Sartor resartus
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nous en supposer un moinenl privés, comme aux premiers jours, grclollant sous la bise, Irem^iés par la pluie, en proie à la froidure de la neige, aux rayons ardents du soleil, aux piqûres des insectes, sans moyen de couvrir une nudité honteuse et soutTrante.
L’eflet le plus général du progrès de riiabillement a été de soustraire l’homme à l’influence hostile des variations de température et de lui jjermettre de vivre sous tontes les latitudes, de s adapter aux conditions climaténcpies les plus divei'ses. Par suite, il a |)u se répandre à la surface du globe et l’occuper tout entière. Sans cette ressource, son habitat aurait été circonsciât, comme pour les nondireuses tribus de singes, au régions très limitées qui n avaient a redouter ni froids mortels, ni chaleurs torrides. Le cosmopolitisme universel de l’espèce humaine se trouvait en partie dépendre des progrès do riiabillement.
]\ar suite do l’interdépendance de nos besoins et de leurs satislactionsj les développements de cette indusrie ont eu, pour une loulc d auires, des conséquences heureuses. Ainsi, le confort en matière de vêtements influe sur l’alimentation et contribue à diminuer ses exigences dans les pays froids, car une partie de nos aliments est consacrée à produire de la chaleur, etquand on préseixo celle du corps par des vêtements appropriés, cela équivaut à une économie de nourriture.il nous faudrait consommer davantage si nous manquions.de vêtements chauds. De même encore en ce qui concerne le confort domiciliaire. Les étoOes imaginées pour nous habiller se prêtent à remplir dans l’ameublement les fonctions les plus diverses, et le rôle des tissus y est si grand que, sans eux, il serait dilTicile d’établir ou même de concevoir une installation confortable, selon les exigences modernes (tentures, tapis, couvertures de meubles, articles de literie, linge de table, de toilette, etc.) — ûlcntionnons enfin, a titre d’industries servant à la culture des esprits, la fiibrication des [larcbemms, si importante au moyen Age, et dérivée du travail des peaux, et celle du papier, qui se lie à la production des toiles.
Au point de vue des manifestations du goût, le costume, par e haut prix qu’on a de tout temps attaché a la parure, a presque
Cü.NCLLSlO.N
r importance d'une branche des beaux-arts. 11 complète l’idéal ])bysi(pie, lui donne la manjiic d’une épocjne et d’un groupe, caractérise la personne humaine, et la particularise souvent mieux (|iie ses traits individuels par un cachet de physionomie propre. Il permet à chacun de réaliser par le vêtement son idéal sur su personne, ail’aire de si grande conséquence qu’elle constilue la princi[)ale occiq)ation des lemmes et le meilleur de leur esihélicjue. L'habillement fournit ainsi des modèles à l’art dont, sauf un nombre limité d’œuvres consacrées à l’expression du nu, toutes les représentations montrent l’homme vêtu. Le costume, enveloppe et complément de la ligure humaine, est le trait (pii, avec l’expression du visage et la signification du geste, contribue le mieux à caractériser la personne, car il indique le ])his sûrement le milieu social, l’état de civilisation, la condition de ricbcs.se ou de dénuement, le niveau de l’industrie, les tendances du goût, les habitudes et les mœurs. Si, trop souvent, l’art véritable est fondé à protester contre les caprices et les bizarreries de la mode, l’absence de costume serait plus choepiante encore, tant la laideur de la phqiart de nos corps, déformés par le travail, la misère, l’i'ige ou les maladies, blesserait la vue si nous n’avions pas soin de les couvrir, et, si laid (jue soit un costume, il est encore prélérablc aux laideurs qu il cache.
Enlin, riiabilude d’aller vêtu a exercé une influence profonde sur les sentiments de moralité, sur la dignité des êtres humains, fin dissimulant ce (jui nous est commun avec les animaux, le costume laisse dans l’ombre les parties bestiales de l’organisme, et ne découvre que le visage, où brille la supériorité de la laison. 11 crée la pudeur, impose la décence, sentiment devenu si fort qu’il peut l’emporter sur l’amour même de la vie. On sait en outre rinlluence morale du costume sur les soldats, les prêtres, etc. Le caractère se modèle à la longue sur la tenue...
Toutclbis, si grands que soient les résultats obtenus dans le passé, ils ne doivent pas faire illusion, et il reste beaucoup a laite pour réaliser l'idéal : fournir à tous les êtres humains, au moindre prix possible, des vêlements confortables et de bon goût. Les püjHilalions insnilisamment vêtues sont encore en majorité dans le monde. En Europe même, où les ressources
CO>'CLUSION
abondent le plus, les foules sont loin d’être toutes pourvues d’habillements convenables. Ceux de nos classes laborieuses laissent trop souvent à désirer soit quant aux exigences du climat, soit à celles d’une raisonnable élégance. Bien des miséreux, autour de nous, sont réduits, dans la saison froide, à s’envelopper de minces étoiles qui les couvrent sans les tenir chauds. Beaucoup n’arrivent, malgré leurs soins, qu’à mal dissimuler une pauvreté réelle sous des dehors décents, et ne peuvent prétendre au luxe de la propreté, le premier de tous. C’est de ce coté que doivent désormais porteries elTorts. 11 y va pour la civilisation de son honneur de faire disparaître ces loques et ces baillons, qui l’olfensent comme un vestige de l’antique barbarie. 11 faut développer sans relâche la production des textiles, la fabrication des tissus, améliorer leur qualité, accroître leur beauté, diminuer leur prix, oITrir enfin à tous les nécessiteux dans le monde, aux meilleures conditions possibles, des vêtements capables de satisfaire aux exigences de l’hygiène et même à ceque réclame, dans une mesure de bon goût, le besoin d’être paré.