VII. LILLE SOUS BAUDUIN IX
auduin IX, qu'attendaient a la fois une si haute destinée et une mort si cruelle , s'obligea envers Philippe-Auguste à lui céder les principales villes de l'Artois. Cette cession fut , pendant bien des années , un brandon de discorde. Suivant un usage qui prenait force de loi , notre comte fournit des cautions au Roi , s'engageant , s'il manquait à sa parole , d'être mis au ban de l'Église.
Philippe-Auguste et Richard-Çœur-de-Lion avaient tous deux intérêt à se faire du comte de Flandre un allié fidèle. La Flandre n'était pas également attirée vers ces deux alliances. Les relations des Flamands avec l'Angleterre , d'où ils tiraient toutes leurs laines , imposaient à Bauduin une obligation qu'il ne pouvait méconnaître. Il fit donc traité avec Richard et proclama nulle la cession faite à Philippe des parties artésiennes du comté de Flandre. Il commença par occuper mili-
(1) Voyez Meyer, de Gbise, Pawckoucke.
(2) Un passage de Piétin, moine de Phalempin , laisse à penser qu'il se fit quelque chose dans la constitution de l'échevinage; il est difficile de juger ce que c'est : du moins n'est-ce pas l'abrogation du Mayeur, car ce titre et cette dignité n'ont cessé qu'avec l'ancien ordre de choses, en 1789.
tairement Douai, Péronne, Roye, Bapaumc, et mit le siège devant Arras.
Philippe ne tarda pas à venir au secours de cette ville. Bauduin feignit de se retirer devant lui et eut l'adresse de l'attirer dans des marais aux environs de Bailleul. Dès que le Roi s'y fut engagé , les digues lurent rompues , les écluses ouvertes et les ponts coupés. Pour se tirer de là , Philippe dut renoncer aux parties en litige ; mais , une fois sorti du piège , il se déclara quitte de la promesse faite à un vassal félon , et les hostilités recommencèrent. Le traité de Péronne (1199) remit les choses sur l'ancien pied.
Bauduin se croisa en 1203. Cette expédition finit, comme on sait , par la conquête de Gonstantinople , la fondation de l'empire des Latins et l'élévation de notre comte au nouveau trône impérial.
En l'absence de Bauduin , Philippe de Naraur administra la Flandre , ayant pour collègues Bauduin de Comines , les châtelains de Lille et autres seigneurs , entr'autres Guillebert de Bourghelles , nommé en cette qualité dans les actes du temps (1).
Le nouvel empereur eut une fin déplorable : fait prisonnier par le roi des Bulgares , il fut mutilé et jeté dans un cloaque où il souffrit encore pendant trois jours. Marie de Champagne , sa femme , était morte à Jérusalem.
Notre comte est représenté par les historiens comme un homme intègre , juste , de mœurs très-réglées. Outre ses entreprises militaires qui lui assignent un rang distingué parmi les capitaines de son époque , il fixa les lois du Hainaut et mérita d'en être nommé le législateur, comme Philippe d'Alsace l'avait été de la Flandre.
On a souvent cité , comme une preuve de son désintéressement et de sa justice , l'acte par lequel il renonça , pour lui et ses successeurs , au droit qu'il avait de ne payer, dans toute la province , le vin qu'à trois deniers le lot, taux bien inférieur au prix alors courant. Plusieurs villes ont des exemplaires de cette ordonnance qui rendit le souverain si populaire. Notre ville en possède un dans ses archives.
Au commencement de son règne les mouvements du sol de la Flandre septentrionale et l'invasion des eaux forcèrent beaucoup de Flamands
(i) Dans des lettres de 4209 portant fondation d'un canonicat dans l'église de Notre-Dame de Courtrai (Annuaire du département du Nord ,1830, p. 32).
Jeanne de Constanlinople. 207 à s'expatrier. On a encore les chansons des émigrants qui allaient en Osterland, nom flamand des côtes de la Baltique. C'est un monument qui intéresse à la fois la géologie et l'histoire de notre province.