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CHAPITRE I

APPROPRIATIOIS' DES PEAUX

La peau, souple et chaude, des manimifcres, constituait une étofTe toute préparée, dont on dut tirer parti dès les premiers temps du régime déprédateur. 11 était d’ailleurs raeilede les couper avec une lame de silex pour les ramener aux dimensions voulues, ou de les assembler à l’aide de lanières ou de tendons. La simplicité de ce travail et la possibilité même de s’en passer mettaient des babillcments de ce genre à portée de toutes les populations chasseresses ou pastorales, et elles en ont fait de tout temps l’emploi le plus étendu.

Mais on dut s’apercevoir de bonne heure que les peaux, employées à l’état brut, faisaient des vêtements peu confortables, car elles devenaient raides et cassantes en se desséchant, ou s’humectaient et se corrompaient sous l’inlluence de rimmidité. Il fallut donc chercher le moyen de prévenir leur rigidité, de les rendre moins altérables et d’assurer leur bon service. Ce besoin fut surtout senti lorsque, durant la seconde partie de la phase pastorale, on multiplia les troupeaux d’espèce bovine, de préférence à ceux d’espèces ovine ou caprine, car leurs dépouilles, de peu d’utilité comme fourrure, ne pouvaient guère être employées à l’état de cuir qu’après avoir subi une préparation qui en corrigeât la rudesse. L’observation et l’expérience firent reconnaître les procédés capables de donner aux peaux les qualités de souplesse et de longue conservation qui leur manquaient.

L’art de travailler les peaux est assurément une des industries les plus anciennes que les hommes aient pratiquées. Parmi les débris d’outils qui nous sont parvenus de l’âge de la pierre éclatée, un des types les plus communs est celui de racloirs en silex

APPnOPIllATIO!\ DES PEAUX

destinés à débarrasser les peaux des parcelles de chair ou de graisse qui, en séchant, leur donnaient de la raideur, et qui, mouillées, les rendaient nauséabondes en déterminant la putréfaction. Ces grattoirs servaient en outre à réduire 1 épaisseur des peaux et par conséquent à les assouplir. Avec les racloirs en silex on volt également apparaître des pointes pour percer les peaux, des lames tranchantes et des ébauches de scies pour les couper. Toutefois, cet outillage spécial, inconnu durant la période chellécnne, date seulement de 1 époque monsteiienne , et marque, dans la chronologie des âges préhistoriques, le temps où l’emploi des peaux comme vèfemenls prit une grande extension. Heaucoup de peuples sauvages, notamment les Peaux- Rouges et les Esquimaux de l’Amérique du INord employaient naguère des artifices pareils et savaient apprêter les peaux dont ils s'habillaient, en les débarrassant do leurs poils et de leurs rugosités, les rendre plus douces et moins perméables en les imprégnant do graisse ou de moelle, et même les colorier ou les peindre.

Les peaux destinées à servir de fourrures subissent des préparations spéciales qui, sans altérer le poil, consistent à les assouplir, à les approprier, à les assortir, à les préserver des ravages des insectes, mais aussi parfois à leur faire éprouver d’étonnantes transformations. Grâce à dos artifices de teinture et d’appret, les peaux de lajiins se métamorphosent, au gré du fourreur, en toutes sortes d’espèces rares. Travaillées à longs poils, elles sont vendues pour martres de Sibérie; épilées, pour du castor; rasées à la mécanique, façon peluche, pour des loutres marines. Les peaux de chat, diversement modifiées, se débitent aussi sous de multiples étiquettes. Dans un rapport olhciel, M. Grubier, délégué du ministère du commerce à l’exposition d’Amsterdam (1886), signalait ces diverses fraudes et concluait que « la fabrication du lapin entre au moins pour les deux tiers dans la consommation de fourrures de l’univers ». Seulement, les amateurs de pelleteries exotiques paient cent francs et plus ce qui vaut à peine cinq ou six.

I, De Morlillet, Le Préhisloriquc, i883, p. a53,

APPnOPRIATIOS DES :UATlÈUES VESTIMENTAIRES

Quoique assez complexe, la Iransformalion en cuir des peaux les plus fortes et les plus rudes par l’operation du tannage, remonte ci des temps très recules. On a trouvé à AN angen et à Robenhausen des morceaux de cuir bien conservé, attestant que, dès l’époque de la pierre polie, on connaissait l’art de tanner*. Néanmoins, comme son application exige beaucoup de temps, il ne doit pas dater du régime pastoral, mais appartenir plutôt à la phase agricole qui rendit les mœurs sédentaires. D’heureux hasards firent découvrir les qualités que communique aux peaux l’action prolongée du tanin. Elles forment avec lui un composé fixe (lannale de gélatine) cpii les rend imputrescibles. Les anciens se servaient à celte fin de plusieurs sortes d’astringents dont les plus usités sont les écorces de chêne, d’aulne, de saule et de bouleau, d’héophrastc et Dioscoride mentionnent l’emploi, dans les tanneries, du sumac, que Pline appelle Rluis coriarioruni. On utilisait encore l’écorce et I enveloppe des fruits du grenadier, qualifiés « pommes de tanneur » (malicoriiim). L’Inde ancienne fiiisail usage du cachou, etc.

Les procédés lents et compliqués dont se compose le tannage consistent à déhourrer les peaux, c’est-à-dire à les dépouiller de leur poil après un passage à l’étuve, puis à les immerger dans des fosses à tan où elles séjournent au moins un an. 1 oui abicger ce travail rebutant et pénible, on a essaye, mais sans succès, d’autres méthodes, telles que le tannage a la mécanique ou a la vapeur. Depuis une date récente, on a bcaucoiq) mieux réussi en recourant à l’électricité. Par son action, il est possible d’obtenir en quatre jours les mêmes ellcls qui, jusqu ici, exigeaient une macération de douze à dix-huit mois. Cette innovation fait mentir le vieux dicton des tanneurs que, « pour bien tanner, il faut du tan et du temps ». L’économie, de 99 pour 100 quant à la durée, est, quant au prix de revient, de ofr. 20 par kilogramme de cuir. La seule usine de Ronavista, au Rrésil, organisée d’après ce système, pourrait traiter 70 millions de kdogrammes de cuir par an.

Au moyen de pratiques spéciales, les corroycurs, mégissieis

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