‹ Histoire de Loius XII (volume 2)Chapitre 7 sur 24 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Louis XI acheva tristement son règne. La famine et les

épidémies désolaient le royaume ^ Voyant venir sa fin, le roi

fit très péniblement un pèlerinage à Saint-Claude, avec une

escorte de 800 lances et de 6,000 combattants, et il y répandit beaucoup d'argent. Il institua le sire de Beaujeu lieutenant

général en son absence, avec recommandation à son fils de bien lui obéir'. Le reste de son temps se passait à Cléry, en neuvaines et en prières ; malgré Teffrayante mortalité qui décimait son entourage, il ne s'en éloigna que pour quelques jours et revint vers la Notre-Dame d'août. Pendant ces pèlerinages, Louis d'Orléans tomba gravement malade de la petite vérole, dans la maison de Linières^ à Bourges. Son existence usait son tempérament. Sans craindre la contagion, Jeanne do France se tint à son chevet, mais Louis ne lui témoignait que de VïiorvQVLVyabhorrebat, Sitôt qu'il la voyait, il se retournait et ne disait plus un mot : Marie de Clèves, M°« de Narbonno l'abbesse de Fontevrault, Claude de Rabodanges, M. et M"*' de Linières en furent maintes fois témoins. Louis se rétablit; toutefois sa maladie l'aigrit encore contre sa femme. Il disait ouvertement à ses intimes, dans cette même maison de Lanières^ qu'il la gardait à cause du roi, qu'autrement il en prendrait bien une autre. Une des filles d'honneur de sa mère

1) Jeanne de France^ p. 130.

2) Jean deTroyes; Nie. Gilles; Saint-Gelais.

lui reprochait sa conduite et l'engageait à se ménager, dans rinlérêt de sa santé : « Puisque je ne suis point marié, que voullez-vous que je face ? » ripostait le duc avec une sorte de désespoir : en attendant^ il continuait ^

Louis XI, débile, exténué, squelettique, drapé dans des vêtements de soie et d*or, devenait chaque jour plus soupçonneux. Le sire de Beaujeu pouvait, seul, faire lever les herses , du Plessis-lcs-Tours... Louis XI mourait sans réaliser ses grands projets, la rédaction et Tunificalion des lois, des monnaies, des poids et des mesures '. Lors de la naissance de Louis d'Orléans, il disait, avec mauvaise humeur : « lié, cet enfant peut régner! » Qui eùl pu prévoir que \ enfant reprendrait un jour Tœuvre du vieux roi et lui ferait faire le pas décisif?

A l'automne de 1482, Louis XI ne songea plus qu'à la mort. Sa mémorable proclamation du 21 septembre est un monument de patriotisme, de clairvoyance et de grandeur d'Ame. Le roi recommandait ses serviteurs à son fils : il remerciait Dieu de l'avoir fait prince de la plus notable <( religion et nation de dessus la terre » ; il rappelait le souvenir de ses illustres aïeux et ajoutait, avec une juste fierté, qu'à son tour, il n'avait rien perdu de la couronne, qu'il la laissait, au contraire, fortifiée et agrandie '. Il régla le mariage du dauphin avec Marguerite d'Autriche, et voulut le faire célébrer, pour assurer la paix sur les frontières du nord \ La Bretagne seule lui inspirait une inquiétude persistante. Depuis longtemps, il portait dans ce pays, comme en Bourgogne, tout Teffort de sa

1) Jeanne de France^ p. 133.

2) V. Procès verbaux de V Académie des Inscriptions, notre communication du 3 mai 1889; Commines : Mémoires de Jehan Foulquartj dans la Revue de Champagne et de Brie, I, 421 ; K, 76, 6 ; Seyssel.

3) Ms. Dupuy, 84, f» 88 : Porte f. Fonlanieu, 142-143.

4) Commines, édilion Dupont, II, 240.

politique, suivant de près les événements intérieurs, accueillant, pensionnant, glorifiant tout émigré breton de quelque importance, les Montauban, les Roban, Olivier de Coètmen, les Ponlbriant, bien d'autres encore. Il avait acheté les droits de la maison de Blois, il entretenait à la frontière, toute artificielle, du duché, de fortes compagnies. Le duc de Bretagne, sensible à ses menaces, s'agitait, recherchait Talliance anglaise, réclamait Téloignement des compagnies françaises en termi^s très vifs, presque agressifs *. En 1481, la police royale arrêta même en Auvergne des harnais de guerre^ expédiés de Milan à Nantes dans des ballots de soieries'. Le roi craignait do voir la Bretagne retrouver en France, dans la famille d*Orléans, son alliance naturelle et traditionnelle.

Le 17 octobre 1482, il manda Louis d'Orléans et lui fit prêter un serment solennel d'obéissance au futur roi ; le duc d'Orléans s^engagea formellement à ne rien réclamer de « la personne et gouvernement de Mgr le dauphin »,dont la garde était dévolue à M. et M"* de Beaujeu ; à n'entrer dans aucune coalition, avec quelque prince que ce fût, spécialement avec le duc de Bretagne; à ne point suivre les avis du duc de Bre* tagne, ni ceux d'aucun autre seigneur, même du vicomte de Narbonne, son beau-frère; à servir le roi et le dauphin en bon H et loyal sujet, jusqu'à la mort inclusivement. Il prêta serment

sur les canons de la messe, sur les évangiles, par sa parole d'honneur, par la damnation de son âme'. Mais, comme pour donner d'avance un démenti à son serment, Louis d'Orléans, dès le mois de décembre, envoya un chambellan, Mathurin

1) Autographes, de Saint-Pétersbourg, n°" 69, 78 des copies de M. Bertrand. Ce précieux recueil de copies, que nous aurons souvent occasion de citer, a été donné à la Bibliothèque nationale, par M. Wallon (n. acq. fr. 1231).

2) Jean de Troyes.

3) Fr. 2811, r» 54 : copie fautive, fr. 6989, f*> 103.

Brachet, soigneur de Montagu le Blanc, en ambassade solen* nelle à Naules *.

Rien de plus étrange que ces derniers jours de Louis XI, dans la solitude du Plessis-Ies-Tours*. Fidèle à la chasse, la seule passion qui lui ait jamais fait différer la réception d'un ambassadeur', le roi remplit son parc de bétes extraordinaires \ De ses médecins, il faisait les premiers personnages de rÉtal. Adam Fumée, fils d'un gouverneur de Nantes, médecin de Montpellier, l'avait soigné lors de sa première attaque, en 1480. Fumée devint successivement maître des requêtes, puis chancelier, et continua, sous Charles VIII, à jouer un rôle politique*. Jacques Coitier tira en cinq mois, de son royal client, S4,000 écus comptant et quantité de faveurs pour lui et les siens, notamment une partie du revenu dos francsarchers de Champagne^, et, pour un neveu, l'évêché d'Amiens. Le roi commandait des prières, s'entourait de reliques rares, de gens renommés pour leur sainteté \ II fit venir un homme, appelé à exercer une grande influence sur la cour et sur les événements, un ermite nommé François, qui vivait à Paola, sur la côte de Calabre. Le roi apprit son existence et ses miracles par un marchand de Naples, nommé Mathieu

i) Jeanne de France, p. 138. En janvier 1483, le roi nomma Louis d'Orléans l'un des conservateurs de la paix d'Arras (Comroines, édition Godefroy, 1723; V, p. 32-4).

2) Ch&teau acheté, en 1463, à Hardoin de Maillé {Compilation de Guill. Blanchard, c. 291).

3) Commines : Bazio : Correspondance des ambassadeurs milanais.

4) Portef. FontanieUf 142-143. En 1475, le roi de Portugal lui avait envoyé des hôtes de Guinée (fr. 26095, n» 1464).

5) Il protégea l'École de Montpellier, qui fit graver une inscrirition en son honneur (reproduite, fr. 19602, î^ 24).

6) Commines : Revue des autographes, Jéc. 1885, n* 32.

7) Dom Félibien, Histoire de Saint-Deiiys, p. CXXXVI ; Gaguin : ciiant sur le pèlerinage du Puy, fr. 2222.

Coppola, et aussitôt il mit tout en œuvre, il multiplia les démarches près du saint ermite et du pape, pour obtenir son interventicm miraculeuse. Enfin, le chambellan Guinot de Lauzières ramena triomphalement François *. Le saint homme arriva lentement, semant, disait-on, les miracles sur sa route. Par ordre exprès du roi, on lui rendit les plus grands honneurs. Des guetteurs spéciaux, établis de jour et de nuit sur la Loire, signalaient son passage '. François n'était pas prêtre, ni même lettré. Son jargon bizarre, mêlé d'italien et de latin, ajoutait à Tétrangeté de ses allures. Il était pieux et austère au delà de toute expression. Louis XI chargea d'abord Pierre Briçonnet de le surveiller ou de le faire surveiller secrètement : on trouva toujours le saint homme à genoux. Bientôt, on attribua à son pouvoir une foule incroyable de faits merveilleux ; les femmes, spécialement, obtenaient des enfants par ses prières ; on vantait l'efficacité des cierges bénis par lui pour faciliter le travail des accouchements, si bien que les sages-femmes prirent l'habitude d'en posséder.

Louis XI reçut François comme un dieu. Il se mettait à genoux devant lui « avec la douceur d'un agneau », ôtait ses vêlements et se brisait le corps à coups de discipline '.

Le 24 août, Louis XI subit une nouvelle attaque d'apoplexie, et il resta si faible qu'il ne tarda pas à se juger perdu. Il avait fait à son fils toutes ses recommandations, notamment celle de ne pas changer ses officiers, se rappelant l'expérience

1) Procès de canonisation (lat. 18320, f» 92).

2) Guill* Rossignol et Gencian Jacquemîn sont chargésde faire le guet, la nuit du 29 au 30 avril 1483, pour « savoir et veoir quant » passerait « ung saincl homme » que le roi faisait venir par la Loire, suivant ordre du prévôt d*Orléans — et du gouverneur d'Auvergne, qui escorte le saint homme (Arch. munie. d'Orléans, CC. 669).

3) V. notre livre : Origines de la Révolution ; Commines : Conclusions de Claude Barsault (lat. 10856, f* 8) : Procéd. de canonisation, passim, nol. f" 88, 76 v^ 77, 90, 74 V, 75, 77 v», 87 v».

de la guerre du Bien public. II ne songea qu'à mourir. Il renvoya près du dauphin, près du roi, disail-il, M. et M°'" de Beaujeu, Dunois, Guyot Pot, tous ses serviteurs et les personnes qui se présentaient ^ et déclara ne plus compter sur la terre : il ne souhaitait plus que la faveur de mourir le samedi, jour consacré à la Vierge ; le saint homme la lui promit, malgré l'opinion de Coitier. En effet, Louis XI expira le samedi 30 août 1483*. On l'enterra, selon son désir, à Cléry, sans grande pompe '.

Louis XI laissait le royaume dans une situation trës difficile; la peste générale*; le trésor en déficit de 200,000 livres, malgré des aides excessives ; la paix attachée à des expédients ruineux^ car on payait plus de 70,000 livres de pension à des princes étrangers, surtout en Angleterre, et les Suisses s*étaient fait promettre une pension de 40,000 livres (qu'on modéra à 10,000). A l'intérieur, le mécontentement obligeait à remettre en étal les forteresses et à y exécuter de grandes réparations*. Près de 6,000 suisses, enrôlés pour le compte personnel du roi, soldats énergiques et courageux, mais indisciplinés, lassaient le pays par leurs excès ^. Les grands seigneurs n'attendaient que le dernier soupir de leur oppresseur pour se ruer sur le gouvernement et prendre une revanche éclatante. Le 26 août, le duc de Bretagne chargea son envoyé Georges de Mainbier de solliciter, dès la première nouvelle de la mort du roi, Talliance de Richard III d'An-

1) Nie. Gilles : Commines.

2) Lat. 18320, P 92.

3) Compte du deuil de la reine, dans le Recueil de Leber.

4) Chronique de Jean Baterean, publ. par M. Julien Havel.

5) Patentes de Charles VIII, fr. 25716, no 38.

6) B. de Mandrot, Relations de Charles VIII et de Louis XI avec les cantons suisses.

gleterre*, jusque-là neutre, et de réclamer un concours aclif contre la France '.

Et, dès que Louis XI eut fermé les yeux, un trouble intense éclata. Pierre de Rohan, par exemple, écrit à Alain d'Albret d'arriver en hâte '. Chacun prend ses précautions. Louis d'Orléans n'avait pas attendu, pour prendre les siennes. Il rongeait son frein à Linîères*. Son impatience devançait le moment fatidique ; sa sœur Anne, placée à mi-chemin de la Bretagne, comme abbesse de Fontevrault*, servait efficacement ses désirs. Elle lui avait donné, pour agent de confiance, son secrétaire, un moine expérimenté, Guillaume Chaumart, ancien secrétaire de la reine Marie d'Anjou* et du duc de Guyenne \ Chaumart était l'émissaire patenté et discret des négociations secrètes. Sans attendre la mort du roi, Louis l'avait expédié en Bretagne. Chaumart reçut à Nantes le plus chaleureux accueil ; il se répandit en protestations d'aiïection do la part de son maître, et il exposa le désir de sa cour do nouer avec la Bretagne des relations suivies et intimes, car, disait-il, son maître « se fiait plus en Taide, l'appui et la faveur du duc de Bretagne que dans ceux d'aucun autre

1) Gairdner, Letters and papers.,. of Bichard III and Henry VIIIj U37.

2) Dans ses instructions de 1483 à ses ambassadeurs en Bretagne, Maximilien dit aussi quMl va ouvrir des négociations avec MM. de Bourbon, de Beaujeu, d'Orléans, d'AngouIêroe (Commines, édition Godefroy, de 1723, V,357).

3) Kervyn de Leltenbove, Lettres et négociations, III, p. 88.

4) Cependant, le 4 mai 1483, il était encore à Blois, où il signa une lettre patente de collation de bénéfice, le premier acte personnel que nous puissions signaler (Bibl. de Blois, n^ 1506).

5) Elle Tétait depuis 1478. En 1479, le roi confirme les privilèges de Tabbaye (Bréquigny, XVIII, 508).

6) Fr. 25717, 144 (pat. de 1493).

7) Procédures politiques, p. 966, 1225 : il était, en 1472, mattre des comptes (fr. 6990, ^« 201, 202) ; il reçut le prieuré de Saint-Lazare, ou Saint- Ladre, à Blois.

prince ». Peu de jours après, il rapporta à Blois une réponse, qu'il fit passer au duc par le sire de Yatan. Il accomplit ainsi en Bretagne plusieurs voyages successifs, ensuite desquels on convint, de part et d'autre, que Louis d'Orléans ferait, aussitôt que possible, annuler son mariage avec Jeanne de France, et épouserait la fille aînée du duc de Bretagne. Louis d'Orléans commanda même, en grand secret^ par son trésorier, Michel Gaillard, deux anneaux d*or de fiançailles, et Chaumart alla à Nantes porter à l'enfant du duc Tanneau et la parole de son maître. En récompense de ses peines, il reçut le titre de conseiller et maître des requêtes *.

Après le 30 août, Louis accourut à Amboisc, d'ailleurs sans aucune hostilité systématique : premier prince du sang, il respirait, comme tout le monde, comme tous les princes, se jugeant hors de contrainte et se voyant désormais la « première personne » du royaume. Sa jeunesse, sa fougue, son orgueil ne lui laissaient même pressentir aucun obstacle. 11 amenait un groupe déjeunes gens, hommes d*Ktat improvisés, remuants, prêts à tout, le sire de Yatan, Guillaume de Montmorency, le bouillant Jean de Louan^, Brésille', Gilles des Ormes ^. Guyot Pot, premier chambellan du duc, était aussi redevenu tout Orléans. Louis nageait dans la joie : il n'était plus question de la tutelle de sa mère. Il prit la direction de la maison et de Tadministration : Louis Ruzé est général des

1) Jeanne de France , p. 140.

2) Jean de Louan ou Louvain, nommé capitaine de Coucy en i486 (fr. 26100, 266, 266 et suiv.), descendant de Jean de Loen, seigneur de fiennisberck, entré au service de Louis I^' d'Orléans en 1405 (KK. 267). Pierre Louvain, a/ta5 de Lobin, avait joué un rôle important comme capitaine de 1447 à 1461 (TU. Louvain, 3-10. Cf. fr. 20437, 1° 48).

3) On lui paie le quartier de pension échu le 30 septembre (TU, oriy. Orléans XII, 823).

4) V. not., dans les comptes de ville d'Orléans de 1483, les honneurs qui lui sont rendus (Arch. municip. d^Orléans).

44 HISTOIRE DE LOUIS'Xtl

finances, Jacques Hurault trésorier, Matti'urin Gaillard contrôleur; Guillaume Chaumart reste maître >des requêtes; Denis Le Mercier devient chancelier*. Le jeune duc répand des pensions d'une main généreuse : 1,000 livrfes au comte d*Angoulème, 600 à Thierry de Clëves, des menues pensions à Yatan, à Montagu le Blanc, à Brésille, à Robert de Foville, lieutenant du gouverneur d'Orléans, au bâtard de La Tremoille '... Tout ce jeune monde avait pour oracle le comte de Dunois, personnage d'esprit subtil « et de grant entreprise ' ». Comme sous Charles VI, un autre Louis d*Orléans venait réclamer la garde du roi et le gouvernement.

Par malheur, Louis XI avait tout prévu. Le roi se trouvait ^en lieu sûr, au château d'Amboise, près de sa mère, dans les mains de M. et M"*** de Beaujeu. Les Beaujeu, sans perdre un instant, prirent l'initiative de convoquer « les princes et seigneurs du sang, pour avoir leur avis^ », si bien que Louis d'Orléans trouva les princes déjà réunis, avec une foule de grands seigneurs, et le duc de Bourbon, frère de M. de Beaujeu, logé au château, où l'on commençait à le circonvenir*. M. de Beaujeu avait aussi écrit, le 31 août, aux bonnes villes, pour leur annoncer Tavènement du nouveau roi et requérir leur fidélité*. Des gardes sûrs et dévoués veillaient aux portes \ Louis dut chercher gîte dans une auberge d'Amboise ; il s'y trouva avec son cousin germain, le comte d'Angoulême, plus âgé que lui de deux ou trois ans seulement ' ; ils se

1) Tit. oHg, Orléans XII, 829.

2) Id,

3) Nie. Gilles : Annales d* Aquitaine.

A) Patentes de Charles VIII, fr. 25716, n» 21.

5) Jeanne d^ France, p. 144.

6) Péiicier, Essai sur le gouvernement de la dame de BeaujeUy p. 49.

7) Saint-Gelais.

8) Le comte d'Angoulénoe avait vingt-quatre à vingt-cinq ans. Il i^lait fiancé depuis 1481 à Charlotte, fille du duc de Brabant (PP. 44, XL).

MORT DE LOUIS XI 4tf

lièrent très vite d'une amitié fraternelle : ils dtnaient, soupaient, couchaient ensemble ^ Du reste, Louis prit correctement le deuil *. Il ne songeait plus à sa femme ; il ordonna seulement à Chaumart et au clerc Calipel, Tun de ses secrétaires, de préparer le mémoire pour ran.nulation de son mariage, parce qu'il comptait en conclure un autre '.

M. et M"** de Beaujeu éprouvaient de grandes perplexités. Ils ne voyaient autour d'eux que des gens sur la réserve, lou<voyant. C'était, surtout parmi les anciens serviteurs;, et même parmi les plus fidèles, à qui trouverait une issue. Louis d'Âmboise, évéque d'AIbi, tenait bon, mais son frère Georges marchait du côté du duc d'Orléans : Gravillo attendait* et ne se signalait que par l'arrestation d'Ollivier le Daim. Le sire du Bouchage partait pour ses terres ^ Commines *, le maréchal de Gié ' faisait la cour au duc d'Orléans... Tout le monde cherchait^ trahissait. Impossible de savoir ù qui se fier, car on sentait la partie, du côté d'Orléans, grosse et incertaine. Dunois n'échappait pas au soupçon. Rattaché à la cour par sa femme, Agnès de Savoie, sœur de la reine, ne se laisserait-il pas secrètement séduire? La reine, à qui devait revenir la garde de son fils, se montrait mécontente ; son maître d'hôtel, Jean Thiercelin, seigneur de la Brosse, qui désirait jouer un rôle, exploitait ce ressentiment, ainsi que Dunois ^ L'ordon-

1) Saint-Gelais.

2) Il achète à uq marchand d'Orléans une robe et un chapeau de deuil {Joursani\t 640).

3) Jeanne de France, p. 144.

4) Il reçut 3,000 livres de pension, plus des greniers à sel (ms. Clair, 473, f- 203, 205, 212).

5) B. de Mandrot.

6) Kervyn de Leltenhove.

7) V. notre notice sur lui.

8) Saint-Gelais.

nanco; de 1374 fixait la majorité des rois à quatorze ans^ et Charles VIII, ayant plus de treize ans, la régence ne devait être que momentanée, mais il importait extrêmement de s'assurer la garde du roi, et de composer son conseil.

Anne de Beaujeu, à vingt-trois ans, possédait toutes les qualités de son père, sans ses défauts. Ferme, énergique, très souple, elle seule, dans le trouble général, savait co qu'elle voulait : elle tenait le pouvoir, elle voulait le garder. Son extrême prudence la détournait des moyens violents. Elle dédirait trouver un terrain de conciliation par Tintermédiaire de Dunois. Comme le duc d'Orléans s'entretenait ouvertement avec ses amis, avec Dunois, avec Gié, avec Gaillard, de la dissolution de son mariage *, Anne, réunie avec M. de Beaujeu et Dunois, manda Michel Gaillard et lui ordonna de régler la situation de Jeanne, M. de Liniërcs s'étant souvent plaint d'avoir la princesse à sa charge. Gaillard crut devoir, en conséquence, tenter une démarche près du duc d'Orléans et lui demander pour la duchesse une maison, avec conseillers, écuyers, demoiselles, chevaux et voitures, selon l'usage; il finit même par exciper d'un ordre formol. Ce fut en pure perte. Louis répondit durement, par un refus absolu*.

Cependant, le duc, attiré par Dunois dans les intrigues qui s'agitaient autour de la reine-mère, sentit le besoin de ne pas briser ouvertement. Il accepta un logement dans les communs de la basse-cour du château. A peine venait-il de s'y installer, qu'on lui annonça brusquement l'arrivée de sa femme. Soit que Jeanne de France voulût sortir de son abandon, soit plutôt qu'elle cédât aux conseils de sa sœur, elle arrivait de Linières. Son mari éprouva un moment de stupeur,

1) Jeanne de PrancCy p. 146. La duchesse mère d'Orléans disait elle-même que ce mariage ne plaisait pas à son fils (id.).

2) Id,

Mort de louis xt 47

de désespoir. C'était trop; il allait rompre en visière. Yatan, et tous ceux qui se trouvèrent là, le conjurèrent de n'en rien faire ; ils lui montraient l'absolue nécessité de garder les apparences, de ne pas froisser la reine Charlotte, sur qui reposaient toutes leurs combinaisons; le duc finit par se décider & sortir et à faire mine de recevoir sa femme. Mais à l'aspect de la princesse, il perdit courage. Son visage, si gai, prit une expression extraordinaire. Le sire de Vaîan en fut ému. Le sire de Linières, qui accompagnait Jeanne, balbutia quelques excuses... Jeanne monta au ch&teau; M. et M*"* de Bcaujcu l'attendaient et la menèrent dans une chambre, préparée pour elle, au donjon.

Pendant ces quelques instants, le duc réunit à la hâte trois ou quatre de ses principaux conseillers. Tous se montrèrent décontenancés : « Nous voilà, disaient-ils, dans une mauvaise situation. » On émit bien des idées, mais, en somme, on reconnut que, si le duc refusait d'habiter avec sa femme et manifestait ses véritables intentions, s'il laissait soupçonner ses pourparlers, son plan secret d'épouser la fille du duc de Bretagne, qui n'avait encore que sept ans, il se jetait, de suite, dans bien des hasards : déjà, Ton n'était pas très sûr du comte de Dunois : la duchesse d'Orléans paraissait peu satisfaite : la reine, mère de Jeanne, serait furieuse... Il fallait dissimuler, mais on décida d'envoyer au duc de Bretagne des explications confidentielles , pour maintenir ses bonnes dispositions \ Bref, le duc monta au donjon partager la chambre de sa femme, et y passa quelques jours. Il débutait par une défaite.

Anne de Beaujeu assura à sa sœur une pension de 10,000 livres, pareille à la sienne, et lui constitua une maison, comprenant, sous le contrôle de Mathurin Gaillard, auditeur des

1) Dépositions de Michel Gaillard, de Gilbert Bertrand» citées Jeanne de France, p. 149.

comptes, un mailrc d'hôtel, an échanson, un panelier, un écuyer de cuisine et quelques autres officiers. Louis ne put que gémir, et protester en secret. Beaucoup de ses gens se gênaient moins ; Vatan les en reprit avec force : t< Ne comprenaient-ils donc rien? disait-il. Leur maître se trouvait en ce moment dans un péril plus grand que jamais, que même au temps de Louis XI : à tout prix, on devait dissimuler, ne pas s'éloigner de M"*' Jeanne et faire bon visage. » Quant à Louis, il agitait tumultueusement dans son àme les moyens de sortir d'embarras. Dunois, et ses autres amis, ne voyaient que deux issues : se mettre en lieu sûr et briser publiquement ou faire appel à des sentiments de pitié, de compassion. La reine^ qu'une vie de compression et de malheur avait épuisée, devenait, chaque jour, plus caduque ; moralement séparée de sa fille Anne et de son fils, elle n'aimait que sa fille Jeanne. Il fallait donc chercher une occasion favorable, s'ouvrir au jeune roi, à M""* de Beaujeu elle-même, leur exposer avec instance la situation, demander la permission de donner à la Maison d'Orléans une princesse capable de continuer la race... Mais lequel de ces deux partis prendre * ?

Malgré le deuil de la cour, M. et M"* de Beaujeu imaginèrent de donner de grandes fêtes à Amboise. Autant par goût naturel que par désir de briller aux yeux de la jeune noblesse, Louis d'Orléans s'y jeta à corps perdu. Il accomplit, dans la cour du château, diverses prouesses sur de rudes chevaux : et les applaudissements de l'assistance le proclamèrent />aran^on des écuyers '. L'entrée de l'archiduchesse Marguerite, fiancée du roi, donna lieu à mille plaisirs. Le 5 octobre, le duc jouta : son armurier de Blois, Etienne Pannay, vint l'équiper et jeter le dernier coup d'œil sur la perfection de son armure,

1) Jeanne de France, p. i49, 150.

2) Saint-Gelais.

MORT DE LOUIS Xi 4!)

pendant que les portiers du château, pourvus de larges pourboires, faisaient fêle aux frais du prince. Le duc puise dans sa caisse, un jour 50 écus d'or, un aulre 300 ducats d*or (325 livres) : ce n'était autour de lui que joueurs de farces ou de sou. plesses, ménestrels, trompettes, gallaiis sans soulcy\ Le duc de Bourbon lui envoie ses ménestrels le 7 octobre, ses trompettes le 14 : plusieurs personnages, qui marqueront, par la suite, pour ou contre lui, s'empressent. Adrien de THopital, seigneur de Soisy, qui, cinq ans plus tard, le fera prisonnier, lui offre un faucon ; le sire d'Albret, son rival futur, un cheval, ainsi que le marquis de Montferrat, le vicomte de Narbonne, le Breton Olivier de Coetmen et le sire de Croy ; l'archevêque de Reims et Tévèque d'Orléans des faucons ; le maréchal de Bourgogne douze épées... Le roi lui donne un cheval. Le duc fait des présents analogues à son écuyer Uuscigny (bâtard de Pons), au sire de Caumont*.

Sans trancher les questions brûlantes. Ton arriva ainsi à une sorte d'accord que le roi, la reine-mère^ les ducs d'Orléans et de Bourbon signèrent sur une simple feuille de parchemin, pour instituer un conseil, où entrèrent des éléments assez disparates. Autant qu'on pouvait en juger parmi tant d'intrigues et de situations indécises, les sires de Beaujeu, des Quer. des, de Baudricourt, du Lau, et Tévêque d'Albi y représentaient, avec modération, d'ailleurs, les principes classiques de Louis XI et d'Anne de Beaujeu ; les sires d'Albret, de Dunois, de Richebourg, de Comminges, la réaction contre l'ancien régime : les sires de Torcy, de Gié, de Genlis, le juste milieu. En tout cas, parmi les nouveaux gouvernants se trouvaient des noms bien compromis sous le règne précédent, du Lau, Torcy, Albi, Gié, sans parler du sire de Beaujeu. A ce premier

1) Jeanne de France^ p. loi.

2) Comptes d'octobre-décembre 1483 [TU. Orléans XII, S^^3y 824).

iiO HlSTOlItE DK LOUIS Xll

noyau vinrent peu à peu s'ajouter d'aulres membres, le sire de Saint- Vallier, révoque de Périgueûx (Geoffroy de Pompadour), Gjmmines*, apportant de nouveaux éléments d'intrigues. D'autres personnages, sans titre bien régulier, vinrent aussi délibérer et voter, personnellement, comme Tévèque de Coutances * et le sire de Boissy, ou à la suite d'un prince, comme le sire de Culant avec le duc de Bourbon, le sire de Vatan avec le duc d'Orléans *. Le 14 octobre, le duc d'Orléans prêta solennellement hommage au roi et reçut Tordre de Saint-Michel. A cette occasion, il étendit ses gratifications à toute la maison du roi, et à trois pages du duc de Bretagne \ . René d'Alençon, son cousin, récemment sorti de prison et rentré en possession de ses biens, prêta hommage deux jours plus tard, le 16', après avoir fait, à Blois, une visite solennelle à la duchesse d'Orléans, avec un grand seigneur breton, le sire de Gavre \ La Bretagne commençait à percer partout. Le jour de son hommage au roi, Louis reçut du duc de Bretagne un grand cheval moreau, comme gage d'amitié. Il donna aussitôt l'ordre de réunir une quantité des excellents vins de la Loire, quatre-vingt dix poinçons de vin blanc ou clerety six tonneaux de vin blanc, et de les expédier par bateau

1) Commines était « fort privé du duc d'Orléans »; aussi M. Kervyn de Leltenhove croil-il pouvoir allribuer à l'influence du duc !*entrée des trois nouveaux venus. Cependant TévOque de Périgueûx était aumônier du roi et fui même chargé, avec les sires de Maiilé et du Fou, deux ardents royalisles, de faire l'inventaire de Charlotte de Savoie (Vente d*aulO{jr. du 10 mai 18S6, Eugène Charavay, n* 49).

2) 1/évéque de Coutances était président do Téchiquicr de Rouen et pensionnaire du roi. C'est lui qui, en 1485, présida les Kials de Normandie (Clairamb. 473, f« 203).

3) Journal lie Jehan MasseUn^ p. 122, 124.

4) Compte cite, Orléans XII, 823.

5) Bry de la Clergerie, Histoire du Verche, p. 352.

0) 11 octobre. La duchesse les fit recevoir au son de la musique {TU. Orléans XII, 823).

Mort dk louis xi oi

en Bretagne, sous la conduite d'un écuyer de cuisine. Il envoyait, en même temps, par lerre, Técuyer Gilbert Bertrand, seigneur de Lys-Saint-Georges, un de ses jeunes conlidenls, mener au duc de Bretagne, avec une certaine ostentalion, un grand cheval et une grande jument baiarde *. Louis XI n'existait plus...

Autre conséquence du nouvel état de choses : Marie de Clëves demeurait à Blois, délaissée. Inquiète des allures de son fils, elle s^agitait sans se rendre compte encore de la situation nouvelle. Elle adresse à son fils le lieutenant do Blois, Simon Musset, son secrétaire Salmon : elle-même se rend à Amboise accompagnée d'un tabourin. Elle écrit k sa belle-fille, Jeanne de France. Pendant que son fils expédie des présents en Bretagne,, elle envoie des pots de confiture de coing à Jeanne et à la reine'. Elle continue sa vie de dévotion, elle reçoit des tabourins et « un petit allemand » ; le biV tard de Ravenstein retourne dans son pays ^

Cependant Anne de Beaujeu connaissait, par ses agonis à Nantes, les voyages de Chaumart *. Pour secouer le réseau d'intrigues qui l'enlaçait, elle prit un parti énergique : elle enleva le roi et l'emmena loin de la reine-mère, dans les domaines du duc d^Orléans. Le 10 octobre, elle lui avait dôjà fait faire une visite à Marie de Clëves. Le 17, la cour quilUi Amboise pour Chaumont-sur-Loire, domaine dos d'Amboise ; elle arriva le 19 à Blois, et n'en partit, lo S) novembre, que pour se rendre à Beaugency, chez Dunois, où elle se fixa, dos déplacements donnèrent lieu à une suite ininterrompue dr fêtes ^

1) Compte, Tit. Orléans XII, 823, 82i.

2) TU. Orléans XÏI, 824, 825.

3) H. et 823.

4) Voyages lueiilionnés, liL 825.

5) Saint-Gelais : Itinéraire de Churles VIU, par M. Pélicà;r : l^ai. .I»-

Ce fut la faiblesse même de la régence qui la sauva. Les princes, coalisés pour satisfaire leur appétit, crurent pouvoir tirer bon parli, par des intrigues chacun de leur côté, de ce fantôme de gouvernement; leur union, cependant, pouvait devenir définitive d'un instant à l'autre. La formule était toute trouvée : elle consistait à réclamer les États généraux; bonne jadis, au temps de la guerre du Bien public, à plus forte raison pouvait-elle servir encore. Le gouvernement risquait beaucoup en laissant cette arme dans la main des princes. Une fois hors d'Amboise, Anne de Beaujeu jeta délibérément pardessus bord tout ce qu'elle ne put conserver. Elle remit une partie de la taille *. On circonvint le duc de Lorraine, qui réclamait la Provence; on lui promit une justice rapide, on lui laissa entrevoir un appui pour ses prétentions sur Naples*. Le duc de Bourbon se montrait jaloux de son cadet : on le combla, on lui maintint toutes ses pensions et le gouvernement du Languedoc, on le nomma connétable, lieutenant général du royaume'. Ce fut alors au duc d'Orléans et à ses amis d'envier les faveurs du duc de Bourbon*; on dut les satisfaire. Tout d'abord, le prince d'Orange, Jean de Chalon, banni par Louis XI en 1477 sous l'inculpation de lèse-majesté, rentra dans ses domaines\ Mais les confiscations prononcées par

Louis d'Orléans, datées de Beaugency le 24 novembre, et confirmant un acte de sa mère (Bibl. de Blois, n* 1508).

1) Pélicier, Essai i^ur le <jouvernement de la dame de Beaujeu, p. 54.

2) Bernier, Be(j. des sôarices du Conseil de Charles VIII y p. 30.

3) Ordonnance datée de Blois môme, 23 octobre (La Mure, II, 329).

4) Saint-Gelais.

5) Quittance du 4 février 1483-4 (Collection Bastanl, 952). Le roi avait mis l'embargo sur la rente de 1,300 liv. qu'il touchait sur le duché d'Orléans (Collection Bastard, 943 : quittance de Jean de Daillon). Cette rente de 1,300 liv. était la dot constituée à sa grand'mère, la comtesse d'Ktampes, par Charles d'Orléans. Le prince d'Orange, de peur de nouvelle mésaventure, s'empressa de la vendre. Guyot Pot l'acheta en 1484 {Tit. Pot, 77).

Louis XI profilaient à bien des gens puissants ou inlrigants. tels que Gié, Comminos, Guyot Pot, du Bouchage, qui ne se souciaient guère de les voir abolies : de là, d'autres difficultés. Il fallut sacrifier d'anciens serviteurs. Une ordonnance, rendue à Blois, le 4 novembre, confirma au duc d'Orléans dans ses domaines la jouissance des gabelles et lui conféra lo revenu des amendes, forfaitures et confiscations*. Le 21 novembre, à Beaugency, le roi ajouta la gabelle do Selles en Berry*. Le 22, il donna au duc une compagnie de cent lances, retirée au sire de la Gruthuze', le gouvernement de Paris et de rUe-de-France*, c'est-à-dire la clef du royaume, et, de plus, 24,000 livres de pension, soit, par an, un lolal do 44,000 livres d'émoluments*. Louis d'Orléans, en verlu de l'ordonnance du 4 novembre, réclama aussitôt les dépouilles d'Olivier le Daim', comme ressortissant de son duché. Anne n'avait pas osé braver trop ouvertement l'animosilé publique, déchaînée contre Olivier : le triste personnage, que, si peu de temps auparavant, tout le monde caressait, que la duchesse d'Orléans appelait son cher ami^ auquel le parlement adressait des suppliques \ avait été arrêté et confié à la garde du sire de Graville*. Anne cherchait à le sauver, comme Etienne

1) Moreau, 405,81 : TU. Orléans XII, 821. Le roi lui confirma aussi le privilège de nommer aux offices royaux dans le comté de Blois (Moreau, 405, 68).

2) X«» 3921, 205 : Orléans XII, 822.

3) Ordonnance contresignée du duc de Bourbon, des comtes de la Marche, de Clermont, de Dunois, des maréchaux de Gié et de Baudricourt (K. 72, 78).

4) Ordonnances, XIX, 152.

5) TU, Orléans XII, 833 (environ la valeur de 1,100,000 francs de noire monnaie).

6) N. Valois, Biblioth, ck l'École tks Chartes, 1882, p. 020, n" 2. Il sollicitait pour sa sœur Anne, à qui il ne donnait que 300 livres de pension, l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers (Orléans XII, 823, 828).

7) X** 9323, fo 36.

8) Joursanv.y 189.

54 niSTOIRK DB LOUIS XII

Loup, comme leur ami Henry do la Rivière*; mais Louis d^Orléans gueUait àprement sa proie; il multiplia les démarches près du roi, surtout près du parlement*. Le parlement se montra inflexible, et Gt pendre Olivier, sans môme avertir le roi. Dunois obtint le gouvernement de Dauphiné, avec 3,960 livres de pension annuelle et une compagnie de cent lances^ Les intrigues, les jalousies croissaient chaque jour, au point que le comte dAngoulème, excédé, et d'ailleurs grassement pourvu', partit pour Romorantin, d'où il se retira en Angoumois'.

 Âmboise, la reine restait seule avec sa fille Jeanne. A Blois, Marie de Clëves continuait ses démonstrations épistolaires; elle écrivait au grand bâtard de Bourgogne, au bâtard Baudouin, au comte de Saint-Pol (Guyot Pot), à Denis Le Mercier, à Vatan, à Tévêque de Coutances, à la reine, à Jeanne de France \

Tout dun coup, le 2i octobre, le roi signa à Beaugcncy des ordres pour réunir, le 1" janvier, les États généraux'.

Les mécontents ne manquèrent pas de revendiquer la paternité de cette grande mesure ^

Les historiens ont pu aussi en attribuer, non sans raison, le

1) Pélicier, p. 55.

2) Il y envoie le sire de Saint-Père-Avy, poursuivre raffaire (Orléans XI ï, 82 'i. Cf. Policier, p. 55, note).

S) Pélicier, p. 57.

4j 14,000 livres de pension et une compagnie de cent hommes d'armes (Saint-Gelais).

5) Saint-Gelais.

()) Orléans XII, 824.

7) Hérellf^, Dovumcnls inMU^ sur les États tjtWraux, p. 84. La leltre adressée an bailli de Vermandois mentionne bien l'avis conforme des princes, mais elle n'est conlresignoc que des membres royalistes du conseil ou du tiers partie duc de Bourbon, comtes de Clermont, de Dunois, de Mario, de Comminiro?, évoques d'Albi, de Périgueux, de Coutances.

8) Kervyn de Lettenliove, Lettres et SfUjoriat'mns tl: Ph.d: Commine s, U ^30.

MORT IiE Loris XI 55

mérite €iu duc d'Orléans, au conseil ou à tout aulrc. En fait, - le gouvernement en prit et en garda Tinitiativc, et ne manqua pas de se Taltribuer en toute occasion*; comme pour mieux accentuer la suprématie royale, il fixa à Orléans le siège des Etats, et les ordres partaient de Blois. Colle grave nouvelle en effaça presque une autre, fort grave aussi pour les princes : la mort de la reine, survenue à Amboise le l*"' décembre. Pendant qu'Anne de Beaujeu prenait le gouvernail d*uno main si solide, Louis, enivré, s*épuisait en intrigues superricicUes et en plaisirs; il se préoccupait beaucoup d*étaler l'appareil de sa puissance.

Les élections eurent lieu à la fin de novembre. Dans Tapanage, sous l'impression des événements, elles donnèrent des résultats favorables au duc : un fonctionnaire entreprenant et hardi) le lieutenant du gouverneur, Robert do FovilleS devint même le député de la noblesse d'Orléans. Dans le royaume, elles furent purement royalistes, comme on pouvait s'y attendre. Au reste, Anne de Beaujeu ne s'était point privée de soutenir ses amis et de peser sur les opérations. Ainsi, le roi, commençant à recevoir les « ambassades » des bonnes villes et rhommage de leur fidélité ^ reçut, le 24 octobre, l'ambassade do la province de Bourgogne, où figurait le sénéchal de Bourgogne, Philippe Pot, seigneur de La Roche. Chef do la famille Pot, Philippe ne mentait pas à sa race : tenu sur les fonts baptismaux par le duc Philippe de Bourgogne, il

1) Patentes du 8 mars 1484, fr. 25716, n» 21.

2) Lemaire, Anliquitez,,,, p. 245. Il était en mauvais termes avec la villo, et avait soutenu contre elle un procès en 1 iCO, se prétendant exempt de la taille des gens d'armes (Arch. municip. d'Orléans, CC. 006).

3) L*ambQ8Sâde de Troyes traverse Orléans, le 5 octobre, celle de Rouon le 15, celles de Boulogne, de Sens le 2 janvier (Arch. municipales d'Orléans, CC. 669). — Les ambassadeurs de Bruges passent le 7 septembre, ceux do Venise le 27 novembre (id.).

occupait, dès sa naissance, une place importante; nous le voyons armé chevalier à Rupelmonde, en 1452, échanson du • duc de Bourgogne, puis chambellan, chevalier de la Toison d'Or, Tun des coryphées de la fameuse fHo du faisan^ l'un des compagnons de voyage de son maître en Allemagne*, gouverneur de Lille, de Douai, d*Orchies, bref l'un des premiers personnages de la cour de Bourgogne. C'est lui que le comte de Charolais chargea des négociations avec l'Ecosse, lors de la guerre du Bien public ^ Le 6 juin 1476, il parle encore avec dédain de la France' : mais à la chute de Charles le Téméraire, il porta son dévouement au vainqueur, avec assez d'empressement pour obtenir, à la fois, les fonctions de grand sénéchal et de chambellan royal \ le don du palais des ducs à Dijon, ancienne demeure de ses maîtres, et des terres considérables, Saint-Roman, Rouvres, Guéry, confisquées sur la famille de Chaloir. Marie de Bourgogne, au chapitre solennel de la Toison d'Or, en 1481, le fit rayer de Tordre* : mais Philippe, qui était homme de beaucoup d'espril\ se dispensa de comparaître. Il se trouvait aujourd'hui le plus grand seigneur de Bourgogne, et, à l'orgueil de la race, il ajoutait le prestige de l'opulence, d'un grand commandement, d'unegrande|influence :

« Cujus fama perennis eal !

Sanguine clarus erat, pr<Tclarus moribus, ingens Consilio, magnus roarlis el imperio »,

a-t-on pu écrire de lui*. Lorsqu'il vit la réaction se déchaîner contre les favoris de Louis XI et une ordonnance décider la

\) Chronique de Mathieu iVEscourhy, II, 188-18Î7, 236, 242.

2) Commines, édition Lenglet Dnfresnoy, pièces, II, 461.

3) Oingins La Sarra, Dépêches deii ambasaadcurs milanain^U^ 191,222.

4) 2\ septembre 1477 (fr. 6983, 401).

5) Mi^moirns (le VAcadvmhi ///» Dijon, \ 856, p. 109, cités parPéiicier : K . 72, 9.

7) C'est un des auteurs du fameux recueil des Cent nouvelles,

8) Kpitaphe de Philippe Pot (mort en septembre 149'è), dans Téglise de

MORT DE LOmS XT 37

reslitulion des biens confisqués, il organisa une ambassade collective près, du nouveau gouvernement, au nom de toulo la province do Bourgogne, se mit à la tète, avec Tabbé de Cileaux, et se fit Tbomme de M'"* de Beaujeu. Ce n'étail point un secours à dédaigner. Le roi signa une lettre qui confiai! aux Etats de Bourgogne le soin d'élire les députés bourguignons, et qui les priait d'élire Philippe Pot et Tabbé do Citcaux. Par ce procédé spécial, l'issue des formalités électorales répondit au programme. Une décision royale du 4 novembre maintint Pot dans ses fonctions et dans la plupart des biens donnés par Louis XI*, malgré l'ordonnance générale sur la matière. Ces procédés électoraux du gouvernement, on en retrouve la trace dans les mesures générales prises pour les élections. Les électeurs, convoquésmjr/oAo, pour élire des membres des trois États, paraissent avoir voté ensemble ; pour la première fois, le peuple des campagnes ^ très calme et très royaliste, apporta son vote. Son intervention écrasait les intrigues à craindre dans le monde spécial du clergé, de la noblesse ou de la bourgeoisie. Au reste, la grande force d'Anne de Beaujeu, dans ses expédients électoraux était de répondre à Taltente de Tesprit public. Sans doute, tout le monde réclamait les États généraux, mais personne n*y tenait, surtout personne n'y croyait. Le parti des princes, qui parlait bien haut des Etats, ne cherchait qu'un moyen de

Citeaux (V. Alex, de Laborde, Lt\s Monuments de la France, pi. CCXV : Hennin, t. VIÎ; ms. C'air. 942, f 69. Cliiinimbault reproduit aussi, f» 00, la tombe de Régnier Pot, mort en 1430, et de Jacques F*ot, son fils, cliainbellan du roi, mort en 1420, tous deux entern';s à La Roche, et un e.r'Votn de Philippe Pot, à Notre-Dame de Dijon, où Philippe est représenté à genoux devant Timage de la Vierge).

1) Pélicier, p. 62.

2) Pélicier. Sur les élections do 1483, il faut consulter le m<'inoire do M. Paul Viollet, publié dans la Hibliothcquc d^ VÉeole des Charles, 1866, p. 31.

troubler le pays, de battre en brëche le gouvernement. Dans l'état de décentralisation extrême et de rivalités locales où se trouvait la France, Tidéc do quelque assemblée de contrôle, permanente, sur le modèle anglais, semblait une pure chimère; elle pouvait bien germer dans certains esprits réfléchis et philosophiques, surtout parmi le clergé , mais les partisans les plus avoués d'une monarchie tempérée déclaraient surannée la forme des Ëlats généraux : ils Taccusaient de ne plus répondre à rien, la noblesse et le clergé étant devenus des annexes, des satellites du pouvoir royal, et ne représentant plus un frein sérieux*. Ainsi Anne de Beaujeu pouvait hardiment conquérir les États. Dans les conférences tenues à Cléry dès le début de décembre , le gouvernement arrêta le programme de réformes dont il comptait les saisir '. Il ne rctsta plus qu*à sonder et à préparer individuellement Tesprit des députés, ce à quoi Ton ne manqua pas'.

Pendant ce temps, le duc d'Orléans chassait \ Le 10 décembre, au lendemain de la mort de la reine, il manda toute sa maison et fit à Orléans une entrée solennelle , sans sa femme, escorté, comme un monarque, non seulement par ses gentilshommes et les tabourins ou ménestrels de la ville, mais par les trompettes du roi, par les plus grands seigneurs de France, le duc de Lorraine, le sire d'Albret, le comte de Dunois, les deux bâtards de Bourgogne, le maréchal de Gié.

La veille, les habitants d*Orléans, réunis d^urgence, avaient décidé d*o(rrir à leur prince la valeur do 500 marcs de vaisselle d'argent à ouvrer à sa convenance"; les procureurs s'ex-

1) V. pour plus de détails à ce sujet notre livre : Les ofiqine% de la RAwluti'M au commencement du xvi« siècle. — La veille de la hèforme,

2) Pélicier. p. 63.

3) Saint-Gelais.

4) Il avait envoyé chercher ses oiseaux à Blois (Orléans XII, 825).

5) CharloUe de Savoie légua à sa fille Jeanne de France 200 marcs d'argent

MORT DE î/)riS XI 0Î>

cusaient de ne pas proposer davantage, Tcnlrée do « la daiiphine », les exemptions sur le sel et les nouveaux acquêts et francs-fiefs ayant obéré les Unances municipales au point do nécessiter un supplément de contribution. Les habitants formulèrent, par un vote, leur désir de « monstrer la grant amour et aiïection qu'il ont tonzjours eue et ont envers mondit soigneur le duc d'Orléans, leur seigneur nalurel », et do recommander la ville à ses bonnes grâces^.

Anne de Beaujeu n'encouragea point les vues qui triomphaient à Orléans. Brusquement, sous prétexte d'épidémie, le roi fit prescrire aux députés de se réunir à Tours. L'ordre fut envoyé avec circonspection, et d'abord dans les provinces éloignées : il partit pour Lyon le 10 décembre % mais il n'arriva à Compiègne que le 21 *; les députés bourguignons ne le connurent qu^en route, bien après Noël. Anne, sans entrer à Orléans % ramena le roi à Blois, et, de là, le 20 décembre à Amboise^, d'où il autorisa, quatre jours plus tard, la ville d'Orléans à s'imposer extraordinairement de 12,000 livres; le gouvernement saisit cette occasion de rappeler Tanciennc loyauté de la ville envers la couronne \ La leçon ne fut pas perdue.

(le vaisselle « pour luy ayder a soy emménager ». (Uht. de Charles Vf//, p. 363).

2) Compte de ville d'Orléans de 1483 (Arch. mun. d'Orléans).

3) Pélicier, p. 64.

4) Les Archives de Compiègne, par M. H. de TÉpinois. Les élections avaient eu lieu à Compiègne le 25 novembre (iV/.)

5) Il avait été question, à deux reprises, d'une entrée du roi à Orléans, car, le 9 septembre, un fourrier royal et, le 8 octobre, un raaitro (riinii'l vinrent s'informer de l'état sanitaire. On avait pu s'assurer des murmuros du peuple d'Orléans contre les tailles. Quant à répidémic, l'entrée du duc, les passages des ambassadeurs, les allées et venues du sire de Sainl-Gormain, de Thierry de Clèves, de Pierre Salât et autres prouvent assez qu'on y prêtait peu d'attention.

6) Itinéraire de M. Pélicier.

7) Compte de ville d Orléans, de 1483.

Page 1