‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 42 sur 232 · APPROPRIATION DES PEAUX · texte numérisé non relu

APPROPRIATION DES PEAUX

cl chamoiseurs, savent rendre les peaux tannées propres à une multitude d’usages en leur procurant l’égalité, la douceur, la souplesse, le lustre et la couleur susceptibles d’ajouter à leur valeur. On les détrempe, on les amincit, on dédouble même les plus fortes en les sciant dans le sens de leur épaisseur, on les foule, on les passe à l’buile ou au suif, on les traite par l’alun et le sel, on les teint, on les lisse, etc. Plusieurs de ces artifices étaient connus dès une haute antiquité. Homère cite un artisan, Tycbius, célèbre par son habileté à préparer et à travailler le cuir. Bien avant la conquête d’Alexandre, Babylone était renommée pour la conlection des peaux maroquinees. Les Arabes transportèrent en Espagne celle industrie dont Cordoue devint le centre. .Avec le cuir ainsi apprêté, on faisait au moyen âge des chaussures deluxe, et delà vient le nom de cordoiuiniers, par corruption cordonniers, que prirent alors les fabricants de souliers, précédemment appelés sueurs. Nous avons emprunté au Maroc, à la fin du .xvii® siècle, l’art de préparer le maroquin avec des peaux de bouc, cl à l’Orient celui de confectionner le chagrin (du mot turc sagri), avec celle de l’àne.

La découverte du parchemin, faite à Pergame au m“ siècle avant notre ère, et celle du vélin, qui suivit de près, montrent que les manipulations des peaux de mouton et de veau étaient dès lors très perfectionnées. Ces hèureuses inventions nous ont rendu l’inappréciable service de conserver, au moyen âge, à peu près tout ce qui nous est parvenu des littératures antiques. — La préparation des peaux dites chamoisées leur donne une flexibilité très grande, et s’applique non seulement aux peaux de chamois, mais encore à celles de daim, de chèvre, de mouton, etc. — Une manière de travailler les cuirs de lènlure, pratiquée en Hongrie, fut introduite en France, sous Henri II, par un tanneur nommé Rose, que le roi avait envoyé en mission à cet clfct.

L’industrie du cuir bouilli est ancienne. On obtient ce produit en faisant bouillir le cuir avec un mélange de cire, de résines et de colles, ce qui le ramollit et permet de lui donner, dans des moules, diverses formes qu’il garde ensuite avec rigidité quand il est sec. Ou faisait ainsi, au xv® sièle, une foule

APPROPRIATION DES MATIERES VESTIMENTAIRES

d’objets, casques, bouteilles, étuis, etc. — La l'abricalion du cuir verni, au moyen de couches successives d’huile siccative épaissie avec du noir de fumée, donne aux peaux de l’éclat et de l’imperméabibililé. Les jiremicrs produits de ce genre, imaginés en France, parurent à l’exposition de 1802. Les Anglais les imitèrent aussitôt. I^’industrie française ne s’adonna sérieusement à celte préparation qu’à partir de i83i. Mais, huit ans plus tard, elle pouvait sullire à la consommation nationale et faire même concurrence à l’Angleterre sur son propre marché.

Ainsi modifiées d’une foule de façons, les peaux se prêtent à des applications sans nombre. Les fourreurs, cordonniers, gantiers, culoltiers, tapissiers, relieurs, carossiers, etc., en utilisent des quantités croissantes. Ln chillre partiel sullit a laire ajqirécier l’importance économique de celle classe de produits. Dans la seule Angleterre, riiidustric du cuir créait, en i858, une valeur annuclle de /j5o millions de francs. Aujourd hui, la production de la Grande-lirclagne en cuirs et peaux est évaluée de 2ÔO à 3oo millions de francs, dégagée des transactions commerciales des industries annexes'.

I. Ptacide Pcllercau, liapport du jury international de l’exposition universelle de 1900: « Cuirs el jicaux. »

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