D. LILLE SOUS PBEIPPE-LE-BEAU
'est en 1485 que le magistrat prêta serment de fidélité à Philippe-le-Beau (1) , qu'on a aussi désigné par l'épithète de Croit-Conseil. Le sieur de Ravestein et le sire de Besvres, gouverneurs du jeune Duc, firent , en son nom , serment à la ville de maintenir ses franchises et privilèges.
Mais le mal le plus pressant était , alors , le vide de la caisse municipale. La franche foire avait été suspendue (2) , le magistrat la rétablit de nouveau et obtint de l'Archiduc une prolongation (3). Ce prince autorisa la ville à ne payer que deux des trois années de rentes dont elle était arriérée ; c'est ainsi que luxe et misère se donnent la main. La fortune des particuliers ne pouvant plus suffire aux frais qu'occasionnent les joutes de l'Épinette, Maximilien-sans-Argent, tuteur de notre souve-
(1) Archives de la Mairie, registre C. f» 227.
(2) Elle commençait le 27 Août et dorait cinq jours. (5) Archives de la Mairie , registre C. 1* 202.
rain , ordonna à la ville de faire les frais des honoraires du roi et des jouteurs. Quelques nobles chevaliers devaient être alors réduits à de cruelles extrémités, puisqu'un sieur Jean Deuvrin, écuyer, seigneur de **% demandait aux échevins la conciergerie de la tour de Rihour ; ce qu'on lui refusa (1).
Maximilien (que Olivier de la Marche veut surnommer Cceur-d'Acier), élu roi des Romains , n'en fut pas plus à son aise. Les Flamands se plaignirent ; les Gantois se mirent à la téte d'un mouvement séditieux , ils réclamaient leurs privilèges violés ; les officiers de l'Archiduc furent proscrits (2) , et l'Archiduc lui-même attaqué par la France, mal défendu par ses propres gens , était dans une position fort critique.
Adrien de Rassenghem , que le Prince avait envoyé à Lille, fut soupçonné de s'entendre avec les ennemis ; Charles de Memmeville , muni d'un ordre secret , arriva à l'improviste dans les murs de notre ville , fit charger de chaînes le gouverneur et l'enferma dans les prisons de Vilvorde(3).
Le Régent eut personnellement affaire avec les bourgeois de Gand et de Bruges. Ces derniers s'emparèrent de sa personne , l'emprisonnèrent d'abord chez un joaillier, puis dans l'hôtel de Glèves. D n'obtint sa liberté qu'en promettant l'oubli du passé et en consentant à tout ce qu'on demandait de lui.
A la nouvelle de ces événements, Frédéric III était venu en Flandre à la téte d'une puissante armée , pour secourir son fils ; Maximilien crut qu'il pouvait alors se déclarer libre des serments que lui avait arrachés la violence ; mais il en résulta un nouveau soulèvement plus considérable que le premier , tout le pays fut en ébullition et Frédéric, impuissant contre les difficultés , abandonna la conduite de la guerre au duc Albert de Saxe , qui n'obtint que des succès peu décisifs.
Enfin un traité de pacification fut signé. Lille y figura avec les trois membres de Flandre.
A la faveur des troubles , les Hennuyers s'étaient répandus dans la châtellenie , qu'ils pillaient et dévastaient sans cesse. La paix ne les en faisant pas sortir, les Lillois durent faire contre eux des expéditions
(1) Registre aux Résolutions, tome III.
(2) Coohans, Histoire de la Belgique, p. 94.
(5) M. de RosifY, Histoire de Lille, p. 152.
Traité de Wavrin. 377
nouvelles. Les arbalétriers , les archers , les canonnière , commandés par le gouverneur , purgèrent , de ces brigands , tout le pays environnant ; mais les troupes qui aidaient les bourgeois à rétablir Tordre, recommencèrent, pour leur compte , les déprédations qu'elles devaient réprimer; il fallut appeler d'Allemagne une compagnie qui vint châtier l'autre (4). Une ordonnance du 25 Juin 1489 (2) défendît, sous peine de mort (3), de faire des courses dans la châtellenie de Lille.
On rencontre encore ici un nouvel exemple des traités de neutralité que stipulaient les villes et provinces , lorsque les souverains se déclaraient la guerre entre eux. Un de ces traités fut signé à Wavrin , entre les députés du Maréchal d'Esquerdes , Lieutenant-Général du roi de France d'une part, et les députés des trois ordres de notre province , particulièrement les rewarts, les mayeurs et les échevins de Lille, Douai et Orchies (4).
Malgré les battues faites, malgré les compagnies soldées, malgré les ordonnances dont nous avons parlé , les partisans reparaissaient encore , et la milice lilloise dut prendre personnellement le soin de les poursuivre. Pendant longtemps , un détachement de vingt-cinq bourgeois , munis de hallebardes , fit chaque jour, après l'ouverture des portes , une tournée dans la banlieue. La continuité de ce pénible service excita de justes représentations ; le Magistrat offrit au Gouverneur une somme de 800 livres, pour que cet officier se chargeât désormais de ce soin (5) . Mais, pour se préparer à toutes les éventualités , le corps des canonnière reçut des instructions particulières (6), et un nouveau commis fut préposé à la direction de l'artillerie.
Un traité de paix fut signé à Péronne. Pierre Auchemart , secrétaire de l'Archiduc , partit de Lille avec le prince de Ghimay et d'autres membres du Grand Conseil qui s'y étaient rassemblés. Ils allèrent à Abbeville trouver le sire d'Esquerdes, pour convenir du jour où se ferait la ratification dudit traité. Elle eut lieu à Seclin , le 13 Mai. Lille
(1) La ville prêta à cet effet, au gouvernement, une somme de 800 livres, en mentionnant que c'était pour cette fois seulement et sans tirer à conséquence.
(2) Au nom du roi des Romains et de l'archiduc Philippe.
(3) Archives de la Mairie , registre C , f. 260.
(4) Factures, etc., p. 12. Cabinet de M. Gentil-Descamps.
(5) Registre aux Résolutions , H.
célébra par de grandes réjouissances cet événement , qui permettait d'espérer une tranquillité que le pays demandait depuis si long-temps.
La mort de Frédéric III appela au trône d'Allemagne l'archiduc Maximilien. Le nouvel empereur fit inaugurer son fils, Philippe-le- Beau , qui ne tarda pas à faire un appel général à tous ceux qui tenaient de lui fief ou arrière-fief. 11 voulait se préparer aux événements d'une guerre qu'il prévoyait.
La Chambre des Comptes à Lille , profitant des circonstances , avait étendu arbitrairement ses pouvoirs. Elle avait ordonné l'assiette d'un impôt pour le rétablissement du pont et de la chaussée de Vendin. Cet acte d'usurpation fut invalidé par le Magistrat et les baillis.
L'Échevinage montra, dans ces années d'anarchie, un esprit de fermeté et d'indépendance , dont il est bon de rapporter quelques exemples.
Domessent , premier lieutenant du Gouverneur de Lille, avait obtenu de Maximilien l'exemption, pour trois années, des droits d'octroi à six muids de vin et quarante pièces de bière ; l'échevinage réduisit aux deux tiers cette faveur du souverain et mentionna , dans son ordonnance, que la quantité qu'il laissait au titulaire était de pure grâce (i). Personne ne réclama.
Quelques années après, Louis Dubacq , conseiller de la gouvernance, avait été l'objet de semblables faveurs. Le Magistrat réduisit à un les quatre muids de vin , et à vingt-quatre les quarante tonnes de cervoise concédés par le Prince. Dubacq dut se déporter du surplus de ses lettres d'exemption.
Philippe-le-Beau épousa , à Liesse (2), Jeanne, fille de Ferdinand V d'Arragon et d'Isabelle de Castille(l 496) .A cause de ce double royaume, Jeanne est appelée , dans les auteurs, tantôt Jeanne d'Arragon , tantôt Jeanne de Castille. Elle a aussi un surnom qui rappelle de tristes souvenirs, c'est celui de Jeanne-la^Folk (3). La mort d'un époux peu digne
(1) 22 Mars 1480.
(2) Les Archives historiques et littéraires, II , p. 63, disent : à Lille.
(3) Un tableau de Stenben , appartenant an musée de Lille, représente la malheureuse Jeanne devant le corps inanimé de son mari : jamais nous n'avons pu regarder cette femme pétrifiée par la douleur, sans qu'une angoisse indéfinissable n'étendit peu à peu sur nous des frissons glacés; et, chaque fois, nous avons été contraint de quitter la place pour nous soustraire à cette douloureuse impression.
Les Bourgeteurs. 379
de sa tendresse augmenta le trouble que la jalousie avait déjà mis dans sa raison. Cette infortunée princesse , mère de deux empereurs et de quatre reines, mourut, dit-on, sur la paille, se débattant avec des chats.
L'année suivante , des ouvriers tisserands , s'exilant de la France , arrivèrent de Bourges à Lille, et s'y établirent à demeure, formant une corporation distincte que Ton a depuis désignée sous le nom de bourgeteurs. Ils faisaient , outre des draps ouvragés , des étoffes de soie , d'or et d'argent. Nous en parlerons avec plus de détail au chapitre où nous traitons de l'industrie lilloise.
Parmi les mesures que prit l'Archiduc, il faut citer celle qui déclarait sans appel le jugement des échevins ( les recours au parlement de Flandre étaient devenus si fréquents , qu'un grand nombre de plaideurs s'y ruinaient) ; puis , celle non moins importante qui était parvenue à balancer les recettes et les dépenses de la Commune ; ce qu'on avait inutilement tenté depuis plus de cinquante ans ; puis enfin , celle qui acheva de délivrer la châtellenie des ribauds , coquins et autres gens sans aveu (4).
A la mort d'Isabelle , Philippe prit le titre de roi de Castille , et c'est sous cette dénomination qu'il signa les lettres des commissaires au renouvellement du Magistrat. Les difficultés du moment l'ayant appelé en Espagne , il y mourut à l'âge de vingt-huit ans (25 Septembre 4506), n'ayantguère d'autre titre à la gloire que d'être le père de Charles-Quin t.
ni. IULE SOUS MAXIMILIEH.
hilippe-le-beau étant mort , Charles son fils devint héritier de ses royaumes. Maximilien , en qualité de tuteur de son petit-fils, envoya Marguerite, sa fille , tante du jeune prince, donner et recevoir le serment que l'on échangeait à l'avènement d'un nouveau souverain. Le Magistrat accomplit le 27 Mai 4507 cette importante formalité.
Les Français étaient en armes sur les frontières du Brabant. Maximilien écrivit à notre Gouverneur , l'engageant , lui et toute la noblesse
(1) Archives de la Mairie, registre F, f. 206.
delà châtellenie , à venir promptement vers l'Archiduchesse avec lous les hommes de guerre dont il pourrait disposer. Un mois s'écoula avant que Jean de Marinelles eût réuni mille fantassins ; il les passa en revue à Lille et se dirigea avec eux sur Weert.
Mais déjà on était en négociations. Jean Gourtewelle , écuyer, Bailli de Lille , que nous verrons bientôt jouer un rôle important dans les affaires , fut nommé ambassadeur en France. Il revint à Malines où était l'Archiduc, et bientôt après celui-ci publia Tordre à tous les sujets de pardeça (c'est ainsi qu'on désignait la Flandre) de lever sans délai tout empêchement ou arrêt sur les biens , marchandises ou denrées quelconques circulant d'un pays à l'autre. Peu de temps après Maximilien et sa fille vinrent visiter notre ville.
Le nouveau roi d'Angleterre, Henri VIII était entré dans une ligue formée par le pape Jules II contre Louis XII. L'Anglais, pour l'approvisionnement de ses troupes , fit moudre à Lille et à Bruges plus de quatre cent mille muids de bon froment (i) ; ce qui n'était pas un avantage pour le pays , privé ainsi des ressources dont il avait besoin pour lui-même. La châtellenie à peine délivrée des anciens partisans en vit donc arriver de nouveaux ; la ville fut encore mise en état de siège. Le Magistrat redemanda à la ville d'Aire le peu d'artillerie qu'il lui avait prêtée , et commanda au sieur Chevalier, fondeur à Douai , une serpentine de cuivre de six pieds de longueur et du poids de 1 ,200 livres (2), six harquebusses pesant chacune cinquante livres , etc. Par son ordre , des commissaires firent l'inspection des remparts , le ghet des portes fut doublé , des surveillants placés au haut du Beffroi eurent la charge d'inspecter au loin la campagne ; le nombre des canonniers fut fixé à quatre-vingts, etc. On reprit encore aux particuliers les tours et autres habitations de cette nature, dont la jouissance leur avait été accordée pendant la paix.
Henri VIII s'étant emparé de Térouane , revint à Lille , où il avait rendez-vous avec Maximilien , Charles et Marguerite de Savoie (3).
Dans le conseil tenu sur les choses présentes , cette princesse cherchait à plaider la cause de Tournai, dont il était question de s'emparer.
(t) Macqueriau, Histoire générale de l'Europe , I, p. 57.
(2) Registre aux Résolutions , II.
(3) Macqueriau, I, p. 60; Panckoucke , p. 519.
La Peste à Lille. $8i
Le monarque anglais lui répondit : c Ma soer, m'amyeet bien aymée, » de ses Tournisiens ne m'en parlés aucunement , ne a l'empereur » vostre pere , car je vous asseure que je monstrerai qu'ilz ont mal » besoignez de rompre le traitiez que l'empereur leur avoit fait. Avec » l'ayde de Dieu, je vengeray les langues et obprobres qu'ilz ont dit » des bons seigneurs des pays , Charles, moubeau-frereet nepveux. » Ce sont gens incorrigibles et mal condicionnés , faisant farces , bal- » lades et chanchons de leurs voisins , se mocquant de ma descente , » disant qu'il nous fauldroit des échielles et pir encore. Partant ne » m'en parlez plus (1)...»
Ces dispositions hostiles n'étaient pas ignorées ; aussi , on s'attendait à voir la guerre prendre une tournure très-sérieuse. Lille fit des provisions considérables de salpêtre et de poudre ; la garde bourgeoise se chargea de tout le service intérieur, tant de nuit que de jour. La rareté du blé avait forcé le Magistrat de faire des achats de céréales jusque dans la Hollande , et de proscrire toute exportation. Le blé valait alors 54 sous le muid et l'avoine 27 sous.
Henri VIII et Talbot avaient choisi Lille pour leur quartier-général ; ils y tenaient de fréquents conseils. Tournai fut vivement attaquée , surtout du côté de la porte de Lille , appelée aussi porte Cocquereau (2). Elle dut capituler. L'archiduc Charles alla y trouver son oncle , qu'il ramena au palais de Rihour, où tous ces hauts personnages passèrent plusieurs jours ensemble. C'est de là que le palais des ducs de Bourgogne prit le nom de Cour de l'Empereur, sous lequel il est souvent désigné dans les chroniques lilloises.
La paix avait été à peine conclue en 1480 , que la peste vint remplacer la guerre; elle reparut fréquemment les années suivantes. Les hôpitaux ordinaires étant devenus insuffisants , le Magistrat fit bâtir, près de la porte de Fives, une maison pour les pauvres atteints du fléau (5).
Les épizooties étaient aussi fréquentes; et la multitude des chiens attaqués d'hydrophobie fit instituer, en 1500 , la charge de franc tueur de chiens.
(i) Macqoeriao, I, p. 61.
(*) Ibid., I, p. 64.
(3) Registre aux Résolutions ,11.
L'archiduc Charles , ayant atteint sa majorité , commença à gérer par lui-méne les affaires du gouvernement; dans un chapitre subséquent nous parlerons de la nouvelle domination.
Terminons celui-ci par une remarque dont on comprendra sans peine l'exactitude et l'utilité.
C'est vers le milieu du XV e siècle que les historiens placent la fin do moyen-âge. Il n'est pas rare de voir des personnes peu familières avec la réalité de l'histoire s'imaginer que cette heureuse époque savait allier l'ignorance et la simplicité avec des mœurs pures et innocentes; c'est une erreur. Nous croyons devoir supprimer toutes les preuves irrécusables que nous pourrions en rapporter : ce serait faire sans nécessité une honteuse investigation. Qu'il nous suffise de dire en général que, dans notre Flandre elle-même, l'adultère était devenu sans pudeur ; le Magistrat de Lille se trouvait dans l'obligation de prononcer à plusieurs reprises des ordonnances contre ces scandales publics , que donnaient les particuliers à l'imitation des princes. La bâtardise était un titre d'honneur ; des fêtes présentaient aux regards de la foule des femmes sans vêtements. Voilà sans doute plus qu'il n'en faut pour convaincre tout homme de bonne foi , que notre siècle , où. tant d'abus régnent encore , n'est point pire que ceux qui l'ont précédé , et que le moyen de ramener le genre humain dans la voie du vrai , ne peut avoir pour premier pas ce penchant à louer des temps qui , sous certains rapports , sont dignes de tant de blâme , et à blâmer sans discernement une époque où il se trouve incontestablement certaines choses meilleures qu'autrefois. C'est dans une appréciation plus équitable de l'une et de l'autre période , qu'il nous sera possible de conserver le bien et de travailler avec persévérance à faire disparaître le mal dont beaucoup de braves gens gémissent, sans songer efficacement à le guérir.
Quel lecteur n'a pas admiré les hauts faits de la chevalerie? qui n'a pas obéi à l'avide curiosité qui entraîne les jeunes esprits vers les merveilleux tournois et les splendides fêtes du moyen-âge? Les contes dont on amusait notre enfance avaient moins de prestige et d'éclat ; subjugués par la surprise , nous nous réfugiions dans une légitime incrédulité. Ici l'extraordinaire abonde aussi , mais le surnaturel est plus voisin de l'humanité ; on ne se défend plus de la sympathie qui naît au cœur pour ces preux dont la bravoure cherchait le plaisir dans le péril ; dont la générosité , toute soumise au devoir, ignorait les calculs de l'intérêt ! La pensée court dans cette voie , sans que le scepticisme l'arrête. A tout âge on aime à se persuader qu'il existe des hommes fidèles à Dieu , à la patrie ; des hommes pour qui l'honneur n'est pas un vain mot ; des hommes qui ont le parjure en horreur ; des hommes qui se croient naturellement mission pour assurer soutien au faible, protection à l'opprimé , secours à la veuve et à l'orphelin ;
384 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l'ÉPINETTE.
des hommes dont le cœur conçoit des affections constantes, des amours fidèles....
Âh ! si quelque fée nous cédait sa baguette , n'en userions-nous pas pour ressusciter, ne fût-ce qu'un instant, les antiques tourelles au toit aigu terminé parla girouette seigneuriale? pour relever ces remparts couronnés de redoutables mâchicoulis? pour agiter les bannières des chevaliers ? pour revoir encore ces colliers , gages de la victoire sur les champs de bataille ; ces éperviers d'or, prix du succès dans les tournois? varlets, pages, damoiseaux, écuyers, chevaliers formant de brillants cortèges et d'élégantes évolutions , passeraient une fois de plus dans nos regards surpris et charmés.
Et après tout , ne serait-ce pas aussi de l'histoire? Ces scènes ne se sont-elles pas renouvelées cent fois dans notre Flandre (1)? à Cambrai, à Àrras , à Valenciennes , au Quesnoy ? à Lille surtout où eurent lieu les célèbres joutes de VEpinette? N'est-ce pas dans nos murs que se rendaient les plus nobles et les plus puissants personnages pour y faire preuve de force , de bravoure , d'adresse et de bonne grâce , soit qu'il fût simplement question de rompre des lances en l'honneur des dames , soit qu'il fallût décider en champ clos de quel côté étaient le droit et la justice?
Rappeler tout ce qui, dans les souvenirs locaux, se rapporte à cette institution , c'est le devoir de l'historien lillois ; ce sera la matière du chapitre qui terminera le premier volume de cet ouvrage.
La date du premier tournoi n'est pas connue ; l'origine des joutes de la Flandre ne l'est pas davantage. Ce célèbre tournoi d'Anchin est du XI* siècle ; les manuscrits de la localité, relatifs aux jeux de l'Épinette , prétendent que le concile de Lyon , en 1244 , publiant une croisade contre les Sarrasins , maîtres de la Terre-Sainte , défendit défaire les tournois pendant cette guerre. La noblesse Flamande
(1) Un manuscrit, appartenant à M.Vaudebcrutsskdb Wàziers, intitulé Vaprtcularia, cite les tournois suivants : Compicgne, 1228, Mons, 1308, Bruges, 1310, Tournai, 1331, Hingelheim, 1338, Lille, 1376, Recner, 1397, Goricon, 1401, Arras, 1431 , Lille, 1435, 1438, 1442, 1447, 1433, Besançon, 1445 , Dijon, 1443, La belle pèlerine, à Bruges , 1447, Mons, 1515, Gand, 1500, etc.
Premiers Tournois, 385
répondit, comme on sait, à l'appel fait à sa foi et à sa bravoure ; mais elle se serait peu conformée au reste de l'ordonnance , car c'est à celte époque qu'auraient commencé les collèges et confréries qui subsistent encore en grand nombre dans le pays ; les fêtes de l'Epinette à Lille et celles du Forestier à Bruges, qui en étaient le complément, auraient pris aussi cours vers ce même temps.
Pour illustrer l'origine des fêtes lilloises , ces manuscrits , qui se copient fidèlement , prétendent que saint Louis aurait assisté aux premiers tournois de l'Epinette. C'est une opinion contestée et sur laquelle nous ne nous prononcerons pas. Ce qui est certain, c'est que , pendant près de trois siècles , ces fêtes se succédèrent sans interruption ; elles suivirent les destinées de la chevalerie , à qui elles empruntaient leur intérêt et leur éclat. Les preux allaient à la guerre comme à une fête , ils voulaient que leurs fêtes leur rappelassent encore la guerre ; celle-ci vit diminuer son éclat chevaleresque , dès que l'invention de la poudre à canon et remploi des armes à feu eurent nécessité une nouvelle tactique. La chevalerie fut sur son déclin , dès qu'un nain et un lâche purent de loin abattre le chevalier le plus robuste et le plus courageux. Nées sous les comtes de Flandre , les fêtes de l'Épinette furent surtout brillantes sous les ducs de Bourgogne. Sous les Archiducs, on commença à s'écarter de la ponctualité habituelle ; Charles-Quint les ajourna bien long-temps ; Philippe II les abrogea lout-à-fait (1556).
Voici comment l'usage avait constitué les fêtes de l'Épinette.
Le dimanche avant le carême, le jour que nous appelons aujourd'hui le Dimanche-Gras , le rot de l'année précédente réunissait à table les principaux de la ville et les anciens rois. Là , on s'entendait pour l'élection du candidat qui devait présider à la fêle prochaine. On lui faisait connaître le choix dont il était l'objet, et le surlendemain (le Mardi-Gras) , le nouveau roi était conduit sur la place du marché. Un héraut lui présentait une branche épineuse , symbole trop vrai de la royauté en général , mais qui avait ici pour but de lui rappeler qu'il devait aller honorer la Ste-Épine , déposée au couvent des Dominicains. La foule accompagnait de ses acclamations le nouvel élu , et le reconduisait en triomphe chez lui , où un repas somptueux et un bal terminaient la journée.
Cette initiation opérée, le mercredi (jour des Cendres), on réglait tout ce qui avait rapport au prochain tournoi. Le vendredi , le roi I. 25
386 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l/ÉPINETTE.
allait à Templemars , honorer saint Georges ; son cortège était nombreux : des femmes , vêtues en amazones , raccompagnaient et contribuaient sans doute à attirer la foule ; au retour , on faisait un repas auquel les dames n'étaient pas admises. Les fêtes terminées, le vainqueur des joûtes allait aussi honorer saint Georges et lui consacrer son armure.
Le samedi se faisaient les monstres (revues) , à la suite desquelles avait lieu un festin , puis un mystère , sorte de représentation sur un théâtre en plein vent , où le roi et les siens ne dédaignaient pas de paraître. Le repas était assez simple , si le menu ressemblait toujours a celui de 1485 : treize plats de viande étaient destinés à deux cent huit personnes , et les diverses sortes de vin coûtèrent 38 livres 48 patards , et encore , dans cette somme , sont compris le salaire du héraut, celui des serviteurs , des trompettes et des ménestrels.
Le dimanche avait lieu le tournoi dont nous donnerons plus loin la description.
Lorsque tous les étrangers, venus pour y figurer, avaient couru dans la lice et s'étaient mesurés les uns avec les autres , le roi de l'Épinette et le chevalier vainqueur des concurrents devaient joùter à leur tour pour eux et tenir contre tous venants. Si , le premier jour, tous les chevaliers avaient paru en lice , dès le lundi , le roi devait payer de sa personne ; dans le cas contraire , le mardi et les jours suivants , la fête se poursuivait, et le roi continuait à tenir la présidence et à rester simple spectateur. Il devait, néanmoins , faire chaque jour le cortège, y figurer à cheval , réunir les dames et damoiselles, leur livrer vins et espices avec alumeric, en son hôtel ou ailleurs.
Enfin , le prix ayant été mérité , on le décernait au vainqueur, et la fête était suspendue pour quelques jours. Nous disons suspendue, car une seconde féte , appelée joute du Forestier, établie par la comtesse Jeanne , à Bruges , était le complément indispensable de la joute de Lille; ceux qui avaient figuré à celle-ci , devaient se trouver à la suivante , avec robe de parure.
Le jour de la mi-carême que nous nommons Lœtare, et qu'on appelait alors le Gras-Dimanche , le roi devait donner à danser aux dames, damoiselles, chevaliers , écuyers, etc., qui avaient assisté à la joûte; c'était ce qu'on appelait espincher l'Épinette. Il était défendu d'avoir, au souper de ce jour-là , plus de huit plats de viande.
Le samedi, on allait faire une promenade, sans étiquette, au JB»;
Le Jour des Brandons. 387
la cour distribuait des présents au héraut de l'Épinette et aux ménestrels (1).
Depuis le mercredi de la semaine sainte jusqu'au mardi de Pâques , toute la cour restait au couvent des Dominicains pour honorer la Ste- Épine , qui était dans un riche reliquaire , don de la pieuse Jeanne. Les figurants du Tournoi assistaient à des exercices religieux , entendaient la prédication ; après quoi le roi et les siens faisaient un dernier repas , pendant lequel une quête avait lieu : en i 431 , elle produisit 5 livres ; ce qui ne donne pas une très-haute idée de la libéralité des assistants.
Par une occurrence peu édifiante et à laquelle la sensualité flamande n'était sans doute pas étrangère, c'était donc pendant le carême que se prolongeaient ces fêtes , et tout cela se passait dans un temps que l'Église destinait à la pénitence , à la mortification.
Pour bien apprécier les choses , il ne faudrait pas appliquer au jugement de ces temps-là les idées reçues aujourd'hui et que les siècles ont successivement modifiées. Les hommes grossiers et sensuels, obéissant aux instincts matériels, cherchaient à se déguiser leurs travers et venaient terminer une série de réjouissances par une marque extérieure de respect à la Religion; la Religion, en recevant cet hommage imparfait, en profitait pour donner du moins une haute leçon de morale. Elle offrait une épine de la couronne du Sauveur à la méditation de ceux qui avaient goûté successivement de tous les plaisirs de la vie.
Le jour principal de ces fêtes , le jour du tournoi , s'appelait à Lille , dans le langage du peuple et même dans le style des ordonnances du Magistrat , le Béhourt ou Behotu; ce qui parait vouloir dire le Beau- Jour. On avait donné le nom de jour des brandons à celui où avait lieu le repas offert aux dames , et qui se faisait à la clarté des torches ou falots ; ce jour là on illuminait de la même manière la plupart des maisons de la ville. Cette coutume a survécu longtemps aux fêtes de l'Épinette. Jusqu'au milieu du XVIII e siècle , on voyait à Lille, le jour de la mi-carême, les enfants courir les rues en agitant des torches allumées, en souvenir du jour des brandons.
(1) La loi portait que si les jouteurs voulaient continuer à Lille, ou ailleurs , Ils en avaient la liberté , mais qu'on ne les y astreignait pas. Nous avons une ordonnance de 1338, qui permet aux bourgeois de Lille de joûter le jour des brandons.
338 LES T0UBN01S ET FÊTES DE l'ÉPINETTE.
Pour présider à l'ordonnance de la féte , il y eut , à partir de 1S83, un conseil formé : i.° de trois membres pris au sein du Magistrat; 2.° du héraut de l'Épinette; 3.° du poursuivant d'armes du tournoi, que, suivant un usage admis dans les faits d'armes, on appelait Épineiie, et 4.° enfin du rot de VÉpinelte.
Le mot roi doit être pris ici dans un sens restreint , et doit s'entendre par celui de président; nos confréries d'archers ou d'arbalétriers ont encore aujourd'hui la coutume d'élire leur roi : c'est ordinairement celui qui a abattu le maître prix. D'ailleurs , la royauté de l'Epinette durait un an , d'une élection à l'élection suivante.
Le roi , ainsi choisi , s'appelait aussi le Sire de joie. C'était un bourgeois de Lille , honorable et qualifié , qui devait, avant tout, être riche. La force ou l'adresse n'était pas de rigueur, puisqu'il pouvait se faire remplacer dans la lice par quelque vigoureux champion; mais la fortune était indispensable. Il fallait , en effet , traiter les chevaliers , seigneurs, dames , damoiselles qui venaient à la féte , et la souveraine dignité ne se justifiait qu'à force d'argent. Gomme chaque année le luxe de ces solennités neiit que s'accroître, les choses en vinrent à ce point , que l'élection du sire de joie était pour lui le signal d'une ruine complète, et que certains Lillois préféraient se laisser décerner la prison et l'amende, plutôt que d'adhérer à la condamnation qui leur infligeait cette éphémère et ruineuse royauté.
Le Magistrat songea de bonne heure à intervenir par des secours d'argent, qui, augmentant graduellement, s'élevèrent de 300 à plus de 2,500 livres , mais restèrent toujours insuffisants. On leva pour cet objet des impôts sur les boissons, sur le Minck ; on préleva des amendes imposées aux gens de mauvaise vie (1). En 4349, le Magistrat prêta 100 livres au roi Pierre le Nepveu, qui s'engage à les rembourser en quatre ans. En 1360 , on trouve une particularité du même genre pour Jacquemart Àrtus. En 1377, Robert Dormeaux s'engagea à payer 40 livres par an , pendant dix ans , pour un pareil prêt.
Jffais d'autres bourgeois, fiers de montrer leur richesse , se laissaient nommer plusieurs fois. En 1475, l'ancien roi fut, déprime abord,
(1) Des lettres du 28 Février 1429 mettent 12 deniers sur chaque /ky,de six havolz de sel. Elles prélèvent sur les amendes mises sur les houriers, rihoteux, mulieux, noiseux, gens de mauvaise et folle vie et conversation déshonnéte.
Let Rois de l'Epinette. 389
continué pour Tannée suivante. Pierre Delobel fut ie dernier qui joûta à ses frais.
Outre ces secours d'argent , les ordonnateurs delà fête réservaient des consolations de vanité à ceux qui se dévouaient ainsi aux plaisirs publics. La qualité de roi de l'Épinette donnait aux bourgeois la noblesse , aux nobles le titre de chevaliers. Les armoiries des rois de TÉpinette figurèrent avec honneur, comme ornement du conclave de nos Magistrats , jusqu'en 1595 , que l'ancien hôtel-de-ville fut démoli. Si quelqu'un de ces rois venait à faire partie de l'Échevinage , il avait le pas sur ses collègues et prenait place a côté du mayeur, etc.
Le premier roi de l'Épinette , ennobli par les comtes de Flandre , est Robert de le Vacquerie, en i392. Ces souverains accordèrent cette faveur à quatre-vingt-dix-sept ou quatre-vingt-dix-huit autres bourgeois. Les rois de France qui, en cette circonstance, comme en tant d'autres que nous avons signalées , ne voulaient pas se laisser vaincre en courtoisie , en ennoblirent cent dix.
Les rois de l'Épinette conservaient toute leur vie le titre d'ancien roi , de vieil roi; ils étaient de droit membres du conseil d'organisation des fêtes subséquentes , et avaient titre pour y être assis aux places d'honneur. De plus , leurs femmes avaient aussi , aux cérémonies publiques , la qualification de reines. Il était ordonné aux dames bourgeoises et damoiselles d'accompagner le nouveau roi, et même « de damer et j> faire tous esbattements et honneurs au Roi et à la Reine , le plus hono- 3 rablement vestues et atlourées quelles pouvoient être. »
Le tableau des rois de l'Épinette rappelle plusieurs noms de familles encore existantes; nous croyons donc devoir le transcrire ici (1).
(1) 1283. JeanLegrand.
1284. idem.
1285. Charles Lcgrand.
4286. Jacques de Metz.
1287. Gérard de Warcoing.
1288. Huttin de le Sauch.
1289. le sieur Du Bois.
1290. Eleuthcre de Pontrewart.
1291. Haquin Fremaux.
1292. JeanLegrand.
1293. Ph. Hangouart.
1294. Jean de Luxembourg.
1295. Denis de Douvin.
1296. Denis VVermy.
1297. Legrand, sieur d'Avelin.
1298. Jean de Metz.
1299. Henri de Courtrai.
1300. Jean de Quieulcuc.
1301. J. le Prévost.
1302. J. de Warengbien.
1303. Jacquemart Fremaux.
1304. Gillot Fremaux.
1303. Rob. de Beaufreraetz.
1306. Thierry de Bcaufremetz.
Quant à leurs blasons , ils nous ont été transmis dans plusieurs manuscrits. La reproduction de ces armoiries serait l'occasion de frais considérables et sans résultats importants ; nous nous contenterons donc d'en dire quelques mots.
Henri Vrete.
Robert Vrete.
Jean de Pontrewart.
Thery de Castiel.
Bauduin le Prudhomme.
Laurent.
Antoine Nepveu.
P. de Pontrewart.
Roland le Prévost.
Jacques de Vilers.
Gilles Fremaux.
J. L. Prudhomme.
Ant. de Nast.
Ch. de Catelct.
Bettreraieu de Courtrai.
Jean de Quieulenc.
Henri le Nepveu.
Jean, bâtard de Gilette.
Henri Gomer.
Bauduin Vrete.
Pierchon Vrete.
Jean le Metz.
Jean de le Barre.
Jean le Prévost.
Pierchon de le Vacquerie.
Lcgrand de Quemment.
Jean de Warenghien.
Jean de Vrete.
Thery de Bcaufremetz.
Bertout de Hailly. Jean de le Vacquerie.
Denis de Courtrai.
Gaspard de Paleudis.
Denis Hangouart.
P. le Nepveu.
Boudrart Vrete.
Jacquemon Vrete.
1545. Henon le Prudhomme.
1546. Jean le Prudhomme.
1547. Jean de Renneval.
1548. Bauduin le Nepveu.
1549. Pierre le Nepveu.
1550. Bler Denis.
1551. Jean des Cornets.
1552. Grard le Nepveu.
155 5. Gillart de Beaumarais.
1454. JeandeByart.
1555. Ph. de Mailly.
1556. Claude de Langlée.
1557. Pierre Artus.
1558. Collart Guemart.
1559. J. de Cormoran.
1560. Jacquemart Artus.
1561. Hennin de Hebart.
1562. Beaudart Vrete.
1565. Ig. Vrete.
1564. Ph. Artus.
1565. Josse de Beaumarais.
1566. Allard Fremaux.
1567. Hector de Beaumarais.
1568. Bauduin Gomer.
1569. Jeau Régnier.
1370. Lottard Fremaux.
1571. Jean de le Femetz.
1572. Paul de le Barre.
1575. Gillc de le Barre.
1574. Charles de Joie.
1575. Bauduin Vrete.
1576. Jacquemon de Valers.
1577. Robert Dormeaux.
1578. Henri Vrete.
1579. Gui le Preudhomme.
1580. Jean Artus.
1581. Gilles Tournemine.
1582. Jean Haugouart.
Armoiries des Rois de l'Epinette. 391
Les cimiers, qui surmontent les écussons de ces rois, sont terminés par des couronnes , par des ailes avec des étoiles , comme on nous représente le casque de Fiogal ; par des oiseaux tels que paon , héron , cormoran et autres ; par une tête de cheval , de cerf, de chien ,
4585. Bauduin de Ramzy.
1584. P. le Nepveu.
1585. Denis de Priant.
1586. Jean de Haze.
1587. Paul de le Barre.
1588. G. œe de Warenghicn.
1589. Lottard Fremaux.
1590. Denis Palding.
1591. Jean Dormeaux.
1594. Robert de le Vacquerie.
1595. Jacquemart Artus.
1594. Henri de le Vacquerie.
1595. Jean Canard.
1596. George de le Barre.
1597. Ig. le Nepveu.
1598. Thomas Vrete.
1599. Jean de Haze.
1400. P. de le Vacquerie.
1401. Jean Wiart.
1402. Bauduin Vrete.
1403. Ph. de Poutrewart.
1404. Pierre Boudel.
1405. Hubert Gomer.
1406. J. Fourlignies.
1407. Hubert Balard.
1408. Ig. le Prévost.
1409. Lottard Fremaux.
1410. J. Tournemine.
1411. J. Leclercq.
1412. P. Vrete.
1413. Jean Gomer.
1414. Ph. Vrete.
1415. J. Gomer.
1416. Jacques Langlée.
1417. Tristan Lescutiez.
1418. Oudart de Langlée.
1419. Gérard de Vilers.
1420. Ant. le Preudhommc.
1421. H. de Tenremonde.
1422. W.»» de Tenremonde.
1423. Jean de St- Venant.
1424. Bernard Régnier.
1425. Jean Fremaux.
1426. Everard Haugouart.
1427. Josse Régnier.
1428. H. le Preudhomme.
1429. Jean Vrete.
1430. Ph. Fremanx.
1431. Bauduin Gomer.
1432. J. de Larisans.
1455. Jean Gomer.
1434. Ig. Prévost.
1455. J. Artus.
1436. J. Varrin.
1437. Daniel Thieulaine.
1438. Robert de St-Venant.
1439. J. Prévost.
1440. J. nersent.
1441. J. Gantois.
1442. Ancelot Fremaux.
1443. Jores Verdières.
1444. Grard Thieulaine.
1443. Gillebien de Tenremonde.
1446. Allart le Preudhomme.
1447. Bauduin Orghct.
1448. Ig.Gomer.
1449. H. Gomer.
1450. Jean de Landas.
1451. J. Monnoycr.
1452. Bettremieu Haugouart.
1453. Bettremieu Régnier.
1454. J. de Haze.
1455. J. Dcstailleurs.
1456. J. Prudhomme.
1457. Martin Denis.
1458. P. leMesre.
de lion, d'ours , de giraffe , de licorne , de serpent , etc. ; par une corne d'abondance, et même par un homme marchant à deux béquilles.
Les écus ou écussons étaient , suivant les règles du blason , de gueules , de vair, d'or, d'argent, d'azur, de sable, de sinople, et l'on y trouve tous les symboles usités : lion , léopard , aigle , canard , cygne, sanglier, croix, rosaces , chevrons , croissants , étoiles, gerbes, cornets, etc., etc.
Quelques objets rappellent le nom du roi ; ce sont les armes parlantes : Fremaux avait de gueules à trois fermails d'or ( fermaux , fremaux) ; Jacques de Morien avait trois têtes de nègre ; de le Yacquerie avait, en sautoir, deux pelles à la drèche et deux fourches au fumier; de Mailly portait trois maillets d'or; nous n'avons pas compris pourquoi Thieulaine avait une tête avec bandelettes à la manière des statues
En [i 474 , Maximilien rendit héréditaire la noblesse des rois de l'Épinette. Mais , à cette époque , le goût de ces fêtes s'était amorti , le besoin ne s'en faisait plus sentir ; cet attrait n'empêcha pas la décadence rapide de l'institution (1).
Outre le roi de l'Épinette qui présidait aux jeux , il y avait un conné-
1459. J. de Danset. 1474. Martin Lescutiez.
1460. P. Preudbomme. 1475. J. de Lauslrus.
1461. J. Verdier. 1476. idem.
1462. Ig. de le Sauch. 1477. Hugues de Gherbode.
1463. Bauduin Gomer. 1478. J. d'Avelin.
1464. H. Gomer. 1479. J. le Monnier.
1465. Georges Gomer, 1480. Gilles Eve.
1466. Bauduin de la Cambe , ditGan- 1481 . Gautier Eve.
thois. 1482. Bauduin de Croix.
1467. Hugues de la Cambe, son fils. 1483.
U68. Denis Bonncl. 1485.
1469. Jean Marquant. 1486. Jacq. Gantois.
1470. Thomas Artus. 1487. P. Delobel.
1471. J. Landas. 1499. Suspension.
1472. Jacotin Artus. 1547. Renouvellement sous le nom du
1473. Jean Fissiel. Prince-d'Amour.
(1) Il est fait mention des fêtes de l'Épinette dans plusieurs registres des archives de Lille. Voici ceux que nous avons trouvés cités dans le manuscrit que nous analysons : registre C, p. 206 , 207, 245; D, p. 30, 51 ; R, p. 215; P, 20, 26, 48 ; M, p. 138 , 140, 150.
Le Héraut de VËpinetle. 393
table chargé de diriger la séance; il avait sous lui un certain nombre de personnes notables et de bourgeois armés pour le maintien du bon ordre , tant dans la ville que dans la lice.
Lorsqu'un champion se présentait, il devait faire , entre les mains du connétable , le serment qu'il n'avait sur lui « ni pierres, ni sorts , ni » paroles écrites , ni pointes , aloines , herbes , crox ( croix ) , ni autre 3» chose en quoi il se confortât , fors en la puissance de Dieu , la force de » son corps, celle de son cheval et harnais. »
Le connétable était un seigneur de distinction , mais il pouvait se faire remplacer. En 1409 , le sire d'Antoing qui avait été élu , étant « mal disposé et ne se pouvant bien aidier, * on lui adjoignit le sieur de Bailleul et le sire de Wechte , tous deux maréchaux.
Le héraut de l'Épinette ne pouvait faire aucun mestier mécanique. Par contre , il était exempt du ghet , et , en cas de nécessité , il commandait dans la milice bourgeoise, même aux nobles qui auraient pu s'y trouver. Quant aux émoluments de son emploi , nous ne les avons pas trouvés bien déterminés ; nous avons seulement vu qu'à un combat , livré en 1442, entre un seigneur français et un seigneur anglais, les hérauts ont reçu d'un côté 80 livres , de l'autre 50 livres ; les ménestrels avaient , pour la même circonstance , 20 livres.
Le héraut était vétu d'une tunique de velours rouge , sur laquelle était brodée une fleur de lys d'argent , antique blason de la ville ; il portait à la main un caducée à la manière des hérauts grecs ou romains.
Après la suppression des fêtes de l'Épinette , le Magistrat conserva ce fonctionnaire , qui garda les mêmes décorations , le même titre de héraut, et précédait le Magistrat dans toutes les cérémonies publiques.
Les chevaliers qui couraient en lice étaient couverts de fer ; leur visière baissée ne laissait pas voir leur figure. Outre les casques couronnés de plumes et la cuirasse plus ou moins ouvragée , ils avaient des cuissards , des brassières , des gambards , les uns en acier poli , dont les pièces articulées protégeaient surtout les jointures ; quelques armures étaient damasquinées , entre-dorées. Ils étaient ceints d'une écharpe de la couleur adoptée par leur dame; leurs chevaux étaient aussi ornés de rubans analogues. Us avaient une épée suspendue à leur baudrier, et avaient au poing une lance dont le bois s'effilait vers l'extrémité qui était terminée en losange et portait une flamme divisée en deux. Ces lances étaient fragiles et se rompaient souvent au premier
choc (i). Quelquefois , néanmoins , il en résultait des scènes tragiques : un sieur Pollart , chevalier français d'une taille peu commune , et qu'on avait, à cause de cela, surnommé le Grand~Diable, s'était rendu redoutable dans les tournois où il s'était présenté ; aux joûtes de l'Épinette, il courut contre un jeune Lillois , âgé de quinze ans , nommé de Renty ; cet enfant désarçonna son adversaire , qui fut repoussé en arrière ; la haute selle qu'il montait le blessa grièvement , et il tomba le coeur crevé au ventre, suivant l'expression du manuscrit. Depuis ce temps les hautes selles de guerre furent proscrites de nos tournois.
On sait d'ailleurs quelle fut la fin tragique de Henri II , blessé à la téte par un éclat de lance.
Lorsque le jour des fêtes approchait, le Magistrat et le Prince s'accordaient pour établir les mesures les plus sages et les plus minutieuses , et prévenir tout danger. Nous n'en citerons que les principales.
Les curieux que la solennité attirait à Lille devaient se résigner à se servir eux-mêmes ; il leur était du moins défendu de prendre à leur service , pendant ces jours , aucune personne de la ville. Les femmes veuves et les filles , disait l'ordonnance , qui venaient pour regarder, n'étaient pas exemptées de cette disposition. Les hommes au-dessus de dix-huit ans ne pouvaient circuler à cheval , ni avec armes ou harnais de guerre ; les hôteliers devaient avertir de cette mesure tous ceux qui descendraient chez eux , et les engager à mettre jus leurs harnais, s'ils en avaient.
Une partie de la bourgeoisie devait prendre les armes et se distribuer aux lieux convenables , y veiller personnellement le jour aussi bien que la nuit, suivant les instructions particulières que donnait le comité ad hoc , composé du rewart, de quatre échevins et de quatre notables.
Pendant les heures du tournoi , toutes les portes de la ville étaient fermées; dans les autres moments on n'en ouvrait que trois, à chacune desquelles veillaient douze bourgeois ; aux portes qui restaient fermées on plaçait deux sentinelles (2).
(1) Les lances de tournoi coûtaient 3 sous en 1495; celles de guerre coûtaient 18 sous (M. Gachab», p. 291). On employait aussi des rockets d'acier à 6 sous, et de fer à 5 sous {Ibid. p. 290).
(2J Le tournoi de la Pélérinc, qui eut lieu cul 447, près de Calais , dura vingt-six jours. Ce pas d'armes était donné par Jean de Luxembourg, seigneur de Haubourdin.
La Lice. 395
Une autre partie de la bourgeoisie que l'ordonnance appelle les mal armez ( c'était probablement ce qu'on nomme aujourd'hui les bizets ) était répartie dans les carrefours (1) et toute bataille entre bourgeois était absolument ajournée.
Pour prévenir tout danger, on avait menacé de bannissement celui chez qui le feu se manifesterait ; les rues devaient être libres de tout empêchement , les chiefs d'hôtel devaient mettre devant leur maison leur plus grand vaisseau, le maintenir plein d'eau , avoir des écuelles tout auprès ; aussitôt les pardons sonnés , chacun d'eux devait entretenir à sa porte des lanternes avec chandelles ardentes , etc. etc. Le prix des vivres ne pouvait être augmenté pendant le temps des fêtes ; mais par juste réciprocité , le duc de Bourgogne garantissait aux vendeurs le paiement de ce qu'ils avaient vendu.
Tout étant ainsi préparé , on dépavait la place du marché et on la couvrait de sable fin ; cette place comprenait alors ce qui est aujourd'hui la Grand'Place , ainsi que la place du Théâtre et le terrain des groupes de maisons situées entre elles ; elle formait un carré de plus de 4 à 500 pieds de côté et de près de 200,000 pieds carrés de superficie.
La lice était entourée de planches à hauteur d'homme; une cloison de même hauteur divisait l'arène , et marquait la ligne que chacun des champions devait parcourir. Il était sévèrement défendu de franchir ces barrières.
Parallèlement à cette ligne était établi un échafaudage destiné aux princes , aux dames qui devaient juger du mérite des coups.
La ville envoyait annoncer dans toute la Flandre le jour du tournoi , et les amateurs faisaient leurs préparatifs pour s'y distinguer par leur luxe , leur bonne grâce , leur adresse ; chaque ville s'ingéniait pour ajouter au cortège quelque chose d'inattendu et capable de lui faire un renom.
Il y avait deux cortèges : celui que chaque ville organisait pour son entrée , et le cortège général des diverses compagnies accourues à Lille. Il arrivait ainsi de divers lieux des troupes de jouteurs : Gand , Bruges et Tournai surtout fournissaient les plus nombreuses. Les deux premières , à cause de leur population considérable ; la dernière , à
(1) La place St-Pierre, la place St-Martin, la pla#c Dcrgnaux, la place Slc- Calherine , le Neuf-Marché et devant le Dragon.
396 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l'ÉPIRETTE.
cause de sa plus grande proximité. Valenciennes se signalait par sa pompe et l'esprit inventif de ses députés. Lille comptait le plus de ces champions qui s'établissaient contre tout venant; ce nombre variait de trente à soixante-dix.
Les seigneurs , portant bannières , arrivaient avec leurs hommes. C'est ainsi que le sire d'Enghien amena avec lui dix chevaliers ; le seigneur de Trasignies en avait onze; le sire de Gruthuse, quinze; en outre , le duc de Bourgogne envoyait dix, douze, quinze et même trente de ses chevaliers , pour grossir l'escorte du roi de l'Épinette.
A tout cela, il faut ajouter ceux qui arrivaient de divers lieux sans porter bannière , et les Chevaliers errants dont il se trouva jusqu'à vingt-sept au tournoi de 1435.
Plusieurs de ceux qui ont lu le livre de Cervantes ne se doutent pas que l'on a trouvé en Flandre la réalité de quelques traits dus à l'invention de l'écrivain : Jean de Werchin déclara formellement qu'il combattrait envers et contre tous , pour soutenir que sa dame était la plus belle ; le sublime , on le voit , est souvent voisin du ridicule. Monstrelet nous a transmis la teneur de son défi (1).
(1) • A tons chevaliers et ecuyers, gentilshommes de nom et d'armes sans reproches, je, Jean de Werchin, Chevalier, Sénéchal de Hainaut, fais savoir a tous, qu'à l'aide de Dieu, de Notre-Dame, de monseigneur saint Georges et de ma Dame , serai , le premier Dimanche d'Août prochain venant, à Goucy, si Je n'ay loyal essoine, prêt pour lendemain faire les armes qui ci-après sont écrites, pardevant mon très-redouté seigneur monseigneur le duc d'Orléans, lequel m'a accordé la place , s'il est adonc gentilhomme tel que dessus est dit , en ladite ville, qui accomplir les me veuille. Et premièrement seront, moi et le gentilhomme , qui accomplir me voudra mon entreprise , montés à cheval en selle de guerre, sans nulle maîtrise. Et serons armés pour nos corps comme il noos plaira, et aurons torges sans couvertures ni ferrure de fer ni d'acier, et aurons chacun une lance de guerre, ou ne pourra avoir agrappe ni rondelle, et une épée.Si assemblerons desdites lances une fois; et asséné desdites lances ou non, chacun ôtera sa targe à part lui , et prendra son épée sans aide d 'autrui. Si en férirons
vingt coups sans reprise • ♦ •
> Et, afin que tous gentilshommes qui auront volonté de moi délivrer puissent savoir mon chemin , j'ai intention , au plaisir de Dieu , de passer par le royaume de France , et de là, tirer à Bordeaux, et puis au pays du comte de Foix» de là» au royaume de Navarre , au royaume de Castille , et puis à monseigneur saint Jacques : et au retourner, s'il plaît à Dieu , repasserai par le royaume de Portugali
Le Cortège. 397
Lorsqu'une compagnie de chevaliers était arrivée près de la ville, le roi de l'Epinette et son cortège se dirigeaient vers la porte par où se devait faire l'entrée; ils accueillaient les étrangers, et après les civilités d'usage rentraient en ville avec eux.
La pompe et la magnificence des particuliers offraient parfois un mélange singulier de prodigalité et de mauvais goût , qui n'empêchait pas les passants de s'émerveiller. Le roi était vétu d'habits de satin ou samy blanc , son cheval était houssé de même ; cette housse le couvrait presqu'entièrement et pendait jusqu'à terre; ses valets ou servants portaient des jupons de soie verde, et leurs chevaux avaient de longues housses de même étoffe dont le bord était orné de sonnettes, de houppes, de franges en soie ou en or; les harnais du destrier royal étaient chargés de dorures ainsi que les guides, le mors, etc.; de magnifiques panaches ornaient toutes les toques ; jusqu'aux hallebardiers du roi , tous avaient des vêtements de soie.
En tête du cortège, chevauchait le héraut vétu de sa cotte d'armes et portant l'étendart de la ville; puis venaient deux à deux les chevaliers ayant la plupart une bannière à leurs armes ; derrière chacun d'eux étaient deux archers du Serment de la ville , qu'on leur donnait comme marque d'honneur. Les dames des chevaliers suivaient immédiatement ; tantôt elles étaient dans des chariots couverts d'étoffes éclatantes; tantôt elles formaient aussi une élégante cavalcade.
Alors se trouvait la pièce curieuse du cortège ; parfois c'était une troupe d'hommes vêtus de rouge , portant trois cygnes qui supportaient une ville où l'on voyait à chaque tourelle flotter l'étendart de Valenciennes, présent que cette ville offrait au roi de l'Epinette ; quelquefois c'était un groupe de damoiseaux , vêtus en sauvages et portant au bras leur écu ; leurs chevaux étaient « déguisés en peaux de bestes étranges
et de là, au royaume de Valence, au royaume d'Arragon, en Catalogne, en Avignon, et puis repasserai par le dessus du royaume de France, pourvu que je puisse par les dessus nommés pays sûrement passer sans avoir empêchement, et portant cette présente emprise, excepté ceux du royaume de France et de la comté du Hainaut.
» Et, aOn que cette emprise soit tenue véritable , j'ai mis le scel de mes armes à cette présente lettre , pour accomplir ce que dessus est écrit, et signée de ma main, qui fut faite Tan de l'incarnation de Notre-Seigneur mil quatre centetdeux, le premier jour du mois de Juin. »
ou de plumes d'oiseaux avec des roseaux.... » Le héraut était vêtu d'une peau d'ours.... Puis , sur un char, était une ville à sept tours dans chacune desquelles se trouvait une damoiselle portant un étendart à ses armes ; au sommet du char se trouvait Jeanne Grebert avec la bannière de Valenciennes ; puis encore , au milieu de la foule , des hommes aussi vêtus en sauvages portant des tours fort étranges.
Ce spectacle fut trouvé si beau que le roi de l'Epinette affubla ainsi son cortège. Lui et ses gens étaient , en 1458 , vêtus de peaux et de plumes de cygne ; son cheval était harnaché de miroirs , de plumes de paon, etc. Montlinot prétend (1) qu'il venait des jouteurs vêtus en moines blancs , d'autres en esclaves.
Toutes les dames et damoiselles se réunissaient ensuite et formaient la cour de la reine de l'Epinette; elles prenaientplace sur les léchafauds 9 qui estaient dressez et parez sur le marché. » Elles assistaient aux festins , aux bals , etc. , et menaient aussi la joyeuse vie dont nous avons donné les détails.
Quand le cortège était arrivé sur la Place , les curieux se pressaient autour de l'enceinte , les fenêtres se garnissaient; les troupes prenaient les postes assignés. Le roi et la reine de l'Épinette s'asseyaient sur leur trône , ayant à leurs côtés et derrière eux toute leur cour et les grands seigneurs qui étaient venus assister à la fête. On vit souvent y figurer les ducs de Bourgogne, et même des rois de France. En 1410, Jeansans-Peur y présidait avec Philippe son fils, ainsi que Antoine, duc de Brabant. Eu U->3, le comte deCharolais remporta le prix de l'Épinette (2). En 1463, Louis XI vint exprès de Tournai. Il jouta même
contre BauduinGomer, roi de l'Épinette Cette année est doublement
remarquable, et par cette circonstance, et parce que la fête se faisait aux dépens de Jean d'Ostende, qui avait refusé d'être roi et s'était ainsi fait mettre en prison. 11 fut condamné à l'amende, en sus du paiement des autres frais. Ce seigneur était officier du duc Charles et de la duchesse qui le reclamèrent en vain. Ce qu'ils purent faire, ce fut de payer pour lui.
La présence d'un souverain à nos joûtes flamandes n'est pas un ôil unique. En 1423, Philippe-le-Bon avait lutté à Bruges contre Florimond
(1) Page 520.
(2) Revue du Nord, III, p. 516.
Duels judiciaires. 399
de Bremart , contre le roi de l'Épinette et le forestier. Maximilien , empereur d'Allemagne, lutta aussi avec le lillois L. Delobel.
Les spectateurs étant ainsi placés, les chevaliers, au nombre de deux cents et plus , entraient dans la lice en faisant caracoler leurs chevaux. Ils passaient devant l'estrade qu'ils saluaient , puis se rangeaient à l'écart. Lorsqu'il était question d'un duel judiciaire , le héraut faisait ce qu'on appelait le cri , ou la proclamation. Voici celle qui fut publiée en 4409 :
« ORES, OXS, ORSEN, OREIN.
» Je vous fais assavoir de par M«* le duc de Bourgogne , comte de Flandres, d'Artois et de Bourgogne, et de par M* 1, le comte de Nevers , son frère, son lieutenant en ceste place qu'il ne soit nul de quelque estât qu'il soit qu'il face signes , monstre et enseigne en quelque manière que ce soit, sous peine de l'indignation de mondit seigneur et que chacun se taise tout quoy , et que nul ne soit qui fasse noise ou murmure , sous peine de la hart et de rechief qui ne soit homme si hardy , qu'il entre dedans les bailles ne monte sur icelles ; sur peine d'être mis en prison un mois , au pain et à l'eau. »
Ce cri se faisait par trois fois.
A un signal donné par les trompettes , deux chevaliers qui devaient joûter l'un contre l'autre , s'avançaient en se tenant séparés par la cloison dont nous avons parlé ; ils mettaient leurs chevaux au galop , et , la lance à la main , cherchaient réciproquement à s'atteindre. Lorsque les coups étaient bien portés et les lances convenables , elles se brisaient sans qu'aucun des cavaliers fût désarçonné. C'était une passe des plus glorieuses et qu'on ne remplissait pas toujours. Le plus souvent, la lance glissait sur la cuirasse, ou bien l'un des deux champions tombait à terre. Il n'était pas sans exemple de les voir tous deux rouler dans la poussière, chacun de leur côté. Lorsque le combat était sérieux , ce premier incident n'avait aucune valeur , la course recommençait , ou bien les adversaires combattaient à l'épée , au poignard. Lorsqu'un des deux combattants tombait complètement à terre , son ennemi ne pouvait plus agir contre lui; quand il n'avait qu'une main a terre, ou un genou, ouïes deux genoux, etc., il y avait a observer des règles , dont tout loyal chevalier se serait fait scrupule de s'écarter. On avait d'ailleurs soin de les proclamer en faisant le cri.
400 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l/ÉPINETTE.
Le manuscrit intitulé Veprecularia nous rappelle plusieurs des combats singuliers qui se firent à Lille. C'est ainsi que Ton vit combattre Jean de Carniole , écuyer breton , contre Robert Scotbroek , écuyer anglais ; messire Antoine de Craon contre le sieur de Gourtrai; le sire de la Trémoille contre le sire de Frenelle ; le sieur de Nevers contre le sire de Ghistelle ; le sire de Rode contre le seigneur de Praet. Leduc de Bourgogne, devant combattre le duc de Glocester, fit venir d'Hesdin des armoyers pour forgier les harmes et habillements qui lui étaient nécessaires. Il en cite encore d'autres en 1576, 1455, 1458, 1442, 1447, 1455. S'il faut en croire certains dires, Jeanne de Constantinople aurait offert le combat à outrance à Jean de Nelle pour gagner la châtellenie de Bruges (1).
Les roturiers suivaient l'exemple des nobles : ainsi, en 1405, un duel eut lieu entre Bernaige et Bernette ; le premier accusait l'autre d'être le meurtrier de son père. Au premier choc , ils brisèrent leurs lances, ils mirent alors l'épéc à la main; Bernaige , terrassé , fut déclaré coupable et décapité sur le champ (2). Les vilains , qui se battaient au bâton , n'observaient pas toujours toutes les prescriptions ; il en résultait parfois des scènes de la plus révoltante barbarie. Ce qui se passa lors du duel de Mahuot Coquel et de Jacotin Plouvier en est un horrible exemple.
A Cambrai , des lois analogues étaient en vigueur : le règlement pour li usa'ujes et aspiaus de bataille, campel et des campions contenait trente-six articles concernant les mesures de conciliation , les délais de quinzaine , l'emprisonnement des champions , les soins à leur donner, les armes dont ils devaient être munis, le choix des bretons (bretteurs) dont ils pouvaient prendre des leçons , le devoir des amparliers ou avocats, l'invitation aux bonnes gens de prier pour eux, le traitement que devait subir le vaincu , qui était toujours mis à mort et traîné sur la claie (5).
En 1515 , entre Lille et Douai , en présence du bailli et du prévôt de Douai, du châtelain de Lille et du sénéchal du Hainaut, eut lieu un combat judiciaire entre deux champions , dont l'un était accusé d'avoir
(1) Revue du Nord , VI , 338.
(2) Annuaire du département du Nord , 1838 , p. 38. — Archives hist. et lit t. , IV.
(3) Archives historiques et littéraires, I, p. 85.
Prix du Tournoi.
tué le frère de l'autre (1). Trois ans après, surle marché de Valenciennes, se livrait un combat à outrance entre Jean-le-Brasseur de Haussy et Jakemart deBevry; celui-ci, vaincu, lut jeté hors de lice, et le rewart en fit justice comme d'un meurtrier. On vit pareille scène au même lieu , en 1375 , mais les champions se réconcilièrent.
C'est trop nous occuper de ces affreux détails ; revenons a nos fêtes lilloises.
Les joùtes finies, les hérauts s'emparaient des armes des concurrents; c'était leur droit. Celui qui avait renversé ou désarçonné le plus de rivaux, était proclamé vainqueur aux applaudissements de la foule. Il était présenté aux dames, et quatre des plus belles damoiselles, dont il avait le droit de recevoir l'accolade (2), le conduisaient par la ville en le tenant par quatre rubans d'or. Lion indomptable que la beauté avait su apprivoiser, il allait ainsi à l'Hôtel-de-ville où le Magistrat avait fait préparer un splendide repas , à la suite duquel un bal avait lieu.
On lui décernait ensuite, avec cérémonie, soit un collier d'argent aux armes de la ville , soit un épervier d'or suspendu à deux lacs de soie verte. La nature du prix n'était pas tout-à-fait déterminée. A Bruges , auxjoûtesdu forestier, on donnait pour premier prix un ours blanc, pour le second , un cornet , pour le troisième , un épieu.
Lorsque nous parlons des fêtes de Bruges disons aussi que les Lillois y figurèrent avec honneur , et ceux, dont nous donnons ici les noms , sont cités dans les annales de cette ville, comme ayant obtenu Y ours (3).
La classe la moins aisée du peuple prenait goût à ces solemnités , et voulut les singer à sa manière. Dans presque toutes les localités de la Flandre , aux fêtes populaires , on organisait des cortèges burlesques , on instituait des seigneurs pour rire. A Valenciennes , le Prévost des
(1) Archives historiques et littéraires, I , p. 84.
(2) Ibid. t m, p. 338.
(3) Voici ces noms : 1407, Hubert Gomer.— 1408, J<fem.— 1410, Jean d'Escaubecq.— 1413, Jean Gomer.— 1414, Ph. Vrete.— 1418, Tristan Lescu liez— ! 43e, JeanFremaux.— 1430, Jd«m.— 1431, Philippe Fremaux.— 1437, Jean Varin.— 1447, Allard le Preudhomme.— 1448, Idem. — 1449, Jacques Gomer.— 1451, Jean
de Landas 1453, Bettremieu Hangouart.— 1454, Bettremieu Régnier.— 1456,
Jean de Haze.— 1457, Jean le Preudhomme.— 1458, Idem.— 1459, Martin Denis. 1461 , Arnould le Preudhomme.— 1465, Henri Gomer.— 1466, Le Yieux roi de rÊpinette.— 1480, Jean d'Ablain. (Voyez : Sur les forestiers de Bruges; manuscrit flamand, traduit par Rugher Héraut. )
402 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l'ÉPINETTE.
coquins, grand-justicier des tavernes; le Prince de la plume, dont la principauté n'était pas lourde à porter; le Prince de l'estrille. A Bouchain, le Prévost des étourdis; le Capitaine de joyeuse -entente; le Chef des Zabins; le Gardien de dame Oiseuse ; le Prince de Plaisance. A Quesnoy, on avait la Joyeuse confrérie du plat-d'argent; les Cornuyaux; le Maire des Hideux,
L'abbé du plat-d'argent se rendit à Valenciennes , à la tête de vingtcinq cavaliers habillés de blanc et enchâssés dans des chevaux d'osier... Ils menèrent leurs montures au grand abreuvoir et eu sortirent tout dégouttants d'eau , aux grands applaudissements de la foule (1).
C'est à la même origine que nous rapportons l'institution de la féte des trente-un rois, qui se célébrait à Tournai, et à laquelle nos ancêtres allaient prendre part. Ces trente-un rois ou chefs de confréries étaient de rjehes marchands. Chaque dimanche , Us faisaient un dîner et un souper chez l'un d'eux. Un grand nombre d'autres convives y étaient en même temps appelés. Us avaient une bannière peinte à leurs armes et qui était exposée au-dchors de la maison où avait lieu la fêle. Des ménestrels sonnaient trompes etnacarets, cornets et autres instruments pour réjouir les conviés.
S'il arrivait que l'un des rois eût un enfant a baptiser ou à marier, ladite bannière précédait la noce ou le baptême , accompagnée de fanfares et des musiciens en livrée. On faisait, dans ces circonstances, des joûtes auxquelles les principaux personnages de la ville étaient invités. Us semblaient que ces bourgeois fussent gênés de trouver quelqu'occasion de dépenser leur fortune.
Voici les titres de quelques-uns d'entre eux :
Le roi de Gallot ; le roi Pol de Château-Périlleux ; le roi Glinas perd Collegrenaux ; le roi Bambinocq; le roi Voors; le roi Lionneaux; le roi de Baudemagne de Bore ; le roi Gaudemore Gode ; le roi de Cornouailles; le roi Creets; le roi Hanus de Bretagne; le roi des Chauds chevaliers ; le roi Glinas le petit ; le roi Colas de bombance; le roi de la Haute-Rivière ; le roi Galogantin ; le roiClaudus delà Désierte ; le roi Laels de Roche Lise ; le roi Pelmon ; le roi d'Escoche ( Ecosse) ou des Cauches ; le roi Visin ( voisin ) ; le roi Silor de la rouge montagne ; le roi de Norgalles ; le roi Braugos ; le roi d'Orcanée , etc. etc.
(1) Annuaire du département du Nord, 1838, p. 58.
Le Magistrat suspend les fêtes de l'Épinetle. 403
En 1351 Jean de Boissy jouta contre Jean Payen , le roi de Baudemagne (1) et Jean de la Monnaie contre Michel Vilain roi Landas de Gaulle.
Suffisamment éclairé par une expérience d'un siècle , Philippe de Valois, défendit (1438) les tournois dans tout son royaume; mais le désir de plaire aux Lillois le porta à déroger , en leur faveur, à celte mesure générale ; par des lettres spéciales datées de Vincennes , ( 4 février ) il autorisa la continuation des joûtes de l'Épinette.
Les Lillois continuèrent donc comme autrefois , et la prohibition contribua sans doute à donner beaucoup de relief à ces jeux. Alors comme aujourd'hui ce qui était défendu avait des attraits particuliers , et les chevaliers de France accouraient avec plus d'ardeur que jamais à ces plaisirs interdits chez eux.
Cependant tout s'use ici-bas , surtout le plaisir : en 1473, Charles-le- Téméraire, voyant qu'il n'y avait pas de forestier à Bruges , défendit la féte de l'Epinette (1) ; mais pour éviter une révolte , il crut devoir revenir sur cette détermination et transporta la féte au Gras Dimanche.
Chacun sentait bien que le royaume de l'Epinette avait fait son temps ; ceux qui soupçonnaient qu'on songeait à les choisir pour rois s'exilaient du pays ; la joie et la fortune publique en souffraient.
Après deux cent cinquante ans d'une vogue dont aucune autre féte n'a offert d'exemple, on commença à se dégoûter; plusieurs docteurs profitèrent de cette disposition pour faire remarquer à Maximilien , qu'à l'occasion de ces fêtes, de grandes haines s'engendraient parmi les gens de qualité lorsqu'ils se voyaient effacés par d'autres... que les danses, les luxures , jeux de dés et autres vices publiques et secrets, avaient cours , au scandale des gens de bien ; ils affirmèrent qu'il y avait homicide et que leur continuation était un péché mortel.
Le Magistrat fut déterminé parce dernier motif, auquel, il faut bien le dire, s'enjoignait un autre qu'il déclare plus puissant encore: c'est la dépense excessive à laquelle il ne pouvait plus suffire. De 1500 à 1516, il fit donc relâche; en 1516, il les suspendit encore pour douze ans; en 1527 Charles-Quint prolongea de douze autres années cette prohibition , et consacra les fonds , ainsi épargnés , à bâtir, près de la rue du Bois-Saint-Etienne, la prison et le poidspublic; En 1536, nouvelle
(1) Registre K, folio 378.
404 LES TOURNOIS ET FÊTES DE l'ÉPINETTE.
prolongation de dix ans, et la somme de 3,000 carolus d'or, employée à construire une chaussée qui irait de la porte des Malades jusqu'à la Justice; en 1551 , suspension de cinq ans moyennant de payer 800 liv. par an au Domaine. On était donc venu à payer pour ne plus faire de fêtes ; quel triste et profond changement !
Enfin, en 1556, Philippe II les abolit entièrement, ainsi que les impôts dont elles avaient été l'occasion. Défense (fort inutile à notre avis) fut faite aux échevins de les rétablir ; seulement il leur fut permis de prélever encore pendant douze ans les impôts ordinaires, pourvu que le produit fût employé li racheter 10,000 livres de rentes courantes dont la ville était obérée. Racheter des rentes ! quel prosaïsme ! c'en était fait , il n'y avait plus de poésie , plus de chevaliers ! Les fêtes de l'Epinette ne pouvaient y survivre ; il était temps qn'elles disparussent.
SOMMAIRE
SOMMAIRE
Introduction» page 1. — Est-il convenable d'écrire une histoire de Lille, p. jv. — • Comment faut-il récrire? p. vj et suivantes. — Objection , p. viy.— Attraits de l'histoire , p. x. — Profession de foi , p. xij et suivantes.
CHAPITRE I.— Étude du m»1 de la Flandre. — Prologue, p. 15. — Flandre antédiluvienne, p. 17.— Soulèvements du sol, p. 18.— La motte du Cirque , p. 19.
— La Sensée , p. 30. — La mer de Flines, p. SI.— Invasions de la mer, tfcd.— changements du sol, p. 22. — Considérations géographiques, p. 25. — Les Polders, p. 24.— Les Moeres, p. 25.— Ligne des hauteurs, tôûi.— Surlace de la Flandre, p. 26«— Sa position géographique, p. 27. —Champs de batailles, p. 28.— Considérations historiques : Portas Itius, p. 28.— La Flandre sous Jules-César, p. 29*— Les Meldicks, l*Aa, ibid. — Dessèchements opérés par les religieux» p. 31. — Inclinaison du sol, p. 32. — Côtes, p. 33. — Le littoral aux temps antéhistoriques, ibid. — Considérations ethnographiques, p. 36. — Origine asiatique des Flamands, p. 37 et suivantes. — Des noms de lieux , p. 40, — Origine du nom flamand, p. 41.— LesKattesen Flandre, p. 43. — Délimitation de la langue flamande dans le département du Nord, p. 45 et suivantes. — Considérations zoologiques, p. 53.— Wastines, dragons, castors, loups et serpents, p. 55.— Vignobles, p. 56. — Monuments romains, p. 57.— Division du territoire, p. 58.— Diverses dénominations de la Flandre, p. 59. — Châteîlenie, p. 60.— Département du Nord, p. 61.— Lille, p. 62. — Présomption sur la date de son origine, p. 63.
CHAPITRE II. — Topographie de la ville de Lille» p. 63. — Agrandissements successifs, p. 66.— Enceintes comparées, p. 67. — Banlieue, ibid. — Billau,toid.— Portes, p. 68.— Tours, p. 69.— Défense, p. 70.— Citadelle, p. 71.
— La digue, p. 72.— Lille à vol d'oiseau, p. 73.— Station sur la Grande-Place, p. 78 et suivantes. — Station et promenade sur le quai, p. 82 et suivantes. Les rues de Lille, table alphabétique : A, p. 92; B , p. 94; C, p. 96; D, p. 98; E, p. 99 ; F, p. 100 ; G, p. 101; H, I, J, p. 102 ; L , M, p. 103; N, p. 104; 0, P, p.!05;Q, E, p. 108; S, p. 109; T, p. 112; V, W, p. 113.
Places de Lille, p. 115.— Marchés, p. 117.— Cours, p. 149; —Les eaux de la ville, p. 122. — Fontaine Delsaulx, p. 131.
408 SOMMAIRE
CHAPITRE III. — Élude do dialecte lillois , p. m, Premiers actes écrits en français, p. 125. — Caractère du patois, p. 157. — Transformations du roman, p. 122. — La Flandre, berceau de la langue française , p. 141 . — Etude des noms propres, p. 142* — Les sobriquets, p. 145. — Les enseignes , p. 146. — Notes sur le dialecte , p. 148.
CHAPITRE IV.— Esquisse des mœurs lilloise», p. 122. — Caractère lillois, p. 154. — Haine de la servitude, p. 155. — Esprit démocratique, p. 156.
— Fidélité, bienveillance, p. 157. — La femme, ibid. — Amour du positif, p. 153s — Économie, p. 161. — Luxe extérieur, p. 162.— GoiU des beaux-arts, ibid. — Charité, bienfaisance, p. 1G5. — Instruction , p. 155. — Misère et travail du peuple, p. lfîl» — Dépopulation, p. 16JL — Mouvement de la population, p. 110.— Consommation de la bière, p. 173. — de l'alcool, p. 174. — Concurrence commerciale, p. 115. — Usages locaux , p. Hfi. — Karmesses et fêtes patronales, p. 177.
CHAPITRE Y. — Lille «eus lea forestier», le» marquis et le» comte» de Flandre, p. 179* — Origine romaine de Lille, p. 180, — Mort de Salvaert, p. 182. — Naissance de Lydéric, p. 183. — Combat de Lydéric et Phinaert, p. 184.— Château du Bue, p. 185. — F orestiers, ibid. — Les Normands a Lille, p. 186.— L'église St-Maurice, p. 181,— Bauduin V, dit de Lille, p. lfii.
— Le castrum, ibid. — Le forum, ibid. — Siège de Lille par l'empereur Henri III, p. 188*— Guillaume-le-Bâtard et Matbilde, ibid. — Thermes romains , p. 18&. — Palais de la Salle et Collégiale St-Pierre , p. 180. — Abbaye de Messine, p. 190. — Abbaye de Phalempin, ibid. — Château de Rihoult, p. 19X.
— Bauduin VI , ibid. — Richilde, ibid. — Gérard de Bue, p. 19g. — Le sire de Muilly massacré , ibid. — Richilde prisonnière, p. 195. — Robert-lc-Frison a Lille, p. 194. — Désordres réprimés, p. 1M* — Henri III dévaste la chatellenie, ibid. — Premières aides payées au Prince, p. 196. — Robert, dernier marquis, ibid. — Bauduin-à-la-Hache, p. 197.— Charles-le-Bon , ibid. — Famine, p. 198.
— Soulèvements du pays contre les assassins de Charles-le-Bon , ibid. — Le meurtrier de Charles exécuté à Lille , p. 199. — Le comté de Flandre disputé, p. 200. — Guillaume-le-Normand , ibid. — Les Lillois le chassent, p. SQL
— Lille assiégée par Louis-le-Gros, ibid. — Thierry d'Alsace, p. 202. — Saint Bernard et saint Thomas à Lille, p. 203.— Philippe d'Alsace, ibid. — Fabriques de drap, p. 204.— Bauduin VIU, t&tf. — Baudoin IX, p. 205.— Jeanne de Lille, p. 207.
— Jeanne prisonnière , p. 20JL — Jeanne épouse Ferrand , ibid. — Philippe- Auguste assiège Lille, p. 21Û. — Le fort des Reigneaux , ibid. — Ferrand entre à LUIe, p. 211* — Sac de Lille par Philippe-Auguste, ibid. — Bataille de Bonfines, p. 212. — Bertrand de Raines , p. 212. — Il est mis à mort , p. 214. — Fondations pieuses de Jeanne, ibid. — Bienfaits de Jeanne, p. 215. — Mort de Ferrand, p. 216. — Jeanne consacre les libertés de la commune, ibid. — Elle épouse Thomas de Savoie , ibid, — Mort de Jeanne , p. 211, — Marguerite, ibid,
— Ses bienfaits, p. 218. — Institution de la procession de Lille p. 210. — Gny de Dampierre , ibid. — Privilège consacré par Guy, p. 221* — Guy prisonnier,
SOMMAIRE
p. 223*= Menées du roi de France, p. 224* — Guy fait appel aux Lillois, p. 223.
Lille est assiégée, p. 226.— Exploits du sire de Fauquemberg,p. 22JL — Ruse
ded'Athies découverte, p. 228.— P hilippe-le-Bel se rend maître de Lille , p. 22H*
Guy prisonnier à Paris, p. 231* — Philippe à Bruges, p. 232* — Château dit
de Courtrai bâti , ibid. — Bataille des Éperons, p. 233*=Lille reprise par les Flamands, ibid. — Bataille de Mons-en-Pévèle , p. 234* — Philippe-le-Bel s'empare de Lille pour la seconde fois, p. 254.— 11 pleut des Flamands, p. 233,
Mort de Guy de Dampierre, ibid. — Robert de Béthune, ibid. — Transport de
Flandre, p. 23fi* — Lille assiégée par Robert, p. 231* — Louis-le-Hutin à Lille, ibid, — Lille reste à la France , p. 238.
Lille sous la domination française , p. 238, — Louis de Crécy se réfugie à Lille » p. 23k — Bataille de Cassel, p. 240* — Troubles en Flandre, p. 241* — Le comte de Salisbury fait prisonnier, p. 242* — Bataille de Crécy, ibid. — Extension de la juridiction échevinale, p. 243* — La châtellenie ravagée ', p. 244* — Le privilège de l'Arsin, p. 243. — Le roi Jean à Lille, p. 248* — Otages , pour ce prince, envoyés en Angleterre, p. 241* — Reconnaissance du roi, p. 248* — Charles V à Lille , p. 241. — Sa lettre aux échevins , p. 250. — Louis de Maie se réfugie à Lille, p. 231. — Il est poursuivi à Bruges, p. 232* — La commune sort en armes pour la dernière fois, p. 253. — Bataille de Bosebecque,t6itf. — Dernier des comtes de Flandre , ibid.
CHAPITRE VI.— I*es hommes et les choses sous les comtes de Flandre* p. 233, — Privilèges et dignités des comtes de Flandre, p. 258*— Les Croisades, p. 25ï*=Les substitutions, p. 258^=Les pèlerinages, p. 25fl*= Chapelles et fontaines consacrées, p. 280* — Notre-Dame-de-Loos, p. 261» — Notre-Dame-de-la-Treille, ibid, — Excommunication , p. 2Ê2. — Interdiction,
p. 2Ê3. Abus, p. 2G4.— Police correctionnelle, p. 2fî5*— Bannissement, ibid.
Les querelles bourgeoises, p. 266.— Cri de Bourgeoisie! p. 281— =Trèves bourgeoises^. 269. — Collision entre communes , ibid. — Exécution d'un Arsin,
p. Lettres de non-préjudice , p. 212. — Les moulins à vent , p. 213. —Le
droit de vent, ibid. — Moulins à eau, p. 214» — Les drapiers, p. 213. — Les lombards, ibid. — Usure, p. 216* — Émoluments des fonctionnaires, p. 277. — Testament de Jeanne, p. 218* — La maladrerie, ibid. — Testament de Marguerite , p. 27JL — Les Béguines , ibid. — Loi des Pers dou Castel , p. 28k — Les hommages féodaux, p. 281. — Les archives, p. 281, — Les sciences, p. 283* — Hommes célèbres, tWd.— Les réalistes et les nominaux , p. 284— La musique;, ibid. — L'architecture , ibid. — Château de Montigny , p. 283* — Abbayo d'Anchin, ibid. — Monuments antérieurs au XIV» siècle, p. 28£^= Charpente de la tour St-Pièrre, p. 28i* — Gravures, ibid. — Toilette, p. 288 — Bijoux , p. 28a.
La cuisine , p. 290. — Les harnais de guerre, p. 291. —Mystères, p. 222* —
Jeux sous Formel» ibid. — Cours d'amour, p. 223. — Trouvères, ibid. CHAPITRE VU . — Lille sons les ducs de Bourgogne • p. 295 .— Philippe» le-Hardi,p.296. — Obsèques de Louis de Maie, p. 29JL— Institution de la Chambre des Comptes, p. 298— Charles VI à Lille, p. 299— Troubles religieux, p. 300. — Institution des arbalétriers, p. 201* — Incendies, ibid. — Prospérité du
SOMMAIKE.
commerce, p. 302. — Déficit dans les finances de la commune, p. 303. — Le châtelain de Lille déclare la guerre aux Anglais, ibid. — Mort de Pbilippe-le- Hardi , ibid. — Jean-sans-Peur, p. 304.— Assassinat du duc d'Orléans, p. 305. — Guerres civiles , p. 306. — Jean-sans-Peur à Lille, p. 307. — Les Flamands déchirent la grande peau de veau , p. 308. — Bataille d'Azincourt, p. 309. — Différends entre l'échevinage elles chanoines, p. 310. — Assassinat de Jean-sans-Peur, p. 311. — Mauvaise gestion des finances, p. 312. — Philippe-le-Bon , ibid. — Son entrée à Lille, p. 313. — Lille se range du parti bourguignon, p. 315. — Le duc de Bedfort à Lille, p. 316. — Thomas Connecte, ibid — Turlupins suppliciés, p. 317. — Philippe-le-Bon épouse Élisabeth de Portugal , ibid. — Institution de la Toisond'Or, p. 318.— Les Pauvres-Claires, ibid. — Lettre de Jeanne-d'Arc , p. 319. — Philippe assiège Calais , p. 321 .—Jean Chevrot, ibid.— Soulèvement en Flandre , p. 322. — Lettre de Philippe-le-Bon aux Lillois, p. 323. — Ordonnance sur les toits , p. 324.— Loterie pour l'amortissement de la dette , p. 325.— Conférences pour la paix, ibid. — Nouveaux troubles, p. 326.— Mécontentement, p. 327.— Philippe-le-Bon veut sauver Constantinopledujoug musulman, p. 328.— La reine d'Angleterre à Lille, p. 329.— Procès pour vauderie, ibid. — Diverses réformes, p. 330. — Paiemeut des rentes ajourné, p. 331. — Jugement sur Philippe-le-Bon, p. 332. — Richesse de la Flandre, p. 333.— Charles-le-Téméraire , p. 334. — Jugement de Pâris, ibid. — Émeute pour la cueillette, p. 335. — Delecambe nourrit l'armée de Charles-le-Téméraire, p. 336. — Lille refuse dessubsides à Charlcs-Ie- Téméraire, p. 337. — Mort de Charles, p. 338.
CHAPITRE VIII. — Les Hommes et le* choses sous les cl tics de Bourgogne* p. 339. — L'astronomie, p. 340. — La géométrie, p. 341. — La botanique et la zoologie, ibid.— L'agriculture, ibid.— La philosophie, p. 342. — L'histoire et la géographie, ibid.— Sociétés littéraires, p. 343.— Mouvemeot intellectuel , p. 344. — Les bibliothèques, p. 343. — Valeur vénale des livres, p. 346. — La typographie , p. 347. — Tombeau de Louis de Maie, p. 348. — Tombeau de Gilles du Cbastel , p. 349.— Peinture à huile , p. 350. —Van Eyck , p. 351.— Tapisserie de haute-lice, p. 352.— Les manufactures, p. 353.— L'orfèvrerie, p. 554.— La joaillerie, p. 355.— La toilette, p. 356. — Épicier du Duc, p. 358. — Jeux, p. 359. — Réception de Philippe-le-Bon , p. 360. — Réception de Louis XII, p. 361 .—Le repas du Faisan, p. 362.— L'évêque des fous, p. 366.— La musique, p. 367. — La chasse , p. 369.
CHAPITRE IX. — lit lie sous la maison d'Autriche, p. 371.— Marie de Bourgogne, à Lille, p. 373. — Elle épouse Maximilien , Ibid. — Lettre de Louis XI, p. 373. — Représailles, refus de subsides, p. 374.— Levée en masse, Ibid.— Mort de Marie, p. 375. — Réorganisation des canonniers, p. 375. — Traité d'Arras, J6û2. — Lille sous Philippe-le-Beau, p. 375. — Arrestation du gouverneur, p. 376 — Traité de Wavrio, p. 377.— Traité de Péronne, Ibid.— Jcanne-la-Folle, p. 378,— Lcsbourgeteurs à Lille, p. 379.— Henri VIII à Lille, p. 380.— Conseil tenu contre Tournai, p. 381.— La peste, Ibid.— Réflexions sur le moyen-âge, p. 38î.
CHAPITRE X.— £<es tournois et fêtes de l'EpInette, p. 383.— Premiers tournois, p. 584.— Institution des fêtes de l'Epinette, p. 385. — La joôtc
SOMMÀIIÎIi.
du forestier, p. 58G. — Jour des brandons, p. 587.— Le sire de joie, p, 588. — Rois de l'Epinette anoblis, p. 589. — Tableau des rois de l'Epinette, p. 589 et suivantes.— Leurs armoiries, p. 592.— Le héraut, p. 595.— Les armes, p. 594. —La lice, p. 595. — Chevaliers errants, p. 596.— Déû de Jean de Werchin, ibid. Le cortège, p. 597.— Princes figurantau tournoi, p. 598. — Cri du tournoi, p. 599. — Duels des roturiers, p. 400 — Prix du tournoi, p. 401.— Les trente-un rois à Tournai, p. 402. — Le Magistrat suspend les fêtes de l'Epinette, p. 405. — Philippe II les abolit entièrement, p. 404.