‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 4 sur 232 · Sacchetli, Novelle, io · texte numérisé non relu

Sacchetli, Novelle, io

tNTROnUCTION

pour plaire aux hommes, cherclie dans le secours des ornements étrangers les grâces que la nature lui a souvent refusées'. » Avec autant de vanité, mais moins de goi'it, les hommes rivalisent avec les femmes, et les civilisés des deux sexes recourent, pour se parer, à des expédients sans nomhre. Chacun veut attirer sur lui les regards, briller et plaire par des artifices de toilette, et si vif est ce penchant que, sauf les besoigneux réduits au strict nécessaire, les gens riches ou seulement aisés dépensent beaucoup plus pour l’agrément que pour le confort, pour se parer que pour se vêtir.

Enfin, il convient de faire une part au sentiment de la pudeur, bien que, selon toute apparence, il soit moins instinctif que réfléchi et plus acquis ipie naturel. La Gt’/ièsc dépeint le premier couple humain portant sa nudité sans honte-", comme (ont les enfants et les tribus les plus sauvages. Des peuples même relativement avancés en civilisation, comme les Japonais, semblent ignorer la pudeur, et chez nous-mêmes, qui croyons en avoir beaucoup, l’usage et les conventions mondaines autorisent bien des infractions. Mais lorsque, avec son imbécillité native, l'homme eut perdu sa bestiale innocence, l’être raisonnable s’aperçut de sa nudité, voulut cacher ce qui le faisait rougir, et la i)udeur, indice de délicatesse morale, (il d’un lambeau de costume une loi de décence. En [lagne paraît avoir été le point de départ de rhabillement usuel, car c’est la plus répandue des pièces élémentaires de vêlement chez les sauvages et beaucoup n’en connaissent pas d’autre. La civilisation a compliqué par degrés celle première ébauche de costume, et mieux on sut couviii le cori)s, plus il devint malséant de le montrer nu. Toutefois, ce sentiment dut résulter de l’habitude de porter des vêtements plus qu’il n’en fut la cause et l’inspiration. Quoi qu’il en soit, dès le début de la période historique, on le trouve établi, à titre de haute convenance, chez les pciqiles qui ont été les initiateurs de la civilisation. Les termes qui, dans les langues indo-euro-

1. Dissertation de l’établissement des lois somptuaires parmi les Français. Recueil de l’Académie des inscriplions, mai 17Ü0.

2. « Eral autem uterque nudus, -Vdam sciliccl et uxor ejus, et non eru-

bescebanl » {Genèse, 11, 2Ô).

INTRODUCTION

péennes, expriment la nudité, se rattachent à un radical narj, dont le sens est « avoir honte.* ».

Ainsi, des besoins matériels, des tendances esthétiques et le sentiment moral concouraient pour imposer à riiomme Tohlio-ation de se vêtir, car sa nudité misérable faisait de lui un des cires les plus disgracies de la création. Le corps de la phiparl des animaux est en eilct recouvert d’enveloppes jirotectriccs (tests, coquilles, soies, plumes, duvets, toisons...), rnerveilleiu sement adaptées aux exigences de leur genre de vie. Les uns, crustacés et coléoptères, sont cuirassés de -solides téguments; d’autres, poissons et reptiles, ont une armure d’écailles imbriquées ; les oiseaux sont munis et parés d’éclatants plumages, les mammifères, d’une fourrure de poils. L’Iiomme seul, sorti nu du sein de la nature, comme il sort nu du sein de sa mère, et, selon la forte expression de Pline, « jeté nu sur la terre nue' », était livré sans défense aux intempéries de l’atmosphère, au contact douloureux de tous les corps extérieurs. Sa peau, fine et délicate, sorte de filet nerveux qui recouvre l’organisme, ne constitue pour ainsi dire qu’un vêtement de sensations, et le rend vulnérable sur chaque point de sa surface. Tout le froisse, le blesse et l’endolorit, les rayons brûlants du soleil, l’àpre froideur de la bise, la pluie, la grêle, la neige, la pierre du chemin, la ronce du bailler, la dent ou la griffe des fauves, l’aiguillon envenimé des insectes. S’il résiste à tant de causes de torture, c’est par une sorte d’insensibilité acquise qui le cuirasse d’un derme épais, tanné par le hàle, endurci aux frimas, et l’amène, à force de souffrir, à ne plus sentir la douleur.

Telle fut la condition native de l’homme, et, tant que, faute d’industrie, il ignora l’art de se faire des vêtements, il dut se résigner à vivre dans cet état de nudité. Si l’espèce humaine, dont des vestiges ont été relevés pour toute la durée de la période quaternaire, a pris naissance, comme on le croit, durant

I. Sanscrit nag’na, latin irlandais rtoc/i<i, slave nagn...(y. Pictet,

Origines indo-européennes, t. II, p. i54.

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