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CHAPITRE VI

BIJOUX

Il nous reste à parler d’objets de parure qui, sans contribuer en l’ien au bien-être, parfois même à son détriment, remplissent dans le costume un rôle décoratif. Ce sont les bijoux, si recherchés de tout temps. La vanité humaine, éprise de ce qui brille, a toujours aimé à étaler ce qu’elle croyait pouvoir lui donner du relief et de l’éclat. Quoique très limités en ressources ornetaies, les peuples les plus sauvages se parent, faute de mieux, de fleurs, de plumes d’oiseaux, de dents, de griffes de fauves, de coquillages, de fruits durs vivement colorés, de rondelles d’os ou de bois, de gi'ains de terre cuite, de perles de pierre, de fétiches sans nombre, en un mot de tout ce qu’ils peuvent attacher ou suspendre à leur personne afin d’être plus remarqués. L’archéologie préhistorique et l’ethnographie contemporaine montrent quelle diversité d’articles de parure ont su se faire en ce genre les populations les moins civilisées.

Beaucoup même n’hésitent pas à s’infliger des perforations douloureuses et un assujettissement pénible, pour pouvoir porter de prétendus ornements à travers le nez, les lèvres ou les joues. Plusieurs se percent la cloison médiane ou les ailes du nez pour y passer de petits dards, comme cette tribu d’indiens qui, aux États-Unis, portait le nom significatif de Nez-Percés. D’autres attachent à leurs lèvres mutiléesde hideux enjolivements. Ainsi faisaient les Aztèques, et la coutume des botoqms introduites dans l’épaisseur des lèvres existe parmi les Bolociulos. Améric Vespuce dit des indigènes de l’Amérique du Sud : « Ils s’enlai-

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dissent à plaisir par un procédé incroyable ; ils percent leur visage de tous côtés, les joues, les mâchoires, le nez, les lèvres et les oreilles ; ils ne se contentent pas de faire un seul trou peu visible ; ils s’en font plusieurs et de très grands. J’en ai vu quelquefois dont le visage était percé de sept trous, chacun capable de contenir une grosse prune. Quand ils ont enlevé la chair, ils remplissent les cavités de petites pierres, de couleur bleue, de marbre, avec du cristal, de très bel albâtre, ou avec de rivoire, ou avec des os très blancs, et tous ces objets sont travaillés avec assez d’art. . . Aux oreilles, ils portent des ornements plus précieux, des anneaux ou des perles'. » On trouve pareil usage chez des peuples d’Afrique. Sur les bords du Zambèze, toutes les femmes portent à la lèvre supérieure un anneau ou un disque, appelé pélélé, qui la projette à six ou sept centimètres en avant et lui donne l’apparence d’un bec de canard. Quand on demande la raison de cet horrible usage, on vous répond : « Kodi ! » (« C’est la mode ! ») Il n’y a rien à dire à cela. Si néanmoins on s’étonne encore qu’une mode si gênante ait pu s’établir : « L’homme a de la barbe, explique un chef ; les femmes n’en ont pas; que serait une femme sans pélélé^ Une créature ayant la bouche d’un homme et pas de moustache : Ah ! Ah I .\h ^ ! »

Les Australiens se passent un ornement de pierre ou de bois à travers la cloison du nez et le remplacent à l’occasion par une pipe, ce qui est à la fois commode et décoratif.

Quand vint l’âge des métaux, runiversclle coquetterie trouva en eux des ressources de parure bien vite appréciées et utilisées. Les métaux natifs, l’or, l’argent et le cuivre, furent, aussitôt connus, consacrés à cet usage. On peut même dire que la confection des bijoux a été leur plus ancien emploi, et pour les deux premiers, les plus propres à remplir une fonction décorative, telle est encore, après la fiibrication de la monnaie, leur application principale. D’autres métaux, le bronze, le fei, l’acier et divers alliages ont été aussi employés h cette fin.

I. A. Vespuce, Relation de son voyage sur les côtes du Brésd(iboj-

Lîvingstone. Le Zambèze et ses affluents, dans Tour du monde, 1866, l. I, p. i38.

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L’apparition d’ornements d’or succédant aux colifichets naïfs des peuples sauvages marque un niveau supérieur d’industrie et inaugure l’ère de la civilisation. Des ouvrages pareils ont été trouvés dans des tombeaux du dernier âge de la pierre polie.

Durant la phase historique, tous les peuples policés ont eu pour les bijoux d’or ou d’argent un goût des plus vifs. Les Égyptiens nous en ont transmis d’admirables, et les fouilles de Schliemann dans la Troade et l'Hellade en ont exhumé qui datent des temps protohistoriques de la Grèce. Homère fait offrir à Pénélope, par ses prétendants, des colliers, des agrafes, des pendeloques en or ou en électron.

Ni Homère, ni Hérodote ne mentionnent les perles. On ne les trouve citées qu’à partir d’Alexandre et de la conquête de l’Orient où elles avaient été plus anciennement usitées. On sait par Pline l’histoire des deux perles de Cléopâtre, évaluées lo millions de sesterces (2 millions de francs).

Les premières perles parurent à Rome du temps de Sylla, et, lors du triomphe de Pompée, on montra son portrait retracé avec des perles, présage menaçant de la colère des Dieux, au dire de Pline. César interdit les parures de perles aux femmes âgées de moins de cinquante-cinq ans et qui n’avaient ni mari ni enfants. La vogue des perles sévit aussi à la Renaissance '.

Mêmes usages chez les Hébreux. Isaïe, apostrophant les filles de Sion, leur reproche leur coquetterie et les menace de se voir enlever par le Seigneur les bijoux qui les rendent fières, « leurs croissants d’pr, leurs colliers, leurs filets de perles, leurs bracelets de bras et de jambes, leurs chaînes d’or, leurs pendants d’oreilles, leurs bagues, leurs pierreries qui pendent sur le front, leurs poinçons de diamants, leurs miroirs, leurs ceintures d’orL.. » Les Étrusques raffolaient de bijoux. Hommes et femmes s’en paraient à l’envi. Diadèmes, pendeloques, colliers, chaînes, ceintures, bracelets, anneaux, fibules, il y en a de toute sorte et de toute matière. Les bijoutiers toscans avaient découvert le filigrane, dont le procédé s’est conservé en Italie, et le

1. Berthelet, Science et morale, Les perles, p. 34a-349. a. Isaïe, ni, i8-a4.

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granulé, obtenu par eux dans des conditions de finesse telle que MM. Castellani, les maîtres de la bijouterie romaine, après de longues recherches poursuivies avec toutes les ressources de l’industrie moderne, avouent n’être pas parvenus à l’égaler'. Tous les peuples de nos jours, et les barbares non moins que les civilisés, recherchent les bijoux, vrais ou faux, mais eu général les femmes plus encore que les hommes.

A l’éclat propre des métaux, l’artifice de la sertissure permit d’ajouter celui d’une foule de substances brillantes qu'il n’aurait guère été possible de porter autrement et qui servirent à composer des bijoux plus riches, pierres transparentes ou de couleurs vives, gemmes irisées ou chatoyantes, émeraudes, grenats, diamants, améthistes, opales, saphirs, turquoises, jayet, perles, corail, ambre, etc. Comme exemple du luxe des Romains en bijoux montés, il sullit de rappeler, d’après Pline, que Lollia Paulina, femme de Caligula, portait à un simple dîner de fiançailles pour 4o millions de sesterces (8 4oo ooo francs) de perles et d’émeraudes qu’elle tenait de son aïeul". Tertullien reproche aux femmes « de porter en un petit fil autour du cou des patrimoines entiers®. » Mais les moralistes et les sermonnaircs ont toujours perdu leur temps à protester contre le luxe des femmes et la mode des bijoux. Bayle en donne la raison : « L’attachement à la braverie est une pièce de si grande conséquence qu'il n’y a rien qui fasse plus réfléchir les traits des prédicateurs. »

.Vlin de pouvoir adapter les bijoux aux parties du corps où il était le plus commode de les suspendre et le plus avantageux de les mettre en vue, on les a généralement disposés suivant un certain nombre de types, partout reproduits, tels que couronnes, colliers, bracelets, anneaux, pendeloques, chaînes, etc.

Des couronnes, faites en métal précieux et richement ornées, furent, à raison de leur somptuosité même, le privilège des chefs et devinrent le symbole, l’insigne de la royauté, comme en

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