HaudrillaiT, Hisl. du luxe, l. II, p. ii
APPUCATION DES COILEL’RS A l’hABIIXEMENT
teinture si célèbre a complètement cessé depuis le xii" siècle. On en a Imputé la perte aux prohibitions rigoureuses des empereurs byzantins, qui avaient interdit, sous peine de mort, l’usage de la pourpre à tous autres qu’aux membres de leur famille. La production fut ainsi réduite à une extrême insignifiance et le procède, tenu secret, finit par se perdre, quoique des auteurs anciens l’aient assez longuement décrit '. Peut-être aussi l’industrie fut-elle arretee par la difficulté croissante de se procurer des coquillages recherchés depuis tant de siècles avec une telle avidité qu’on voit encore, près de Sidon, de vastes amas composés de leurs débris.
Peu après le moment où venait de disparaître l’antique pourpre phénicienne, l’Europe fut mise en possession d’équivalents qui la font moins regretter. En i3oo, un négociant de Florence, nommé Federigo, ayant appris dans le Levant la préparation de Vorseille (qui résulte de l’oxydation de lichens par l’ammoniaque et qu’on croit être la pourpre d’Amorfjos ou de Gélulie, également très estimée des anciens), l’introduisit en Toscane et fit une si rapide fortune qu’il devint le chef d’une des plus grandes familles du pays, appelée d’abord Oricellarii, puis, par corruption, Ihicellarii, liucellaï. Après la conquête du Mexique par les Espagnols, l’Europe s’enrichit de la teinture de cochenille, qu’avaient découverte les Mexicains. Toutefois, on n’a su en extraire la splendide écarlate que vers le milieu du xMi" siècle. L’Europe faisait plus communément usage de garance pour teindre en rouge.
L’admirable couleur bleue que fournit Vindigo avait de tout temps été exploitée dans l’Inde, d’où la tiraient les anciens à partir de l’expédition d’Alexandre. Dioscoride la mentionne et Pline dit qu’elle était la plus admirée après la pourpre^. Usité en Orient au moyen âge, l’indigo fut introduit en Italie parles Juifs. Il en arrivait aussi en France, car on le trouve relaté dans un tarif de la ville de Marseille en 1228. Mais l’Europe n’en fut’ abondamment pourvue que lorsqu’elle put, au xvi" siècle, le
I. V. Plino, Ilist. nat-, I.\, 6o-65 ; Pollux, Onomast., I, 45-49a. Hisl. nal., XXXV, 37.
TEINTURE DES TISSUS
demander sans intermédiaire aux lieux même de production. Neanmoins, son emploi dans la teinture ne s’établit pas sans lutte avec des préjugés économiques, les gouvernements s’appliquant a favoriser, par des règlements protecteurs, le pastel indigène contre la couleur étrangère. En Angleterre, l’usage de 1 indigo, prosciit par Élisabeth, ne fut toléré que sous Charles II. En Allemagne, des arrêts sévères interdisaient la « couleur du diable », et, chaque année, les teinturiers de Nuremberg devaient s’engager par sermeiità ne se servir que de pastel. Un édit de Louis XIII repiocbe aux teinturiers de gâter les textiles par leurs « mauvaises diogues » et prend soin de leur indiquer les « bonnes et loyales teintures », comme de leur interdire les « fausses et défendues ». Le pastel était recommandé, l’indigo proscrit sous des peines qui atteignaient aussi les introducteurs et les « recéleiirs ». Le pastel avait été une source de richesse pour les provinces du Midi, à tel point que la rançon de François I" dut, sur la demande de Charles Quint, être cautionnée par un marchand de pastel'. Colbert autorisa en France (i664) la teinture d’indigo, mais à condition de consommer cent fois autant de pastel. L’industrie n’eut qu’en 1787 la liberté de ses choix. En i84o, le monde civilisé recevait environ 5 5ooooo kilogrammes d’indigo, valant sur place 78 millions de francs. En 1896-96 l’Inde en exportait pour i35 millions de francs®.
Nous avons vu l’ancienneté de l’emploi du pastel chez les Bretons et les Celtes. Cette couleur, longtemps usitée, n’a pas pu, même avec le secours de la protection, soutenir la concurrence de l’indigo, et le pastel a presque disparu de nos cultures, comme plus récemment la garance. Mentionnons encore la gaude et le safran, employés pour la teinture en jaune dès l’époque romaine. Au xvi® siècle, le nouveau monde fournit à l’ancien une riche série de bois colorants, le campêche, le brésil, le rocou, le bois jaune, etc.
Plus malaisée, parce qu’elle exigeait des connaissances de chimie, l’exploitation des couleurs minérales, très anciennement