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Le liourgeois gentilhomme, I

17^ VPPLICATtON ORS COÜLEUHS A l/llABlI.LEJlEN'T

loile aux femmes qui oseraient en porter en public. Le trafic même des toiles peintes est puni des galères. » Neanmoins, en dépit des ordonnances, M'"'= de Pompadour se parait, en plein Versailles, du lu.xe interdit à Paris, et un journal du temps reproche aux ministres de rendre leurs arrêts de prohibition dans des pièces tendues de ces mêmes étoilés qu’ils proscrivaient.

Enfin, les mœurs prévalurent sur les lois, et l’engouement poui les toiles peintes fit rapporter, en 1767, ces mesures inintelligentes. Profitant de la tolérance oHicielle, Oherkampf vint bientôt apres installer (17^9) Jouy un établissement célèbre où se sont accomplis les progrès les plus importants d’une industrie encore si récente que V Encyclopédie (1765-1778) n’en dit absolument rien.

On avait commence par imprimer, à l’aide de couleurs et de mordants, des dessins assez simples, gravés sur des planches de métal, analogues a celles dont on se sert pour produire des cartes ou des estampes. Mais ce procédé était aussi défectueux que lent. Samuel M idmer, neveu et associé d’Oberkampf, imagina (1797) de substiluer à ces plaques un rouleau à rotation continue, invention décisive qui accrut à la fois la perfection du travail et l’économie de main-d’œuvre. En place de dessins plaqués, inégaux et mal raccordés, on eut alors des dessins suivis, nets et d’une irréprochable régularité. De plus, le mouvement accéléré des cylindres activa la production à ce point qu’une machine put imprimer 5 000 mètres d’étoflé par jour et laire ainsi l’ouvrage de 4o imprimeurs « au bloc ». Enfin, en 1800, idmer inventa encore la machine à graver les cylindres, qui exécute en une semaine la tâche dont un graveur habile aurait peine à s’acquitter en six mois, ce qui permet de suivre le goût jjublic dans ses variations les plus passagères.

Au début, il n’était possible d’appliquer, sur fond uni, qu’une couleur à la (ois. Il fallait donc faire autant d’impressions successives qu’on voulait obtenir de tons différents, ce qui, non seulement augmentait le travail et la dépense, mais encore multipliait les risques de défectuosité dans les raccords. Une machine anglaise, capable d’inq)rimer simultanément deux

IMPRESSION DES TISSUS

couleurs, fil son apparition en i8i3. Un j)6u plus lard, la perrotine, ainsi nommée de Perrot, son inventeur, lut installée à Rouen (i834) et put imprimer quatre couleurs à la fois. Une autre machine, construite par A. Rœchlin et qui figurait à l’exposition de i855, en imprima huit. Depuis, on est arrivé jusqu’à vingt-cinq, et cela peut paraître suffisant. On est même parvenu à remplacer les teintes piales, d’un effet peu artistique, par des nuances dégradées ou fondues, dont l’application permet désormais à l’impression de rivaliser avec la peinture.

Peu d’industries- ont, en moins d’un siècle, pris d’aussi prodigieux développements. L’impression a transformé l’antique procédé de la teinture et révolutionné la mise en couleur des étoffes. Cet art, on peut maintenant l’appeler ainsi, fixe sur les plus légers tissus, avec une perfection où triomphe le goût de la France, tous les caprices de la ligne et les harmonies de la couleur. Pour faire apprécier l’importance de celle branche de production, disons que, en 1870, les dix-huit établissements de l’Alsace n’imprimaient pas moins de 82 millions de mètres de tissus, savoir 78 millions de colon, et 4 de laine ou de soie. A la même date, le travail de l’impression des tissus occupait en France 3oooo ouvriers et créait une valeur annuelle de 3oo millions de francs. En 1900, la France possédait 197 machines à imprimer, débitant chacune en moyenne 10000 pièces de 100 mètres par an, soit 197 millions de mètres de tissus de coton imprimés, dont la production a plus que doublé depuis 1889. Le nombre total des machines à imprimer dans le monde entier est évalué à 2 686, dont 888 pour la Grande- Bretagne, 4 1 2 pour la Russie, 389 pour les États-Unis, 226 pour l’Autriche, etc... '. Ces brillants produits sont, par leur bas prix, à portée de foutes les convoitises, car le mètre de toile peinte, qu’on payait 20 francs il y a un siècle, est offert aujourd hui a O fr. 60, et l’impression ne figure dans cette somme que pour une part minime.

I. Maurice Prud’liomme, liapporl du jury inlernalional de l’exposition universelle de 1900. « Matériel et procédés du blanchîoienl, de la teinture, etc. »

I7C APPLICATION DES COCLEUUS A l’hABILLEMEîST

Ainsi Tari de teindre et d’imprimer les tissus a fait de la couleur et du dessin le complément de la presque totalité des étoiles destinées à riiabillemcnt ou à rameublemenl. Il en est peu qui, avant d’entrer dans la consommation, n’aient subi une transformation de teinte ou de décor, qui ajoute singulièrement à la beauté de l’aspect. La variété des nuances qui s’étalent sur la plupart de nos tissus, la blancbeur éclatante de nos toiles, la diversité des couleurs répandues sur nos lainages, nos cotonnades et nos soieries, enfin l’inépuisable fantaisie de leur ornementation égaient sans cesse le- regard, et cette richesse de coloris, partout étalée, est assurément un des traits les plus caractéristiques de l’industrie dans la civilisation moderne.

Il y a seulement lieu d’être surpris ([u’au moment même où se créaient de si abondantes ressources et des produits si variés, le goût des couleurs sombres ou ternes ait, depuis un siècle, prévalu dans le costume masculin, alors que les femmes, mieux inspirées, continuaient à recbereber les séductions de la couleur. Les vêtements de nuances claires et vives, propres à l’ancienne noblesse, ont disparu avec l’aristocratie et ses privilèges, remplacés, pour les bonimes, à partir de la llévolution, par des vêtements de teinte unie où le noir égalitaire domine de la plus triste façon. Les artistes s’en alïligent comme d’une erreur d’estbétique. Quelques-uns même croient à l’inlluence, déprimante pour l’esprit, de cette livrée de deuil. « Gomment pourrions-nous être gais sous des vêtements mornes, dit un spirituel bumoristc? Nos pères, qui portaient des dentelles, des [ilumes, des babits rouges, bleus, gorge de pigeon, vert pomme et lilas tendre, devaient se sentir plus enclins à la joie en se voyant lleuris comme des parterres. Le jour où la mode nous forcerait de nous promener dans les rues en babit zinzolin, nous serions sauvés du doute et de la désespérance'. »

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