet et mémo comme exécution, aux tableaux de lairenio di Credi, condisciple de Léonard. M. de Runudir en conclut « (pic c'est un ouvrage de la jeunesse de léonard, et qu'il en résulte qu'il a fait un séjour 5 Rome avant d'aller à la cour de Louis le Maure. »
Si Léonard n'est allé 'a Rome pour la première fois qu'on 1014, cette fresque serait de sa < troisième époque, • ce qui me semble plus que douteux.
Carton de Saintk-A.nne. (Académie des beaux-arts de Londres. — Gravé en 1798, par Auker Smith.) — C'est une hi.stoire a.ssez compliquée que celle de ce carton, qui parait ne pas avoir été unique. Vasari raconte le premier chapitre de cette histoire avec beaucoup de détails : il donne une description Irès-éirndue et très-adniiralive de cette oeuvre. Hais, apri'S Vasari, les ténèbres tombent sur riiisloire du carton de Sainte-Anne. L'abbé Lanzi dit qu'il le croit perdu; Loniazzo. dans son Traité de la peinture (UiSt), dit que ce carton se trouvait è Milan, chez le peintre Aurelio Laurino, après avoir été en France. Vasari dit aussi que le carton de Sainte-Anne vint en France. .Mais Lomazzo cl Vasari parlent-ils bien de ce carton « <]ue Léonard composa pour les Serviles de Florence, et qui devait servir à exécuter le tableau du maitre-autel de l'Aunnnziala? > Il est certain, d'après M. Waagen, que La'-onard et ses élèves ont souvent exécuté des com- ((ositions ■ analogues, mais cependant differentes. >
Le P. Sébastien Resta vient augmenter les doutes : < Ixtuis XII, dit-il, demanda, avant l'an lùOO, un carton de Sainte-Anne il laionard, qui se trouvait alors auprès du duc Louis le Maure, è Milan. Ge peintre lit une première esquisse, qui est chez MM. les comtes Arconati,
h Mibn. Ensuite il tit ce second carton, dont je parle, qui m'appartient et qui est plus terininé. Il est conservé, comme on le voit, (|uuiqn'il ait à peu près deux cents ans. — Léonard étant ensuite venu demeurer 5 Florence, après la mort de Louis XII, 5 qui il n'avait pas envoyé cet ouvrage, il en fit un Iroisiéme, encore plus achevé, qu'il lira de celui-ci et qu’il envoya au roi Fi-ançois I". »
Le P. Resta ajoute que ce fut d'après le carlon qu’il possédait que Malaï, élève de Léonard, fit la « belle copie en peinture » que l'on conserve à Milan, dans la sacristie de Saint-Celse.
Cependant la descrijition que nous a laissée Vasari peint bien le carton de Londres. On retrouve le génie du maître, qui marque de son empreinte ce dessin tout entier. « Il excita, dit Vasari, l'admiration générale lorsqu’il fut exposé à Florence, vers l'an 1502. s C'est un dessin aux crayons blanc et noir; les tètes sont moins gixindes que nature ; la |>erfection du modèle est admirable, mais il est inachevé. la's extrémités cl les draperies delà Vierge sont 5 peine indiquées. Ce dc.ssin, du reste, est très-dégradé. La Vierge tient l'Enfant Jésus sur ses genoux; le bambiuo regarde le petit saint Jean qui joue avec un agneau. Sainte Anne, assise à coté de la Vierge, regarde sa fille avec extase; de la main gauche elle montre le ciel. « Son .sourire, dit Vasari, indique l’excès de sa joie en voyant que sa progéniture, qui était de la terre, est devenue céleste, »
La \ lERGK DK Mlnicu. (S* 567 de la pinacotbèquo.) — Vasari raconte qu'il vit chez messer Julio Turini un petit tabli au de Léonard. < C'était une Madone col figliuolo in braccio. » Elle avait été peinte avec un soin extrême, mais le tableau était déjà très-altéré. Il avait été fait pal Léonard, à son passage à Pescia, quand il alla de Milan à Rome, pour messer Baldassare Turini. Il avait peint aussi un petit enfant « merveilleusement beau et gracieux. »
Ün a dit que cette madone se trouvait dans la galerie de Dusseldorf. Cette indication de Vasari se rapporte -l-elle « à la Vierge, assise sons une grotte ouverte dans un paysage, qui tient avec le bras droit l’Entinl Jésus, couché à coté sur son manteau. i> Cette Vierge est celle qui porte le n' 567 de la pinacothè<|ue de Munich. Elle se rapproche de la Vierge aux rochers ia Louvre.
Dans son livic de l'Arl en Allemagne, 51. Forloul parle de cette Aladone de Munich, m'attribue h Léonard cl vante « son délicieux coloris. > — «Ces expressions, remarque 51. Rigollot, suffiraient seules pour faire douter de son authenticité, t N. le docteur Rigollot est un |Hirisle ; sans l'être autant que lui, je pense que cette Vierge de Mu-
APPENDICE
A5fi
nich nVst pas la niailunc col figliuolo in braccio, dont parle Vasarl. — Qu'est dercnu aussi lel enfant « merveilleusement beau, » si ce n'est pas celui de Bologne?
La ViEBOE AU BAs-BEUEF. (Gravée en 1835, par M. Foi-ster.) — Cette Sainte Famille, qui parait êire une répétition du tableau de l'Ermitage, appartenait, vers 1835, au marchand de tableaux Wooilburn. Elle futaclietée par lord Monsolin.
Bien que M. Passavant dise de ce tableau : « Il est un des mieux conservés de Leonard, le dessin en est exquis avec les couleurs encore fraiebes; c'est une oeuvre admirable et originale, a ou peiil ne )ias le regarder tout b fait comme autbentique.
Est-ce l'exécution très-babile d'un carton de I,éonard ?
Les figures sont rondes, les tons chauds et brillanlés, |ps expressions un peu étrangères au style de Léonard. Cette Sainte Famille ne coinpo.se de la Vierge, de l'Enfant Jésus, du petit saint Jean, de Joseph et de Zacharie. Il yr a à Milan, dans la galerie du duc Mel/I, une Sainte Famille toute |iareille. On l'attribue b Ce.sare da Si-sto, dont V Adoration des Mages, du musée de Naples, a pour groupe principal une sainte Famille toute semblable. La collection du cardinal Fescb avait une autre copie de ce tableau qu'ou a appeb'-e la Vierge nu bas-relief, bien que le bas-relief ne soit qu'un des moindres accessoires.
On a pensé que le tableau si magiquement reproduit par M. Forsli r était de Liiiiii. Le FitXrWilliam Muséum possède une jolie copie réduite de cette Sainte Famille.
La Saibte Faniixe de Madbid. — Nous devons la connaissance de cette « œuvre capitale » b M. Viardot. 11 l'a peut-être un peu trop vantée. C'est dans son livre des Musées (TEspagne, d' Angleterre et de Belgique, publié en 18J3, que M. Viardot exalte, c'est le mol, cette SeiitUe Famille. Sans doute qu’il en a eu quelque regret, et qu'il a, par compensation, cru devoir nier complètement la valeur de la Sainte Famille de Saint-Pétersbourg, dont il a parlé l'année suivante dans son livre des Musées d' Allemagne, et de Biissie.
la solidité et la parfaite conservation vantées par M. Viardot me donnent des doutes sur l'originalité de ce tableau ; les œuvres de Léonard ne sont pas, eu général, ni si solides ni d'une si belle conservation. M. Kugler n'a pas été convaincu non plus, car il ne mentionne pas ce tableau dans .son catalogue des principales œuvres du museo ilel
APPENDICE
Hey, iiubliù dans le tome 11 des Handbuch der Geschichte der Mnlerei.
M. Viardol dit que celle Sainte Famille est peinte dans la manière de la Modestie et la Vanité, du palais Seiarra. Il fait d'ailleurs un f;rand éloge de ce dernier tableau. Mais M. de Rumohr l'attribue !i Salai, et Funiagalli dit qu’il a été peint par Luini. — N'est-ec pas une double raison nouvelle de douter du tableau de Madrid ?
ViKRce UE U GALERIE Estekhazï. — C'est une Vierge entre sainte Barlic et sainte Catherine; Elle soutient l'Eiirant Jésus, qui prend un livre sur une table. Elle a été gravée en 1827, par Steinmuller. M. Passavant dit • qu'on s'accorde & l'attribuer è Luini. >
C'est un groupe ù mi-corps, qui rappelle, selon M. Viardol, la Sainte Famille de Madrid, et qui est presque son égal par l'importance et la beauté. « Cependant les trois tètes de femmes se re.s.scmblent singulièrement et sont le même tvpe è peine varié. »
Encore un Luini à retirer des œuvres de Léonard, dont la main n'a peut-être été pour rien dans le dessin ou dans le carton primitif de ce tableau.
Vierge de Naples. — Cette Viei-ge n’est encore connue que par M. Viardot, qui en dit peu de mots : il se contente de nous assurer que cette Madone, qui tient l'Enfant Jésus sur scs genoux, est admirable, et qu'il la croit une acquisition peu ancienne.
Cela n'est pas un brevet suffisant d'originalité.
Cette Vierge, indiquée par M. Viardot comme étant de Léonard, est le tableau représentant la Vierge avec l'Enfant Jésus, de Bernardino da Luino, placé sous le n° 3b6 dans la salle des chefs-d'œuvre du musée de Naples.
Sainte Famille de Llini. — Ce tableau a été gioint sur un dessin de Léonard. Le cardinal Borromée dit qu'on conservait de son temps le modèle en terre que Léonard avait fait pour la ligure de l'enfant.
Ce tableau, qui est très-beau, mais qui est reconnu pour être de Luini, a été au musée Napoléon sous le n* 1035. On le trouve gravé dans les Annales de Landon. C'est une Vierge assise sur les genoux de sainte Anne ; elle tient dans ses bras l’Enfant Jésus, qui semble bénir .saint Jean. Saint Joseph regarde cette scène avec recueillement.
Ce tableau, malgré les assertions du cardinal Borromée et malgré le prétendu dessin de i.éonard, me parait devoir rester tout entier 'a l.iiini.
I.uiiii avait aans iloute cuiiiposû celte Sainte Famille sur le carton <lc Sainte Anne. « Liiiiii, dit un ciiliijue, sc serait conteiilé d’y ajouter sailli Josepli et de supprimer l'agneau et les pieds de la Vierge et de sainte Anne. •
ViEBut: SI' uns.\TsiRE. — Lépicié donne ainsi la description de cette Vierge dans son Catalogue raisonne des tableaux du roi de France : < lierge tenant l'Enfant Jt'sus. La Vierge, dans une attitude simple et élégante, tient rKiifanl Jésus, auprès duquel on voit saint Jean. Sur le devant du tableau, le peintre a placé un hoiniiic à genoux, faisant un acte d'adoration. Le fond, dans lequel on voit quelques fabriques, o.st à moitié couvert par un rideau. Indépendamment du grand rarartère du dessin, on trouve dans cet ouvrage celte grâce et cette vérité que U'Onard a su mettre dans les expressions des ligures. •
Ce tableau a été donné, en l'an XI, au nius('*o do Bruxelles, qui a négligé de nous le rendre.
Faut-il s’en rapporter à Lépicié, et classer celle Vierge au nombre des u’Uvres uulbentiqiies de Léonard.
ViEiiGF. UE i.oBD Ashdcbtox. — Cette Vierge a fait partie de la collection du général Sébastian!, après avoir été dans la chambre du prieur de rFseiirial. M. Waagen l'attribue à l.uini. Klle appartient aujourd'hui à lord Aslihurton, qui la croit de Léonard avec l'asM'nlimcut de plusieurs critiques, lii ange soulève la couverture d un lit où le divin enfant est endormi sur les bras du sa mère ; le petit saint Jean et un ange regardent. Les figures sont de demigrandeur ualurelle.
Vierge ne pelais Albam. — L’ablié lainzi et Itapliaêl Meiigs parlent de celle Krcrge; Lanzi dit qu’elle aune grâce iiiq)os.sible à di’arrire; Mengs prétend qu’elle est au-dessus de tous les tableaux de la galerie Albani. .M. Passavant dit tout siiupleinent qu’elle ne peut cire que de Luini < ou de son école. ■
C’est une Vierge qui semble demander â l'Enfant Jésus une tige de lis avec laquelle il joue : renfanl se, recule jiour ne |ias la donner. Cette compusitioii est très-gracieuse, mais est-ce bien là le génie de Léonanl de Vinci ? C'est plutôt l’esprit de Sulario.
ViiBCE d'Altostoweb. — M. Passavant (Ennstreise dnreh England und Uetgien) cite un petit tableau de laionard con.servéà Altoiilovver, résidence du comte de Shrevvsbury. • C’est mie Vierge tenant
Goo. le
iur snnseiii l'Enfinl Josiib qui saisit un inilU'I. Le paysage représente dans le tond le lac de Coinu, et sur le devant un jardin ; la madone, a une rolie noire et un manteau jaune. »
ViEROE DE U GALERIE PouRTALÈs. — f.i'. Bulletin dc rntHaiii't (L'S arU (t. I, p. 50) cite cette Vierge, attriliuée à Léonanl. Elle a appartenu i la couronne d'Espagne, et elle a été achetée pour un Luini à la vente Pourtalès. • C'est une Vierge qui s'incline devant Jésus en lui orTrant une (leur, t
Vierge d'.V.vdré Solario. (X* 1228 du Louvre.) — Celte Vierge, signée : Andréas de Solario fec., et qui rappelle si bien G. Ferrari, le maître de Solario, doit être un peu attribuée à Léonanl, car, dit M. I*assavant, • il existe do ce maître un dessin b la sanguine de demi-grandeur naturelle, dans la collection de l'Ainbrosieniic, qui a servi pour beaucoup de bibleaux faits à Milijn par scs élèves ou ses imitateurs, mais qui sont inférieurs b celui du Louvre. Ce dessin de laionard a été gravé par Gerlj . «
Mais André Solario n'en a pas moins une belle part dans ce tableau, oii l'école lombarde est là tout entière, avec sa légèreté, son charme inimitable, sa transparence, sa clarté et sa brillante coloration.
Il faut donc laisser à Solario cette page du Louvre, dont les lignes ont pu être inspirées par Léonard.
Vierge de la galerie Brbiu. — Elle est ainsi indiquée d'après une note de M. Passavant :
■ La Vierge avec l'Enfant Jésus , dans un paysage ; tableau seulement préparé, autrefois chez l'arcbcvéque de Milan, à présent dans la galerie de Brera. Est trop faible de dessin pour être attribué à Léonard ; on le croit de Salaino. »
Saisie Faeille de Brescia. — Encore une appréciation de M. Passavant :
« La Sainte Famille, dans une tente ouverte, avec un p,aysage représentant un lleuvc, sur lci|uel sont deux cygnes. Ce t,ableau, exécuté avec beaucoup de soin, a passé de la collection de Sigismond llelhiso, de Manloue, dans celle du comte Tbéodorc Lecebi, à Brescia; c’e.sl l'ouvrage d'un élève de Ixbinard. »
Maisirb de Milan. (Gravée dans le recueil do Fumagalli.) — « lai Vierge tient l'Enfant Jésus avec ses deux mains -, il lui touebe le men-
ton comme s'il allait rembr.is>cr, et cependant il tourne son visage vers les spectateurs. Tableau d'une cbarinante expression et d'un grand nui. » Cest ainsi que Kuglcr indique cette nudone qui se trouvait dans la maison Araciel, de Milan.
Est-elle de laionard ? Est-elle encore à Milan?
N. Charles Clément indique une Madone au palais l.itta, dans la même ville. • La Vierge, dit-il, inclinée, presque de profil, allaite l'Enfant. Celui-ci est d une ampleur, d'une souplesse, d'une largeur de modelé, d'une beauté d’invention vraiment extraordinaire. I.e visage de la Vierge est peint d'une mamere un peu sèche qui dénoterait riniluence flamande. On a contesté l'autbenlicilé de ce tableau, mais il e.st admirable. >
l.A ViERGK AUX BALANCES. (N° 1 0S7 du Louvre.) — Le dessin de ce tableau est un peu mou ; on croirait d'ailleurs qu'il a été peint par l.i'onard dans un temps de découragement. M. Waagen, trouvant que les chairs sont un peu rouges et que le coloris est brillanté, l'attribue à Marco d'Oggioiie. M. Passavant pense qu'il est de Salaino. Le livret du Louvre le donne i LéonanI sans hésitation.
On sait que le nom de ce tableau vient des balances du jugement dernier, que saint .Michel présente i l'Enfant Jésus assis sur les genoux de sa mère Mais ni Alarie ni l'Enfant ne semblent s'en préoccuper ; ils reganlent le petit saint Jean qui joue avec un agneau aupn?s de sainte Elisabeth.
Ce tableau est -il réellement de Uonard, comme l'aflirme le cabilogue? Je crois qu'il est permis d'en douter.
La Sainte Fabiu.e. (N* 1088 du Louvre.) — L’Enfant Jésus est assis sur un coussin-, sa mère le soutient et l'aide à prendre une croix de ro.seau des mains du petit saint Jean-Baptiste.
M. Waagen, et après lui M. Passavant, donnent ce tableau è récole romaine. M. W'aagen dit • qu'à ses formes, à son caractère agréable, à l'ardeur du colons, qui est un peu sombre dans les ombres, il recoimait un bon ouvrage de Perin del Vaga. a
Au Louvre, on l'attribue à Léonard.
Mateh Üolorusa. — Eumagalli, dans son Recueil, donne le dessin d'un buste de Mater Dolorosa. • C'est un buste, dit M. Kngler, d'un grandiose et d'une noblesse très-remarquables, et c'est d'nn dessin d'une eii'fution achevée. • yu’esl devenue celte Mater Dolorosa?
A I' r E N II I n K
Assiiiiptio> I)E la Vif.bck. — Ce tableau ost iniliqué par lo P. Cattico, qui prétend, dans une histoire manuscrite du couvent (/elle Grniie, que Léonard a peint sur la porte de l'église des Grdces une Assomption de la Vierge. Il dit que cette peinture v était sur toile ; qu'on y voyait, dans une gloire formée de petits anges, saint Dominique et le duc Louis Sforze, d'un côté, et de l'autre saint Pierre martyr et la duchesse Beatrix. » — « Le tableau était û plein cintre ; il a été transporté dans la sacristie, en 1736, où il a été copié b fresque. • Tous ces détails n'empêchent pas que l'originalité de cette peinture, attribuée à Léonard, n'ait été mise en doute par la plupart des historiens de l'art; on a accuse le dominicain Gattico du trop rechercher la gloire du couvent, même en peinture.
ViEBCE EarocBÉE DE sAisTs. — Cette Vierge n'est connue que |Kir Millin, qui prétend, dans son Voyage dans le Milanais, que l'église de Brera possède une Vierge de Léonard de Vinci, a Elle a, dit-il, auprès d'elle trois évêques et un cardinal, ainsi que le donataire, sa femme et leurs enfants ; deux anges posent une couronne sur sa tèht. »
ViEBCE DE PoNHEBSFELD. — Le comte de Schonborn possède, dans sa galerie du château do Ponimersfeld, une Vierge qui tient sur ses genoux l'Enfant Jésus assis sur un coussin. La Vierge est appuyée sur un piédestal, l'enfant montre un vase placé sur une table.
M. Kugler dit que cette Vierge est le portrait, par Léonard da Vinci, d'une belle femme et de son enfant ; mais, un peu plus loin, il attribue cette inéiiie Vierge à André Solario.
On a comparé la Vierge de Pnmmersfeld avec le ii° 1228 du Louvre, connu sous le nom de Vierge d'Andrd Solario. • On y retrouve, dit le do< leur Rigollot, la inèinc aimable expression des têtes; les formes si bien modelées, si fines, si arrondies, et les raccourcis si bien rendus de 7'eiifant, avec ces contours aplatis et le ton rougedlre des orteils et des coudes. On y reconnaît aussi le ton clair des carnations, avec ces délicates demi-teintes bleuAtres et ces ombres transparentes, quoique tirant sur le noir ; la belle couleur bleue du manteau et cette robe d'un rouge blanchâtre dans les lumières et orange dans les ombres; siifm, dans le travail si doux du pinceau, dans la manière dont les couleurs sont fondues et employées, un retrouve le disciple de Gaudenzio Ferrari. »
On avait d'abord donné cette Vierge à Raphaël ; cette attribution n'était pas vraie, mais je doute que la seconde le soit davantage. Bien
que ce lalileau ail afsez ()'a|i|>arcnies d'originalité pour qu'on en ait fait plusieurs co|ues, il ne peut être de Léonard. Les traits de la Vierge, « au nez court, » la grande reclierclie du Iravail, l'expression •Miperliciclle du visage ne sont point des données caracléristiqucs d'une œuvre de Léonard. Kuglcr a eu raison dans ses ilcux indications, mais il faudrait les résumer ainsi en une seule : |>oi trail d'une Lellc femme et de son enfant, par Andrea Solario.
Parmi les copies qui ont été faites de la Vierge de Pommersfeld, .M. Waagen indique une Vierge de la galerie royale de Berlin. L'enfant tient des cerises, le fond est un paysage; le catalogue dit que ce tableau a été peint d'après une comjiorition de l-éonard. Cela pcul être vrai, ainsi que pour la Vierge de Pommersfeld, mais il faut toujours douter un peu des vérités des catalogues.
Saimk CAiiirm.NE. — Lépicié roenlionne une Sainte Catherine, vue à mi-corps, couronnée de jasmin, tenant de la main droite un livre ouvert, dont elle semble tourner une page de la main gauche; elle e.'t accompagnée de deux anges, dont l’un lient une palme et l'autre l'instrunient de son martyre.
« Ce tableau, ajoute Lépicié, e.»! vigoureux de couleur; le détail des draperies étonnant par le fini, l^'onard n'a rien négligé pour rendre avec vérité les différents canictères d’étoffes dont il a dra|)C la figure principale. »
Ce tableau est actuellement h Cotnpiégne ; la Soticc l'indique an n' 159 sous le litre erroné de Sainte Famille.
Il y a plusieurs Saillie Cn//icn'nc attribuées à laionard. Il y en avait une à Modène, dans la galerie d'Este. Y est-elle encore? M. Rigollot en cilcune antre « b .Milan, chez le peintre Appiaiii. >
La galerie royale de Copenhague se vante de posséder l’original de toutes ces Sainte Catherine de Léonard. « On le croit l'original, ilit M. Passavant, mais de B. Luini. > Les autres ne seraient donc que des copies dues aux élèves de Luini?
Cault de Saint-rierniain indique une Sainte Catherine originale en Allemagne, et dit dans son Calaloiiue que celle du musée de Paris est une copie faite jiar Mignard. 11 ajoute que le graveur Muller se proposait d'en faire une cslanqie. Celte intention a- 1 elle clé réalisée?
MxnEi.sists. — Vasari a possédé un dessin de Léonard de Vinci, qui représentait une Madeleine : « la tète est pleine de grâce cl d'expression. » Ce dessin est celui que l'on conserve â la galerie de Florence.
APPENDICE
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C’csl U seule Hailelcinc iliio h Léonard qui paraisse un peu aulhenlique ; cependant le peintre de la.Vunrm Lisa a dit plus d'une fuis être tenté par la poésie de Vette belle figure de la |iéclieressc repentante. Mais Léonard n’a peut-être été bien in.spiré par l'Évangile que le jour où il eut la preiniêre pensée de la Ci'iie.
Conta parle d’une « .Madeleine aux cheveux dénoués qui se trouve dans 1a cathédrale de liurgos, et que les connaisseurs habiles attribuent ,'i U'onard. » Mais l'abbé lainii doute des Madeleines de l.éonard; il n’en mentionne que deux : l’nne au palais Pitti, de Florence ; l’autre au palais Aldobrandini, à Rome; il est vrai que ces deux Madeleines sont de Luini. Il est donc possible, malgré le silence de l.aiizi, que le tableau de la cathédrale de Burgos soit réellement de l.éonard.
M. Passavant, dans une note citée |iar M. Kigollot,dit que la Madeleine du palais Aldobrandini était à Vienne, chez le conseiller Adainowicli.
Tète de Méduse. — Vasari parle de cette Méduse qui appartenait au duc Cosme. On croit que c’est la Tète de Méduse qui existe à Florence, dans la galerie des l'ffizj.
C’est une ligure mourante, d’un aspect fantastirpic et cependant vrai. On peut dire que c'est du réalisme merveilleux. Les yeux vitreux s’éteignent en roulant dans leur orbite; la bouche .«e tord dans les convulsions de l’agonie; les cheveux se hérissent et sifflent ; ces cheveux méduséens sont effrayants de couleur cl de vérité ; ce sont des couleuvres vertes d’une grande finesse de touche; on les entend sifller, de même qu’on sent le souffle mortel qui s’échappe de cette bouche horrible.
M. de Rumohr ne pense pas que cette tête soit bien tme œuvre de la jcnnc.s.se de Léonard ; il croit que le musée de Florence ne possède qu'une copie, peinte vers le milieu du seizième siècle, de cette Méduse ipi'indique Vasari. M. Passavant fait remar()uer « que la couleur, trèscnfiimée. est plus empâtée qu’elle ne l’est d’ordinaire chez Léonard. » .Malgré cela, on peut croire que la tête de la galerie de Florence est la même i|ui a appartenu au duc Cosme ; c'est une œuvre de jeunesse, inachevée, mais qui porte bien la puissante griffe du maître.
L* Va.mté et lv Modestie — Les Piranèses et d’Aginenurt ont gravé un tableau allégorique, intitulé la Vanité et la Modestie; ce tableau était à Rome, dans la galerie Bnrbcrini, et était attribué à Léonard.
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APPENDICE
L:i (u>llcction riiustiiniini possédait aussi une allégorie de la \'anilc cl (le la Modestie ; ce deuiiènoe exemplaire était également attribué à Léonard de Vinci.
Kniin le palais Sciarra, toujours à [tome, possède une troisième épreuve de cette allégorie. M. Viardotdit de ccte dernière ; « Ce tableau e.st du style le plus élevé, et son admirable beauté ne permet pas d élever des doutes sur son authenticité. •
Cependant il est à peu près certain que pas un seul de ces trois tableaux n'est de Léonard. Celui qui a été gravé est attribué généralement à Luini, qui l'aurait peint sur un dessin de son maitre. Celui que M. Viardol trouve ■ d'une exécution prodigieuse s a encore été donné à Luini par Fuiiiagalli ; mais M. de Rumobr dit qu'il est de Salai, qui l'a peint sous les yeux de Vinci : « Celui-ci aurait pu le retoucher. n Le troisième, l'exemplaire Giusiiniani, est passé en Angleterre : c'était peut-être la meilleure épreuve, puisque les .Anglais s'en sont emparés !
Pourquoi nier toujours la main de Léonard devant des chefs-d'œuvre de grâce et de fine.sse, selon l'expression de Rio ; « N'est-cc pas do cette poétique imagination qu'a jailli la pense'c de ce tableau symbolique'/ »
Lv léov. — Il y a plus d'une Léda attribuée à Léonard de Vinci ; la principale est celle de la galerie royale de la Haye. C'est une belle composition, qui a d'ailleurs subi un assez grand nondire de transformations et de piTigrinations. Ce tableau, trop païen, avait été transformé en Charité par un moyen aussi simple que barbare : on avait recouvert les nudités. O; fut dans ce déguisement qu'il fit la gloire de la galerie de Ilessc-Cassel ; puis il passa quelques années - â la Malmaison, d'oii il est allé, indirectement sans doute, à la galerie royale de la Haye, où on l'a rétabli par à peu près dans son primitif état.
Hans ce tableau, Léda vient de prendre un enfant sur son bras; elle a encore un genou en terre; on sent le mouvement d'une personne qui se relève lentement. De la main gauche elle indique les deux jumeaux, Pollux et Hélène, qui sortent de leur œuf mythologique. l'n enfant, assis d un autre coté, auprès de la moitié d'une coquille d'œuf, regai-de le groupe principal avec une grande allentiou. Celte petite scène .se pa.sse au bord d'un Reuve, dans un heibage peuplé de roseaux. Le Reuve traverse tout le fond du tableau : au delà s'étend un paysage semé de tourelles ; â l'horizon, une chaine de
inonlagnes se|icrd dans les nuages. K gauche, une amazone et deux cavaliers se poursuivent au grand galop du leurs chevaux.
H. do Ruinohr a souvent parlé de ce tableau ; en somme, il le croit peint II Milan, li cause du ton viobeé et un peu sale des camatinns, qui rappelle celui des portraits du duc et de la duchesse de Milan ; mais il trouve, dans les mis, une certaine défaillance de savoir faire qui semblerait donner li ce tableau une date plus rapprochée de la jeunesse de Léonard de Vinci.
M. Passavant dit • que la composition appartient à Léonard, car il en existe un de.ssin publié |iar Gerli, mais le tableau, qui est d'uii dessin assez lourd, est exécuté par un de ses élèves. ■
Lst.ee cette Léda qu'a vue Théophile Gautier, ou n'a-t-il vu que celle du musée d'Avignon?
« Chose bizarre ! Léonard de Vmci, qui possédait une si profonde science anatomique, -ne peignit presque jamais de figure nue. Mous n'en connaissons, pour notre part, d’autre exemple que la Lédn.Elle est debout, dans une pose équilibrée avec une eurhjthmic digne des plus lielles statues grecques, auxquelles cependant elle ne ressemble pas, car le Vinci, original eu tout, puisait la beauté à sa source même, dans la nature. Aux pieds de 1a l,éda, nobles et purs comme s'ils étaient taillés dans le marbre de Paros, jouent, parmi les coifuilles du leurs oeufs brisés, les gracieux enfants du cygne divin ; la jeune femme a celte expression de gaieté railleuse et supérieure qui est comme le cachet de Léonard ; scs yeux pétillants de malice rient entre leurs paupières légèrement bridées ; la bouche se retrousse vers les coins, creusant des fossettes aux joues, avec des sinuosités si molles, si voluptueuses et en même temps si fines, qu'elles en sont presque perlides. i
Lomazzo parle d'une l^da de Léonard de Vinci < qui, quoique nue, n'avait rien d'indécent, car elle baissait pudiquement les yeux. >
Amoretti cite aussi une Léda de lakmard qui appartenait, de son temps, au comte Firmian. K$t-ce celle dont parle Lomazzo? Est-ce la Léda qui appartient au piince de Kauiiitz ?
On cite encore une Léda de Vinci, qui se trouvait è Rome au palais Mattéi. Ces quatre Léda n'en forment peut-être qu'une ou ne sont probablement que des tableaux dus aux élèves de Léonard.
Il y a il Londres, dans la collection royale, un dessin original ii la plume d'une Léda debout ècôté du cygne. M. Passavant, dans une de ses notes, dit ; • Cette Léda est une composition de Raphaël ; maisil parait que Léonard en a po.°sédé le des.sin (actuellement ii Ixindrcs), ou que, du moins, scs élèves en ont fait plusieurs tableaux. On en