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INTRODUCTION
Après le besoin d’aliments, il n’y a pas pour l’homme de nécessité plus urgente que celle de vêtements. Tout lui rendait opportun, sinon indispensable, un moyen de protection contre les causes de soulTrance qui l’assaillent du dehors. Dans l’air où il est plongé, sur la terre qui le porte, parmi les êtres qui l’environnent, son bien-être est incessamment menacé, parfois même sa vie compromise.
Les variations thermiques de l’atmosphère nous infligent un malaise presque continuel, car on n’y rencontre que par exception les conditions de tiédeur qu’e.xigerait l’organisme, et le froid comme le chaud, incommodes entre certaines limites, deviennent un danger quand ils les dépassent. Quoique l’homme puisse résister, mieux qu’aucun animal, h. de notables écarts de température puisque, apte à vivre au delà du cercle polaire et sous 1 équateur, il supporte des extrêmes qui seraient mortels pour toute autre espèce il a besoin d’être protégé contre l’insu llisance de chaleur au-dessous de 12" et contre l’excès audessus de 37“. Il faut une température de 22» à 25" pour que le corps humain n’éprouve à cet égard de malaise d’aucune sorte. Ür, pende régions s’en rapprochent et s’y tiennent. Pour assurer
P'»'’ et à H- 700 constatés en d’autres
' 80° aux étuves du Mamman à Paris, soit un écart de i4o“
lieux, même à à i5o"
Hourdeau. — Habillement.
INTRODUCTION
l’ordre des fonctions physiologiques, force est donc d’isoler l’organisme dans un milieu convenable, ou du moins de régulariser ses rapports avec les variations de l’air ambiant. 11 faut de plus qu’il puisse éviter l’action desséchante du vent, la pluie qui le mouille, la neige qui le transit et le glace, la pénétrante humidité des brumes et de la rosée. La rigueur de certains climats, l’ardeur des autres, la périodique alternance des saisons, l’inégalité des jours et des nuits, enfin les accidents quotidiens de la météorologie, lui faisaient sentir, dans toutes les régions du globe, le besoin ou l’opportunité de vêtements.
En outre, l’obligation d’errer sans ce.sse à la surface du .sol en quête d’éléments de subsistance exposait sa j)cau délicate et nue à de cruellesblessures. La dureté des corps solides pouvait, à chaque contact, le froisser, le meurtrir, le déchirer ou le transpercer. H marchait sur une terre inégale, lantùt de.ssécbée et durcie parle soleil, tantôt pulvéï-ulen te ou boueuse, pai-semée de ])ierres aiguës ou tranchantes. INouibi-c de végétaux, hérissés de dards et d’épines, étaient hostiles à la rencontre. Une foirle d’animaux disposaient contr*e lui de moyens d’agression ou do défense, et ses moindres ennemis le harcelaient de cuisantes piqûres. Lotrr assurer le repos et la sécurité de sa vie, amortir les chocs et tenir à distance un multitude d’assaillants, il lui fallait pouvoir s’entourer d’un revêtement protecterrr contre leirr-s atteintes.
D’arrtres besoins moins pressants, mais impérieux encore, r-ésultaient porrr l’homme d’aspirations esthétiqrres et de convenances morales. Le goût des ornements est inné en lui et cher à sa vanité. Les animaux mêmes n’y sont pas insensibles prrisque la natur-e a pris soin de les parer d’éléments décoratifs et de couleurs vives. Elle les leur prodigue surtout dans la saison des amours, où l’attrait de séductions extérieures, contribuant à rapprocher les sexes, devient un principe de sélection. Notre coquetterie a plus d’exigences parce qu’il s’y mêle une part d’idéal, et ses développements sont en proportion des ressources dont elle dispose pour se satisfaire. On a pu définir 1 homme « un animal qui aime à se parer* ». Seul, le grossier Caton a
I. K Natura homo mundiim et elegan? animal est» (Sénèque, Episl., qa).
IS’TnODUCTIOX
osé meltre l’élégance parmi les vices, avec l’avarice, la luxure et la paresse *. Le goût de la parure a contribué pour une part importante à la création des vêlements, car là où la clémence du ciel et l’égalité du climat auraient pu dispenser de costume, on n’a pas laissé de s’habiller à la seule fin de s’embellir. La plupart des sauvages qui, entre les tropiques, restent souvent nus, se parent avec une recherche curieuse d’ornements de toute espèce. Chez les peuples les plus rapprochés de l’animalité native, les hommes étalent seuls sur eu.x ces moyens de décoration, conformément à la loi en vertu de laquelle, chez presque toutes les espèces d’animaux, le mâle est le mieux paré. Lubbock en donne une autre raison : c’est que, à ce degré de dénùmenl, les hommes, qui sont les plus forts, gardent pour eux tous les éléments de parure qu’ils peuvent trouver. Mais, s’ils ont les premiers donné l’exemple, les femmes n’ônt pas lardé à le suivre, quand elles en ont eu les moyens, et leurs dispositions étaient si heureuses qu’elles sont vite arrivées à dépasser leurs maîtres. Élevant la toilette à la hauteur d’une question d’esthétique, elles cultivent avec amour, de préférence à toute autre branche des beaux-arts, celle qui consiste à se faire belles, et d’éminents esprits assurent cpi’elles réalisent de la sorte leurs chels-d’œuvre les plus parfaits. « La femme, en se parant, accomplit un devoir, dit Renan ; elle pratique un art, art exquis, en un sens le plus charmant des arts... La toilette de la femme, avec ses raffinements, est du grand art à sa manière. Les siècles et les pays qui savent y réussir sont les grands siècles, les grands pays ■)) . Un conteur llorentin du xvi'^ siècle, Sacchelti, lait dire a un de scs personnages rjue les femmes, inspiratrices de lait, savent, mieux que les artistes de profession, peindre et sculpter leur personne, de manière à corriger, suivant les exigences de 1 idéal, les imperfections de la nature’’. Le peu galant abbé Vertut dit en termes désobligeants: « Ce dérèglement a toujours été le défaut de ce sexe plein de vanité qui.