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Origines, XVI II, 3i

G. Isaïe, III, 18.

IIISTOIUE nu COSTUME

occupait alors à la conl'eclion des articles de bijouterie iGooo ouvriers, et la valeur annuelle de cette production était estimée i35 millions de francs. En 1900, on l’estimait, joaillerie comprise, à i5o millions environ

Ces inutilités, parfois charmantes, mais trop souvent d’un goût douteux, tiennent dans le costume paré des modernes une telle place rpi’on pourrait accuser les femmes d’en faire abus. Elles remplacent volontiers l’élégance par le faste et cherchent, à force de clinquant, à dissimuler le manque d’art véritable. Comme le disait Apelle à un rival mal inspiré, elles font leur Vénus riche ne pouvant la faire belle.

I. YvosGuyot et tladalovicli, Diclioiinaire de l'industrie, du commerce et de la banque.

CONCLUSION

Si maintenant, pour embrasser d’un regard l'ensemble des progrès réalisés par la grande industrie de l’habillement, nous considérons le point de départ, l’état actuel et le chemin parcouru, il apparaît clairement que toutes les jdiases de la civilisation se sont appliquées, avec un succès croissant, <à créer de plus abondantes ressources, à les mettre plus habilement en œu\Te et à satisfaire, dans sa plénitude, le besoin si étendu de vêtements.

A l’origine, et tant que dura l’état de nature ou une condition de sauvagerie qui n’en dilférait guère, les êtres humains vécurent dans leur nudité native, inhabiles, faute de ressources et d’industrie, à se faire aucune sorte d’habillement. Quelques tribus misérables ont pu persister jusqu’à nous dans ce dénùment bestial, image et conséquence de leur dénûment d’esprit. -Mais, des que la raison s cveilla dans l’homme, il s’ingénia pour se couvrir. En s’élevant, par l’invention d’armes et d’engins de chasse, du régime de la quête au régime de la chasse, il put vaincre de grands animaux, s’approprier leurs dépouilles et se laire un vêtement Wimaire de la peau des proies qui l’avaient nourri. A cette ressource, le régime pastoral ajouta celle des toisons avec lesquelles on apprit à tisser des étoffes bien préférables aux dépouilles d’animaux sauvages. Le cycle agricole compléta plus tard cet inestimable gain par la production des textiles végétaux, lin, chanvre, coton,., et par la soie des insectes fdenrs. Lnlin, durant la phase industrielle et commerciale où nous sommes parvenus,' la civilisation sait obtenir, avec une abondance lacultativc, les diverses matières propres à la confec-

CÜ^CUSK»'

lion des vèlcnienls, les élal)orc par des procédés expéditifs, do moins en moins dispendieux, les convcriil en articles de consommation, el finalement les répand à profusion partout où le l)esoin s’en fait sentir.

L’histoire de cette industrie résume donc celle de la civilisation, et le |)rogrès s’accélère à chacun dos âges de l’humanité. A ne considérer même rpio la courte durée de la période historique, l’amélioration est frappante de l’antiquité à nos jours. Los pou|)les que nous font le mieux connaître les littératures el les monuments figurés, surtout les (irocs et les Komains, s'hahillaicnl en général de grossiers tisstis de laine. Les toiles de lin n’étaient usitées que par exception, la soie el le colon très rares ou inconnus. Sauf une élite eu situation de pouvoir étaler (incertain luxede vêtements, les classes populaires, el particulièrement l’immense foule des esclaves, présentaient, dans lem- costume, l’as[)ecl sordide qu’ollVenl encore le menu peuple en Orient et, en l'ùirope même, les hahilanis des cantons les jilus misérahles. Le moyen Age vit se continuer cette allligeanle condition, et, il y a deux siècles el demi à peine, Callol pouvait encore dessiner sur nature les haillons pittoresques mais lamentables de ses gueux el de ses mendiants. A la fin même du \vm“sièclc, Adam Smith, cherchant à évaluer le « salaire néce.ssaire » d’un ouvrier français, n’y comprenait ni chemises, ni souliers. C’étaient là des superlluités dont la masse trouvait le moyeu de se passeï’.

Depuis quel([ues générations, de prodigieux changements se sont accomplis, el la partie des populations civilisées ipii s’est élevée même à la plus modeste aisance, peut s’hahillcr dans des conditions presque sullisantes de confort, de bas prix, d élégance même cl de goêit. Par suite d’une |)roduclion rapidement accrue ries peaux, des Iciisons cl des textiles végétaux, surtout de la lame cl du colon, ineslimahlcs rc.ssources, grâce aussi à la transformation mécamipic (ju’ont subie, en moins d un siècle, les antiques procédés de la filature, du lissage et de la coiiluie a la main, des proiluits autrelois dispendieux et rares, res(‘r\es i ouséquemmcnl à une minorité riche, devenus maintenant communs et à hou marché, sont abordables pour tous. La quantité

CONCLUSION

des malières premières, l’économie et la diversité de leur élaboration, la lantaisie de l’ornementation, la disposition même raisonnée des pièces du costume, tout concourt a ce résultat cpie les populations actuelles sont incontestablement les mieux vêtues cpii aient jamais été. Le linge de corps, les cbaussures de cuir sont usuels dans toutes les classes. Les (issus de laine, les cotonnades peintes, des soieries même font partie des toilettes les plus simples. Une révolution égalitaire, indice d un état social nouveau, fait peu à ])cu dis[)araitre 1 odieux contraste entre les loques popidaircs et les somptueux costumes d une aristocratie privilégiée. Plus de simplicité d’une part, moins de misère de l’autre, tendent à rapprocher ces extrêmes et à les confondre dans la jouissance d’un commun bien-être, au point qu’entre un prince ou un millionnaire, un bourgeois riche et un artisan endimanché, la diiïércnce est moins dans la matière des vêtements et leur confortable réel que dans leur coupe et la manière de les porter.

Au point de vue de son importance économique, à raison de l’étendue des besoins qu’elle s’applique à satisfaire, l’industrie du vêlement occupe le second rang dans la production des choses utiles. C’est elle qui, après l’industrie alimentaire, d’une nécessité pins pressante encore, emploie le plus de bras et crée le plus de valeurs. Si l’on réunit dans un même groupe la production des malières premières, leur mise en œuvre si variée et leur conversion finale en articles de consommation, l’on arrive, même pour un seul pays comme l’Angleterre ou la France, à des cliilfres d’une éloquente grandeur.

En 1900, sur lin total d’environ G millions 3ooooo ouvriers travaillant en France à des industries diverses, on évaluait à plus de 2 millions et demi le nombre des ouvriers consacrés à celle du vêlement. Les industries textiles en occupaient, à elles seules, plus de 900000 qui, grâce au concours des machines pour filer, tisser, imprimer ou coudre, en rcjirésenleraient un nombre imposant de dizaines de millions'. .\ la même date, l’industrie des tissus et du vêlement employait en France, en

I. Sluttslique 1,'éncrale de la France. Annuaire slatisdquc , 1900.

coNCi.rsiON

appareils à vapeur, une force de 4082/n chevaux-vapeur, sur un tolal de i 791 354, quoLe-parl supérieure à la force ulilisée dans toute autre branche d’industrie’. Enfin, l’industrie françai.se livre annuellement pour environ 3 milliards de francs de tissus, et l’on estime à 12 milliards le produit total de 1 Euro|ic. Si l’on y joignait les valeurs des produits créés par les corps d état qui travaillent le cuir et les peaux, qui s’adonnent à la teinture ou a l’impression, à la couture ou à la confection des vêtements, à la parure, bijouterie, joaillerie, etc. ; si enfin on pouvait établir un total ]iour le globe entier, on arriverait sûrement à une somme imposante...

Le résultat de tant d’elforts, continués sans interriq:)tion pendant toutes les jibases de riiistoirc, a été de pourvoir l’homme de ressources suffisantes jjour s’habiller au gré de ses convenances et jouir d'un large bien-être. La nature, en le fiiisant naître nu, semblait l’avoir condamné à l’être toujours; mais, par une exploitation intelligente des ressources que le monde pouvait ollrir, le plus dénué des animaux a fini par devenir le mieux babille de la création. Libre de s’entourer d’une double ou triple enveloppe, il se couvre et se découvre à son gré, selon les exigences des climats et des sai.sons, .se façonne des étoffes souples et moelleuses, plus chaudes que le duvet le plus fin ou le pelage le mieux fourré, les pare de couleurs dont l’éclat rivalise avec celui des plus brillants plumages, et s’abrite au besoin sous des armures plus iiujiénétrables f|ue celles des reptiles les mieux cuirassés. Carlylc a pu définir riiomme « un animal vêtu" ». Le fait de s’habiller à sa convenance devait être en effet b;, privilège d’un être capable de rai.sonner, et cela le distingue de tous les êtres animés. L’habitude d’être constamment vêtus nous fait un peu oublier la valeur de cet clément de bien-être. Pour en coni|)rendre le prix, il faut

1. Ibid., 1901. La force motrice ulilisée actuellement par rindustrie textile en Italie représente environ pSoooo chevaux-vapeur. Dans l’espace de 3o ans environ, la force motrice a sextuplé et le nombre des ouvriers a doublé; il est aujourd’hui de iS.looo (^Moniteur des fils cl tissus, lü septembre 1902).

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