I. Nombres, xv
TEIINTURE DES TISSUS
purine ont éliminé la cochenille. De i35 millions de francs en 1895-96, l’exportation indienne de l’indigo est tombée en 1898-99 à 75 millions*. En somme, on compte aujourd’hui environ 3oo couleurs distinctes provenant des produits de distillation de la houille, spectre de nuances qu’un prodige de science tire d’une même substance incolore, et que de minimes réactions font évoluer en divers sens au gre de 1 operateui . La science est présentement avancée à tel point dans cet ordre de recherches que les chimistes peuvent prévoir avant expérience le résultat des combinaisons qu’ils préparent, dire par avance les propriétés tinctoriales du produit, son action sur les mordants, etc. La fabrication industrielle de ces couleurs n’a commencé qu’en 1861, à Manheim. En i884; leur production était estimée valoir 100 millions de francs, et, en 189.^1, elle dépassait i5o millions pour l’Allemagne, l’Angleterre et la France réunies. En 1898, l’Allemagne seule exportait pour près de i/| millions de marks (17290000 francs) d’huiles d’aniline et de sels d’aniline, pour 17 millions de marks (20 996 000 francs) d’alizarine, pour 72 millions de marks (88920000 francs) de matières colorantes dérivées du goudron de houille, et, pour plus de 77 millions de marks (96 096 000 francs) en 1900’.
En même temps, le prix, d’abord élevé, de ces couleurs artificielles, s’abaissait dans des proportions inouïes à mesure que se perfectionnaient les procédés d’extraction. En quelques années, on a vu l’aniline descendre de i5o francs à 3 ou 4 le kilogramme, la fuchsine, de i 200 francs à 5o. C’est pourquoi l’alizarine et la purpurine ont fait à la garance ainsi qu’à la cochenille une concurrence ruineuse et supprimé leur production®. L’indigotine menace ,1’indigo d’un sort pareil.
Au début, il est vrai, on était fondé à reprocher aux couleurs industrielles d’avoir plus d’éclat que de solidité. Mais on
1. L'Industrie textile, i5 avrit 1901. En meme temps on trouvait moyen, en Allemagne, de fabriquer l’indigo artificiel au prix de i4 marks (environ 17 fr. 3o) le kilogramme. L’ Lconomiste français, ili mai 1902.