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CHAPITRE XX

Blocus de Novare (20 juillet — 1" septembre 1495)

Au milieu d'épreuves de toute sorte, Louis d'Orléans conservait imperturbable une verve gauloise, qui faisait la force des assiégés. Le 20 juillet, il écrit à la marquise de Saluces que la situation n'est pas brillante : il ne lui envoie pas de nouvelles, dit-il plaisamment, car elle a « plus comodité de chemyn » pour s'en procurer : « Le camp de noz annemys est tousjours ou il estoyt, auprès de ceste ville. Hz courent et nous courons. Et jeudy se fist une petite saglie, en laquelle noz gens se meslèrent avec eulx, et en y eut de mors d'un cousté et aultre. Nous faysons bonne chère, Diu mercy (.«V), en atandant nostre Messies, qu'est le roy, et nous samble non poToyr avoir mal, puis qu'il aprouche de nous. Je vous recomande ce qu'est vostre, et me recomande tout avons. Escript en Novare, ce xx® de juillet, de la mayndu

vostre LoYS*. »

Sa constance, sa bonté ne se démentirent point dans les angoisses du siège. Nouslevoyonsfaire des donsassez fréquents à des gens de Novare^ à des religieux et religieuses de la ville, à des hommes qui lui apportent des nouvelles*. En plein siège^

1) Ce billet autographe ne parvint pas à son adresse. Il se trouve dans les papiers de Ludovic (Arch. de Milan, MilitarCy Guerre^ 1495).

2) TH. Orléans, XIV, 955. Il donne 12 liv. aux nonnains de l'Observance, 6 liv. aux Jacobins, 2 liv. à une pauvre religieuse recluse; 2 écus à un homme qui a fait le guet dans un arbre pour surprendre les mouvements

il confère à un homme d'armes, Raymonnet Pons, un fief à Sezanne ' . Tout le poids du sîëge portait sur lui : aussi préteud-on que Ludovic, après avoir vainement soudoyé un complot, chercha directement à l'empoisonner par un envoi d'aliments de choix'.

 partir du 20 juillet, le siège de Novare consiste dans une suite ininterrompue d'escarmouches, assez monotones, que nous enregistrerons jourpar jour, d'après les renseignements fournis par l'armée assiégeante.

On institua aux camps des assiégeants deux marchés, où se vendirent à prix modéré bien des denrées, spécialement le vin dont on se plaignait de manquer. Les Italiens occupaient toutes les routes, sauf la route du nord, par laquelle ils ne redoutaient point de surprise'; s'élaut même aperçus de désertions à Novare, ils jugeaient politique de laisser libre le chemin de la Suisse.

Le 20 juillet, les Vénitiens détournèrent par un barrage le cours de l'Agogua; ils détruisirent et brûlèrent, à une distance d'un mille de la ville, tous les moulins à eau.

 Novare même, on possédait seulement quelques moulins à bras, aucun k manège ; on ne pouvait donc fabriquer qu'une farine grossière, sans crible. De Verceil on recevait difficilement quelques rares provisions, la nuit. Les murs de Novare, entourés d'un double fossé, étaient sans bastions, et k peu

des ennemis; il remplsce à un courrier son cbsTal s&isi par les Milanais, lorsqu'il allait porter une dépêche au roi, près de Home; à HuberL, capitaine des Allemands, son cheval perdu à. la bataille. Il donne un écu k un archer pris et détroussé par l'ennemi; il achète & un franc-arcber dauphinois un cheval pris par lui sur un stratiole ennemi. Ct. JoursanvauU, 352.

1) K K. 897, 231 v». 11 donne à son paneiier Ant. de Barbançois une paire débordes, à divers offîcierBdesbrfi^artFlmâs el hamois de guerre (Tit. Orléans, 955).

2) Recueiid'aaecdotts, fr. 19602.

3} Sanudo.

254 HIST.OIRE MK LOUIS XII

près sans artillerie : les habitants avanni improvisé des réduits^, où ils tenaient bon. Le duc d'Orléaos fit placer ses armoiries sur les portes, au lieu de celles des Sfona; U réunit un conseil de guerre» à Tissue duquel on expédia un coumer au roi, pour le prier de h&ter les secours. Le roi répondit brièvement qu'il lui fallait reposer son armée : il attendait de nouveaux soldats; bientôt Trivulce se rendrait à Verceil avec la majeure partie des troupes. A son retour, le courrier donna dans le camp vénitien : on le prit, la lettre du roi fut lue publiquement.

Ce mOme jour, une rixe sanglante éclata de nouveau sur la route de Yerceil, entre les Allemands et les Italiens de Galéas, à propos d'une fille publique. Surexcités par la chaleur accablante du jour, les soldats en vinrent aux mains, et Contariui, avec tous ses Albanais, eut beaucoup de peine à les séparer. Les Allemands, furieux, parlaient de déserier\ A la suite de cette rixe, qui coûta la vie à quarante Allemands et à quatre Italiens, qu'on enterra à la dérobée, Tagitation se propagea dans le camp vénitien, où les provéditeurs précisément publiaient une adresse de félicitations du Sénat à l'armée. L'indiscipline, déjà, régnait en maîtresse : la rapine semblait Tunique but des exploits. Tout était bon à ces mercenaires : on les accusait d'avoir fui à Fornoue parce qu'ils avaient touché leur paye; les jours de paye, certains soldats passaient à la caisse, puis envoyaient un individu toucher une seconde fois sous leur nom.

Le 21, dans une sortie, les Français tuèrent aux Italiens huit hommes, et en blessèrent douze. Ils laissèrent deux prisonniers qu'on s'empressa d'interroger. Ces g«»ns rapportèrent que le duc dOrléans, quoique repris des fièvres, parcourait

1) Miilipiero, Annali Vcnetif p. 371.

louto la ville à cheval, réconforlaal ses amis, vérifianl luimême les gardes de nuit; il se plaignait souvent d'étrc alourdi par son mal. Quaat aux Novarais, peuple ou aristocratie, tous se déclaraient prêts à tout souffrir, te sac de leurs maisons, le viol de leurs femmes et de lenrs lilles, la ruine delà -ville, ta faim, n'importe quoi, pluL6t que le joug de Ludovic. Au besoin, ils préféreraient ae confier à la foi du gouvernement vénitien.

Lq 22 juillet, nouvelle sortie des assiégés, oîi Robert de San Scverino perdit un bomme '. On arrêta plusieurs courriers du roi de France, notamment un prêtre français qui se disait appelé à Novarc près d'un malade; on le fit prisonnier, et, quelques jours après, on le laissa aller, sans même lui inlliger de bastonnade, au grand scandale des Vénitiens qui déclaraient impossible dans ces conditions de faire la guerre.

Cependant, Cbarles VIII commençait à donner signe de vie. Le 22 juillet, ses Suisses et quelques paysans tentèrent uu coup de main sur un village de la frontière; les paysans du lieu les repoussèrent. Ludovic dut prendre de ce c6té quelques précautions : il envoya des espions à Asti *. François Sforza, chargé de surveiller les événements, arrêtait, d'Alexandrie, tous les courriers pour Kome ou pour la France, lisait les lettres, et les adressait à Ludovic, s'il les jugeait de quelque importance. Il lui envoya ainsi une lettre du pape au roi'.. Presque chaque jour, il transmettait à Ludovic les nouvelles recueillies par ses espions. Ludovic attachait une extrême importance à la garde d'Alexandrie ; François Sforza, aidé do Galéas et d'Antoine-Marie Pallavicîni, disposait de forces

1) Lettre du 22 juillet (Arch. de Milan, M; Guerre, Congiura di liovara).

2) Lettre de François Sfarza, des 23, 24, 35 juillet (Arch. de Milaa, Guerre, 1495 : Alessimdria).

3)Id.

considérables payées avec le plus grand soin\ Sur le bruit de négociations ouvertes par les Français pour surprendre Tortone, l'armée vénitienne envoya à Alexandrie, le 23 juillet, un renfort de cinq cents gens de pied, et de quarante hommes d'armes.

Le Sénat de Venise se montrait fort sceptique, quant au succès des négociations poursuivies par Ludovic. Sur un avis du 19, il répondit, le 22^ par l'invitation formelle, pressante, réitérée, à ses provéditeurs, de pousser très activement leurs opérations. Le Sénat trouvait un intérêt absolu, majeur, à bombarder Novare, à en forcer les portes à tout prix, dans le plus bref délai possible. Commines demandait un sauf-conduit pour venir négocier au camp; le Sénat voulait bien ne pas le refuser, mais il recommandait une extrême défiance, car on connaissait à Venise la sagacité de M. d'Ârgenton, son esprit de ruse, son « affection incomparable » pour le duc d'Orléans; on jugeait sa démarche inspirée par des calculs pernicieux, et de nature à ne produire que des effets détestables, dangereux. Le Sénat ordonnait donc de surveiller ce personnage, lui et sa suite, pour qu^ils ne parlassent à personne et n'expédiassent à Novare aucun émissaire, de rapporter tous leurs dires, sur tout de presser le siège *.

Le 24 et le 25, Tarmée assiégeante reçut de notables renforts : quarante hommes d'armes et cent chevau-légers commandés par Pandolfe Malatesta, seigneur de Rimini, et par Jean-

1) Lettre de François Sforza, etc.

2) Arch. de Venise, Secreto, 35, f. 142. « £t expedisse quella impresa quanto plu presto se potesse, laquai ex toto resoluta, non vedemo cbe per hora el re de Franza possi far altro che ritornarsene a casa cum vergogna el damno ! Ma ben vedemo che in celerita consiste ogni bene : Et pero non obstante alcuiia pratica, che vi fosse offerta, altenderete ogni hora et di et nocte senza intermissionc ad questa ullimatione, perche cognoscemo ben le consuete arle et aslucie de francesi » •

Paul Manfrone. François Sforza avise Ludovic, le 25, que Charles VIII fait établir un pont sur le Pô. Le cardinal de Gênes, Hiblet de Fiesque, et leurs amis, sont à Asti, occupés de préparer contre Gênes un retour offensif*.

Les assiégeants réclamaient toujours des renforts*. En attendant, pour donner un peu d'aplomb auà* nouveaux soldats et effrayer les assiégés, Tarmée entière, en ordre de bataille, marcha, le 26 juillet, jusqu'à Novare, puis se retira. On fit une démonstration sur Briona', sans succès.

La discorde commençait à éclater parmi les alliés. Les Milanais voulaient absolument distraire quelques troupes pour la défense de divers points du duché. On laissa donc partir des gens de pied pour Alexandrie, pour Tortone, ailleurs encore, malgré les représentations du provéditeur vénitien Trevisani, qui soutenait la nécessité d'en finir et de donner l'assaut à Novare ; mais les Milanais refusèrent de s'y associer.

Le ^7, pour effrayer les Français, on éleva au milieu du camp une haute potence, visible de Novare, et Ton y pendit solennellement un nommé Bonino, comme coupable d'espionnage.

Quarante nouvelles pièces d'artillerie venues de Milan, avec des boulets de cinquante livres, cinq cents hommes de pied et cent lances marchèrent sur Briona, qui tenait encore pour le duc d'Orléans. Briona se rendit le lendemain*, aux premières décharges d'artillerie.

Enfin, Charles VIII quitta définitivement Asti le 27 juillet, pour aller à Turin prendre le commandement de son armée reformée. Ludovic en reçut la nouvelle sur l'heure*, le camp

1) Lettre du 25 (Arch. de Milan, 1495, Alessandria).

2) Lettre de Jean-François de San Séverine, 26 juillet (Arch. de Milan).

3) Château de Phil. Caccia.

4) Sanudo : Benedetti : D'Adria parle du 29 juillet.

5) Lettre de J.-Marc Lemingo, 27 juillet (Arch. de Milan).

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vénitien également. Il en résulta un grand trouble. Le conseil de guerre, réuni d'urgence, estima la situation fort critique; on pouvait se trouver enveloppé par un mouvement combiné des troupes de Novare, d'Asti et de Turin : mais il fut impossible de se mettre d'accord sur un parti à prendre. Les Vénitiens voulaient se replier sur Vigevano, les Milanais indiquaient une bonne position, à trois milles seulement de distance. Les discussions s'aigrirent. La nouvelle que Ludovic venait d'expédier à Gènes les troupes prêtées pour Torlone, ajoutait encore aux discordes.

Les Novarais, cependant, commençaient à endurer de cruelles souffrances* : quelques soldats, malades ou autres, purent s'échapper dans la direction du nord, et on les voyait se traîner sur les roules de Bellinzona, hâves, exténués*...

Au camp vénitien, toute la journée du 28 se passa en démonstrations et en fêtes. Lecture solennelle fut donnée, sur le front de rarmée, des lettres du Sénat de Venise qui accordaient des récompenses aux combattants de Fornoue : célébrant leur vaillance en termes lyriques et les comparant aux anciens Romains, le Sénat prédisait aux Français, à en juger par lOvS trophées déjà remportés, le sort des vieux Gaulois tributaires do l'Italie. Manloue avait abattu la superbe des Français... Pendant la lecture qui se continuait ainsi, Mantoue, paraissant succomber à rémotion, se jeta dans les bras des provéditeurs. Le Sénat couvrait d'or toute son armée. Aussi Farniée acclama, sauf les Albanais de Contarini qui se trouvaient bien plus glorieux que les autres et ne recevaient rien».

1) La température vint ajouter ses épreuves à celles de la faim. Dans la nuit (lu 27 au 28 juillet, les chaleurs torrirles des jours précédents Grent i(rus(|ueniont place à une bise glaciale ; le 28 juillet sembla une journée d'iiiver (Malij»iero).

2) Lettre des cuinniissaires ducaux, 28 juillet (Arch. de Milan).

3) Henedetti : D'Adria.

BLOCUS DE NOVABE 259

Le 29, le conseil de guerre se réunit encore, sans arriver à une conclusion. Presque tous les capitaines se ralliaient à l'avis vénitien, mais les San Severino et leurs amis maintinrent opiniâtrement l'avis contraire et déclarèrent que rien ne leur ferait quitter les opérations de rase campagne. La querelle s'envenima. Mantoue, partisan de l'assaut, s'emporta: Fracassa lui répondit en termes peu respectueux... Heureusement, les deux camps se trouvaient à un mille l'un de l'autre*... Pour ramener la paix, Ludovic annonça sa visite.

Cependant, les Italiens, si émus du départ de Charles VIII, se rassurèrent, lorsqu'ils virent le roi, au lieu d^arriver comme un tourbillon, suivant son habitude, s'établir sagement à Chieri, puis, dans les premiers jours d'août, à Turin* Charles oubliait, — en apparence, — la situation terrible du duc d'Orléans. Bien traité, agréablement reçu, il reprenait son existence normale et ses anciennes mœurs*. Sa manie même de régenter reparaissait. Nous le voyons écrire en France lettres sur lettres pour les alFaires d'Engilbert de Clèves : pressé au Parlement par un procès du sire d'Orval, Engilberl, commandant des Suisses, demandait depitis longtemps à s'en aller, et, malgré deux ordres du roi, le Parlement refusait d'arrêter l'affaire. Le roi réitère ses ordres avec colère ^ Il exige aussi que le sire d'Orval abandonne au sire de Chaumont (d'Amboise) le gouvernement de Champagne et prenne celui de l'Ile-de-France*. Il y avait plus d'un an que

1) Malipiero.

2) Son amour pour une jeune femme, à Chieri, contesté par M. Delaborde, n'est pourtant mis en doute par aucun écrivain de cette époque. V. D'Adria, p. 65 ; Sanudo (citant des récils de prisonniers français). Seulement, d'après eux, il ne s'agit pas, comme on l'a dit, de la jeune enfant de l'hôte du roi, mais d'une très belle femme, nommée Anne, originaire de Solero, Cf. Gohori.

3) 29 juillet (Parlement, /i74, 48).

4) AutoQV. de Saint-Pétersbourg (I), I, 32 (29 juillet).

260 HISTOIRE DE LOUIS Xll

le roi donnait des ordres à ce sujet, et cependant raiïaire ne se régla que plus lard. Il prescrit encore de faire enregistrer des lettres qui accordaient à Engilbert la gabelle du Rethelois, en récompense de ses services *. Il envoie son maréchal des logis Marrafm forcer la main au Parlement de Paris, sur son refus d'enregistrer l'échange du comté de Comminges avec le comté d'Étampes, ce dernier comté appartenant au comte de Foix, qui désirait vivement rechange. Charles VIII s'impatiente que toutes les considérations politiques ne cèdent pas devant le souvenir de services rendus à Fornoue par M. de Foix*. Il donne à M. d'Aubijoux (d'Amboise) la seigneurie de Roqueserière, pour ses services*. L'opposition, de plus en plus énergique, que tous les faits relatifs à l'expédition de Naples trouvent en France, Firrite profondément*. « Il veut être obéi, » dit-il. Los Parlements de Paris et de Toulouse lui déniaient le droit de main-mise sur le comté d'Armagnac : il évoque cette importante affaire au grand Conseil*.

Los noms que nous venons de citer: Clèves, Foix, d'Amboisc, montrent, du moins, la place que tenaient maintenant les amis et parents du duc d'Orléans dans la faveur royale *. Ainsi se justifiait le calcul de Louis d'Orléans, que rinsuccès

i) Autographes de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg (I), I, 24 (30 juillet). Le 3 août, nouveau don à Engiibert de Glèves; le même jour, le roi recommande le sir»^ de la Salle pour un mariage, en récompense de ses bons services (fr. 3924, f° 4, n^" 7, 8).

2) Parlement, 47 i, 51 ^29 juillet) : Arch. nat. X'a, 3921.

3) Fr. 19237, iGO.

4) Le roi, dit La Mer des Histoires (Paris, 1536), fit à tout le monde des promesses de récom^ienscs plantureuses.

5) 6 août (Aut, de Saint-Pétersbourg (I), I, 25). Il ordonne de restituer à StiKirt d'Aubi-^'ny le comté de B.Mumont-ie-Roger, en récompense de ses s.Tvic^^s (Turin, 4 .loûl.; X'-^ 3iV2l, i:-{8).

G) Cependant, il y avait au camp, dit Saint-Gelais, des gens qui seraient bien revenus en PVancesansle duc d'Orléans (p. 93). Le mot de Saint-Grelais est oxrp«?ir: le plan dont il parle finit par remporter, comme on verra plus loi o.

BLOCUS DE NOVARB 261

prévu de Texpédition ferait pâlir Tastredes Briçonnetet amènerait le roi à reconnaître la loyauté de ses services. Le nom d'Orléans semblait partout en faveur. A Moulins, en ce moment même, la reine recommandait tout spécialement au Parlement Tévêque de Saintes* , en considération des services rendus parle sire de Rochechouart, Tagent de Louis d'Orléans. Georges d'Amboise, revenu près du roi, entretenait naturellement ces bonnes dispositions, et veillait activement aux intérêts de sonmaître *. Toutefois, si la discorde régnait entre les coalisés, l'entourage du roi de France ne donnait pas non plus Texemple de la concorde. Naples, Milan, Novare, Gènes, la France, autant de sujets d^appréciations diverses, aggravées par mille rivalités; on ne s'entendait que sur la nécessité principale de résoudre à bref délai la situation.

En partant d'Asti, Charles VIII, désolé des nouvelles de Naples, avait chargé son maître d'hôtel, Perron de Basche, de lever une nouvelle armée pour Naples; à vrai dire, là semblait être sa principale préoccupation ; le reste paraissait accessoire. Peu de personnes partageaient cette pensée. Les amis de Louis d'Orléans s'agitaient, non sans raison; d'un autre côté, on négociait. Commines, encore tout meurtri de ses déboires diplomatiques, voulait s'imposer comme négociateur avec Ve-

1) Le texte porte Albi^ par erreur: X*a 3921, 134.

2) TU, Orléans, XV, 997; mention de voyages de Jean d'Orléans, huissier de salle du duc, accomplis « par Tordonnance de mons^ de Rouen. Lequel mond. 8' envoyoit, partant de Novare ou il estoit, a Thurin devers le Roy, pour luy faire la remonstrance de la neccessité et affere qu'il avoil, pendant lequel temps ledit Jehan d'Orléans fut par plusieurs foiz devers mond. s'aud. Novare et retourner audit Thurin, et par plusieurs foiz en Ast devers le conseil, a Versel devers mons' de Foix qui estoit lieutenant du Roy, et autres lieux ou il estoit neccessaire et que mond. s' de Rouen l'envoyoit pour les besongnes et affaires de mondit seigneur. Lesdits voyages faisans, il a vacqué, tant a aller, séjourné que retourner aud. Novare, par l'espace de lxiiii journées... »

262 insniiRE de louis xîi

niso : il avait, à Tinsii de la cour, demandé un sauf-conduit aux Vénitiens; nous avons dit le mauvais accueil du Sénat. Armé cependant de ce sauf-conduit, il se. persuada que les provéditeurs désiraient vivement sa présence : mais Sainl-Malo eut assez de crédit pour ne le faire autoriser à s'en servir qu'à condition de ne s'occuper de rien* ; on ne voulait pas traiter avec Venise, ('iharles Vill profita de son séjour en Piémont, pour continuer des négociations officielles avec Ludovic, par l'intermédiaire de la duchesse de Savoie. Singulier intermédiaire ! Ludovic en voulait mortellement à ses voisins de Touest, au marquis de Saluées, l'admirable ami du duc d'Orléans, au Montferrat, si ouvertement déclaré en faveur de la France, depuis le retour de Charles, que les Italiens traitaient le régent Arniti de veinhi* . Sans doute la duchesse de Savoie montrait plus de circonspection, et nous avons vu les coalisés respecter une ambassade qu'elle envoyait à Novare ; Ludovic ne lui ménageait pas moins les reproches; maintes fois, il l'avait invitée à refuser aux Français l'entrée de ses Etats, et la duchesse répondait en le priant de lui indiquer le moyen. Ludovic devait bien soupçonner aussi le rôle du comte de Bresse et de ValptTga dans la rébellion de Novare. Ainsi la duchesse de Savoie n'apportait à la négociation aucun crédit réel, mais plutôt (Ic^s entraves, par suite de son désir de se payer de ses démarches, et d'en tirer parti.

Pendant que le roi prenait « son esbat » à Chieri, Saint-Malo jurait ses grands dieux à Georges d'Amboise de secourir le duc d'Orléans, sitôt l'armée en état et complétée par les nouveaux envois de Suisse onde France. Georges engageaitdoQC le duc à tenir ferme, en lui transmettant ces assurances. On

\) Avou de Commin^p lui-même.

2; Lettre de Ludovic Pio (da Carpi), Alexandrie, 30 juillet (Arch. de Milan).

constatait pourtant que lo roi ne paraissait pas disposé à reprendre, cette fois, le commandement personnel de Tarmée, condilionindispensable d'une action décisive. Le duc d'Orléans ne parlait plus de déirôner Ludovic; il insistait seulement (ou plutôt Georges d'Amboise insistait en son nom) pour garder Novare. Il est vrai, comme dit Commines, Novare se trouve si près de Milan, que la possession de Tun ne se comprend guère sans l'autre; et cependant Ludovic, au dire du même Commines, se montrait disposé à faire la part du feu et à abandonner Novare, pourvu que la couronne de France renonçât à Gênes *. Offrir au roi de se dépouiller d'un droit, même extrêmement hypothétique, pour enrichir réellement le duc d'Orléans, c'était, on en conviendra, un acte de véritable diplomatie '.

D'après les espions vénitiens, étrangers à ces intrigues secrètes, l'inaction du roi tenait, selon le langage officiel de Saint-Malo, à Tattente des renforts. Les espions rapportaient le bruit général que la France se trouvait à bout de sacrifices, que la reine même insistait pour la rentrée du roi et s'opposait à des conquêtes, que le roi comptait seulement sur les Suisses et venait de s'entendre avec le canton d'Uri. De là, Tenvoi du fameux « baudet chargé d'or » de Ludovic.

Le 30 juillet, les ambassadeurs de la Ligue annonçaient, au camp, une concentration de l'armée française à Turin, et Tordre du roi de hâter les levées. Ludovic ne jugeait donc pas la guerre arrivée à son terme. Pour s'assurer de la fidélité des

1) Commines.

2) Cependant le chroniqueur vénitien Mali piero prend ces offres au sérieux et les attribue à l'influence du duc de Ferrare, qui, dit-il, « gouverne tout» à Milan. Suivant lui, Hercule d'Esté, ennemi né des Vénitiens, ne tenait pas beaucoup à la reprise de Novare; il aurait désiré voir Ludovic faire la paix isolément et Charles VIII, resté en face des seuls Vénitiens, les mettre à la raison (p. 377).

'2{]i IIISTOIKE DE LOUIS XII

habitants d'Alexandrie, « massime nelli presenli tempi », il supprima, sur leur demande, un impôt additionnel de 900 livres impériales *.

Malheureusement la maladie, la misère, une misère atroce, décimaient les rangs des défenseurs do Novare. Louis d'Orléans ne cherchait pas à retenir les découragés ou les inutiles: nous trouvons, dans ses comptes, la trace de gratilications, d'aumônes à des Suisses malades (jui retournent chez eux. Un déserteur, uu « Allemand du roi des Romains, à la solde du duc », venu au camp de la Ligue le 30 juillet, traça de la situation de Novare un tableau très sombre. « On y manque de tout. Un morceau de pain, gros comme le poing, coûte un quart de livre, un flacon de vin acide et détestable quatre quarts, et encore il ne s'en trouve pas. Il a fallu faire des perquisitions dans les maisons pour rationner les vivres, et même enfoncer les portes, quand les habitants refusaient d'ouvrir. On a fabriqué quelques moulins à bras, tout à fait insuffisants. La désertion se met, par masse, dans les troupes; il ne reste plus de francs-archers. Le duc d'Orléans n'a tout au plus que huit cents Suisses ou Allemands en état démarcher, trois cents Italiens et deux cents lances: il couche au château, au milieu d'une compagnie française. Il a cherché à soutenir le courage des Allemands, en leur distribuant quatre écus par homme, sous prétexte de la cherté des vivres. Tout va mal : Novare ne peut plus tenir. Quant à moi, ajoutait l'Allemand en termes énergiques, je m'en vais* ». Il avait touché ses quatre écus....

Du reste, les soldats de la Ligue, même italiens, ne montraient pas plus de scrupules que celui-là. Le 30 juillet précisément, on arrêta à Milan des gens do pied qui, grâce à un

1) Cihilini, Annali di Alessandriaj p. \[6.

2) Lettrt^ de Galéas, 30 juillet (Arch. de Milan). Cf. I. Fuchs, Die Mailan-^ dischen Feldzwje der SchwoizcTf I, 211 : D'Adria.

faux congé, s'étaient sauvés du camp, avec de Targent. Les provéditeurs leur firent couper le nez.

Le camp italien reçut encore de Forli quelques compagnies de chevau-légers. Sa situation n'en restait pas moins mauvaise. Une série continue de pluies diluviennes faisait de la plaine un immense marécage et défendait les assiégés plus efficacement que n'importe quelles murailles. La discorde s'implantait dans Tétat-major comme dans la troupe. Les partisans de Tassant ou du blocus s'accusaient réciproquement de vues plus personnelles que stratégiques; pour les gens habitués à vivre de la guerre, la guerre ne faisait à peine que commencer, tandis que le Sénat de Venise, qui versait chaque mois 100,000 ducats, la trouvait déjà longue.

Pourdonnersatisfactionà tout le monde, le capitaine général Mantoue explora, le 30, les abords de la ville. Le lendemain, il résuma, en grand conseil de guerre, les résultats, peu favorables, de son examen : la situation de la campagne, le double fossé d'enceinte et les palissades de la ville, l'état de la citadelle rendaient, pour le moment, Novare inexpugnable; d'un autre côté, selon lui, il fallait s'attendre à Tattaque prochaine de l'armée royale. A ces fâcheuses nouvelles s'ajoutèrent la tristesse d'une journée entière de pluie torrentielle et, par suite, un défaut de ravitaillement.

Le V^ août, on reçut d'un espion l'avis que le roi voulait faire passer à Novare un convoi d'argent ; aussitôt Galéas de battre la campagne avec tous ses chevaux, sans rien trouver : la nuit suivante, le convoi entra paisiblement dans la ville. Un autre espion signalait de Verceil les arrivées incessantes de troupes. En revanche, on célébrait à Milan, en grand lapage, avec force feux de joie et démonstrations, la nouvelle que Talliance suisse était acquise à Ludovic, moyennant 30,000 écus, ou même 40,000 en temps de guerre; que les

Siiissos d'Orl(^ans ol do France allaient recevoir Tordre de rentnT chez oiix *.

Le 2 aoiil, Ludovic, avecBéatrix d'Esle et les ambassadeurs de Naples et d'Espagne, se rendit à cheval à Vigevano, pour venir do là au camp, selon sa promesse, pacifier les esprits. Les chefs vénitiens se rendirent jusqu'à Vigevano. La gracieuse Béatrix, ù choval, suivie de deux beaux carrosses de drap d'or et do velours rouge, les remercia chaudement et voulut chevaucher au milieu d'eux. Oncouchaà Vespolate. Le lendemain matin, au départ, Ludovic, cavalier assez inexpérimenté, se laissa désarçonner et tomba dans la boue, devant tout son étatmajor; il lui fallut changer de vêtements à la hâte. A un mille du camp, il trouva le marquis de Mantoue, en tête de tous ses officiers. Il entra en grand appareil au camp^ suivi des ambassadeurs d'Espagne, de Naples, de Venise, de Ferrare, et d'un contingenl très considérable de nouvelles troupes, cinq cents Allemands, doux mille hommes de pied, des chevau-légers.

On avait dit vrai : Charles VIII paraissait s'ébranler : le Montferrat mobilisait son artillerie et ses faibles forces; Constantin Arniti prenait lui-même le commandement de cinquante lances et de quatre-vingts chevau-légers*. Il fallait agir. Ludovic tint, sur-le-champ, dans la tente du capitaine général, un grand conseil de guerre, auquel assistèrent, avec le marquis de Mantoue, les deux provéditeurs vénitiens Luca Pisani et Molrhior Trevisani, le comte Petigliano, les principaux capitaines. Le duc de Milan prit la parole^ résuma la situation, indiqua la marche imminente du roi. On put alors constater

1) A Taifle de cette nouvollo et « a forza He danari», Zuan Dolee et Fr. dellîi Ziiopa, au nom du pouv<Tuenient vénitien, débauchèrent une oompagnio (Miliôro d<»s Puisses du roi, dont le cheT fit même passer auxSuissesde Novare l'ordre de quitter la ville (Malipiero).

2) Lettre de Fr. Sforza, 3 août(Arch. de Milan, G,^ ii95, Aleisandria),

Textrême diversité des opinions. Ceux-ci voulaient se retirer à Vespolate, ceux-là jusqu'à Vigevano; d'autres jugeaient honteux et dangereux de se donner les apparences d*une fuite; ne pouvait-on fortifier solidement le camp, l'entourer de fossés? La discussion fut longue et pénible. Les partisans du départ faisaient valoir la difficulté éventuelle de ravitaillement, et montraient, sur une carte d'état-major très exacte ouverte devant eux, tous les marais, les fossés, les rivières, les bois du pays. Leur avis ne prévalut pas. On se rallia à un programme de transaction préconisé par Ludovic, et qui ne résolvait rien : réunion des deux camps en un seul, consacrée dès le lendemain par une revue générale, et établissement solide du camp à Tabri de la rivière, avec emploi de fossés et de remparts de terre.

Le 4 août, la duchesse Béatrix, qui ne perdait pas de vue son mari, voulut passer avec lui la grande revue. Ce fut vraiment une magnifique fête martiale, que ce défilé d'apparat, en bel ordre de bataille. Le capitaine général de Tarmée, François de Gonzague, marquis de Mantoue, passa le premier, suivi par une escorte de fins coureurs, aux harnachements bizarres en brocart d'or et d'argent, puis par des jeunes nobles, élégants, pompeux, empanachés^ sur de hauts chevaux de bataille, entourés d'une foule de trompettes. Mantoue et Petigliano vinrent se ranger aux côtés de Ludovic, en cuirasse comme lui, comme lui, étincelants de dorures. On vit ensuite défiler en rangs pressés sept escadrons, formant quatre cent vingt hommes d'armes, luxueusement armés, tenant en main de longues lances peintes, à pointes de fer; puis trois mille gens de pied. Une rumeur immense, colossale, formée de sonneries de clairons et de tambours, de cliquetis, de hennissements, du grondement des bombardes, de cris humains, montait au ciel, animant cette scène guerrière du souffle le plus mâle.

Trois escadrons de chevau- légers italiens (treize cents hommes), à lances fines et légères, un régiment de douze cents stratiotes, avec leurs vestes brodées de soie et d*or, sur des chevaux rapides et ombrageux, Contarini en tête ; un escadron de trois cents arbalétriers italiens montés, l'épée au côté, Tarmure légère ; puis deux cents chevau-légers, sous le capitaine Alesso .. . A l'arrivée de chaque corps, Ludovic prenait la tète avec le capitaine jusqu'en face de la duchesse, à laquelle il présentait galamment les nouveaux arrivants. Dans cette chamarrure générale, si brillante, Galéas parut, avec une escorte de jeunes pages à cheval; il portait un beau vêtement de soie et d^or, à la mode française, qu'il affectait de conserver depuis son séjour à Lyon. Ludovic blâma vivement cette licence, qui rappelait un passé singulier, et invita Galéas, devant la duchesse, à changer de mode. L'étendard donna lieu à une nouvelle critique : c'était un étendard de fantaisie, représentant un Maure noir, qui de la main droite tenait un aigle par les ailes, et de l'autre main étranglait un dragon : triple allusion au surnom de Ludovic-le-More, à ses relations avec TEmpire et au dragon légendaire des Visconti. Deux escadrons, de trois cents chevaux chacun, avec Fraccussa et Antoine-Marie de San Sevcrino, un escadron de cinq cents chevaux bourguignons solidement armés, mais sans bardeSy une compagnie de six mille Allemands, qui manœuvrait en carré avec une régularité mathématique et avec un fracas de tambours à rendre sourd, sous les ordres de Georges Pietrapiana, attirèrent successivernentl'atlention.Devantla duchesse, les Allemands, sur un signe de leur chef, se formèrent, tout d'une pièce, en forme de coin : en partant, ils déployèrent des ailes, puis ils formèrent le moulinet, c^est-à-dire qu'un côté marchant lentement, l'autre courait avec une vitesse décroissant de rang en rang, de manière à s'avancer dans un mou-

vement giratoire. On eût dit une pièce articulée. Enfin, dixsept chars de grosse artillerie, suivis de Tartillerie légère ou menue (passevolants, spingardes), fermaient la marche. L'armée, y compris les troupes restées au camp, s'élevait à quarante-cinq mille hommes. Beaucoup de ces gens étaient des soldats éprouvés, notamment l'escadron du comte Bern. Fortebracchio, auquel Ludovic adressa les compliments les plus vifs. Le bruit énorme, le tumulte, les croisements et entre-croisements de piques, de lances, les scintillements éblouissants d*or, d'argent, enivraient, enthousiasmaient Tarmée; il semblait que jamais le soleil radieux d'Italie n'eût répandu ses splendeurs sur une pareille scène. Ludovic, si bien doué comme artiste, s'émut : il se tournait, les yeux brillants, radieux, vers les dames et les demoiselles qui suivaient en voiture, et leur demandait leur avis sur ce beau spectacle : malheureusement, son cheval, participant à l'ivresse générale et mal tenu, s'abattit des quatre pieds. Mauvais présage ! Ludovic n'en fit que rire ; il dit qu'il fallait payer son tribut à la guerre...

Le soir, il pressa encore les capitaines d'agir. Les provéditeurs vénitiens ne partageaient pas sa confiance ; ils lui représentèrent que la France ne risquait pas son territoire dans une bataille, tandis que lui, il y risquerait son duché. Ce raisonnement convainquit Ludovic, qui n'insista plus et fit seulement passer Tordre à Milan d'envoyer de grosses bombardes, de hautes échelles, enfin les engins d'un assaut, à tout événement.

L'armée française achevait sa concentration à Verceil. Les compagnies Orléans, Orange, Clèves, Guise, Coligny, Urfé en formaient le noyau, bouillantes troupes, pleines de vrais et solides hommes d'armes, fleur de la bravoure française. La compagnie d'Orléans notamment, commandée par son capi-

t*70 HISTOIKE DE LOllS XII

laine provisoire Robinet de Framezelles et par Nicolas de Louan, lieiilenanl provisoire, était d'élite ; on trouvait dans ses rangs des chevaliers d'un dévouement sans bornes pour leur chef : Jacques-François de Guierlay, Gilbert Bertrand et Jean Bertrand, François d'Entragues, sr' de Balzac, le breton Jean Guibé, Joachini Brachel, Lancelot du Lac, le bâtard de Framezelles, Jacques Asse, Jacques de Tranchelyon, Jean de Pons, Prégenl de Coétivy, les barons de Saixonnage ^ et de Sezières, tous noms très connus et déjà presque illustres, à côté de vaillants soldats, Ogerot le Basque, le Petit Basque et autres. Les revues de ces brillantes compagnies commencèrent le 5 août à VerceiP. La présence de pareils hommes explique les hésitations du provéditeur vénitien; sa réponse à Ludovic, dans le dernier conseil de guerre, qu'il fallait de la prudence, que la forume ne favorisait pas toujours les bataillons les plus gros; raoousation portée contre la France de viser à l'empire du monde. D'autre part, le 5 août, à la Diète de Worms. Uri, Sohwitz et (ilaris se déclaraient décidés à soutenir uniquement le duc d'Orléans, en dépit des efforts de Maximilien; le chancelier Louis Feer, malgré l'argent de Ludovic, s'était tourné vers Antoine de Bessey, bailli de Dijon et agent de Charles VUI, qu'il aidait de tout son pouvoir à recruter des hommes'.

Le même jour, 5 août, Alexandre VI accorda aux sollicitalions de Ludovic une bulle d'excommunication contre les

1 V. plus iKUit, p. *Jil. Un u Français de Saconnage » faisait partie des cent .ir«'nLi!<lionmu'S de lu maison du roi (KK. 78, f* 41). Les Sassenage était lit parents liu nianjuis de Salaces, et, en 1486, un Jacques de Sassenairo avait licjÀ passe ]«^s Alpes à la tète d'une bande d'aventuriers, pour les alîain-s dt' Salu '('S (Delahurde, p. 189).

•J) Clairainl)., 'SMK \''' i-J5. \21, 429, 431, 433, 437, 439.

;j. M. de Lifbt'Mau (.lrc7<. 6t. Lonibardo, 1889, p. 613-623), d'après les Archives de Lucerne.

BLOCUS DE xNOVARE 271

cantons de la Confédération suisse qui troubleraient le repos de Ludovic, avec assignation éventuelle à comparaître dans les trente jours en cour de Rome *. Les cantons allèrent où les poussaient leur intérêt et leur passion : ils n'allèrent pas à Rome. En même temps, Alexandre, par bref communiqué aux puissances, fulmina contre Charles VIII lui-même les foudres spirituelles que Ludovic réclamait avec tant d'ardeur^

Un instant le bruit courut que Charles VIII rentrait à Asti, et François Sforza, l'interprétant par un projet de diversion sur Alexandrie, envoya aussitôt, le 5 août, des instructions à ses agents secrets d'Asti et aux capitaines d'Arazzo et d' Annone. La rumeur ne reposait sur rien, et, le 6, François la dément lui-même. Les espions de Turin ne signalaient rien de nouveau, sinon Tarrivée de nouvelles troupes de France*. Le roi se borna à tenir en haleine ses adversaires par une démonstration sur la route de Novare : les Italiens manifestaient l'intention de défendre cette route, et même, pour la dégager, ils avaient, les jours précédents, brûlé le hameau de Camarano qu'elle traverse; Charles VIII imagina, pour les surprendre, de faire sur la droite une autre route, qu'il entoura de quelques défenses.

Aux pluies torrentielles succédait une forte chaleur. Un brouillard, épais comme la fumée, s'élevait du pays, pénétrant tout, jusque dans l'intérieur des tentes : l'armée assiégeante en souffrit extrêmement. Les fièvres s'y répandirent avec intensité. Les médecins recommandaient de ne pas boire de vin^ pendant les accès : mais comment se faire obéir sur ce

1) Publiée par M. Chine), Notizenblatt derK. Akad, der Wissensch,, Wien, 1856, no 77. Cf. Malipiero, p. 383-389.

2) Bergenrolh, Calendar ofletlers, despatches. . ., in the arch, at Simancas, Henri VII, I, 66.

3) Lettres des 5 et 6 août (Arch. de Milan, G., 1495, Alessandria),

point, surtout des Allemands? Beaucoup d'Allemands et un certain nombre d'Italiens moururent* : quantité de gens de pied, môme plusieurs hommes d'armes demandèrent à s'en aller, cinq Grecs passèrent à l'ennemi. L'eau potable manquait aussi ; on s'en procura aisément en creusant des puisards.

On prétendait les Novarais fort abattus, fort mécontents des rapines des Bourguignons. Le 6 août, les assiégés n'en firent pas moins une sortie heureuse, où ils tuèrent trente Italiens et en prirent à peu près autant. La lassitude de l'armée italienne permit, le même jour, d'introduire tranquillement dans la place quatre voitures de pain et vingt-huit tètes de gros bétail ; bien plus, l'escorte, en passant, enleva à cinq cents Milanais leurs armures de poitrine. Les coalisés se vengèrent de l'avanie, en saccageant, par ordre, le beau et riche territoire de Novare ; partout ils niirent le feu, et enlevèrent tout ce qu'ils purent. On espérait, par cette tactique cruelle, réduire au désespoir les malheureux Novarais et les acculer à la capitulation ou à la ruine : mauvais calcul. Les Novarais n'en témoignèrent que plus d'obstination et de courroux. C'est au milieu de cette scène de dévastation que parut au camp un ambassadeur de Savoie, « homme sage, et bon serviteur pour sa maîtresse, » dit Commines. Cet envoyé commença par protcsler, avec politesse, de Tamitié de la duchesse pour les Vénitiens; on lui répondit honnêtement. Puis, il excusa sa maîtresse, forcée, à son grand déplaisir, de recevoir les Fran-

i) On ne souffrait pas seulement de la fièvre; Marcello deCumes, appelé au camp de l'armée assiégeante, trace un tableau très pénible (G.-J.Welsch, Sylloge curationum ci observalionum mcdicinalium, ceniurix TJ, Ulm, 1668, 4o), 'lont il résulte que celte armée était ravagée par la syphilis et par la morve aiguë, communiquée des chevaux à l'homme : à tel point que plus d'un auteur a cru devoir faire remonter au siège de. Novare l'origine (le ces deux maladies. V. à ce sujet M. le 1)'' Th. Renault, La syphilis au ATo sicclr, not. p. 5, 46, 56 etsuiv., 01, 126.

çais à Verceil. Ce singulier représentant des intérêts de Charles Vlil donna même, par raffinement de diplomatie, des renseignements peu bienveillants sur Tarmée française : une partie des barons voulaient, disait-il, retourner chez eux sans façon, d'autres réclamaient la paix : trois personnes seulement poussaient à la continuation de la guerre, mais ces personnes-là étaient de celles dont Targent vient à bout. Le roi dépensait toutes ses ressources à solder ses troupes : il ne paraissait pas chercher de grave bataille, mais il avait à cœur Taffaire de Novare, et il expédierait bientôt un secours. Ayant ainsi parlé, le diplomate partit pour Milan.

Le 9 août, les stratiotes, dans une pointe sur « Bulgaro » dans la direction de Verceil, tuèrent huit soldats de Trivulce et en ramenèrent quatre . Les prisonniers parlèrent de quinze mille Français campés à Asti, Turin et Verceil.

Charles VIII ne venait à Turin que par échappées et restait à Chieri, partagé entre les plaisirs, la guerre et le gouvernement du royaume. C'est à Turin qu'il signa une nomination de conseiller au Parlement de Toulouse, en faveur du fameux Antoine Duprat, qui remplaça Jean Sarrat, promu premier président*. Il manquait d'argent. Le trésorier des guerres, Guillaume de la Croix, sur qui éclatait sa colère, justifia avoir fait des avances : mais plusieurs receveurs se trouvaient en retard. Le roi pressait, tonnait, encourageait : il accorda une pension de 1,200 livres au général des finances Thomas Bohier, qui lui rendait, il est vrai, d'inappréciables services. Du côté des Suisses, tout allait bien. On apprit à Turin, le 12 août, que des bataillons de Suisses entraient en Lombardie, enseignes déployées, dans le dessein de tout

1) Fr. 4658, n» 1. La honle du roi, dit un contemporain étranger, fut de s'amuser près des femmes et dans le luxe, et de refuser de secourir le duc d'Orléans (Carpesaiius, dans Ild. Fuchs, ouvr, cité, I, p. 210).

274 HISTOIHE DE LOlilS Xll

ravager, et que les coalisés allaient se trouver obligés de détacher des troupes pour faire face à cette nouvelle attaque. Peu après, Tarraugement avec les Suisses devint officiel : le roi leur assurait 20,000 livres de pension, et devait recevoir à la fin du mois une armée de douze à quinze mille hommes*. Par contre, le 10 août, cinq cents Allemands du roi passèrent à la solde de Venise.

Le 10, Mantouo reçut de Trivulco un cartel personnel de défi, auquel il ne répondit pas. L'armée italienne leva le camp^ pour s'établir à « Caxuol », où les provéditeurs s'installèrent dans un petit chiïteau. Depuis plusieurs jours, elle se consacrait au rôle unique de couper les vignes et les arbres, de piller, saccager, brûler. Ce jour-là même, avec l'autorisation de Ludovic, Mantoue fit incendier sous ses yeux la petite ville (le « Bulgaro » (Borgo-Vecelli).

Le H , François Sforza rapporte à Ludovic qu'un vieil homme d'armes de Trivulce a dit, près de Verceil, que le roi ne prendrait pas personnellement le commandement do l'armée*.

Le 12, un envoi de deux cents arquebuses entre librement dans Novaro. Cent suisses passèrent encore de Verceil et environ deux cent cinquante de Novare au camp italien, pour y prendre solde. Un espion raconta que le roi restait près de Cliieri, où le retenait une amourette; d'autres le disaient malade ^

En réalité, le roi commençait à s'inquiéter vivement; la paix ne semblait plus si facile à conclure qu'au début. Informé des négociations, Maximilien menaçait la Bourgogne *,

1) Tit. nohier, IG : fr. 3924 (dix-neuf lettres de Charles VIII). '2) Arch. (It^ Milan, G., 1495, Alcssandria,

3) Malipiero, p. 378.

4) « Le duc de Bourgogne » a déclaré la guerre à la France, disait-on & Venise (Malipiero, p. 379).

soutenait vivement Ludovic et créait de sérieux obstacles *.

D'un autre côté, malgré la prudence de l'ambassadeur de Savoie, les pourparlers directement suivis par Ludovic exaspéraient la méfiance des Vénitiens. On connaissait trop bien Ludovic à Venise; on le savait capable de volte-faces incessantes pour un intérêt quelconque; il pouvait brusquement entrer dans les vues de son beau-père et trahir ses alliés. Aussi^ tout en faisant cause commune, les Vénitiens agissaient sourdement contre lui ; leur plan était fort simple : débaucher Trivulce, le plus implacable ennemi de Ludovic, le prendre à leur solde, et u calmer » les San Severino, seuls appuis réels du duc de Milan. Comment calmer les San Severino ? Rien de plus simple. Il n'y avait qu'à confiera Contarini et à ses aventuriers le soin de leur préparer une mort honorable dans quelque rencontre ^

Cependant, avec un courage surhumain, les malheureux assiégés travaillaient à des fortifications intérieures ou extérieures. Ils n'avaient presque ni vin ni viande; ils mangeaient du cheval. Seuls, les grands seigneurs buvaient quelques gorgées de vin acide, qu'ils sucraient. Un œuf se vendait trente sous. Avec un peu de blé péniblement broyé, on faisait un pain très noir et mauvais. La bonne harmonie ne régnait pas toujours entre Français et Allemands. Chaque nuit, les Novarais allumaient des feux sur les remparts pour solliciter du secours; on les disait tout à fait découragés de n'en recevoir aucun'.

1) Longue lettre de Charles VIII à Pierre de Bourbon, fr. 3924, fo 5, n» 12 (Turin, 12 aoftt).

2) Malipiero, p. 379. « Resta do cose da far : una è de vadagnar Zuan Giacomo Triulci, che niilrisse difidentia tra'l popolo e'I duca de Milan e tien le parle del duca : Taltra è aquietari Sanseverini. El remedio de questa saria che Bernardo Conlarini i fesse morir con destro modo in qualche fattion. »

3) Galéas Visconti à Ludovic, 13 août(Rosmini, Histoire de Trivulce^ II, 221).

276 HISTOIRE DE LOUIS XLl

Le 13 août, Mantoue est atteint de la dysenterie : cent soldats de Caïazzo désertent en masse, à la grande colère des provéditeurs. L'envoyé du pape, porteur de la bulle pour Charles VIII, passe au camp et publie l'objet de sa mission.

Sur un ordre du duc d'Orléans, les assiégés, réduits à la dernière extrémité, se résolvent à mettre hors de la ville environ cent cinquante personnes, mendiants, femmes sans aveu... Beaucoup de ces infortunés, exténués par la fièvre et la dysenterie, faisaient mal à voir: ils disaient n'avoir presque pas mangé depuis quinze jours.

La situation se serrait : les vivres commençaient à manquer aussi aux assiégeants ; les assiégés ne semblaient plus pouvoir tenir. Le 13, à l'aube, les assiégeants reconnurent le marquis de Saluées en personne, sur les barricades du faubourg Saint- Gaudenzio. C'était le côté faible de Novare *.

Le 14, une ambassade vénitienne est expédiée au roi*. Quelques soldats de Tarmée italienne désertent, sous la conduite d'un fils de Jean Borromeo.

Le matin du samedi 15 août», jour de l'Assomption, l'armée vénitienne, forte de huit à dix mille combattants, attaqua les faubourgs de Novare par trois côtés à la fois, par les portes S. Nazaro^ S. Agabio et S. Andréa. Une lutte désespérée s'engagea. Louis d'Orléans, épuisé de maladie et de privations, accourt; il est au premier rang, il déploie une intrépidité magnifique. Six de ses hommes expirent à ses côtés... *.

Les Franco-Novarais, accablés par le nombre, pliaient ;

\) Ludovic écrit à Philippin de Fiesque, le 29 juillet 1499, qu'entre la porte « San-Cjuenzo » et la citadelle, dix mille hommes pourraient sortir par le Ibssé du château (Arch. de Milan, Documi Diplomatici, Dominio Sforzesco),

2) Oivelli à Ludovic, 14 août (Arch. de Milan, G., 1495, Cong, diNovara).

3} Le i6, selon Benedetti.

4) D'aultre part, quand il fut a Nouvaire assiégé

Du s»;igneur Ludovic (dont il fut puis vangé),

BLOCUS DE NOVABE 277

déjà l'ennemi allait forcer la porte de la ville, lorsque l'aide des Suisses les sauva presque miraculeusement : deux cents Vénitiens restèrent sur le champ de bataille. Pour consacrer le souvenir de cette cruelle alerte et de cette délivrance, la ville de Novare institua, le jour même, une messe votive solennelle à la Vierge. Les Vénitiens rejetèrent la responsabilité de leur échec sur le retard des Milanais à exécuter le mouvement convergent dont on était convenu. Peu après, les Novarais reçurent de Charles VIII une lettre datée du 15, qui les encourageait, en ne leur demandant plus que huit jours d'attente ; le roi promettait de bien reconnaître leur sympathie et leur dévouement'.

Le bâton et l'étendard de commandement destinés à Mantoue arrivèrent au camp vénitien le IS, avec un grand cérémonial et de pompeux discours.

Les provéditeurs reçurent en même temps du Sénat l'ordre d'étendre les opérations c'est-à-dire de tout détruire, de tout mettre à feu et à sang, jusqu'à Verceil.

Cent déserteurs allemands de l'armée du roi et deux cents recrues suisses, vinrent encore, le 16, renforcer l'armée italienne. Les rapports des espions dépeignaient Charles VIII comme en proie à de gros embarras d'argent, et à la lètc de troupes insuftisantes.

Le 17, nouvelle cérémonie au camp pour la reconnaissance

Ne deCTendil il pas ung de ses belevars Tant et ei longuemeati que six de ses souldars Furent près luy tuei ? Mais tousjours il tint bon. Et 31 les deslogea du bourequi estoîl bon,

[Les hardiessea de plusieurs rois, ms. Tr. 10420). L'auteur des Hardiesses, Jean Sala, ne dit pas exaclement à quel moment du siège se rapporte cet acte de bravoure, qu'il ne craint pas de classer parmi les plus notables exploits de l'hisloire, mais les circonstances semblent se référer k l'afTaire du 15 août.

1) Chr. inédite de Gorriccio, à Novare (citée par Rusconi.p. 35-36).

278 HISTOIHE DE LOUIS XTl

(lu marquis de Mauloue comme capitaine général. Beaucoup (l'apparat ; après la messe solennelle et de nombreux discours, mise on marche du cortèfj^e, avec escorte d'honneur, tapage de trompettes et embrassemenls multiples. On transmit ensuite à Milan le sceptre et l'étendard, pour satisfaire la curiosité de la duchesse Béatrix qui désirait les voir.

Charles \ III venait de traiter avec les Florentins et de leur rendre Sarzana et Sarzanella *. Les revues continuaient à Verceil et aux environs : la concentration semblait complète : la compagnie d'Urfé arrivait par Fontaneto, la compagnie de Coligny campait à Sainte-Agathe-les-Verceil*. Pourtant cent Allemands du roi passsèrent encore au camp vénitien, où ils touchèrent k l'instant une prime d'engagement.

A Novare, on ne vivait plus. Un espion rapporta que, le 17, on avait lu, sur la place, la lettre du roi qui promettait des secours à bref délai. Que d'angoisses ! Plus un morceau de pain dans la ville, plus de vin. On se nourrissait de fèves bouillies. Des Allemands ayant découvert quelques raisins aux portes (lo la ville, s'en servaient comme de sucre. Il y avait beaucoup de malades. D'après ce rapport, la population maudissait la situation et ses auteurs : cependant, sa constance extraordinaire do)iuait un singulier démenti'.

Do Verceil, un autre espion signalant un envoi de vivres sur Novare, le marquis de Mantoue lui-même, avec Caïazzo, deux colonels, Jérôme Stanga et deux cents stratiotes ou cbevau-légors,passalanuitdu 17 au d8 août à battre la campagne dausla direction de Vespolate, sans rien trouver que ses propres émissaires disséminés partout. Il revint au camp le matin pour

1) Turin, 10 août (Copie aux Aicli. de Milan; cf. Arch. de Florence, AUi publiri^ (\n'tii\n:nzCy VI, xu, l).

•J) Clair. 'J:U), i37, WV,).

!-)! HosiiTmi, Histoire tU TrinUcr, II, 221.

apprendre que la dysenterie y reparaissait : huit Allemands en étaient gravement atteints.

La nuit suivante, cent quatre-vingts archers ou arbalétriers à cheval, portant chacun un sachet de farine, enlrërent tranquillement à Novare, par la route de Verceil*.

Faute de mieux, on se mit à élever des bastions et à creuser un bon fossé autour du camp italic.i. Petigliano prêchait ardemment une action militaire sur Verceil.

Divers rapports d'espions, reçus le 19 août, évaluèrent les forces du roi à huit mille hommes de pied, dix-huit cents lances, et parlaient d'une forte artillerie. Ils signalaient notamment deux pièces de huit pieds et demi pour des boulets de 35 livres, quatre grands passevolants de quatorze pieds, pour des boulets de 22, quatorze faucons de sept pieds et demi, pour boulets de 12 livres*. Ils ajoutaient que le roi se proposait d'attaquer par trois côtés à la fois. Ces nouvelles rendirent Tétat- major très perplexe. Petigliano parla de se replier : Caïazzo voulait, au contraire, rester en place et se fortifier solidement... Bref, on ne prit aucun parti; sur l'avis que quarante échappés de Novare avaient encore pu, le matin, gagner Verceil, on résolut seulement de doubler les vedettes.

C'est à ce moment que les provéditeurs vénitiens engagèrent Petigliano au service de la République, comme mattre de

1) Lettres de Stanga et de Galéas, 18 et 19 août(Arch. de Milan, Guerre, 1495: Alessandria, et Congiura di Novara),

2) Selon Malipiero (p. 380), Tarmée vénitienne conoplait, avant sa réunion avec Tarmée milanaise, vingt-cinq à trente mille hommes, plus les douze cenls stratiotes de Contarini campés à part, et Tarmée milanaise six à sept mille hommes, compris les Suisses, soit un total de trente-trois à trente-neuf mille hommes, accru, depuis lors, du petit corps amené par Ludovic, et des renforts successifs que nous avons notés.

D'après le compte fourni par Sanudo, le roi avait neuf cents lances d'ordonnance réparties en dix-sept compagnies (la compagnie d'Orléans comprise), et mille chevau-lègers, soit dix-neuf cents lances (formant cinq mille sept cents hommes à cheval) : environ cinq mille cinq cents fantassins de toute

280 HISTOIRE DE LOUIS Xll

camp. Petigliano en référa à son médecin-astrologue, Bene- (lelti, lequel nous rapporte lui-même qu'il trouva le ciel d'avis conforme, par suite de la position de Jupiter et de la Lune, dans les environs de Vénus. Ajoutons que Venise garantissait un traitement annuel de 44,000 ducats, et que Petigliano, malgré les astres, jugea Toffre indigne de lui ; il finit, après beaucoup de marchandages, par accepter 33,000 ducats d'or en temps de paix et 50,000 en temps de guerre*...

Simple escarmouche de stratiofes, le 20; ils firent deux prisonniers, dont ils laissèrent Tun grièvement blessé, et pendirent l'autre à la haute potence du camp. Pendant cet exploit, une vingtaine de stratiotes se rendirent à Novare pour offrir leurs services au duc d'Orléans : le duo les reçut d'autant mieux que, la situation devenant atroce, chaque jour dix ou douze Allemands disparaissaient par la route de la montagne.

Le 21 août, les Novarais au désespoir tiraient des coups de canon de détresse ; on leur répondit de Verceil.

Les troupes royales donnaient quelque signe de vie. La compagnie Beaumont-Polignac arrivait à Fontaneto *. A Alexandrie, on vit soixante chevau-légers français courir sous les murs de la ville, sans grande utilité d'ailleurs, et faire un prisonnier sous l'œil de la garnison. On apprit aussi que le fameux pont de bateaux de Ponte Stura, jeté jadis par le duc d'Orléans, qu'on disait détruit par les coureurs italiens, restauré par le Montferrat, restauré par le roi, n'avait été ni détruit» ni restauré, et servait toujours *, Le bruit se répandit alors au

provenance, allemands, savoyards, gascons, piémontais : et, comme artillerie, cinq serpentines, quatre passevolants (ou coulevrines), quatorze spingardes.

1) 30,000 ilorins et 40,000 seulement, seloQ Malipiero. On lui donna la compaj^^nie de six cents chevaux, commandée jusque-là par Ranuce Farnèse (p. 378).

2) Fr. 25782, 141.

3) Lettre de Fr. Sforza (Arcb. de Milan, Guerre^ 1495, Alessandiia),

camp italien que Charles VIII possédait réellement vingt mille hommes de pied, que ces forces se grossissaient d'envois suisses, qu'il allait combattre. A cette nouvelle, les Suisses complotèrent de déserter en niasse vers le roi de France; Georges Pietrapiana les retint, mais avec beaucoup de peine. A Alexandrie, on arrêtait un courrier français ; à Novare, on surprit, à la nuit, un courrier envoyé par les provéditeurs au Sénat. La lettre des provéditeurs fut lue en public : elle n'était pas brillante. Ils se plaignaient de la défection de deux cents lances milanaises ; un grand nombre de gens de pied de Venise s'étaient enfuis aussi, disaient-ils, après la paye ; mais ils enregistraient le bruit du retour de Charles VIII en France, comme fort sérieux *.

Le duc d'Orléans confia cette lettre^ avec une dépêche chiffrée, à deux courageux citoyens de Novare, qui se chargèrent de la porter au roi : à leur tour, ceux-ci, au milieu de la nuit, tombèrent dans les mains des assiégeants. Le lettre du duc d'Orléans fut expédiée à Milan^ où on parvint à la lire. Le duc se plaignait amèrement qu'on laissât courir le bruit déshonorant du départ du roi * : sans vivres, sans argent, ses soldats parlaient de se rendre, puisqu'ils ne voyaient jamais venir le secours si souvent annoncé. Il mandait aussi au roi les discordes et les désertions de l'armée de la Ligue '.

1) Ce qui accréditait ce bruit, c'était les nouvelles, de plus en plus mauvaises, de la santé du dauphin Charles-Orland, qui se mourait à Amboise. Une consultation des médecins, du 29 août, nous a été conservée (fr. 2922, fo 26). L'enfant mourut au mois de décembre.

2) On commençait à se moquer de Charles Vllf, après avoir tremblé devant lui. «Le sieur de Cernon », arrivé le 22 août à Chieri, déclara au roi qu'il avait pillé et mis à sac une petite ville de la seigneurie de Gènes, pour se venger de ce que, le jour précédent, on y avait fait « un roi de France, en une chaire de papier collé », et puis on lui avait mis le feu par derrière (Nie. Gilles). Ce Cernon était Louis de Villeneuve, sg' de Serenon.

3) Sanudo : Malipiero.

282 niBTOIRE DE LOtJtB XII

L'ordre donné par le Sénat vénitien de ruiner le territoire jusqu'à Verceil convenait peu à Ludovic, qui aurait voulu rester sur le terrain diplomatique vis-à-vis de la duchesse de Savoie. La duchesse prolestait de son désir de voir évacuer Verceil par la France, et elle en demandait les moyens à Ludovic. Mantoue et les provéditeurs maintinrent néanmoins Vordre formel de violer sa frontière et de traiter les environs de Verceil comme ceux de Novare. A cet ordre barbare, que ne justifiait aucune coutume, s'ajoutèrent des détails encore plus hideux. Il s'agissait depiller, sans péril, des gens inoffensifs : les avides pouvaient se montrer ingénieux. Fracassa fit remettre les opérations au lendemain; la nuit venue, il partit seul avec ses cinq cents chevau-légers et put ainsi opérer dans le Vcrcellois une razzia fructueuse : il ramena deux mille bêtes à cornes et mille moutons. Ce fut alors le tour des stratiotes; ils coururentles maisons, d'oii les paysans s'enfuyaient affolés, et ramenèrent mille animaux. Dès ce moment, on vécut au camp dans l'abondance : comme le dit Benedctti, on avait vaincu le régime des privations, La duchesse de Savoie lit ramener dans Tintérieur du pays ce qui avait échappé aux déprédateurs.

Le soir du 21 août, les stratiotes surprirent un convoi de vivres dirigé sur Novare et le dispersèrent; il ne parvint à Novare que dix hommes, portant en croupe des sacs de farine*.

Le 22, le seigneur de Pesaro amena une compagnie de deux cents hommes d'armes aux coalisés, et l'on prépara des tentes magnifiques pour une nouvelle visite de Ludovic... Légère escarmouche dans la direction de Verceil, entre deux pelotons de rcîconnaissance... Le marquis de Mantoue lombe malade *.

1) Sanudo : d'Adria (qui fait honneur de la surprise à Mantoue).

2) D'Adria, p. 67.

Le 23, les provéditeurs envoient un nouvel émissaire en Suisse, chercher deux mille hommes qu'on attendait encore.

Dans la nuit du 23 août, cent cinquante hommes à cheval, tous malades, exténués, sortirent de Novare, précédés de deux trompettes, et déclarèrent se rendre, car la ville ne pouvait plus tenir* : l'eau était exécrable; les perpétuelles alertes, le service incessant des remparts épuisaient les défenseurs : n'ayant rien à mettre sous la dent, ils tuaient leurs chevaux pour les manger ; Novare ressemblait à un vaste hôpital ; les rues même étaient pleines de malades, qui se mouraient surtout de faim. Privés de communication avec le roi, les malheureux, pendant la nuit, faisaient du haut du château, sur le sommet des tours, des signaux de feu, pour demander du secours... Mais, seul, l'ennemi voyait ces signes de désespoir et de détresse briller dans les ténèbres, et il y répondait par des rires... Louis d'Orléans essayait de réagir : il déclara avoir reçu des lettres qui annonçaient l'arrivée du roi : il fît battre le tambour, sonner les carillons, clochesfunèbres qui semblaient le glas des affamés.

Pendant ce temps, les assiégeants s'entretuaient : Italiens et Allemands s'étaient repris de querelle, et dix Italiens restèrent sur le carreau ; devant la foule furieuse de l'armée italienne, les Allemands voulurent s'enfuir; les Italiens, hors d'eux, les poursuivirent la pique dans le dos, et en tuèrent cinquante ; ils les auraient massacrés jusqu'au dernier, sans l'intervention de Petigliano. Mantoue ne trouva d'autre remède que de multiplier les sentinelles aux environs et de calmer les soldats par de copieuses libations *. Il écrivît à la duchesse de Savoie quelques bonnes paroles '. Quant à Galéas, il tra-

1) Lettre de Galéas, 24 août (Arch. de Milan).

2) D'Adria, p. 67.

3) Lettre de Galéas du 24 août.

versait la Sesia et chargeait une troupe de cinquante paysans qui menaient du bétail*. Aussi, le 25 août, Mantoue pouvaitil aviser Ludovic que les vivres n'arrivaient plus à Novare. Il faisait bonne garde; il campait, de sa personne, au quartier général de Casalegio, et Jean-François de San Séverine était chargé de veiller sur le côté de Vespolate; malgré l'ordre rigoureux donné aux sentinelles de faire feu ou de crier au moindre bruit, deux cents chevaux et quelques fantassins purent encore, dans la nuit du 24, quitter Novare, et gagner Verceil à travers les lignes ennemies '.

Si la dysenterie faisait des ravages au camp des coalisés, à Novare elle régnait en maîtresse. Un franciscain sorti de la ville pour chercher des fruits, afin de nourrir, disait-il, sa communauté, raconta qu'il ne restait plus rien à son couvent, qu'on venait d'y enterrer dix-sept Français, que le duc d'Orléans était malade, à bout de forces '.

Le soir du 24 août, un certain nombre d'assiégés réussirent encore à s'échapper à cheval, mais on apprit qu'en arrivant à Vercoil presque tous mouraient des suites de leurs premiers repas. Des espions annoncèrent, le soir du 26 août, Tapprocbe de quinze mille Français, porteurs de charges d'aliments pour Novare. Mantoue voulut tendre lui-même l'embuscade avec sa cavalerie et son artillerie. Bientôt, on entendit résonner dans la nuit le sabot des chevaux du convoi français. C'était simplement une troupe de soixante hommes d'armes * menée

1) Arch. (Irt Milan.

"2) Lettre de J. F. San Severino (Arch. de Milaa).

3) Dans les Comptes ducaux de ce moment, nous voyons le duc donner un écu ù « deux pauvres religieux » qui lui offrent un fruit (Tit. Orléans, 955).

4) Benedetti. D'Adria, dans ses Croniche (p. 67), parle de deux cents hommes d'armes et quatre mille Allemands. Mantoue leur aurait opposé mille chovau-légors, et cinq mille Allemands... Benedetti nous a laissé le récit le plus sérieux du siège : Sanudo n'est pas toujours très exactement

par un jeune seigneur, ami du roi, Jacques de Coligny, s»' de Chatillon. Tout d'un coup, aux pâles rayons de la lune, la troupe française se voit surprise, et cernée; elle se débande; chacun s'enfuit, en jetant les provisions. Les stratiotes se précipitent sur la farine, sur le vin, sur les vivres, sans chercher à faire de prisonniers ; ils arrêtent pourtant Chatillon *, le sire de la Palisse, celui-là même qui devait un jour s'illustrer dans ces mêmes contrées, et quelques autres hommes d'armes. Les stratioles, peu habitués à de si bonnes prises, les dépouillent à fond : or, argent, anneaux, colliers, porte-monnaie, cheval, tout y passe. Les autres fugitifs se cachèrent où ils purent. On ne les attaqua point. Un capitaine d'infanterie vénitien trouva toutefois un moyen ingénieux de faire encore, sans se donner de peine, quelques prisonniers ; il allait, criant : « Voilà les stratiotes. » Ce cri fit sortir des buissons plusieurs Français qui préféraient traiter avec un Italien, etle capitaine, séance tenante, réglait leur rançon. Pour mettre fin à ces abus, les provéditeurs proclamèrent qu à Tavenir tous les prisonniers seraient amenés au camp, et expédiés à Milan ' ou à Crema. Ils décidèrent aussi de licencier les Allemands^ avec lesquels on H,e pouvait plus vivre.

Les Novarais étaler t vraiment à bout de leurs forces ; ils ne parlaient, dans leurs lettres, que de gens morts de faim..., ils disaient ne pouvoir plus attendre que dix jours, puis huit jours puis trois jours... Ces trois jours se passèrent encore... et,

informé. Quant à D'Adria, ses Croniche doivent être consultées avec précaution.

1) Noub remarquons néanmoins qu*à ce moment le duc accepte ud mulet offert par M. de Maillé (renfermé avec lui à Novare), et un grand cheval, offert par M. de Chatillon {TU, Orléans, 955).

2) Les prisonniers, faits par les troupes de Ludovic, étaient, par ordre, envoyés, depuis le commencement du mois, à Milan et enfermés au château [Diaire manuttcrit de Ph, de Lischate).

28G UISTOIRK DE LOUIS Xll

a de mémoire d'homme, ni même dans les chroniques », on ne trouvait d'exemple d'une misère si atroce.

Que faisait donc le roi ? Pourquoi ces séjours prolongés à Chieri, loin de son armée ? pourquoi le bruit qu^il ae commanderait pas Iui-m(^me l'armée? L*on a dit qu'il s'oubliait dans les bras d'une femme : à coup sûr, il s'amusait. Son conseil était divisé : les uns parlaient de la nécessité d'en finir, montrant l'approche de l'hiver, les maladies et les congés qui éclaircissaieut les rangs des Français, déjà bien peu nombreux, le défautd'argent, les inondations qui coupaientle pays, l'effusion bien inutile du sang humain; d'autres mandaient à Louis d'Orléans de tenir bon. La mort soudaine, à vingt-six ans, de la marquise de Monferrat, cette vraie amie de la France, vint encore compliquer la situation : la marquise laissait deux jeunes enfants, sous la tutelle de son oncle, brave commeelle, Constantin Arniti, frère du dernier roi de Serbie *. Malgré les efforts de Pierre de Bourbon et l'ambassade du vicomte de Rodde, Guillaume de Caramaing', l'armée espagnole s'avançait aussi sur la frontière du lloussillon, et Charles VIII ne pouvait que prier Pierre de Bourbon a d'aviser^ ». Knmême temps, il réclamait de l'argent, car, au lieu de douze ou quinze mille Suisses qu'il désirait, voilà qu'il lui en arrivait vingt-cinq mille*, de quoi « subjuguer toute l'Italie, » disait-il.... Pierre de Bourbon faisait l'impossible : « Le roi, écrivait-il au trésorier des finances, reçoit dix mille Suisses do plus qu'il ne pensait, soit une augmentation de dépense de 60.000 francs par mois. En-

1) Coniniint's.

2) Fr. 20590, GO, 02 : 25717, 718.

3) Fr. 3'.^2i : Aul. de Saint-Pétersbourg, (I), 1, 26.

4) Cummiiios, édilion Dupont, III, 425 : Fr. 3924, fo 6, n» 14; lettre de G. (l'Auiboise aux Étals de Normandie, 6 mars 1495-96, Arch. municip. de lluueii, 228, 1.

BLOCUS DE NOYABE 287

\oyez-lui de suite vos obligations; il lui faut tout l'argent possible. Il espère finir en septembre et revenir*. »

Le 28 août, le roi adressa de Chieri aux habitants de Novareune lettre pathétique, que nous retrouvons dans les papiers de Ludovic. Il les remerciait chaudement du « service fait » au duc d'Orléans et à lui, il promettait encore de les secourir ^

Un ambassadeur de la duchesse de Savoie vint au camp coalisé se plaindre des pillages : on le renvoya à Milan.

Le 29, Petigliano décida les assiégeants h s'approcher de la ville : les Italiens mirent le feu dans les faubourgs : ils s'établirent, au nombre de deux cents chevaux et de trois cents gens de pied, dans Téglise San Nazzaro : ils élevèrent aussi une casemate devant Téglise Sanla Maria, à portée des murailles, et deux bastions près de leur camp, sur les deut roules de Verceil à Novare,

Le Sénat de Venise, outré contre les Suisses, ordonnait de ne plus recruter que des Italiens, et surtout de presser l'assaut. Mais les pluies persistantes formaient autour de Novare un vaste marécage qui rendait les niouvements d'ensemble très difficiles.

Quelques stratioles, en train de piller, * arrêtèrent deux pillards français et quatre archers, le 30 août.

On no pensait plus qu'à l'assaut final. Le matin du 31 aoùl, Petigliano, qui le réclamait vivement, fit couper autour de la ville tous les restes de vignes ou d'arbres à fruits, et donna l'ordre de tourner Novare pour l'étreindre de près ' . Mais Ludovic n'était pas l'homme des grandes décisions. Il venait

1) Fr. 15537, f» 226. Le 9 septembre, il envoya 1000 livres au sire d*Albret, commandant de Tarmée du Languedoc (fr. 26104, 1096). Cf. Tit. S'- Âmand, 2,

2) Arch, de Milan.

3) Lettre du 31 août (Arch. de Milan, Guerre^ 1495, Alessandria),

288 HISTOIRE DE LOUIS Xll

d'apprendre le traité des Florentins avec le roi : un ambassadeur florentin passa à Alexandrie le 31, avec deux envoyés du cardinal de la Rovère*... Ludovic savait que Nerio Capponi se trouvait près du roi, qu'Hiblet de Fiesque méditait un mouvement sur Gènes avec quatre mille hommes de pied, que Constantin Arniti nouait des intelligences avec des Grecs cl des Albanais. Il savait aussi les embarras du roi, les excès de ses Suisses (il avait fallu envoyer à Suze six cents hommes pour arrêter le pillage des Suisses), l'abandon d*Asti sans défense ". La situation du Montferrat Tinquiétait... Il envoya, le 31 août, François de Landriano poser à Galéas diverses questions : (( Que faire des prisonniers français ?ils sont misérables, et ne peuvent rien payer.. . Est-il vrai que, de Verceil, on a dirigé des troupes sur Naples? Les Allemands de Novare devaient partir aujourd'hui, s'ils ne recevaient pas leur solde : Tont-ils reçue? D'autres Allemands ou le marquis de Mantoue sont- ils entrés en négociations avec eux? A rrive-t-il de nouvelles troupes italiennes? Avez-vous dix mille Italiens? » Il demandait aussi qu'on lui renvoyât huit cents Italiens et qu'on expédiât un bon détachement à Felizzano, près d'Asti \

Un prisonnier, échappé de Novare, déclara que, depuis huit jours, les Français ne quittaient plus leurs armes, et s'attendaient à l'assaut d'un instant à l'autre.

Les Novarais firent prisonnier un courrier de Venise.

Contarini poussa une reconnaissance sur la Sesia, qu'il passa même à gué, et il gravit avec ses stratioles un coteau qui dominait l'autre rive, près de Verceil...

1) Lettre de Fr, Sforza, 31 août {id.).

2) Lettre du môme, 27 août (ici.).

3) Instr. à Landriano (Arch. de Milan, Guerre^ 1495, Cong, di Aouam).

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