CHAPITRE XXI
Traité de Verceil
Le duc d'Orléans et les Novarais, « n'espéroient plus qu'au secours du Roy, auquel ilz escrivoient par chiffres assez souvent de leur nécessité, qui ne pouvoit prendre fin que par une bataille ou prompte paix, à laquelle tous également affectionnez, aucun toutesfois ne vouloit, creinte d'amoindrir sa réputation, donner la première ouverture* ». Tout en se félicitant de Tétat de son armée, Charles VIII écrivait, le 25 août : « Le plus tost m'en pourray retourner par delà, qui est ce que plus je désire' »... Il se montrait gai et dispos ; le 29 août, il annonçait officiellement sa volonté de reprendre l'offensive * : il souffrait, sans protester, qu'on l'accusât de vouloir rester en Lombardie, pour prendre Alexandrie, attaquer Milan... C'était une feinte pour masquer les projets de départ, dont Louis d'Orléans lui avait signalé le mauvais effet. La paye eut lieu à Verceil, le l^*" septembre *.
Ludovic aurait voulu tenter un coup de main sur Asti : François Sforza l'en dissuada; à supposer qu'on réussit, il jugeait impossible de s'y maintenir, à cause de l'esprit de la population K A Novare, Petigliano allait commander l'assaut, quand en approchant des murailles, dans le faubourg S. Aga-
1) Mémoire manuscrit, fr. 17519» f^ 192 v*. .
2) Fr. 3924, f. 6.
3) Desjardins, I, 626, 627.
4) Fr. 20379, p. 58.
5) LeUre du 1*' septembre (Arch. de Milan, Guerre, 1495, Alessandria).
ff
pito {Saint-Jean), h» 2 septembre, il reçut un coup d*arquebusadt» '. Vax voyant le coup partir, il s'était instinctivement baissé, (le sorte que la balle bii traversa Tépaule gaucbe et vint se loger dans le liane droit : on le porta mourant dans un couvent voisin. A Tinslant, le bruit de sa mort courut parmi les troupes; ce fut un deuil et un découragement général. Les médecins, après un examen approfondi, ne jugèrent pas la blessure mortelle; toutefois Petigliano ne voulut pas entendre parler de cbirurgie et préféra se remettre entre les mains d*un charmeur...
Louis d'Orléans, réduit à la dernière extrémité, et sans argent, dut faire frapper quelques ducats de cuivre, auquel il donna cours forcé pour la valeur nominale des ducats d'argent*. L'armée ennemie pénétrait tous les faubourgs de Novare , elle n'avait plus qu'à forcer une porte pour se rendre maîtresse d'une poignée d'hommes qui se mouraient.
La conduite du roi semblait incompréhensible: Charles VIII restait encore à Chieri, sans utiliser les Suisses « avec lesquels on pouvait conquérir l'Italie ». Le 5 septembre, il écrivait au régent pour demander de l'argent et ordonner la levée (les ban et arrière-ban de tout le royaume'. Le 27 août, il demandait de l'argent, il en ^demandait le 40 septembre*...
1) Galéas n'en informa Ludovic que le 8 (Arch. de Milan, Guerre, 1495) : dans sa correspondance, il omet presque toujours les mauvaises nouvelles.
2) Bembo, Rerum Vcnctarum llistoriiVy liv. II : CF. Tobiesen Duby, Pièces of/sidionaleSy Bécnkitiuns numismatiqueSy pi. 111, n© 12 : Cantù, HUt, des Italiens j trad. Lacombe, Vil, 243 {avec quelques réserves).
:3) Fr. 3924, f* 7.
4) Lettres à ces dates, fr. 3924. Le duc d'Orléans fil, à Verceil, un prêt d'argent fort important, sur les sommes disponibles qui ne pouvaient plus servir pour Novîire. Nous supposons que le prêt eut lieu à ce moment, par l'intermédiaire de Georges d'Amboise. Nous ne connaissons ce prêt que par i]os mentions indirectes. Nous savons seulement que Charles VIII acheva, le iO octobre 140(), le paiement d'un simple acompte de 50,000 livres, qu'un autre ])aiement de 5,000 livres avait encore lieu le 3 avril 1498, et que
Mais on ne savait plus du tout ce qu'il comptait faire, et luimême ne le savait peut-être pas. Les bruits les plus dissemblables couraient : on annonçait la marche surNovare, un retour sur Asti ; Ton apprenait qu'Hiblet de Fiesque, avec le cardinal Fregoso, rassemblait des troupes de pied et de cheval, ainsi que de grandes provisions, à Acqui et à Nice. Dans quel but?.... Tout le monde se le demandait *.
Envoyé en Montferrat, pour aider à rétablissement de la régence de Constantin Arniti, Ph. de Commihes était de ceux qui auguraient mal des événements; il voyait l'hiver arriver, le roi livré à des mercenaires en grand nombre, Tennemi puissant ; il n'était pas partisan d'une bataille, et il redoutait qu'un jour ou l'autre « ces prélats » (MM. de Saint-Malo et de Rouen) y entraînassent le roi. Lui-même, dans sa sagesse, il avait jugé, un mois , deux mois auparavant, le moment venu de négocier ; après Fornoue, il avait négocié, et inutilement : au camp devant Novare, il avait négocié, et, des deux côtés, des trois même, la cour, Ludovic, Venise, personne n'avait pris au sérieux son intervention. Il en cuisait durement à son amourpropre, si cruellement atteint déjà! Heureux d'avoir obtenu au moins une mission en Montferrat, il saisit l'occasion de renouveler ses offres de services, de rappeler au roi les risques de Fornoue, l'utilité, admise alors, d'un « honneste appoinctement ». Charles VIII le renvoya encore à Saint-Malo : Saint- Malo refusa encore de l'entendre et déclara qu'il garantissait la victoire. Commines n'abandonna pas la partie. Le conseil du roi se trouvait en proie à une confusion d'idées très pénible : les esprits s'étaient aigris, le roi ne donnait aucune direction,
Charles VIÎI mourut avant d'avoir tout remboursé au duc d'Orléans (fr. 20379, p. 59, p. 60).
1) Lettre de Fr. Sforza, 8 septembre (Arch. de Milan, Guerre^ 1495, Aiessandria) .
chacun parlait et agissait de son côté. Et comment parlait-OD ! On s'accusait réciproquement de scélératesse, de trahison; « le maréchal de Gié était vendu à Sforza , le prince d'Orange à TEmpereur, — Saint-Maio au duc d'Orléans » ; on précisait même que « le duc lui garantissait une pension de 10.000 livres, en cas de conquête du duché de Milan ', » et ainsi de suite... Commines n'eut donc pas de peine à trouver des partisans. Louis de la TrémoïUe l'engagea fort à tenter l'aventure d'une négociation privée. Commines se brouilla avec Saint- Malo, s'assura de l'appui du prince d'Orange, et partit.
L'armée française campée à Gameriano et Borgo-Vecelli, sous les ordres du prince d'Orange^ des comtes de Foix et de Vendôme, du maréchal de Gié, s'étendait sensiblement en avant de la Scsia, et ne se trouvait plus séparée de l'ennemi que par une plaine humide, entrecoupée de fossés débordés. La maladie l'éprouvait rudement. Le comte de Vendôme, que nous venons de nommer , François de Bourbon, un beau jeune homme de vingt-cinq ans, à l'aspect brillant et sympathique» arrivé tout récemment de France en poste pour prendre part à la bataille, avait été presque aussitôt saisi de la dysenterie. On éloignait évidemment le roi du camp; le roi venait voir ses soldats^ mais il ne coucha qu'une fois parmi eux. L'armée, lasse d'une attente longue et pénible, trahissait son ennui ; bien des Français retournaient chez eux, avec ou sans congé.
('ommines, à peine arrivé à Casai, s'aboucha avec un mattrc d'hôtel du marquis de Manloue , chargé des compliments de condoléance de son maître, et réussit à lier partie avec lui. Sans en référer au roi, sans recevoir ni demander aucune instruction, il adressa, le lendemain de cette rencontre, c'est-à-
1) Commines : Ouichardin : notre notice, Pierre de Rohan, duc de iVe-
dire le 7 septembre, un des trompettes de sa mission au camp italien, avec des lettres, par lesquelles il offrait aux provédileurs ses services comme médiateur : il appuyait cette nouvelle offre du nom du roi, dont il affirmait la bonne volonté personnelle, tout en convenant que des avis très divers se produisaient dans le conseil *.
Novare attendait toujours !
Le 1®' septembre*, Contarini courut devant la ville, avec un certain nombre de stratiotes, pour essayer d'attirer les assiégés dans un guet-apens; mais la malheureuse garnison semblait frappée de stupeur, d'immobilité. Le soir, le camp vénitien s'éclaira; on y célébra, brillamment, la rumeur d'une défaite qui aurait été infligée à Tarmée française, près de Perpignan, par vingt-cinq mille Espagnols et le roi d'Espagne en personne. Les attaques de flux^ qui n'épargnaient même point les chefs de l'armée, n'assombrirentpas cette fête. Deux déserteurs donnaient sur la situation de Novare des détails navrants : on y mourait en foule, on manquait de tout, même de salaisons, on n'espérait plus de secours; les Français et les Allemands voulaient piller les maisons, ils se défiaient de la fidélité des habitants; il ne restait plus qu'un seul passevolant en état : le duc d'Orléans pourtant voulait encore, disait-on, tenter la destruction d'une église voisine de la ville».
Les Italiens prirent leurs précautions en conséquence, mais, le 4, de nouveaux déserteurs rapportèrent que, la veille, le duc d'Orléans avait donné Tordre à la troupe de tenir les
1) Commines.
2) Nous trouvons un acte de Louis d'Orléans, daté de Verceil, !•' septembre 1495, dans le ms. fr. 20379, p. 58. C'est un acte de son conseil.
3) Sanudo (Suite inédile de Sanudo, pour le mois de septembre, ms. ital. 1441, Bibl. nat. de Paris).
chevaux pivls ol les valises bouclées; on en concluait que, malade et alfamé, il projetait une fuite. Le duc avait promis une surpaye à ses gens d'armes; mais ceux-ci criaient que peu leur importait l'argent, puisqu'ils ne trouvaient rien à acheter, et d'ailleurs la nouvelle monnaie n'obtenait guère de crédit*. Le siège prenait une tournure dramatique.
Le 5, Mantoue, sous le feu même du rempart, occupa le couvent franciscain et Téglise San Nazaro, bonne position pour serrer la ville dont le couvent touchait les murs, et pour coniniauder, au besoin, la route de Milan : il y fit établir de solides barricades, et y mit deux cents hommes d'armes, trois mille gens de pied et de l'artillerie, sous le commandement du comte Pian de Meleto"; le lendemain, à la tête de l'armée entière, il prit d'assaut, maison par maison, tout le faubourg attenant à San Nazaro, et il emporta les bastions qui défendaient la porte de la ville. Les Novarais, atterrés, au désespoir de se voir frappés au cœur, ne pensèrent plus qu'à vendre chèrement leurs vies. Cinq cents soldats, éperdus, exténués, s\infuirent à cheval, pendant la nuit, à tout hasard, sans armes, et réussirent à glisser à travers les vedettes des strati(>tes\ Quant aux défenseurs indomptables, ils prirent un de ces partis farouches, après lesquels il ne reste qu'à mourir. Comme les Russes incendiant Moscou, les Novarais, plutôt que de les céder aux vainqueurs, mirent le feu à tous leurs faubourgs, qu'ils ne pouvaient plus défendre. Au milieu d'un cercle de flammes ou de ruines fumantes, Novare dresse encore ses murs noircis, inaccessibles! Elle va succomber^ quand le dernier de ses défenseurs sera mort de faim * !
1) hl,
2) D Adria, p. :S3i.
3) Sanudo, iiis. cité.
i- h'A'In.i : S.inii<I<> (8 septembre).
TRAITÉ DE VERCBIL 295
Lo 8 septembre, chez le roi, à Chierl, tout était en liesse; Charles VIII donnait un bal, et Ton dansait. Tout à coup, Georges d'Amboise, accourant en hâte de Turin, se précipite: il apporte des nouvelles terribles; les faubourgs de Novare n'existent plus, ils sont à Tennemi : en cet instant, sonne rheure suprême pour M. d'Orléans. Aussitôt, les danses cessent, le bal s'arrête, le trouble est général. Le roi, plein d'une émotion qu'il ne peut dissimuler, prend à part deux capitaines présents, MM. de la Tremoïlle et de Bresse : on décide de ne rien attendre... Dès l'aube, le signal est donné : renvoyant son entourage à Turin, le roi se rend directement à Chivasso, et le lendemain, 10 septembre, à Verceil. Saint-Malo, à Turin, cherche de l'argent à tout prix : après beaucoup de difficultés, de disputes, d'impatiences, il réussit àtirer 48,000 ducats, moyennant 30 pour 100 d'intérêt, de Nerio Capponi, l'ambassadeur florentin, et encore fallut-il fournir toutes les cautions possibles. Sitôt l'argent compté, Saint-Malo monte à cheval, court à Verceil, après avoir laissé à Turin, selon l'ordre du roi, le cardinal de Lyon (André d'Espinay) pour contenir la duchesse de Savoie, « qui ne se montrait pas meilleure Française qu'il ne fallait ». A Turin se trouvait aussi Baptistin Fregoso, boudeur, furieux même contre les Français. Des émissîdrés français partent, en toute célérité, presser le bailli de Dijon d'arriver avec tous les Suisses enrôlés, hâter la compagnie de M. de Lestrac (cinquante lances) et deux mille arbalétriers récemment levés en Dauphiné. A voir comme se précipitaient les choses, on se demandait si ces troupes arriveraient en temps utile ^ Le 8, une lutte très chaude s'engagea pour forcer une porte
i) Rapport anonyme sans date (du 11 septembre), d'un espion (Arch. de Milan, Guerre ^ 1495). Ludovic, par contre, faisait annoncer qu*il se rendrait au camp (Sanudo).
de Novare ; les assiégés se défendirent avec une énergie extrême et repoussèrent Tattaque. Un des capitaines vénitiens, Ant. Fabro, un autre vaillant soldat, Jean de Feltre*, tombèrent grièvement blessés.
Le lendemain 9, quatre mortiers et une batterie de menue artillerie, apportés sous les murs, dans l'ancien faubourg San Agapito, ouvrirent contre les remparts et les maisons privées un feu destructeur; les échelles étaient prêtes. Dès qu'une brèche parut se dessiner, les soldats vénitiens se précipitèrent. Cette fois encore, ils se heurtèrent à une résistance invincible, ils laissèrent un certain nombre de morts, notamment un de leurs capitaines, Pierre Schiavo.
Des religieuses, sorties de Novare le 11, rapportèrent des détails affreux : la garnison se mourait de faim; les gens de la plus haute aristocratie se nourrissaient d'un peu de froment cuit. On découvrait les toits des maisons pour fabriquer des abris aux remparts. La nuit suivante, Parmée assiégeante reçut de Milan deux pièces de siège de gros calibre, avec lesquelles, dès le lendemain matin, elle se remit à battre les portes et les tours de la ville qui, bientôt, commencèrent à se délabrer ; la prise de la ville n'était qu*une question d'heures. Galéas voulait tourner absolument toute l'artillerie sur la ville avant Tarrivée du roi ; mais, chaque fois qu'il fallait prendre un parti, la mésintelligence régnait. Les provédileurs, émus de l'arrivée du roi', craignirent un coup de dé" sespoir de ces Novaraîs, dont l'énergie faisait tout redouter ; Galéas les traita vertement'. D'autre part, les provéditeurs
l)^Sanudo.
2) A partir du 8, on leur signale des mouvements de troupes fraDgaises sur la Sesia ; un espion, arrivé de Turin dans la nuit du 9, ieur apportait des détails circonstanciés sur les apprêts du roi (Sanudo, ms. cité).
3) Louis d'Orléans n'avait pas Thabitude de se servir d*espion8, et il en était réduit aux expédients ou à des renseignements volontaires pour savoir
le soupçonnaient lui-même. Ses rapports avec le roi, les messages qu'il expédiait, leur paraissaient sentir la trahison: ils démêlaient quelque nouvelle trame de Ludovic et se défiaient des avis qui comportaient un risque. Entre les soldats, mêmes haines, mêmes suspicions qu'entre les chefs; le Sénat de Venise promettait des primes aux soldats montés les premiers h l'assaut; de là, des jalousies, des rivalités pour le partage éventuel de dépouilles qu'on ne tenait pas encore. Les Milanais ne voulaient pas voir les Vénitiens entrer les premiers dans la ville, ils prétendaient que leur maître tenait entre les mains le sort de l'Italie, que les Vénitiens ne pouvaient rien faire sans son ordre, et les Vénitiens ne voulaient pas entrer les seconds. Un grand nombre de capitaines, écœurés d'un tel désordre, parlaient de s'en aller et disaient tout haut « qu'on pouvait passer à gué le Tésin ». Le Sénat de Venise, fort inquiet, procédait à de nouveaux armements sur tous les points de son territoire ; il dépêchait à Novare force artillerie et des ponts de bateaux : les provéditeurs voulaient attendre la fin de ces envois; chaque jour*, il leur semblait voir apparaître Charles VIII sur la Sesia, Après de longues discussions que résume Sanudo *, on décida de demander encore des renforts, et, le 14, de faire face à l'armée royale'. Le 15, le marquis de Mantoue prononça le nom de d'Argenton * et le mot de paix.
ce qui se passait chez l'ennemi. Le 10, il donne un écu à un homme de NoTare, qui vient secrètement Tinformer de ces incidents {Tit. Orléans, 955).
1) Sanudo. Ciiaque jour arrivait au camp quelque nouvelle pièce d'artillerie de siège.
2) Ms. ital. 1441.
3) Petigiiano partit le même jour, pour se soignera Milan. Au rapport d'un déserteur, Trivulce pensait qu'il suffirait de se montrer pour faire lever le siège ; mais, la première fois que ses gens se heurtèrent, près de la Sesia, à une reconnaissance de stratiotes, ils prirent la fuite.
4) Sanudo, ms. cité.
Les furourd arrivèrent i\ un tel diapason parmi les alliés, que le chef des slralioles, (]ontarini, espèce de géant, à la poigne rude comme Tespril, proposa aux provéditeurs d'allirer Ludovic à un conseil do guerre, de le tuer séance tenante, et de s'emparer ensuite de ses états; les provéditeurs applaudirent et en référèrent au Conseil des Dix. Le Conseil refusa *.
D'un autre côté, chose hizarre, les vingt-cinq mille Suisses de Charles VIII, cause majeure de la frayeur et du désarroi qui se manifestaient dans les affaires vénitiennes, ne donnaient pas, au roi lui-même, moins de soucis. Charles VIII leur avait prodigué les bonnes paroles, les promesses a plantureuses », les compliments. Les Suisses réclamaient autre chose : de Targent; ils en réclamaient avec une arrogance presque soditit'use, et Targont manquait*.
Nous avons laissé Commines en intrigues avec le marquis de Mantoue. Commines n avait jamais perdu de vue le marquis, et , lorsque le roi désavouait ses démarches, il n*en avait pas moins écrit, dès le 24 juillet, à Mantoue, pour lui demander, tout en confessant la défense du roi, d'envoyer un délégué dans quelque ville neutre '. Cette fois, il poursuivit plus hardiment sa pensée de jouer, vis à vis du royaume, le rôle d*homme providentiel, de demox inarhina. A vrai dire, ses démarches, dont il ne pouvait dissimuler le caractère tout personnel, se présentaient sous un jour assez singulier* Au moment où Commines les engageait à ('asal, le Monferrat était précisément Tobjet de miMiaces très violentes de la part du gouvernement milanais, qui Taccusait de donner asile, sous le couvert d'une fausse
1) Bernbo. D'après Sanurlo (ms. cité), le Sénat envoya Tordre formel de ne pas traiter sans Tavis do r empereur, du pape et de toutes les puissances intéressées dans la Ligue.
2) hi Mer ties Histoires : Bembo.
:î) Kervyn de Letlenliove, Lettres et Négociations, H, 223.
DRulralité, aux ennemis de Milan '. Ludovic Ae refusa pas d'écouter Commines, mais sans le prendre bieD au sérieux. Le 11 septembre, il envoya de Milan de» trompettes parlementaires au camp français porter une cédule, en italien, avec la traduction en français. Les trompettes devaient voir « M. Loys' », le prince d'Orange, le maréchal de Gîé, et autres capitaines, et observer soigneusement leur atiitude, puis demander Trivulco et lui remettre la cédule\ Sforza ne se figurait certainement pas réussir par celle voie dans la négociation qu'il engageaità. l'insu de ses confédérés. Surpris des démarches opiniâtres do Commines et de l'état d'esprit qu'elles révélaient, il voulait sans doute tâter le terrain, par des préteulions exorbitantes. Ces prétentions nous sont connues par une note restée dans ses papiers. 11 réclamait, tout d'abord et spécialement, l'intervention de l'Empereur au traité à intervenir, la restitutioniutégrale deNovare,des dommages-intérêts pour les incendies et dégâts résultant de la guerre à Pontremoli (prfes Fornoue) et dans le comté de Novare : le règlement de ce qui aurait été pris sans paiement : le remboursement des dépenses faites jadi.s à Gènes pour l'expédition de Naples, do 180,000 ducats prêtés par lui et de 17,000 avancés par son frère Âscagne; la remise aux Génois de Sarzana, Sarzanella et Pietra-Santa « suivant la promesse du roi», et le libre commerce en France pour les Génois*.
1) Lettre de Fr" Sforza, 10 septembre (Arch. de Milan, Guerre, 1495 Alessandria).
Z) il Taul, sans doute, lire a M. de Foys ». Le 13, on arrâlà au camp italien un tro:apËtle de M. de Foix qui portait dans les villages des lettres pour tenter un soulèvement contre Ludovic (Sanudo, ms. cité).
3) Instruction du il septembre (Arch. de Milan). Un vague bruit de négociations commençiL à Be répandre au camp dès les premiers jours de septembre. Un trompette de Commines arriva le 7 au camp; on lui fit boa accueil (Sanudo, ms. cité).
4) Arch. de Milan, GuerTe, 1495.
Pendant qu'il posait ce jalon, le même jour, H septembre, un <' baron du roi de France», que Benedetti appelle « Brescîo», fit dire secrètement aux provéditeurs vénitiens que le roi désirait traiter avec le Sénat de Venise : on céderait à Venise Crémone et le Crémonais; Venise et Charles VIII s'entendraient pour mettre sur le trône de Milan le fils de Jean Galéas...
Aucun de ces pourparlers, si vagues et si mal engagés, ne réussit. Trivulce reçut les trompettes milanais de telle façon que, le 43 septembre, une proclamation ducale, solennellement publiée, le déclara rebelle et traître à la patrie*; c'était évidemment la réalisation d*une menace contenue dans la cédille.
Quant aux provéditeurs, loin d'être en mesure d'accueillir efficacement des paroles de paix, ils avaient à se défendre contre Timpatience du Sénat, furieux de la prolongation de la défense. Si Novare était un port de mer, disait le Sénat, il y a longtemps que^ seulement avec trente galères^ nous l'aurions pris et mis à sac. — « Non, répliquaient les provéditeurs le 13 septembre, Novare, fût-il port de mer, avec sept mille hommes comme ceux qui s*y trouvent et ses murailles, vous n'auriez pas été plus vite. Pour enlever une mauvaise position, il a déjà fallu verser le sang de bien des braves. Les exploits de Samson pâliraient auprës de ceux de Petigliano et de nos autres chefs. Certes, si nous tenions deux ou trois bastions de l'enceinte, on aurait la ville en deux jours! Le difficile est de les prendre. Nous manquons d'artillerie, d'échelles; les bombardes ne sont arrivées qu'hier, et aujourd'hui l'on a tiré. J'espère voir bientôt la fin, concluait Trevisani. Nous occupons le faubourg depuis huit jours: que n'aurions-nous fait
1) J)ia/rc man. dePhil. de Lischate.
durant ce temps, avec l'artillerie coavenable ! Dieu sait nos efforts, nos vœux d'en ânir ' » I
La sagacité de Ck)mniiaes devait se trouver à l'aise au milieu d'un pareil imbroglio. Changeant de direction, il s'était, cette fois, directement adressé à Ludovic, en lui ftùsant très secrètement ses offres de service, sous le couvert de Constantin Arniti, avec l'aide du mattre d'h6tel de Mantoue. Tout en ae ménageant une porte de sortie par la démarche oHîcielle de Verceil, Ludovic, toujours prompt & saisir une intrigue, renvoya h Casai, en très grand secret (car tout était mystère), un agent inférieur, Jules Catlanei, avec l'émissaire de Commïnes. Cattanei devait voir Commines sans témoin, le traiter affectueusement, sonder le fond de sa pensée, lui proposer de venir à Milan, ou rester secrètement près de lui, si Commines en exprimait le désir*. L'impatience de Commines n'attendit pas l'arrivée de Cattanei; il fit passer à Galéas, nous ne savons comment, un Mémorial, que celui-ci mit sous les yeux de Ludovic, tout en l'informant de la démarche faite par les Français près des Vénitiens. Ludovic répondit avec circonspection, le 13 septembre, à Galéas, qu'il convenait d'attendre la réponse des Vénitiens et d'inviter de suite les gens du pays & se renfermer sur deux points spécifiés ', afin de préparer on de laisser présager une grande bataille.
Commines était revenu à Verceil, où il vit presque aussitôt arriver un autre agent secret de Ludovic, le comte Alberlino Boschetti^ celui-ci gentilhomme du duc de Ferrare, et d'esprit par conséquent fort éclectique. Partagé comme son maître, le comte Albertino était, personnellement, h la solde du duc de Milan, et il venait voir son fils, homme d'armes de
1) Malipiero, p. 390.
2) Arch. de Milan, Guerre, 1495.
3) S. Gaudeoiio, S. Slefano. Id.
la compagnie Trivulco. Il s'adressa au prince d'Orange, en lui demandant, de la part du marquis de Manloue, des provéditeurs cl des capitaines, un sauf-conduit pour le marquis de Mantoue lui-même, qui désirait venir, avec une escorte de cinquante chevaux, traiter de la paix. Il sollicita ensuite et obtint une audience privée du roi ; Ui, en présence de Trivulce, il tint un langage tout opposé; il engagea le roi à refuser le sauf-conduit sollicité; l'armée des alliés, disait-il, mourait de peur et ne tarderait pas à « déloger* ».
La séance suivante du conseil fut remplie de violents débcits, Trivulce et «les prélats» (comme disait Commines) s*armant des confidences de l'émissaire, Commines et d'autres soutenant la nécessité d'en finir. On décida que les principaux représentants du parti de la paix, le prince d'Orange, le maréchal de Gié, le sire de Piennes et Commines lui-même se rendraient, avec Trivulce, sous bonne escorte, aux grand'gardes italiennes, entre Borgo-Vercelli et Cameriano.Ils s'y rendirent vers deux heures de l'après-midi, et virent Mantoue et Contarini'; il fut convenu que des délégués italiens viendraient le lendemain au camp français. Aussitôt, dans le camp italien, se répandit le bruit que la paix venait de se conclure, mais qu'on tenait la nouvelle cachée.
En clFct, le 15 septembre , François Bernardin Yisconti et Jérôme Slanga se présentèrent; Saint-Malo se joignit aux commissaires du conseil, et l'on aborda de suite la question : les Italiens demandaient Novare, les Français Gènes, comme
1) Commines. Nous devons ajouterqiie le comte Albertino, de retour au camp, fit une relation toute (lilîôrentc (Benodetti, p. 211). Charles VIII signa le iiseptiMiibroun sauf-conduit au marquis de Mauloue pour une entrevue (Bascliel, Nntirrs et huruments...pnur la Socit}td de l'Histoire de France j p. 290),
-) Sanuilo rapporic (|ue, pendant ce temps-là, Ludovic cavalcadaii avec es provôditours et l'anibussadeur d'Kspagne, prôs do Caineriano : mais ]>o.nedt'Ui uflinne «ju'il n'arriva que Uî 10 au cump avec Béatrix.
TRAITÉ DE VRBCEIL 303
fifif du roi, confisqué par Ludovic. Les premiers pourparlers durèrent deux jours, sans grand résultat.
Dès qu'on parlait de négocier, Ludovic ne pouvait rester à Milan; il eu partit le i5' et arriva le i6 à l'armée, d'une manière fortimprévue.avecladuchesseBéatris et quatorze demoiselles. Le 17, Gié, Commines et Piennes accompagnèrent au camp italien Visconti et Stanga: ils étaient bien résolus à céder, car on ne pouvait soutenir Novare qu'au pris d'une bataillcj et de celte bataille ils ne se souciaientpoint; encore fallait-il «honnestement» s'en décharger. Ils imaginèrent de suggérer la remise de Novare au roi des Romains, comme suzerain du Milanais : ils observèrent même, malignement, que Novare se trouvait pleiu de troupes allemandes. De là, de nouveaux pourparlers, des allées et venues d'un camp à l'autre.
La nouvelle de ces préliminaires se répandit avec une rapidité surprenante. Le 21 septembre, la reine annonçait déjà, à Moulins, que le roi serait bientôt de retour « au moyen d'une bonne paix' ».
Le 16 septembre, on convint delà suspension préalable des hostilités pour trois jours, avec faculté de ravitailler les assiégés '. Dans la crainte d'excès et de malheurs, le duc d'Orléans crut devoir faire consigner, à la citadelle, les premiers envois de vivres; il expédia aussi à Verceil deux cents chevaux, auxquels il n'avait plus rien à donner.
Des Français, pâles, maigres, profitèrent de la trêve pour sortir de la ville ; on les voyait arriver au camp italien, cherchant à boire, à manger; ils ne se décidaient à rentrer que te soir, bien repus. Leur plus odieux tourment, suivant eux,
i) Diaire man. de Pliil. de Ltschaie.
2) Porlef. Fonlaiiieu,
3} Louis d'Orléans til demander des vivres pour dix mille personnes (Sanudo).
c'était le spectacle permanent et général de la mort : on ne trouvait pas autre chose àNovare : des cadavres de chevaux gisaient partout ; on ne rencontrait dans les rues que des hommes épuisés de veilles, vaincus par la faim^ cruellement tourmentés par les moustiques, qui s'étaient laissés tomber à terre sans avoir la force d'essayer démanger, et mouraient : voilà an mois que durait ce spectacle, deux mille hommes étaient morts ainsi !
Par une coïncidence peut-être habile, mais étrange, Charles YIII accueillit la sortie de ces affamés par une proclamation, où, tout en annonçant les préliminaires de paix avec Venise et Milan^ il déclarait sa ferme intention de rétablir son pouvoir dans le royaume de Naples, et de marcher ensuite, « con pochissimo pericolo », sur Jérusalem, oii l'appelait la voix de Dieu \
Le premier acte des plénipotentiaires français^ en arrivantau camp allié le 17 septembre, fut do demander l'autorisation pour le duc d'Orléans de sortir de Novare, le roi refusant de s'engager dans des négociations sans conférer avec lui. Ludovic refusa d'abord nettement; il ne voulait pas entendre parler de Louis d'Orléans, disait-il, qui avait pris Novare avec les gens et l*or du roi : il fallait avant tout traiter des conditions de la paix'.
Sur les démonstrations du roi, les provéditeurs s'étaient hâtés de faire prudemment retirer l'artillerie braquée contre les remparts, de peur de la perdre dans une bagarre. Ainsi, Tavis unanime était favorable à la paix. Vainement, l'ambassadeur d'Espagne demanda qu'on en référftt à son souverain: cette exigence fit bondir Ludovic. « Eh quoi! le roi d'Espagne violait toutes ses promesses; il n'avait pas envoyé un homme au secours des Milanais, et maintenant il fallait que Ludovic,
l)Benodelti.
2) Note ital. contempor., en minute (Arcb. de Milan, Guerret 1496, Ccng. di Novara).
pour lui complaire, risquât tout son État ! Car si le roi de France faisait un mouvement, il suffisait de dix-huit jours pour perdre tout le duché de Milan*... Saint-Malo, Trivulce et les Vénitiens étaient d'ailleurs résolus à s'entendre, et Ludovic ne pouvait que suivre le courant*. »
Une crue subite de la Sesia, qui emporta, le 19, le pont de Verceil, compliqua les pourparlers et rendit même la situation de Tarmée royale assez critique. La pluie gâtait tout dans les tentes, Tinondation menaçait, le camp se trouvait sans communications avec la ville... Cependant Gié, Piennes et Commines se rendirent, le 20, près de Ludovic ; en somme^Ton était arrivé, de part et d'autre, à limiter la négociation à deux questions, ou plutôt à une seule : Naples. Le roi voulait : !• conserver toute liberté d'action de ce côté ;2'* garder s a base d'opérations à Gênes. Les envoyés français posèrent encore la condition préliminaire de la sortie du duc d'Orléans. Louis d'Orléans lui-même la réclamait ; le roi lui avait envoyé François de Guierlay, qui revint à Verceil sous le couvert d'un trompette de Galéas, et nous voyons un homme expédié en diligence de Verceil aux ambassadeurs du camp de Novare pour le compte du duc ^ Ludovic persistait dans son refus opiniâtre ; l'avis des provéditeurs le contraignit seul à s'incliner, et l'on convint que Louis pourrait sortir, sous la foi du serment des ambassadeurs, à condition de rentrer, si la paix ne se faisait point. Pour les formalités de la sortie, nouvelles difficultés; Ludovic refusait absolument un sauf-conduit; il fut décidé que le marquis de Mantoue accompagnerait Louis avec un ambassadeur français et que deux Novarais pourraient se joindre à lui *.
1) Sanudo, ms. 1441.
2) Benedelti. D'après Sanudo (ms. 1441), les provéditeurs restaient muets, faute d'instructions.
3) Tit. Orléans, XIV, 955.
4) Arch. de Milan, Gueire, 1495, Cong. di Novara. Détail curieux : les
L'extraction devait j^voir lieu le lendemain, 21 ; le mauvais temps et les inondations ne permirent, ce jour-là, aucun mouvement. Les conférences diplomatiques continuèrent seulement au camp : au cours des conférences, on reçut une foi» de plus la nouvelle que MMimilien s'apprêtait à descendre en Italie avec « une grandissime armée ».
Le lendemain matin, Ludovic entra en pourparlers secret» avec Tambassade française, ce qui p^ciladenouYeîiU Téveilel les vives critiques des Vénitiens \
Enfin, ce jour, 22 septembre, le maréchal de Gié 3e rendit à Novare, avec Gaïazzo et quelques Milanais, précédés d*un trompette de Galéas ; il annonça au duc d'Orléans que tout était prêt pour sa sortie « à petite compagnie », Pour garautir la sûreté du passage, le marquis de Mantoue s*était remis luimême en otage aux mains du comte de Foix",
Le duc d'Orléans éprouva une grande joie '. M aiâ une dernière difficulté vint des gens de Novare, qui soupçonnaient dans les négociations un expédient, pour faire sortir le duo et les abandonner ensuite à leur malheureux sort. Ils avaient tant souffert ! Ceux qui avaient échappé à la mort paraissaient de» cadavres ambulants, et, si quelques personnes, peu portées à tenir compte, après coup, des difficultés, imputaient à leur imprévoyance une partie de leurs malheurs, tout le monde convenait que, depuis le fameux siège de Jérusalem, Tbistoire n'avait pas eu à enregistrer des souffrances si épouvantables, si énergiquement supportées*... Pour calmer ces pauvrep gens, le maréchal de Gié dut leur laisser en gage son propre
chantres du manjuig da Mftnloue vont, ea jouivU, «hantar dtYini k iné
d'Orléans, qui leur donne 18 liv. {TU. Orléans, 955). l) Benedelti : Sanudo.
2} Corn mines : Chronica di Monferrafo.
3) Commines.
4^ Commines.
THAITÉ DP VEPCKlï, 307
n$veu, Louis de Guémenée, connu sous le nom de M. de Romeforl ', avec promesise d'obtenir le droit pour tous de sortir dans un délai de trois jours, On toléra aussi que le duc eoin^enât une faible partie do la garnison, c'est-à-dire toute la partie valide', environ deux cent cinquante hommes à cheval, dont il fut dressé un état nominatif. Une centaine de malades étaient déjà sortis dans la journée..,; bref, environ mille hommes s'échappèrent à la faveur de la trêve, Enfin, à huit heures du soir, le duc d'Orléans traversa les remparts de Novare, au milieu d'une escorte milanaise, précédé jusqu'à Yeroeil d'un trompette de Galéas, Gié et Caïazzo, partis en avant, avaient pris les précautions nécessaires pour le passage'. Près de Ganieriano, on rencontra, comme il était convenu, le peloton français, où se trouvait le marquis de Manloue; Mantoueet Louis changèrent d'escorte, et chacun alla de son côté S Cette triste sortie s'opérait au milieu d'une nuit extrêmement noire, au point que le duc d'Orléans du ( requérir l'assistance d'un paysan avec une lanterne, pour traverser le pont de Yerceil *. C'est en cet équipage qu'il arriva enlin dans la ville, où le reçut François de Guierlay.
Trois jours plus tard, les pléuipotentiaires français obtinrent , pour le reste des gens d'armes de Novare, l'autorisation de partir sous le contrôle de Mantoue et de Galéas. Le vaillant marquis de Saluées put ainsi quitter Novare, le 24 septembre, en présence de Ludovic lui-même, auquel il fit sa révérence \*
1) Pierre de Rohan, p. 47,
i) Chron, d» MonferratOf p, 1346.
3) GratiQcutioQ de 4 écus au trompelte, fr. 26104, 1096 : Sanudo.
4) Rapport, aux Arch. de Milan, publ. par K. de Lettenhove, If, 228.
5) fit. Orléans, 055,
Q) Penedetti ; Sanudo, Ce dernier parle du 26, mais il est mal renseigné. Il'dit à tort aussi qu'il resta au château de Novare trois cents gens de pied du maréchal de Gié : il ne resta que trente hommes^ et le maréchal de Giô ne commandait point de gens de pied.
et, avec lui , tous les malades, tous les mourants s'ébranlèrent pour essayer de regagner leur pays. A la stupeur générale, il ne sortit, en tout, de Novare que cinq mille cinq cents hommes ; sur ces cinq mille hommes, il n'y en avait pas six cents en état de se défendre. Il ne restait plus de chevaux; on les avait mangés. Ainsi, en deux mois de siège , les assiégés avaient perdu un tiers de leur effectif, plus des neuf dixièmes se trouvaient hors de combat ; et ils ne s*étaient pas rendus !
Pendant plusieurs jours, ce fut un affreux spectacle, de voir, dans Tespace des dix longues lieues qui séparent Yerceil de Novare , se traîner des spectres baves, mourants, incapables de se reprendre à la vie ! Ils tombaient sur les routes : des soldats ennemis, pris eux-mêmes de pitié, leur portaient secours.
Les gens du marquis de Saluces^ après avoir bien péniblement gagné Galliavola, moururent presque tous en arrivant, soit de fatigue, soit du fait même de la nourriture ^ Gommines nous a laissé de cette retraite un tableau bref et vigoureux . « J*en sauvai bien cinquante, dit-il, pour un écu ; ils étaient étendus dans un jardin, près de Gameriano ; je leur fis donner de la soupe , il n'en mourut qu'un sur place; les autres reprirent leur route et quatre d'entre eux expirèrent sur la route. » On renonce à comprendre que GharlesVIII ne paraisse pas avoir pensé à aider un peu ces héros obscurs, à qui ses lettres avaient porté l'espoir, auxquels il promettait du secours et de glorieuses récompenses, qui avaient magnifiquement fait, sur sa parole, le sacrifice de leur vie, dans des conditions surhumaines ! Il se borna à faire donner huit cents livres, tout à la fois comme secours et comme paye, à ceux qui purent parvenir à Verceil. On repartit cette paye, « tant aux morts qu'aux vifs»,
1) Gruniello, cité par Rusconi.
parmi les Suisses notamment, auxquels il manquait quatre cents hommes. A Verceîl, « sur les fumiers de la ville », il expira encore trois cents de ces malheureux! En somme^ il ne resta, àNovare, que trente hommes, pour garder le château, avec liberté de se ravitailler. Cette petite troupe ne tardapas àse débander ^ Quant aux habitants de la ville, ils durent prêter serment de ne recevoir, jusqu'à nouvel ordre, ni amis, ni ennemis.
Ce cruel, cet horrible siège de Novare a laissé dans l'histoire des impressions très diverses. Autour de Charles VIII, on vanta officiellement la générosité du roi. UEpitaphe de Charles VIII^ de Saint-Gelais, rappelle, comme un souvenir glorieux, qu'il « délivra de moût cruel affaire le sien frère d'Orléans, à Novairre ' ». Dans le monde officiel italien^ il se trouva des historiens pour affirmer que Petigliano, par exemple, avait, en quelques jours {intra paucos dies)^ obligé Novare à se rendre*. Il faut prendre son parti de ces diversités, et laisser parler les faits. En général, on estima que «jamais gens de guerre ne portèrent si grande et longue faim^ », et le duc d'Orléans y conquit Tépithète de « très valeureux ' ».
Le roi, évidemment, se crut fort généreux : il accueillit Louis d'Orléans froidement •. Louis s'étant permis d'intercéder pour un archer de la compagnie du roi, condamné pour je ne sais quel méfait, le roi accorde la grâce, le 24 septembre, par un billet sec et laconique, mais en refusant de reprendre
1) Commines : Jean Bouchet, Annales dC Aquitaine : hist. manusc. de Gohori.
2) Recueil de Montaiglon et Rothschild, VIÎI, 96.
3) Oraison funèbre de Petigliano, par Joann. Bapt. Egnatius,Venetu8(i509).
4) Bouchet, Annales d'Aquitaine,
5) La Mer des Histoires,
6) André de la Vigne, le chroniqueur officiel, rapporte que, le soir du 23 septembre, le roi reçut à souper le duc d*Orléans, « amiablement, débonnairement. » Mais le duc prit un logis à part, où, lors de son arrivée, le roi lui envoya du pain, du vin, de la viaode.
rarclior*. Louis d'Orléans, it rudettiëtll déçil dsitis sdsprojrN, qu'il trouvait légitimes et fécoîidîî, engdgé par le toi dans Ude très grave partie, puis retenu à ttil-chcmltt, plils abandonné, éprouvait, de son c6lé, un vif resSenUmcnl. Ce rdSsëâtlfflenl s'accrut eucofo, lorsqu^ll vit Antoine de fidSâây et l^évêqne de Sion arriver avec des Suisses, qui ne demandatetlt que la bataille. Vingt-deux mille Suisses Se tfoUvaietit rassemblés à Verceil : c'était à croird, dit CommlnéS, que toute la Suisse était là : et, en effet, il ne restait gufere daUS IdS cantoUs
que des femmes, des enfants et deë vieillards, et les femmes
seraient arrivées elldS-mêmeS Si oU ue les eût fait affèter à la frontière*. Louis frémissait* dd Voir Targettt dépensé « il foison S), et une force irrésistible ramassée à dix Heues de IVovare, pour arriver* â Urt avortemdût lamentable et
cruel, sans combat*. Au camp de Novare, les Allemands et
les Italiens recommençaient précisément à s'etttretuer* î 11
lui semblait qu'on pouvait et qu*ott devait balayer ce camp d'un seul coup. Tel était l'avis soutenu par le Comte de Llgnjr
et, naturellement, par Thommc dd confiance du duO d*Orlôans, par Georges d'Ambolso.
Les politesses de Ludovic, de GaléaS, du Comte Cala^zo, qui le 23 septembre et le 27, envoient douXe trompettes Jouer devant lui \ ne désarmèrent pas le duc.
1) Autogr. de Saint-Pétersbourg, (I), 1, 34.
2) Toutes les farlrips du Piémottl et d'ASll étaient tnisëS â fôqulsllion (lotli'ii du 18 sept., Arch. de Milan, Guerre, Alessandria),
3) Quand « ledit s«^ fut àrflVô devePë le foy, il luy dëSplâUt IBtfViiJIeUsement d(*3 ftppointemetiâ qU'oh avolt ainsi fftleiS n (Salttl-OslftlS, p; 98).
4) G.iL;iiin. Rappelons que le prince arall fait dU faisait ftufOl UB8 at^ftnce (In fonds considérable, que celui-ci accepta pdi'fittlletliettl.
5) Cinq jours plus lard, dit Boucliet lAfindtes d'AtjUitaiHe), Il n'élirait jamais vuiilu qui! ter Novai^e. Cfi Saitlt-Oelalfl : A. de itt Vignô;
0) Benedettl : Sunudo.
7) TU. Orléans, XIV, 955 : RevUe des autographes, ftlôe. 99^ «• ffi*.
ÎRAÎTÉ de VBRCEIL 3 H
Du fôsle, les négociations se prolongeâîeiil; chaque joiir, on prorogeait la trêve, non sans quelques inévitables incidents. Ici, un malheureux franc-archer, en revenant de Novare, éSt détroussé par les Albanais * ; là, c*est iiû trompette du Comté de Moûlpensler.... Le 26, dans son eXode, la garnison de Novarë emmenait quelques pièces d'artillerie; des soldatë milanais saisirent deux de ces pièces ; de là, une vive alerte à Verceil. Tout le monde courut aux armes. Le duc d'Orléans, sans rentrer chez lui, se précipite à pied, avec un arc et une trousse, Jusqu'au pont, oh on lui apporte sa cuirasse pendant qu'il attend des nouvelles. Le rôi lui-même apparaît, à la tète de sa garde, de ses pensionnaires; Tarmée entière est sur pied, et elle commençait à traverser le pont, quand on apprit que Galéàs faisait restituer les pièces.
Sur la frontière d'Âsti, les soldats milanais se prennent de combat aveô quelques soldats demeurés à Asti, et enlèvent des bestiaux. Le gouverneur d'Asti fait parvenir une réclamation à leur chef d'Alexandrie, François Sfor^a, en invoquant la trêve. Sforza répond, le 23 septembre, « ne pas savoir 6e que c'est que cette trêve*. )i On eut dit que, de Ludovic â Louis, la trêve n'existait pas.
Louis éprouvait des regrets d*autant plus cuisants qui! retrouvait quelques disponibilités d'argent formant le solde
de ses emprunts. Il envoya, de suite, chercher à Lyon ce
reliquat, qui consistait en 20,100 livres, dont 7,400 venaient du prêt du comte d'Angoulême. Son émiSiair« dut courir à Moulins, de là revenir à Turin, retourner à Lyon, puis il ramena à Turin l'argent et vint enfin à Verceil demander au
duc s'il se Souciait de le recevoir; ces voyages avaient pris
trois semaines ; îl était trop tard ; le duc renvoya en France
i) TU. Orléans, Ô55.
2) Lettre à Ludovic (Arch. de Milan, Guerrey 1495, Alessandrid).
17,000 livres et ne garda que 3,100 livres, qu'on lui apportait déjàconvorliesen gros de Milan*. Au premier moment, le duc, n'ayant rien, ne put donner que quelques aumônes à ses Allemands*, quelques gratifications à divers serviteurs, archers, courtilleurs, pour leur permettre de se soigner, de se soutenir, de rentrer en France ^ Mais il se préoccupa autant que possible du sort de ses soldats ; il envoya un de ses maîtres des requêtes, Hébert * Bennot, régler les détails de Tévacuation, il fit « veiller au fait des vivres, et qu'aucun pillage ne fut fait aux vivandiers ))^ le 27 septembre, il demande à Ludovic un sauf-conduit, pour amener de Novare les Suisses que la maladie y retenait encore *.
Georges d'Amboise dirigeait toutes ses afi'aîres. Dès le 24 septembre, le duc obtint une commission royale, qui autorisait Georges à accompagner les autres ambassadeurs au camp de Ludovic, où il lui adresse, peu après, une lettre *'.
Les négociations continuaient, toujours sous la direction du prince d'Orange, de Gié, de Commines. Après les premiers tâtonnements, les ambassadeurs avaient discerné la situation du camp, la mésintelligence de Milan et de Venise, leur méfiance réciproque, le désir extrême de Ludovic de traiter à rinsu des Vénitiens, de peur de se voir abandonné par eux et perdu.... Entre Venise et Ludovic, le moindre incident prêtait aux difficultés.... Ludovic fit jeter un pont sur le Tésin; les
1) TU. Orléans, 9G4.
2) TU. Orléans, 955.
3) TU. Orléans, 963.
4) Alias Hubert.
5) TU. Orléans, 9G4.
6) Catalogue (Viine vente (T autographes, 10 mai 1886, Eug« Charavay, n° 177. Observons toulerois que cette lettre est attribuée au comte de Montpensier, qui se trouvait alors à Naples.
7j Tieorgos lui offre deux chevaux : le sire de Comminges lui offre on clh'val [TU. Orléans, XIV, 956, 957, 964).
Véaitiens s'émurent à rinslant, et la population réclama*....
Après huit jours d'un repos bien gagné, Louis d'Orléans, témoin de cette situation obscure, recommença à s'agiter. Il entendait, autour de lui, tous les régiments suiéses. solides, intacts, venus pour se battre, réclamer hautement la bataille : comment résister à la tentation de traiter avec Venise et d'écraser Ludovic?. . Louis n'admettait pas qu'on reconnût à Ludovic le titre dé duc de Milan*. Gommines et ses amis répliquaient que le duc d'Orléans, ayant quitté No vare, n'avait plus rien à défendre; ils rappelaient toujours la force de l'ennemi^ le nombre de ses troupes, la solidité de ses retranchements, Timpossibilité dé confier la personne du roi à une armée de mercenaires, capables, à un moment donné, de se retourner contre lui, de le saisir même comme gage d'une opime rançon '. L'hiver arrivait à grands pas, l'argent faisait défaut. Bien certainement, la paix qu'on allait conclure ne paraissait pas des plus solides; mais la nécessité obligeait à se Contenter d'un règlement honorable et montrable \
D'ailleurs, les affaires du Milanais ne paraissaient déjà plus qu'un incident de la politique générale, car à Naples tout allait
1) Benedeltl : lettre de J. F. Visconti, 28 septembre (Arch* d& Milan).
2) Malipiero (p. 394) déclare qu'à Venise on voulait absolument attaquer Ludovic, et laisser Novare au duc d'Oi'léans : il était d'ailleurs de notoriété publique que les Vénitiens convoitaient, depuis bien des années i la conquête d'une partie du Milanais. MalipierO' croit môme pouvoir afBrmer (p. 389) que, dès le mois d'août, Louis d'Orléans aurait offert de céder Novare aux Vénitiens» Il confond, sans doute, le territoire de Novare avec celui de Crémone,
3) Gommines.
4) Cl Croyans bien, dit Gommines, par les signes que voyons, qu'elle ne tiendroit point; mais nous avions nécessité de la faire pourmainctes raisons que avez entendues, et pour la saison d'yver qui nousy contraignoit,etaussi par faulle d'argent, et pour nous despartir honnorablement, avec une bonnerable paix par escript« qui se pourroit envoyer partout, comme elle fut » (t. II, p. 525).
;J14 iriSTOIRB DE LHtlt» Xtl
de mal en pis; le Chalcau-Ncuf de Naples ft'était rendu condltionnellemoDl pour le 6 décembre) s'il n'était pas ravitaillé. Lo roi réclamait Tonvoi d^urgenoe au eomte de Montpetisier do 70,000 livres S et ou ne pouvait pas les trouver *««•« Il fallait absolument rcGOtivrer la disposition de Oènes pour Tespédi* lion des secoursKn Le roi d'Espagne^ artné du bref du papei tramait avec TAngleterre et l'Ecosse unCi ligue, autrement dan^ gereuse pour la France que la ligue de FomoUe^ et à laquelle deux patriciens vénitienSf fixés à Londres pour leur fiégoesi ne se faisaient pas faute de participer, au Dom et aveclespdu* voirs de leur seigneurie '.r<. Ëtifirtf au Ire motif fort important , bien qu*on n'osât guère Talléguer, la Aanté do Charles YIII et celle du dauphin laissaient fort à désirer**
Le roi voulait avoir une entrevue avec Ludovio) cette entre^ vue, fixée du C octobre % fut remise par suite d'un ivinement^ qui plongea le camp danë le deuil et qui impressionna vive^ ment lo roi : la mort de sdn eousin, le tomte de Yendômei arrivée le 2 octobre à Verceil.
Les obsèques du jeune prince furent eélébrées le 5, k Téglisc Saiut*Euskbe do Verceil, avec une pompe eitirèmei qui a défrayé les chroniques contemporaines. Les archers de rhôtel du roi, en deuil, faisaient la halei de Itt maison mor-
tiidire à V&glUë : touà l6à ordres religlëuï du pays, mendiants
ou non^ le clergé des diverses paroisse^i le légal du pape, les
cardinaux de Q6nes et de 8aint-Malo, le!» Arohevéque» de
1) l*f octobre {Autogr. de Sainl-Pétersbourg (1), 1, 36).
2) Les officiers de Charles VIII lui avaient prêté à Naples ISUf irgSbl disponible (Titt Alègre, 72),
H) RappoK d'un envoyé prCs Is oeur d'Espagne, 20 eeiotol 14M (ital. i441).
4) Autogr. de Saint-Pétersbourg (1), 1, \2,
m Minute sans date; d'une ]etti*e de Ludofle à ftlailmllitii (Anili de Milan, Guerre, \ i'.)5 î Sanudo, p. 625).
TtlAttft Dfc VKRCKIL ÈiH
RoUdti et d'Embrun, lë^ évéqueâ d'Angei*!J, de ComôualUeâ, de- Sioti..., toute la maison du roi, une foule de trompettes, clairons, hul88Îer§, ehevatichenfs, formferfenl tm longconège, en
avant du corps, atl milieu de tofcheâ innombrables, portées
par les gens d'armes. Georges d'Ambolse officiait. M. de Bré^é, les comtes de Foiï, de Ligny, de Guise portaient les quatre coins du poêle de drap d*or. Louis de Vendôme, frère du défunt, Conduisait le deutli suivi du due d'Orléans, d'Engtlbert de Glbves et du prince d'Orangé, ses plus proches parents; puis venaient tous les grands seigneurs et capitaines présents, les cent gentilshommes et les cent pensionnaires du roi, et rarmée entière sur pied, Triste iln d'une ëtpédltlon si Joyeusement commencée I Getie pompe funèbre militaire, après un luxueuï service, escorta le corps eu dehors de la ville, et 11 repartit pour la France ^
Gommines triomphait t la négociation le remettait en évU dence, et presque au premier plan^ Il prenait sa revanche du rôle joué à YeuiSë; Il aVait été accrédité, depuis le 24 septembre, avec Georges d'Amboise, MM. de Gié, de Piennes et le président de Ganay' (ce dernier chargé, en sa qualité d'homme de robe^ de porter la parole enlatln, car Gommlues lui-même ne parlait pas bien iHtallen et pas du tout le latin); il reQUtdu ro), le SH septembre^ une cfëmcê spéciale". Ses amis étaient arrivés à leur but ! réduire Louis d'Orléans à quitter la partie*
Gependant la fflauvaise volonté du duc d'Orléans créa des difficultés jusqu'à la fiU; François Sforxa, sur Tordre de Ludovic, avait proposé quelques indemnités auï Astesans pour
1) Dupuy, 324, f" 22-25 : fr. 4317, n» 6, f- 31 : La Uer dëi Bîêmm : A. de la VigHS : Gbhdfi, f^ 13 ¥% ele.
g] Afeht de MlittH, Quëffei 1495; 3) Id.
les dégâts commis durant la trêve, bien que, personnellement, il blamàt cette concession. Les Astesans voulurent en référer au duc d'Orléans : le 9 octobre, ils attendaient encore « d'heure en heure » les instructions ducales *.
Le 9 octobre, la séance plénière du conseil, où la paix fut enfm votée, ne se passa point sans violences. Le duc « prit débat » avec le prince d*Orange « jusqu'à le démentir ».
A l'issue de cette réunion orageuse, MM. de Gié, de Piennes, de Ganay, de Morvilliers, le vidame de Chartres et Commines se rendirent au camp de Ludovic, et signèrent avec lui, avec lui seul, le traité connu sous le nom de Traité de Verceil.
Le lendemain matin, 10, dès la première heure, Gié retourna au camp milanais, avec Commines, Morvilliers, Ganay et Rigauld d'Oreille ; on échangea de suite les serments de la ratification, à la grande allégresse de Ludovic. Quand tout fut fini, on communiqua le traité aux Vénitiens, en leur laissant un délai de deux mois pour y adhérer. Mais, dès la veille au soir, on annonça la paix au camp de Ludovic.
La longueur des négociations témoignait de difficultés, faciles à prévoir, avec un homme retors, opiniâtre comme Ludovic. Les négociateurs français ne contestaient point les droits de Ludovic sur le Milanais^ et n'avaient parlé que pour la forme de réserver la question de Novare.De ce côté-là, point d'obstacle. Le roi de France reconnaissait Ludovic, et renonçait expressément à soutenir les prétentions orléanaises sur le duché. Quant à Novare, évacué en fait par les troupes françaises, Ludovic s'en fit ouvrir une porte le 1*' octobre et l'occupa militairement, sans autorisation*. La négociation
1) Lettre du 9 octobre, de Fr. Sforza (Arch. de Milan, Guerre^ 14%, Alessandrià),
2) Benedotti. Uti des soldats du château de Novare apporte à Louis d'Orléans une lettre adressée par Ludovic à 8on capitaine, nommé Coorat
{tu. Orléans, XIV, 955).
n'en fut aucunement troublée, et le traité ratifia formellement ces divers points essentiels. En réalité, les pourparlers ne portèrent que sur deux questions : 1® la liquidation dupasse; 2^ la coopération de Gênes à une nouvelle campagne contre Naples.
Sur la première, fort complexe et épineuse pour les amourspropres, on s'entendit facilement; Ludovic promit ce qu'on lui demanda, sauf à réserver mentalement sa liberté d'action. Dès le premier jour, il consentit la restitution des biens de J.-J. Trivulce, depuis longtemps confisqués, et garantit une amnistie générale, applicable à Trivulce , aux Caccia et à tous les gens compromis comme eux dans l'affaire de Novare, au seigneur de Monaco', à tous les amis de la France '• Il n'inquiéterait aucun des Génois qui avaient pris parti contre lui, et qui se trouvaient maintenant au pouvoir. Quant aux prisonniers de guerre, ceux qui avaient déjà traité de leur rançon , paieraient exactement le prix accepté par eux , sans aucune des majorations de la dernière heure si fréquentes en pareil cas; les autres recevraient purement et simplement la liberté. Ludovic rendait au roi les neuf galères saisies au port de Gênes, Tartillerie et les vaisseaux dernièrement pris à Rapallo : de plus, il lui donnait quittance de tous prêts et avances, jusqu'à concurrence de 80,000 ducats.
Le règlement des affaires pendantes avec le duc d'Orléans souleva, seul, de grandes susceptibilités. On obtint de Ludovic une renonciation expresse et formelle aux droits, non définis, de « supériorité, souveraineté, ou droits quelconques », théoriquement prétendus par les ducs de Milan sur le comté d'Asti-
1) Jean Grimaldi, seigneur de Monaco, se trouvait, assez indirectement, compromis pour la France, comme gendre du comte Philippe dé Bresse. V. Saige, Documents historiques sur la principauté de Monaco^ t. IL
2) Sanudo, p. 617.
3f8 BKTOUiK DK LÛDIS XII
«ni on ioi appartenaneei et dépendiBoai, dont eal la marquisat dû Cûva », cl à tout « droit (plui pratique) d'adhérenco, confédération, protection ou ligue avec lei sujets^ vaaiaux, ou marquis desditca terrei » . Par celte renonciation générak cl pércmptoire , on coupait court aux désordres, aux tirailiemonts incessants et fatigants, qui se produisaient, depuis tantôt un siècle, dans le marquisat de Ceva.
La question de Novare donna lieu à des pourparlers prolou' gés et difRcullueux. Ludovic exigeait la restitution immédiate dû la ville, sans conditions ; il oiïrait au duc d'Orléans, pour ses dépenses, une indemnité de 50,000 ducats, moyennant terme pour les payer. Louis d'Orléan« sa rendait h la néces* site, mais i| voulait l'indemnité comptant, le jour de la restitution do Novare. Pour empc^cher de nouvelles complications, Cliarles YIII imposa une transaction * : Ludovic paierait au duc d'Orléans les 50,000 ducats par lierSj en trois échéances somûstriolles, la première fixée au 1'^ avril 1406, et, jusqu'au parfait paiement, il donnerait en France des sûretés s à la discrétion du roi »',
Quant du second chapitre des négociations, c*est-à-dirâ (lùncs et Naplûs, Ludovic roconnut la suzeraineté de la France sur Génos et sur Savone, le droit de Charles VIII de se servir (le ces places pour ses armements. On ne put pas lui faira consonlir à roccupatiou du Cbâtelot de Gènes par una compagnie française ; sur ce point encore, il fallut transigeri on convint que le duc de Ferrare occuperait le Ch&telet, au nom ei aux frais dû la France. Ludovic s'engagea fc casser toute
1) Saruido, p. 021.
2) M, Husconi {A^scdio di A'orara) dit que, par le traité de Y©rûeil| Louis fl'OrléanB renonça, moyennant 100,000 ducats, à ses droits sur le duché d^ Milan. Nous n'y trouvons rien de pareil : l'indemnité pe fut que de 50,000 (hi.als, el Louis d'Oili'ans ne renonça que fort indirectement à 868 droits*
TRAITA PK VBRCEIL 3t9
démonstration contre Pise, à réclamer du pape la levée d^
rexcommunicalion lancée contre Charles VIII, à autoriser
dans S0fi États le passage de l'armée française , h fournir même au roi deuJi vaisseaui^ de renfort en 1495 et un autre en 1496, à prendre part h la nouvella expédition contra Naples, si le roi s'y rendait en personne, k contribuer même pour cinq cents hommes h une guerre contre ses alliés les Vénitiens, si Venise refusait d adhérer au traité. Eniin, il s'engagea h donner au roi des otages s le fils atné d' Augustin Àdorno, et deu^ autres h la désignation du roi S
Tel fut ce traité , où» moyennant quelques avantages finan* oiers, le roi sacrifia ses souvenirs et ses rancunes les plus légitimes h la pressante nécessité de la paix. Ce retour inopiné h une politique de confiance envers Ludovic, à une alliance qui avait si mal réussi, ne satisfit pas tout le monde, tant s'en faut. Les plus chauds partisans de la paix, négocia^ leurs en tôtCj ne se faisaient aucune illusion; ils ne cherchaient qu'un expédient pour sortir d'une situation embarrassée,
Bref, les intérêts du duc d'Orléans avaient servi d'arme pour ébranler profondément la situation de Ludovic ; ils fournirent la rançon de la paix, De quelles souffrances inutileSi
de eombiende sang vainement versé et de bravoure gaspillée , se fait la politique !
Ce fut Tavis général. Le bruit se répandit même qu'une clause seçrbte du traité stipulait un exil du duc d*Orléans\
Certes, Charles VIII n'avait pas pu aller jusque 14 ; mais la
rumeur n'était pas sans fondement, en ce sens que Louis
d'Orléans ressentit une profonde amertume et ne pardonna
, i) ffiit. de Charles Vlll, p. 723 et i. ! Dumont, Cofps diplomatiquet IH, p. II, p. 531 : fr. 2961, f»26 : Arcb. de Florence, Cartap. VI, un. 2) Fr. 1960? : Da Paullo. ^ 1^
jamais à Charles VIII, ni à Commînes, ni à leurs collaborateurs *•
Sitôt lapaix signée, Ludovic laissa éclater sajoie : il ordonna
des sonneries et des Te Deum^. On se réjouit de bien bon cœur, d'autant plus que la peste, récemment reparue dans plusieurs villes^ cessait en même temps que la guerre. La ville d'Alexandrie se signala par de grandes démonstrations de reconnaissance envers ses patrons, la sainte Vierge, saint Roch, saint Sébastien ; dans presque toutes les rues et dans les carrefours, de nouvelles madones, bien dotées, pourvues d'un petit autel et d'une lampe, témoignèrent de la gratitude publique'.
Le jour même du traité, Ludovic et les Vénitiens levèrent le camp*. Ludovic avait osé inviter les provéditeurs à la solennité du serment, et, le 11, il leur offrit à Vigevano un festin « royal », pour célébrer allègrement Téloignement des Français; il prit congé d'eux par un beau discours, et peu à peu chacun revint chez soi. Mantoue fit à Venise une entrée triom-
1) Plus tard, Louis déclara avoir été obligé de s'incliner devant la volonté du roi qui, seul, avait pouvoir de le tirer d'embarras {Procédures politiques du règne île Louis Xfl, p. 890). En 1505, le procureur général du roi près le Grand Conseil accusa formellement et réitérément le maréchal de Gié d'avoir eu « une grosse somme de Dnance pour faire au feu roy Charles consentir Tappoinctement de Novarre, qui estoit au grand desavantaige du Roy de présent » (/ri., p. 284, 373). En 1504, on fait interroger le maréchal de Gié sur les articles suivants : « Item, s'il eust jamais intelligence avec le seigneur Ludovic, et s'il eut oncques dons ou aucuns presens dudit Ludovic ou d'autres de par lui, et mesmement a l'appoinctement que fut faitaVersay avec ledit feu Roy Charles et les communaultés de Italie. — Quelles paroles il eut^ touchant ce, avec les ambassadeurs et messagiers dudit seigneur Ludovic, et s'il promist tenir la main a l'encontre dudit seigD.eur Ludovic » (iV/., p. 237. Cf. Guichardin, livre IV).
2) Minute, sans date, de ses ordres (Arch. de Milan, Guerre^ 1495, Con» (jiura di JSovara). Le 10 octobre^ les cloches sonnèrent à Milan pour annoncer la paix [Dinire de Ph, de Lischate),
3) Schiavina, Ajinales Alexandrinl (^Monumenta di storia patria, IV, 0. 487).
4) A. de la Vigne.
TKAITÉ DE VEBC-.il 321
phalc, sur le Bticenlaure , au milieu d'embrassemenls et de congratulations sans fin, parmi toute sorle de réjouissances, la ville illuminée, Icscaoaus couverts de gondoles',..
Au camp fiançais, l'annonce de la paix souleva des orages. Les vingt-cinq mille Suisses, qui venaient d'arriver avec l'espoir de ravager l'Italie entière, se voyaient arracher leur proie, sans coup férir... Ces gens robustes et éprouvés s'estimaient invincibles, et, de fait, dit Commines lui-même, « tant de beaulx hommes y avoil que je ne veiz jamais si belle compaignie, et me sembloit impossible de les avoir sceu desconfire ». La nuit qui suivit, ils agitèrent en fureur les parus les plus extrêmes : ils voulaient eolever le roi. Charles VIII se hâta de disparaître de Verceil le H octobre', et il lui en coula plus de S00,000 Hvres pour décider tes Suisses à partir.
Charles voulait, avant son retour en France, une entrevue avec Ludovic. Une première fois, Ludovic s'était poliment excusé sur la mort du comte de Vendôme. DeTrino, le 13 octobre, le roi lui députa Philippe de Commines et Rigaud d'Oreille pour insister encore'; cette fois, l'allié de la France se gêna moins. Il déclara qu'il y voyait mille périls : « il craignait les Vénitiens ; au camp français on tenait contre lui dos propos menaçants*; » il n'accepta d'entrevue que sur un pont, avec une barrière fermée séparant les deux partis, comme faisait autrefois Louis XI avec son frère le duc de Guyenne. La proposition parut insultante à Charles VIII et à son en-
1) Benedetti.
S) A. de la Vigne.
3) Lettre de Charles VIII (Arch. de Milan). Comminps, joué dans loute cette négociation par Ludovic, comme il l'avait été quelques mois avant par les Vf^nitiens, ne s'en vante pas.
4) H 11 est bien vray, dit Commines, que plusieurs folles parolles avoient eilë dicles. »
322 HISTOIRE DR LOUIS Xll
lourage, nourri des plus purs sentiments de la chevalerie. On n'osa point faire connaître la vérité, et Ton excusa Ludovic sur sa santé. .. Les bons rapports avec Ludovic s'arrêtèrent là. La conduite ultérieure du duc de Milan ne put qu'accroître rirritalion.
Sa joie montrait à quel danger il venait d'échapper... On le croyait Tami du pape, puisqu'il semblait disposer des excommunications; on vit, non sans étonnement, le sultan des Turcs, avec lequel il ne semblait pas qu'un chrétien put se commetire, lui envoyer des chevaux de prix, comme gage public et officiel de félicitations pour sa lutte contre la France *.
Quant à la malheureuse ville de Novare, Ludovic, violant outrageusement ses serments le jour même où il les prenait, la traita en pays conquis. Le 10 octobre, jour du traité, Galéas de San Severino y entra à la tête d'une forte compagnie de gons d'armes, qu'il y installa*. Le lendemain, on transforma la ville en un parc d'artillerie ', et les vengeances commencèrent. On possède encore aux Archives de Milan la honteuse opître d'un cousin d'Antoine Caccia, Jérôme Caccia, avocat à Novan\ qui, le 12 octobre, demande à Ludovic de lui attribuer tous les biens do ses parents, « traîtres, » dont il flétrit d'importance la conduite, dès qu'il sait le duc d'Orléans définitive* mentéloignc'î <.
Ludovic, ilit un historien novarais, trouva « un bourreau » digne do lui; Galéas de San Severino commença par frapper la pauvre ville ruinée d'énormes contributions de guerre, et par dresser des listes de suspects ; il remit partie de ces suspects
1) Mr.lipioro, Annali Vcneti, p. 146.
2) RfMi.Mlclli.
'A Lpitro (lu 11 (Ar.-li. «lo Milan, Guerre, \i9^, Congiura di Novara). ■\) (iurrn;, 1195, ('oïuj. di Xuvara.
TRAITÉ DE VEHCKIL 323
aux mains de la justice, il relégua les autres à Milan. Il fix aux citoyens une situation telle que, selon l'expression d'un contemporain, ils étaient las de la vie*. Sur Tordre de Ludovic, le chef des impôts [maître des entrées) fil impitoyablement poursuivre, sous prétexte de crimes de droit commun, les personnes dont on convoitait les dépouilles.
Gomme texte de loi, les poursuites visaient des ordres du gouvernement : « secondo li ordini ducali »• On retrouva Tancien courrier de Naples, Antonin de Perho, qui, donna dans un long interrogatoire*, le 28 octobre, les détails les plus circonstanciés sur l'affaire, et le nom des chefs. Un peu plus tard, au mois de décembre, Ludovic fit arrêter presque tous les membres de la famille Borromée, dont il occupa militairement les châteaux; les Borromée finirent par obtenir leur liberté et la restitution de leurs biens, en laissant au duc la garde des châteaux pour trois ans. Philippe Borromée, inculpé d'avoir été à Asti visiter Trivulce, fut, sous ce prétexte insuffisant, retenu seul en prison. Ludovic lui arracha, sans doute au prix de plus d'une torture, Taveu écrit, signé de sa main, de ses offres d'autrefois au duc d'Orléans*; Philippe passa en juge-
1) Bescape, cité par Rusconi, oxxv, cité,
2) Publié par Rusconi, As^edio di Novara, p. 14 et s.
3) Publié par Rusconi, Assedio di Novara, p. 19 et 20, avec quelques inexactitudes de lecture; p. 19, l. 21, une phrase est omise; p. 20, 1. 1, au lieu de la pace fosse conclusa^ lire lapace non fosse; 1* 2, supprimer le mot co8a\ I. 10, au lieu de ch' io nonmostrarebe, lirecA* io mostrarebe. M. Rusconi commet aussi une légère erreur en attribuant à ce document, non daté, la date de septembre ou octobre. — Les autres détails que nous donnons sur cette affaire sont tirés de la partie inédite du Diaire de Sanudo. Cf. C. Magenta, / Visconti e gli Sforza nel Castello di Pavia, 1, 558. La conduite de Ludovic envers les Borromée fut une des causes majeures de sa chute en 1499. Lors de sa fuite en Allemagne» en 1499, répondant à une lettre de don César Maflei« il convenait que celle affaire seule pouvait fournir des armes contre lui, et il cherchait vivement à se justifier; il affirmait n'avoir toujours désiré qu'an arrangement amiable des affaires des Borromée et n'avoir été pour rien dans
:i:2i HlSTOlKlâ DE LOt'IS Xll
ment. Ou lui reprooliait aussi des paroles malsonnantes au niomenl Jo la paix : il aurait vivement pressé le duc d'Orléans t\r s'v opposer, il lui aurait adressé dans ce but François de Nillia, puis Baptiste da Sisa, chancelier de Vitalien Borromée, puis Aluvsio, homme d'alTaires de Madame Florîmond Visconti, offrant tout son aide, tout son appui, si la paix ne se faisait pas. A la dernière heure encore, il avait envoyé une dernière fois Nibia et un ancien courrier de la duchesse de Savoie, Anselme da Gattico, demander à Louis communication du projet de traité, lui offrir la disposition du château d*Arona, et du bois, des bateaux, a6u de jeter un pont sur le Tésin, pour un coup de main in extremis sur Milan. Un certain Jean de Briosco se tenait à la porte Ticinese, de Milan, avec une forte troupe, prêt à aider le duc d'Orléans; Nibia lui-même se chargeait de tout. Le duo d'Orléans, correct, obéissant, réservé, n'avait pas répondu jrrand'chose à ces ouvertures; quant aux négociations et au traité, il avait déclaré ne rien savoir. Sur Taveu de ces faits, couverts cependant par Tamnistie, Philippe Borloaiée fut condamné à mort : Ludovic signa de sa main Tordre d'exécution et le fit publier. On obtint difficilement la commutation en un exil à Ferrare.
Les deux Opizin Caccia n'osèrent revenir à Novare, els'exi- K»rent en France près du duc d'Orléans ; Manfred Tornielli s'était enfermé à Briona ; San Severino, parait-il, s'empara du
roxluMOuaii'Mi initiale de Jean Borromée par son frère Vitalien, origine des liilÏKullos \^Arch.$t. Lmlardo, 1879, p. 599-605). — Cependant les Borromée ayant ilt-maïuit* à faire appel entre ses mains de l'eihérédation dont ils se pla i:nai»Mil. Luiovio ne répondit rien. Le 19 juillet 1499, il chercha, mais im |H»:i ia!\!. à excuser ce sii»'nce, causé, selon lui, par l'unique désir de s'i'iitourtM* (l'avis con.péients; il avouait implicitement ses torts, en refusant lie 'loiir-er laisun à Ludovic Visconti, leur adversaire, car, dit-il, « ne de noi //<'/( S//4/ r-'Uinn au'lar a ca^i dtl Diavolo. 11 fera tout, pour Visconti, sauf lio perdre >ori àme ! >• ^Leltre du 19 juillet 1499, Arcb. de Milan, Docuincnti dipluinadci, Doininio SforzescOf Luglio 1499),
château *. Uévêque de Novare, sans autre forme de procès, perdit ses droits sur la petite seigneurie de Matarella*. Toutes ces vengeances prirent souvent une tournure raffinée, et d'apparence juridique, qui en rend la trace difficile à suivre. La rareté des documents compromettants semble indiquer aussi qu'où ne les a pas tous mis dans les Archives. Ludovic réclama rétroactivement la gabelle pour Tépoque du siège ; il reconstruisit les fortifications au moyen de taxes personnelles , sur divers particuliers , notamment sur Tévêque ^ Le nom français était honni. Malgré les garanties données au roi pour une coopération active, et tout au moins pour le service du passage des troupes, le commissaire ducal \ Scaramouche Visconti, mande à Ludovic qu'il a fait déloger déjà deux ou trois fois une poste établie parCharles VIII. Visconli affectait de déplorer la ruine du pays, qu'il attribue entièrement à la furia dei Francesi^. Il désarma avec soin la population de Novare, qui conservait beaucoup d'armes françaises ou allemandes®. L'ordre régna ainsi à Novare. Le représentant de Ludovic, Jean Beccaria, put enfin y entrer dignement le 16 décembre, et recevoir beaucoup d'honneurs '.
1) Rusconi, Lodovico il Moro, p. 55. Mais M. Rusconi, qui n'apporte aucune mention à l'appui de ce dire, paraît avoir confondu avec une opération du siège.
2) Vincenzo de Vit, Memone deW antico castello di MatarelUiy dans les Miscellanea distona italiana, 1890, t. XXVIÏI, p. 293.
3) Rusconi, p. 44, 45.
4) Il n'y avait plus de podestat (ment, dans les arch. de la cathédrale de Novare, citée par Rusconi, p. 8, n. 2).
5) Lettre du 24 novembre (Arch. de Milan, Guerre, 1495, C. di Novara),
6) 28 novembre (Arch. de Milan, Guerre, 1495, Congiura di Novara).
7) Lettre du 16 décembre (id.). Mais la haine resta violente contre Ludovic. Au mois de juillet 1499, les Nqvarais donnèrent le signal de la rébellion : l'un d'eux, Etienne Avogadro, vint à Turin « vociférer » qu'on allait enfin voir le More chassé et obligé de fuir (note d'un espion, du 24 juillet 1499; A. de Milan, Dom" Sforz", Luglio 4A99).
Pr»ur consacrer ses exploits, accomplis malheureusement loin 'ia canon. Ludovic se décerna à lui-même une médaille tri mohaK?. royale, portant en exergue: Ludovicus^ Rex Me- 'ii'jla ti, p'icis */^n^r'i!i< re>titutor : au revers, on voit l'Italie, soutenue par Faille impériale, fouler aux pieds les Français. Sur une autre médaille, un guerrier romain, qui figure Ludovic, chasse et accable une femme à moitié nue, sous laqu^^lie on lil : Xoiarin^
Sur lo refus d'entrevue, Charles VIII revint de Trîno à Chieri. et. malgré son aiïection pour ce séjour, il ne fit qu'y passer et reprit le 21 octobre le chemin de ia France.
François Sforza di Bosio. comte de Santa-Fiora, ce cousin de Ludovic, qui. dans le commandement d'Alexandrie, s'était montré l'adversaire le plus acharné des Français, fut l'otage désigné pour la paix. Le 14 octobre, à Turin, les ambassadeurs de Ludovic le présentèrent à Charles VIII, qui lui fit un <* cordial et chaleureux accueil *. » Charles VIII semblait résolu à Toubli : le 18 octobre, de Chieri, il écrivit à Ludovic pour se plaindre que le roi de Naples eût fait noliser à Gènes trois car(jf/ues et pour réclamer, conformément au traité, la
mise on libtMté de Miolanset d'Etienne de Vesc*. Enfin, dans la précipitation du traité de Verceil, on s'était trompé sur le chiiïre des galères arnHées jadis par Ludovic à Gènes ; on non avait réclamé que neuf, au lieu de dix; le roi demandait la correction de cette erreur singulière. Sur les deux premiers points, Ludovic répondit de suite et d'une manière satisfaisante ; il promit de faire arrêter les caraques deFerdi-
1, Caire, cil«'^ par lAusconi.
•J) Lolires <ie Fr. Sforza, 14 et 15 octobre (Arch. de Milan, Ouerre^ 1495,
3) Cliarl»»s VIII aviil donn^"' a Kti»»nne d»» Vesc une galéassCf leômai 1495 (Bo:?! sIp, Éti'^nu' d' Vt'si\ p. 133), et il est probable qu*Étienne était venu Sf» lair.* [^rendre à Ixapallo. T.e lieu ne lui portait pas bonheur.
nand*, et, le 24 oclobre, le roi put expédier, de Trino, à Péron de Basche et à Et. de Vesc Tordre de secourir Naples '. Mais la défiance, la haine de Ludovic continuaient à déborder autour de Charles VIII; malgré les intrigues de Commines, qui allait jusqu'à adresser à Ludovic des letlies anonymes, le roi écrivait à Venise, ce dont Commines se plaignait avec fort peu de dignité *.
L'expédition de 1495 ne laissa que de mauvais souvenirs. Celle prétendue croisade, cette entreprise religieuse, chevaleresque, n'avait été qu'un tissu d'inconséquences, de fourberies, d'inlrigues, de faiblesses de toute sorle, et, pour beaucoup, une affaire de spéculation privée. La victoire de Fornoue elle-même, le seul fait d'armes de la campagne, n'était pas de celles dont un roi peut s'enorgueillir: le hasard, la vaillance personnelle y avaient joué un trop grand rôle ; la conception laissait à désirer. La défense de Novare constituait un épisode vraiment héroïque, mais ce souvenir-là n'était pas à la mode.
En revanche, Charles VIII revenait ébloui de tout ce qui donne à ce noble et beau pays d'Italie, son charme incomparable. Ne pouvant transporter sur les bords de la Loire, ni le ciel de Naples avec le golfe de Baïa, Câpri, Capoue et leurs jardins enchantés, ni cette profusion de clarté et de couleur, ce luxe, cette somptuosité, ces mœurs raffinées, celte entente moderne des choses de la vie, qui lui laissaient dans les yeux comme l'impression azurée d'une vision de « Paradis, » il chercha, du moins, à dérober le secret de l'art merveilleux, de l'art
1) Lettres de Charles VllI des 18 et 20 octobre (Arch. de Milan).
2) Catal. of the collection,.. A. Morrison, 189.
3) 20 oclobre. Lettre de Fr. Sforza, publiée par Kervyn de Lellenhove, II, 233. Sur le séjour en France de Fr. Sforza et sa libération de 1495 à 1498, nous ne pouvon» que renvoyer au dossier des Archives de Milan, Potenze sovranc, Sforza^ Francdbco, di Uosio^ c'« de Santa Ftoru,
incomparable, qui atteignait à son épanouissement, et dont nous ne pouvons plus que rechercher pieusement les traces. Malheurousomont, le pillage de Fornoue le dépouilla des trésors artistiques qu'il traînait péniblement à travers les Apennins. Avant de quitter l'Italie, il manda en France a certain nombre de gens officiers », qu'il fit venir de Naples, « faiseurs de bardes, deviseurs de bastiemens, orfèvres et plusieurs autres », et les fit « mener et conduire jusqu'à Amboise*. » Voilà la phrase, où Thistoire trouve la morale, et l'excuse providentielle, d'une folle équipée.
Quant au duc d'Orléans, aussitôt après le traité, il revint à Asti^ mettre rapidement ordre à ses affaires et préparer son dépari . Nous le voyons de là envoyer à Milan ou à Vigevano, un courrier vers Ludovic. Malgré son rôle dans les négociations, le maréchal de Gié eut le talent de rester l'ami du duc, avec lequel il échange, en ce moment même, des dons de chevaux : Gié était resté à Trino ; le duc s'adresse à lui pour réclamer diverses menues pièces d'artillerie demeurées à Novaro, et Gié fait transmettre la réclamation à Ludovic. Georges (l'Amboise, lui, ne quittait pas le roi, à Verceil, à Trino, à Chiori; il reste naturellement en communications constantes avec son maître. Le courrier Saint-Sernin, jadis fait prisonnier pendant le siège de Novare, dans un voyage près de la marquise do Montferrat, reprend son service avec une activité extrême : il va d'Asti à Chivasso, à Trino près du maréchal lie Gié, revient à Asti près de Robinet de Framezelles.
Le duc d'Orléans, très correct dans sa tenue, partit pour rejoindre le roi et traverser les Alpes avec lui : Saint-Sernin
1) Ht\Mi <îe Je.in de Cliandio, 25 novembre 1495 (Tit, Chandio, 3). Chandio, raaitre d'iuM»'! du roi, reçoit 375 liv., avancées pour une partie de leur nourriture durant le vovai:e.
*J. Cf. une lelipf de lui, contresignée Cotereau, datée d*Asli, le 15oelobre
li\C> ^KK 897, 25-:).
court à Turin, « savoir si son train partirait d'Asti, et autres choses... », puis, à Blois, expédier à Lyon le trésorier et les fauconniers ; peu après, Louis envoie encore Ruscigny hâter les fauconniers, qu'on rencontre à moitié route, à La Palisse. Hébert Bennot reste en arrière pour régler les affaires, en Montferrat, à Turin et dans tout le pays ; le secrétaire Le Houdoyer va à Verceil reprendre Tartillerie du duc et la ramener à Asti.
Le duc d'Orléans rapportait d'Italie une « épée d'honneur » ornée d'or, à laquelle il attachait un grand prix*; il ramenait aussi le prisonnier de Rapallo, Fregosino, resté à Asti, dont il confia la garde à Gilbert Bertrand, seigneur de Lys-Saint- Georges'.
Le 22 octobre, le roi et le duc d'Orléans couchèrent à Suze. Là et à Grenoble, ils retrouvèrent les aubades et l'accueil des ménestrels. Une indisposition du roi les retint à Grenoble du 27 au 4 novembre, pendant que le duc et la duchesse de Bourbon, ainsi que Jeanne de France, duchesse d'Orléans, les attendaient à Lyon '. Le duc de Bourbon conserva la régence jusqu'à l'arrivée du roi à Lyon et nous avons encore de lui des mesures importantes de régence, datées du 6 novembre, veille de cette arrivée*. Il était si ému que la nouvelle indisposition du roi lui causa une vraie alerte. Pour le rassurer, Charles VIII lui écrivit lui-même, le 1" novembre : « Mon frère, j'ay sceu que voulez venir devers moy, à cause de ce que povez doubter que suis plus empesché de malladye
1) Comptes d'octobre-décembre U95 {TU. Orléans, XIV, 955 à 964. Cf. KK 897, 242, 249 : Vente à Asti, le 15 octobre de quelques héritages à u Gabr. Velulo », marchand d'Asti.)
2) Fregosino acheva de payer sa rançon au commencement de 1497 (Catal. de la vente d'autographes du 29 mai 1886, Ëug. Gharavay, n*^ 54.)
3) Chroniq. de Benoist Maillard.
4) Fr. 2()590, fo- 20, 53.
que ne vous ay fait sçavoir. Je vous cerliffie que je suis hors (le mon mal, Dieu mercy, en façon que j'espère partir d'icy mardy ou mercredy pour m'en aller à Lyon, où vous estes, ainsi que j*ay escript à ma femme à ce malin. Et, pour ouster le bruit qui pourroyl estre de vostre venue devers moy, je vous prye ne ne vouldroys que prissiez cesle peine, car j'espère en brief vous veoir et bien au long vous compter de me» nouvelles*. »
Le duc d'Orléans ne songeait plus qu'à faire bon visage, à se résigner, à chasser. De Grenoble, il fait acheter des vins de Bourgogne. En arrivant à Lyon, il réclame encore son trésorier. Il retrouve, il reprend son existence, si vide, d'autrefois. D'Italie, il avait fait donner 100 livres pour la réparation de l'église Saint-Jacques de Blois : on n'avait pas cessé de lui élever des lasniers dans la forêt de Boulogne : Jacques de Dinteville *, son fauconnier, avait gardé deux pages, au travers de tous les événements*. Louis envoie en hâte à La Palisse chercher Ruscigny. Le grand fauconnier du roi lui offre deux oiseaux, M. de Saint-Mesme lui donne un émerillon : trois (le ses sacres, confiés pendant le siège de Novare au fauconnier de la marquise de Monlferrat, lui sont rendus. Le duc, à plusieurs reprises, reçoit les aubades des tabourins el niéneslrels de la ville de Lyon, el du comte de Bresse, des Irompetles de Sluart d'Oison, des joueurs de musette et de rebec de Marguorile de Flandre. Il donne vingt sous au fou de M. (le Bourbon; Colletin Jacotin, joueur de harpe lyonnais, exécute devant lui divers morceaux*.
Ajoutons que les services de guerre trouvèrent leur ré-
1) Autoyr. de Saint-Pétersbourg, (I), 1, n® 42.
2) Ou Tinlcville, vRriantft plusieurs fois lixliquée.
3) TU. Oil.''ans,'XlV, 955.
4) TU. Orléans, 9(53, 904.
TRAITÉ DE VERGBIL 331
compense officielle *. Le 12 octobre, le duc donne HO livres à Lancelot du Lac, son échanson, qui, à Novare ', « en plusieurs assaulx, s*est bien et vaillanr)ment porté. » Jeanne, veuve du canonnier Jean de Paris, pour services de son mari en Italie^ un canonnier, pour sa bravoure à Novare où il a été blessé, deux canonniers de Novare, que le roi n'a pas encore payés, un Espagnol, nommé Charles Excurel, qui s'est bien conduit à Novare, reçoivent de lui des gratifications'. 11 main^ tient, comme on peut croire, des pensions de J,200 livres à Georges d'Amboise et à M. de Bussy ; il attribue une pension de 1 ,000 livres au comte Opizin le Blanc ^ et une pension de 800 au comte Manfred Tornielli. Parmi les autres pensionnaires du duc, notons encore le contrôleur Doulcet, h 200 livres, le médecin Gabriel Bugne, à 60, Jean Caille, hôte du duc à Lyon (200), Robert d'Estaing, lieutenant de M. de Bussy (100), le sire de Champdeniers (240), Gilbert Bertrand, seigneur de Lys de Saint-Georges, comme capitaine de la garde ducale (220), le fils de Tancien précepteur du duc Jean Thomas, le jardinier de Blois, Geoffroy Cotereau (10 livres'). Le roi récompensa largement ses capitaines. Pierre d'Urfé, quoique âgé, épousa, vers ce moment, une riche héritière, Antoinette de Beauvau. Bérauld Stuart, déjà confirmé dans des biens réversibles au domaine royal, reçut une gratification de 12,000 livres •, le sire de Gamaches une indemnité de 140 livres
1) En outre des profits de toute espèce récollés par les capitaines français, sommes d^argent, objets d*art, domaines...
2) Opizin est appelé « Jehan Obsin, conte en Lombardie : Jehan Obsin Gasse, chevalier, conte de Novaire ■. Il reçoit, d*abord, 1,200 iiv. de pension, puis 1,000 seulement, mais le duc y ajoute 200 Iiv. de gratifications. « Messire Obessin naigre » reçoit aussi des subventions (1496-1497 : TiV. Obsin, 2, 3, 4, 5).
3) Joursanv., 591.
4) TU. Orléans, 963.
5) TU. Orléans, 968, 969.
6) Tit. Stuarl d'Aubigny, 9.
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pour le siège de Novare * ; le maréchal de Gié* des dons considérables ^ Robinet deFramezelles une pension de 2,400 livres*; le maréchal de Rieux des marques d*amitié et de protection dans ses affaires privées*. Trivulce resta au service delà France, avec de larges pensions\Le secrétaire Jacques Signot olîrit au cardinal Ilriçonnet la dédicace de son livre La totale description de tous les passages qui sont pour entrer des Gaules en Italie, passages illustrés par Annibal et Charles VIIF. Jacques de Miolans, déjà chevalier de l'ordre, lieutenant général du Dauphiné et capitaine des cent gentilshommes du
1) TU. Gamaclies, /i3.
2) Gié s'était déjà fait conBrmer, le 14 juillet 1493, une pension de 2.0001. sur Mortain, qu'il touchait depuis de longues années {Hist» manuscrite de dom Morice, à la Bibliothèque de Nantes, p. 303, 295, 293, 105, 111, 514 : ProciUîures politiques du régne de Louis Xïl, introduction) : Gié avait souscrit aux emprunts du roi. Il avait une large part des dépouilles de Naples.
3i V. ProctUlures j^olitiques du rûgne de Louis XII, p. xlix, 670.
4) Tit. Framezelles, 8, 9.
5) X'» 9321, 132. Voici encore diverses mentions de gratifications royales : Fr. 2043>% 121. Don de la paisson de Lusignan au sire du Fou, pour
services ren lus à Naples (Lyon 15 novembre). Cf. Tit, du Fou, n* 5.
Fr. 10237, 156. Lettre du cardinal de Saint-Malo, déclarant que le roi rend à Odet d'Aydie le grenier à sel de Liboume, dont il jouissait sous Louis XI (Turin, 3 septembre).
Catalogue Joursanvault , 483. Charles VIII donne à Just de Tournoo 7,000 livres, pour ses services à Naples (23 mai 1497).
Tit, Aslarac, n° 16. Reçu par Jean, comte à^Estrac (Astarac), conseiller et chambellan, capitaine de cinquante lances, de 1,550 liv. à répartir entre ses gens (26 décemhre 1495).
Histoire manuscrite, de Fontanieu. Charles VIII donne àLigny une pointe de diamants, au marquis de Sa'.uces des droits sur des salines, à Stuart d'Aubigny Beaumonl le Roger (octobre 1495, date inexacte pour le dernier fait).
Saige, Duciimcnts historiques de la principauté de Monaco^ t. 11, p. 15. Ordonnance de Charles VllI, accordant à Jean Grimaldi, seigneur de Monaco, son chambellan, la liberté de commerce en France, en récompense de ses services « tant par mer que par terre » (Turin, 22 octobre), etc., etc.
0) Sanudo, p. 024, 625. Charles VIII lui donna les seigneuries de Pézenas et de Chàteau-du-Loir (Rosmini, Hist. de J.-J. Trivulce^ II, 230, 231 : l'rucclurcs politiques du règne de Louis XII).
7"! (^amuzai, Meshmgcs histuriques, 1619, p. 234-242.
roi, obtint, par ordonnance du l®»" novenmbre, le pouvoir de retenir les gentilshonmmes et de nommer aux places de la maison du roi. Mais Miolans ne survécut pas beaucoup à la campagne, et, le 5 mars suivant, Yves d'Alègre reçut la succession de son commandement *. Charles VIII écrivit aussi à Ludovic pour demander qu'on rendît à son médecin, Théodore de Pavie, des livres de médecine enlevés à Fornoue. Le roi profita de la circonstance pour réclamer « plusieurs paintures de diverses façons et devises, que Tun de mes paintres* avoit tirées et portraictes, ou il y avoit aucunes villes et chasteaulx, quartes marines et autres nouvelles choses de par della », et ses registres de dépense'.