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CHAPITRE IV

CHAUSSURES ET GANTS

Outre le tronc, la tête et les membres, il importait aussi de couvrir les extrémités du corps ; mais ce complément de costume était d’une nécessité moins urgente que les vêtements proprement dits, car les pieds et les mains avaient le plus souvent avantage à rester libres pour l’action. Aussi ne s’est-on avise de les vêtir que durant une phase ultérieure. Cependant, l’invention d’artifices spéciaux en vue de protéger les organes de sustentation ou de préhension remonte à une très haute antiquité. Examinons d’adord les chaussures, dont l’emploi est de beaucoup le plus général ; nous étudierons ensuite la manière de vêtir les mains.

Pendant tout un premier ûge qui correspond à l’état de nature et à celui de sauvagerie, l’homme ne peut faire autrement que d’aller nu-pieds. Si même, ainsi qu il y a lieu de le supposer, il était arboricole au début, comme toutes les familles de singes, il devait se servir des pieds et des mains poui grimper aux arbres, afin d’en cueillir les fruits et d y cheichei la nuit un refuge contre l’agression des fauves. Même quand il eut pris l’habitude de passer sa vie à terre et d’y quêter sa subsistance, il manqua longtemps de ressources et d industrie pour se faire des chaussures. De nos jours encore, beaucoup de peuples sauvages, surtout dans les pays chauds, sont dépourvus de ce genre de vêtement. La plupart des populations africaines, américaines et polynésiennes vont nu-pieds. Cette coutume a

CHAUSSURES ET GANTS

|)crsislé, à foules les pliases de l’iiisloire, chez une foule de nalioiis relaliveiueal civilisées, du moins dans les classes inferieufcs. Ün voit, ])at- les reprcsenlalions égyptiennes et assyriennes, (pic les rois et les ])rètres élaientseuls chaussés. Durant la pério(.le gréco-romaine, les citoyens portaient en général des chaussures ; mais les esclaves, le plus souvent, étaient réduits par l’avarice de leurs maîtres à marcher sur leurs plantes. Pour faire honte à la corruption du sic'.’cle, ou plutôt par une autre sorte de faste, le faste philosophique, Phocion et Caton d’Utique alfeclaienl d’aller nu-pieds. Toutefois, cet exemjilc donné [>ar l’orgueil ne fut suivi que par la misère. Les Juifs dans l’allliclion marchaient nu pieds en signe de deuil. Ils se déchaussaient au.ssi par respect et humilité, quand ils enlraienl dans le temple, aün de n’en pas souiller le parvis de [loussicro ou de houe. Dans l Exode, Jéhovah ordonne à Moïse c( d’ôter les souliers de ses pieds parce que le lieu où il se trouve est un lieu sacré' ». Les musulmans observent des prescriptions analogues et quittent dévotement leurs hahouches à la porte des mosquées. Les |)rocessions nu-pieds étaient fréquentes chez les Romains, et le catholicisme n’a pas laissé perdre cette coutume, à laquelle se conforment les confréries de pénitents. Au rapport de Virgile, les magiciennes faisaient leurs incantations un pied chaussé et 1 autre nu". Naguère encore, à Pile de- la Réunion et dans 1 Inde, le droit déporter chaussure était le privilège des hommes libres. Les esclaves des deux sexes allaient toujours nu-pieds, et une paire de souliers avait pour eux le même sens symbolique que le bonnet de liberté pour les aflranchis d’autrefois. En Euiope, surtout parmi les populations méridionales, nombre de gens se passent encore de chaussures par défaut d’aisance ou esprit d’économie.

Quel fut l’inventeur de la chaussure? demande Voltaire. Sans doute quekp’un d’avisé qui, s’étant déchiré le pied au piquant d’une ronce ou au tranchant d’un caillou, voulut éviter le retour d’un pareil accident. Il est à croire qu’il se contenta

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