‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 224 sur 232 · De ornatu mulierum · texte numérisé non relu

De ornatu mulierum

BIJOUX

témoignent les formules usuelles « ceindre la couronne » pour être investi du pouvoir suprême, et de « têtes couronnées », synonyme de rois. L’usage s’en est conservé dans les pays monarchiques, dont les trésors gardent des couronnes historiques exhibées par les titulaires en fonction dans des fêtes solennelles, et spécialement dans la cérémonie du couronnement qui parfois équivaut pour eux à une intronisation. La statuaire du moyen âge représente d’ordinaire les rois et les reines couronne en tête, et les miniatures les montrent même figurant ainsi dans les festins. A l’exemple des Pharaons qui portaient deux couronnes, l’une blanche, symbole de la Haute-Egypte, l’autre rouge, symbole de la Basse Égypte, unies dans le pschenl, les papes superposent, dans leur tiare, trois couronnes qui symbolisent l’Église militante, l’Église souffrante et l’Église triomphante, la première instituée par le pape Hormisdas, la seconde par Boniface YIII, la troisième par Jean XXII. Le régime féodal adopta les couronnes comme signe héraldique et assigna dans le blason des types spéciaux aux litres de duc, de comte, de marquis et de baron. Des couronnes, symboles de primauté, furent décei'nées, en Grèce, aux vainqueurs des jeux olympiques, à Rome, aux triomphateurs. De ces antiques usages proviennent les couronnes qui se distribuent encore aux lycéens et les couronnes métaphoriques décernées aux lauréats par les académies. Ces traditions et les formes de langage qui s’y rattachent attestent l’importance du rôle symbolique des couronnes.

Outre les couronnes honorifiques, d’un emiiloi très circonscrit, il convient de mentionner les couronnes purement ornementales dont on usait plus librement. Chez les Grecs, les convives se couronnaient de fleurs dans les festins. Mais l’usage des coiffures a fait tomber en désuétude pour les hommes tout autre, ornement de la tête. Les femmes, qui gardent intacte leur chevelure, ont mieux conservé le goût de bijoux divers qui s’y fixent aisément. Nos musées possèdent d’admirables spécimens de couronnes portées par des femmes et déposées avec elles dans des nécropoles égyptiennes, grecques ou étrusques. Les femmes de nos jours ornent encore leur tête de croissants, de diadèmes, d’aigrettes, d’épingles, de peignes, de torsades, etc. Aussi la

HISTOIRE DU COSTUMÉ

bonne reine Marie Leczinska disait-elle fort sensément qu’aux hommes on regarde ce qu’ils ont dans la tête, et aux femmes ce qu’elles ont autour de la tète.

Les colliers datent aussi de la plus haute antiquité. Des sauvages presque nus savent se confectionner des parures de ce genre avec toutes sortes d’objets, dents de fauves portées comme souvenir et trophée de chasse, coquilles perforées, venues de loin par voie d’échange, rondelles d’ossements qui servent de fétiches, etc. On en a trouvé de pareilles dans des sépultures préhistoriques. Lorsque, ensuite, l’or fut connu, on en composa des colliers où l’habileté du travail put rivaliser avec la richesse de la matière. Les Egyptiens paraissent avoir les premiers excellé dans cette fabrication, comme en témoignent les bijoux de la reine Aah-Hotep, une des gloires du musée de Giseh', ceux de Khaem-nas, fils de Rharnsès II, qui sont au Louvre \ et ceux que iM. de Morgan a exhumes (i8g4) de la pyramide de Dashour. Ces colliers, longtemps à l’usage exclusif des chefs, eurent en Égypte le sens d’insignes honorifiques. Dans la Genèse, le pharaon met un collier d’or autour du cou de Joseph lorsqu’il l’investit de fonctions d’Etat^. Les Etrusques et les Gaulois firent du collier une décoration militaire. Après la bataille de Télamon, où il écrasa les Gaulois, le consul Lucius Emilius rapporta dans Rome de pleins tombereaux de torques pris sur les cadavres des chefs. Pline rapporte que le tribun Siccius Dentatus, le plus brave des Romains, après avoir servi quarante ans la république et figuré dans cent vingt combats, avait reçu, entre autres récompenses de ses exploits, 83 colliers, i6o bracelets et 26 couronnes, glorieux trophées conquis sur les ennemis de Rome Les soldats perses, qu’IIérodote dépeint comme « tout éclatants d’or “», portaient, selon Quinte-Gurce, des colliers et divers ornements d’or“. ^lais les anciens avaient aussi des colliers dont la signifi-

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