‹ Histoire de Lorraine (volume 2)Chapitre 12 sur 20 · V. ibid., f* kj r · texte numérisé non relu

V. ibid., f* kj r

habitants de cette ville, qui redoutaient l'indiscipline des soldats d'Antoine , refusèrent de les recevoir , en alléguant que ceux-ci pillaient tous les bourgs et villages placés sur leur route ; et le duc , mécontent de ce refus , déclara qu'il allait traiter Molsheim en ville, prise d'assaut, si elle ne lui remettait sur-le-champ une somme qu'il ûxa. Les habitants payèrent , mais obtinrent que l'armée camperait hors des murs. Elle ne vit pas d'eunemis le 18, ni le 19. Le 20, à la pointe du jour , elle se dirigea vers Saint-Hippolyte , qui appartenait au duc, comme on l'a dit plus haut , avec le dessein de rentrer en Lorraine par la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. L'avantgarde, commandée par Nicolas de Ludres, eut à peine dépassé le village de Stotzheim , qu'elle aperçut dans le lointain un nuage de poussière annonçant la marche d'une grande multitude. Comme les Rustauds étaient encore fort éloignés, l'avantgarde eut le temps de gagner Schcrweiler, village situé à peu de distance de Schelesladt. Elle apprit alors que les paysans se trouvaient tout près de là et se disposaient à fermer le passage à l'armée lorraine. A cet effet , ils se rangèrent en bataille en arrière de Scherweiler , ayant leur front couvert par une ligne de chariots , qui devaient opposer un obstacle infranchissable aux charges de la cavalerie, tandis que les ailes étaient protégées par des vignobles d'un accès difficile» Les chefs des Rustauds s'emparèrent aussitôt du village , dans lequel ils placèrent un détachement nombreux, ce qui forçait les Lorrains d'emporter d'abord cette position, ou de s'exposer au feu du détachement , s'ils (entaient de défiler à droite ou à gauche pour assaillir le centre et les deux ailes. Enfin, dix ou douze fauconneaux et environ cent trente arquebuses à crochet complétaient ces moyens de défense cl rendaient fort dangereuse une attaque de vive force. Nicolas de Ludres n'avait pas assez île monde pour disputer aux paysans la possession de Schcrweiler ; en conséquence , il occupa un bon poste un peu au nord du village, envoya des cavaliers

prévenir le duc de ce qui arrivait , et fit une reconnaissance générale de l'armée ennemie et du terrain sur lequel on allait combattre. On n'est pas d'accord sur le nombre des Rustauds ; Volcyr prétend qu'ils étaient vingt-quatre mille (1), et les moindres estimations leur donnent environ seize mille hommes (2).

Antoine se trouvait encore à une certaine distance de Schcrweiler, lorsqu'il reçut le message de Nicolas de Ludres, et il accéléra sa marche pour le rejoindre. Il n'avait avec lui que la cavalerie et environ trois mille hommes d'infanterie. La chaleur avait été accablante pendant toute la journée ; la distance entre Molshcim et Scherwciler est d'environ huit lieues, et beaucoup de piétons , notamment des lansquenets, chargés d'armes pesantes , étaient restés en arriére. Comme les chefs de l'armée commençaient à croire qu'ils faisaient simplement une promenade militaire, ils avaient laissé quantité de soldats s'écarter de la colonne , et il en résulta qu'en abordant l'ennemi, l'armée lorraine lui était numériquement bien inférieure.

Il était six heures du soir quand le duc arriva prés de Scherwciler, et il réunit sans retard un conseil de guerre pour délibérer sur le parti qu'il fallait prendre (3). Le comte de Guise fut d'avis de remettre Faction au lendemain ; il fit observer que la nuit viendrait avant que l'armée fût rangée en bataille et qu'elle eût parcouru la distance qui la séparait de Scherweiler ; il ajouta que la cavalerie était harassée par une longue marche sous un soleil brûlant; que plus de la moitié des fantassins manquait à l'appel ; que I on connaissait d'une manière très- imparfaite le terrain sur lequel se déployait la ligne ennemie, et qu'il était indispensable de l'examiner de nouveau. Cet avis fut goûté par la plupart des chefs, et il allait prévaloir; mais un capitaine allemand, dont

(1) V. ibid., f« Unv r.

(2) V.Tramch, ibid , f 99; Spcckle, t. Il, f> SIS; Herzog, liv. Il, p. \C>9

(3) Màm. de Thwrriat rilés par Chevrier, ibid , p IWM02.

l'histoire n'a malheureusement pas conservé le nom, représenta que, malgré l'heure avancée, on pouvait livrer et gagner la bataille avant que l'obscurité fût complète ; qu'une nuit passée en plein air, et au milieu d'alarmes continuelles, ne servirait qu'à accroître la fatigue des hommes et des chevaux ; que les piétons attardés paraîtraient bientôt, et enfin qu'en attendant au lendemain, on donnerait aux Rustauds le temps d'appeler à eux les bandes qui ne les avaient pas encore rejoints.

Tout le monde applaudit à ce discours, et le duc ordonna de faire les dispositions nécessaires pour le combat. On distribua du pain aux soldats , et on défonça plusieurs tonneaux de vin , afin que chacun se désaltérât à son aise. Le sire de Ludres, frère cadet de Nicolas, fut chargé d'attaquer, avec les volontaires lorrains et une bande italienne, le ▼illage de Scherweiler, qu'il importait d'enlever avant de marcher contre le gros des ennemis. On s'approcha des maisons à la faveur de haies épaisses que les Rustauds n'avaient pas eu le soin de brûler, et au cri de Vive Dieu et Lorraine ! Le village fut emporté en un instant, et les deux mille paysans qui le défendaient cherchèrent leur salut dans la fuite. Le comte de Guise, qui s'était avancé, avec quelques troupes, pour faire craindre aux Rustauds d'être mis entre deux feux, éprouva une telle admiration, à la vue de l'action hardie du sire de Ludres , qu'il sauta à bas de son cheval , courut embrasser le jeune homme et lui dit : « Monsieur de Ludres,

• vous fais chevalier , et vous liens pour tel ; recevés l'ac-

• coladc ». « Ce faict doit estre de remarque , continue

• Thierriat, d'autant que ledict de Ludres l'estoit bien (che- » valier) de naissance ; mais ne crut pouvoir mieux faire » que recevoir telle marque d'honneur en champ de ba- > taille (4). >

(1) V. les fument* d« Mémoire*, re*nc d'Antoine.

Le terrain une fois libre , les différents corps de l'armée ? inrent prendre les postes qui leur étaient assignés. Cette manœuvre s'opéra sous le feu de l'artillerie ennemie, mais cette artillerie ne fit presque aucun ravage dans les rangs lorrains, à cause de l'ignorance des canonniers , qui avaient placé leurs fauconneaux sur des chevalets tellement élevés que les projectiles passaient au dessus des piques. L'aile droite était guidée par le comte de Guise, qui avait pour lieutenants son frère le comte de Vaudémont , Jean VIII comte de Salin et le bailli d'Allemagne ; elle se composait d'un corps d'infanterie, des Albanais et de la cavalerie légère. Au centre, conduit par le duc en personne, se trouvaient un autre corps d'infanterie et la gendarmerie lorraine et française ; enfin, l'aile gauche était formée d'une compagnie d'ordonnance, commandée par le capitaine du Fay, et de quelques détachements de fantassins et de cavaliers sous les ordres du sire de Ludres.

Un instant avant que l'on donnât le signal de la bataille, beaucoup de gentilshommes voulurent se faire armer chevaliers par le duc de Lorraine , bien que plusieurs cfentr'eux eussent reçu cet honneur dans d'autres circonstances.

Les lansquenets commencèrent l'attaque. Comme le terrain sur lequel s'engageait la lutte était assez inégal, et que les assaillants ne pouvaient conserver leurs rangs , ils eurent d'abord du désavantage, et on fut obligé de leur envoyer des renforts ; ce qui permit aux lansquenets de reprendre l'offensive et de contraindre les Rustauds à chercher un abri derrière la ligne des chariots ; néanmoins, ce ne fut pas sans difficulté que Ton parvint à les faire reculer. Volcyr , qui assistait à la bataille et voulut considérer de prés la mêlée, avoue qu'il rétrograda précipitamment. « Et comme le collecteur (c'est de » lui-même qu'il parle) se fust par trois fois ingéré d'entrer en » ladicte plaine où le conflict se faisoit pour mieux venir l'af- * faire et congnoistre la situation dudict lieu, force es toit qu'il

» se retirast avec les autres plus de cent pas, si fort estaient » les Lorrains repoulsez des luthériens, par les charges » nouuelles qu'ilz faisoient sur eulx (1). » En ce moment, le sire de Ludres fit établir sur un mamelon une batterie , qui démonta la plupart des fauconneaux ennemis et jeta quelque désordre parmi les Rustauds. Un condottiere italien, nommé Dagobbio, profita de leur hésitation, s'approcha des chariots, avec sa troupe, et réussit à en soulever et à en écarter plusieurs. La gendarmerie passa par cette espèce de brèche, chargea les paysans avec impétuosité et renversa tout ce qui se rencontra devant elle. Le comte de Vaudémont la suivit avec l'infanterie qu'il commandait ; mais cette infanterie fut elle-même attaquée par une telle multitude d'ennemis, qu'elle ne put soutenir leur choc. Le comte perdit son casque et un de ses gantelets , et sa vie était en grand danger, lorsque Jean de la Marche, sire de Saulcy, accourut avec cinq cents hommes et le dégagea. Les troupes lorraines qui n'avaient pas encore donné parurent alors à peu de distance, et les Rustauds, voyant que la bataille était perdue, tâchèrent de gagner les bois, à la faveur de la nuit qui commençait à tomber. Cette retraite précipitée leur coûta plus de monde que l'action elle-même. La cavalerie légère et les Albanais s'élancèrent à leur poursuite et en tuèrent quantité. On évalua le nombre des morts à douze mille. Nous regardons celte estimation comme entachée d'erreur; on ne peut nier toutefois que l'effusion du sang n'ait été considérable, et Dom Calmet assure que, de son temps, on montrait encore aux environs de Scherweiler des amas d'ossements entassés dans des chapelles construites ça et là, au milieu de la campagne (2).

L'armée lorraine passa la nuit sur le champ de bataille ;

(1)V. ibid^C-xcjr0.

C2) V. Hi»t. de Lorr., t. H, col. 1 171.

mais l'infanterie seule put prendre quelque repos. On avait annoncé, dans la soirée, que des bandes de paysans s'avançaient pour rallier le rassemblement qui venait d'être vaincu, et, comme on craignait une attaque nocturne, Antoine resta à cheval avec la gendarmerie jusqu'à la pointe du jour. Ces appréhensions n'étaient pas fondées; les Rustauds, épouvantés de leur défaite, avaient jeté leurs armes; les éclaireurs, que Ton avait envoyés de toutes parts, rapportèrent que l'on ne voyait plus d'ennemis, et le duc ordonna à ses troupes de se mettre en marche pour rentrer en Lorraine, malgré les remontrances du margrave de Bade, selon lequel Antoine devait camper pendant trois jours sur le lieu du combat, pour recevoir les députations et les présents que les villes et les seigneurs d'Alsace lui enverraient dans le but de lui témoigner leur reconnaissance. Le prince, qui attendait, sans doute , peu de chose de leur gratitude, persista dans sa résolution. Il n'ignorait pas, d'ailleurs, que les actes de pillage commis par des soldats indisciplinés avaient vivement irrité les Alsaciens , qui ne pouvaient sans colère voir a la suite de l'armée lorraine un grand nombre de voitures chargées de butin. Quelques auteurs ont même avancé, mais sans en donner aucune preuve et contrairement à la vérité , que les nobles et les communautés d'Alsace prenaient les armes de tous côtés pour repousser les Lorrains au delà des montagnes, et que la retraite de ces derniers ne fut pas entièrement volontaire. Les seules causes du retour un peu précipité d'Antoine furent le désir de licencier une armée désormais inutile et d'un entretien très-onéreux, et l'envie que le comte de Guise éprouvait d'aller au pfastôt reprendre sur la frontière de la Champagne te poste qui lui était confié.

Après avoir envoyé un détachement occuper la petite ville de Sainl-Hippolyte; dont le curé avait, comme nous l'avons dit, séduit une partie de ses paroissiens, le duc s'engagea dans le val de Viller ; il espérait arriver de bonne heure

dans ce bourg, où l'armée devait entendre la messe ; mais les paysans avaient fait des abatis tellement considérables , pour obstruer la route et empêcher les Rustauds de pénétrer dans les Vosges , que Ion fut obligé de travailler une partie de la journée pour rendre le chemin praticable. Le lendemain 22, l'armée rencontra dans les bois de Sales de nouveaux abatis, qui la forcèrent à faire une longue halle. Quatre ou cinq cents paysans des environs de Sainl-Dié, que Ton avait mis en réquisition, parurent enfin, scièrent et détournèrent les arbres qui formaient l'obstacle, et l'armée parvint à gagner Moyen-Moutier, puis Kaon-l'Elape , où elle passa la nuit. Le 23 , on célébra , dans cette ville , les funérailles de plusieurs gentilshommes qui avaient péri à Lupstein , à Saverne et à Scherweiler, et on leur donna une sépulture honorable dans l'église des cordeliers de Raon. Le 24, le duc, ses frèrçs et les principaux seigneurs qui les accompagnaient rentrèrent dans la ville de Nancy , où ils furent accueillis comme en triomphe (î).

Le 25 , Antoine et Renée de Bourbon se rendirent en pèlerinage dans l'église de Saint-Nicolas-dc-Port, cl le duc y fonda une messe quotidienne , que l'on annonçait par seize coups de cloche , pour rappeler qu'il était resté seize heures à cheval le jour où il avait vaincu les Rustauds à Scherweiler. Les différents corps de l'armée ne tardèrent pas à arriver dans ce bourg ; les contingents fournis par les prévôtés furent licenciés, les troupes françaises retournèrent en Champagne, et les lansquenets furent congédiés, après avoir reçu une double paie (2).

Le duc avait chargé Jean d'Helmstadt , capitaine de Hom* bourg , et Jacob Bermeringcr , prévôt de Châlcau-Salins , de faire une enquête pour découvrir et punir les individus qui

(1) V. Volcyr, ibtd., f« xcvj *°.

(2) V. ibid., f«« xcfj v° el xcvij r°.

avaient entraîné dans la révolte le» paysans du bailliage d'Allemagne; mais le nombre des coupables se trouva si grand, que Ton fut obligé d'abandonner les poursuites. Beaucoup d'entr'eux avaient, du reste, ainsi que cela résulte de l'enquête, péri à Saverne ou dans les environs ; d'autres, craignant un juste châtiment, s'étaient décidés à ne pas retourner dans leurs maisons; ceux qui étaient revenus affirmaient qu'ils n'avaient suivi les rebelles que de force ou par curiosité , et les plus compromis avouaient seulement qu'ils avaient aidé à boire le vin des monastères pillés par les Rustauds (4).

On prescrivit des prières publiques pour remercier Dieu d'avoir épargné à la Lorraine cette nouvelle invasion de Barbares. Antoine donna une tapisserie magnifique à la cathédrale de Tout, pour accomplir le vœu qu'il avait fait pendant la bataille qui termina la guerre, et il écrivit au pape Clément VII et aux princes chrétiens, afin de leur annoncer sa victoire. Le souverain-pontife lui adressa un bref pour le féliciter et accorda un jubilé ou pardon général à tous les Lorrains (2). On remit à Antoine d'innombrables lettres de félicitât ion , et Chevrier prétend même que le poète Clément Marot, qui manifestait déjà à cette époque son esprit d'irréligion, voulut aussi complimenter le duc de Lorraine (3). Aux lettres succédèrent les présents; les villes, les abbayes, les chapitres offrirent au prince de l'argent ou des objets de prix; les chanoines de Toul, enlr'autres, lui firent porter six

(1) V., au Très, des ch., le registre intitulé : a Pappierdcs noms et surnoms , du (hit et gouuernement de l'entreprinse des paysans Lutlhériens des bonnes villes et villaigcs du bailliaige dallemaignc. Par ordonnance de nostre souverain seigneur monseigneur le duc de Calabre, de Lorraine et de Bar. Visites rédigés et examinés (*ic) en toute diligence par Jean de Helmestat, Cnppitainc de Hombourg, et Ja'ob Bermeringer, préuost de Chastelsallin, depputés et ordonnés pour ce faire. Fait en l'an mil cinq cens et vingt cinq. «

(2) V. Benoît, ibid., p. 617.

(3) V. Rist. de Lorr., t. IV, p. 108.

grandes tasses de vermeil par l'archidiacre Jean de Luester, aumônier de la duchesse Philippe de Gueldres (1).

Ces témoignages de contentement prouvent avec quelle appréhension on avait vu se former l'orage qui avait failli ravager la Lorraine , et quelle joie on éprouva quand on fut à l'abri du danger. Mais si le péril le plus imminent se trouvait écarté, on n'en avait malheureusement pas fini avec l'hérésie. Repoussée quand elle avait voulu s'établir par la violence, elle allait, sans doute, tenter de s'introduire en Lorraine par d'autres voies, et les prédications secrètes de quelques ecclésiastiques et de certains moines, favorablement disposés pour les nouvelles doctrines , semblaient désormais beaucoup plus à craindre qu'une invasion. Pour effrayer ceux qui auraient formé le projet de propager le luthéranisme, et afin de prouver que l'ordonnance du 26 décembre 4525 n'était pas destinée à rester une lettre-morte , Antoine prescrivit de punir sévèrement plusieurs novateurs. Le 14 juin , on décapita , comme on l'a vu, un individu qui avait essayé de tromper le Duc sur les projets des Rustauds ; le 20 du même mois, « fut desgradé ung » josne religieux, tenant l'hérésie de Luther ; mais pour ce qu'il » vint à vraye cognoissance et qu'il se repentoit très-fort, il ne > fut pas bruslé, ains mis d'une part qu'on ne sceut qu'il de- » vint » ; le lendemain, on ût monter sur le bûcher le curé de Sainl-Hippolyle. Wolfgang Schouch, non content d'adresser au prince une apologie du luthéranisme, s'était rendu à Nancy pour exposer de vive voix les motifs de son changement de religion, cl avait opiniâtrément résisté aux efforts du P. Bonaventure Rennel , qui avait voulu l'engager à reconnaître ses erreurs (2).

(1) V. Benoit, ibid., p. 617 ei 618. Les Etats-Généraux réunis à Nancy, au mois de janvier 1527, volèrent un aide destiné a couvrir les frais de la guerre qui n'avaient pas encore été intégralement acquittés. V. Layette EtaU- Généraux, II, n°* 2 et 35 N.

(2) V. le compte du receveur-général pour 15*24-1925; Calmet, Bihliolh. lorr., supplém., col. 90, et Les chroniques de Mets, p. 824.

On prie en même temps des mesures plus ou moins efficaces contre les abus1 qui servaient ordinairement de texte aux déclamations des prétendus réformateurs. Hector d'Ailly, évéque de Tout, sachant que les statuts synodaux qu'il avait promulgués, à l'exemple de Hugues des llazards, rencontraient de l'opposition dans une partie du clergé, demanda au souverain-pontife de les confirmer et les fit ensuite observer avec rigueur (1). L evèché de Verdun, qui avait souffert, pendant les premières années du XVI4 siècle, par la mauvaise administration de Warry de Dommartin, se rétablit sous les trois premiers successeurs de cet évèque ; car ils appartenaient à la maison de Lorraine et possédaient, par conséquent, l'autorité nécessaire pour faire respecter leurs décisions. Le concordat germanique fut établi dans le diocèse de Verdun par plusieurs bulles du pape Léon X (2), et Paul III l'introduisit dans la cathédrale deToul, sous l'épiscopat de Toussaint d'Hocédy (3).

Malgré les précautions que prirent les évéques et le duc de Lorraine pour élever devant l'hérésie une barrière infranchissable, le luthéranisme se glissa dans quelques lieux, et l'ordonnance de 1523 parut bientôt ne plus suffire. Les Etats- Généraux, réunis à Nancy en 1559, remontrèrent au prince la nécessité de revenir sur ce sujet, et le 13 octobre parut un edit qui défendait « que d'huy en avant, nul, de quel estât et » condition il fusl, ne tinst en publicq ou privé aucun propos

• de ceulx que Martin Luther, ses séquaces et adhérens ont

» escrits et publiez, et ce à peine de la mort par le feu

» et de la confiscation des biens, ou aultre punition comme il > seroit advisé ». Les articles suivants interdisaient à chacun d'acheter ou posséder des livres hérétiques, et aux hôteliers

• de tenir propos, paroles ou devis des articles de nostre

;t) V. Benoit, ibid., |». 619.

(2) Deux de ces bulle* sont imprimée* <lau« Calmet, llùt.. t. III. preuv., col. ccclxviij-ccchixv. V. cependant notre tome III, p. 208. (S) V. la bulle de Paul III, dan* Calmet, ibid., col. ecccuij-ercavj.

» saiocte foy, soit avec estrangers ou gens du pays losgez » chez eulx, à peine d'amende arbitraire ». Us devaient de plus prévenir la justice quand ils entendaient, dans leurs auberges, des conversations qui avaient trait aux matières religieuses. Un article prohibait tout colloque sur les articles de foi, à moins que ces colloques n'eussent d'avance été autorisés par l'évéque, et ils ne pouvaient avoir lieu hors de la présence des officiers chargés de la police. Le duc recommandait aux évèques de Metz, Toul et Verdun d'exercer la surveillance la plus exacte sur les prédicateurs; aux baillis et prévôts d'appliquer avec fermeté les dispositions tant de l'ordonnance de 1523 que du nouvel édit; et aux simples particuliers de dénoncer les personnes qui prêchaient le luthéranisme. Enfin, il était défendu de répéter, même sans mauvaise intenlioo, les discours hétérodoxes que l'on avait ouïs, et de vendre ou d'acheter des traductions françaises de la Bible ou de quelques-uns des livres qui la composent (1).

La principale cause des appréhensions que l'on éprouvait en Lorraine était la situation des esprits dans la cité de Metz. Le luthéranisme, un moment comprimé, ne tarda pas à reparaître dans celte ville. Pierre Tossany , chanoine de la cathédrale, revint de Bâle avec Guillaume Farci, espèce de prédicant nomade qui portait partout avec lui le trouble et la discorde. Tossany fit des démarches pour que l'on accordât à Farel la permission d'ouvrir un prêche ; mais sa demande fut mal accueillie , et tous deux furent obligés de partir précipitamment. Peu de temps après, un cardeur de laine nommé Jean le Clerc , natif de Meaux et chassé de sa patrie pour avoir affiché à la porte de la cathédrale des placards séditieux, se fixa à Metz et séduisit plusieurs bourgeois, entr'autres un imprimeur appelé Jacques. Sans se laisser intimider par

(1) Cette ordonnance est imprimée dans Rogévillc, ibid., t. I, p. 562

le sort de Jean Rougiers, euré de Saint-Livier, el du curé de Saiot-Gorgon , qui venaient d'être emprisonnés pour cause d'hérésie, Le Clerc, Jacques et Pierron Guérard, clerc du palais et receveur de Sainle-Glossinde, se rendirent dans le cimetière Saint-Louis , où ils mutilèrent des images et proférèrent les propos les plus outrageants contre la religion catholique. On mit aussitôt ces trois individus en prison ; Le Clerc fut exécuté, Jacques eut les oreilles coupées et fut banni, Guérard parvint à s'enfuir. Les magistrats défendirent , sous des peines sévères , de répandre les doctrines protestantes el d'introduire dans la ville les écrits des novateurs; néanmoins, les sectaires ne se découragèrent pas et, soutenus secrètement par quelques-uns des patriciens, continuèrent à faire des prosélytes. En 4538, trois anabaptistes trouvèrent même le moyen d'entrer à Metz et d'y gagner différentes personnes ; en 1541 , deux dominicains apostats osèrent annoncer ouvertement les erreurs de Luther, et ceux des Messins qui avaient adopté le symbole du moine de Wittembcrg, ayant appris que la diète de Ratisbonnc avait promulgué une décision favorable aux luthériens, prièrent les magistrats d'autoriser le libre exercice de la nouvelle religion. La puissance de Gaspard de Heu, qui partageait leurs sentiments et fut élevé, l'année suivante, à ta dignité de mallre-échevin, animait leurs espérances. Toutefois , se sentant trop faibles pour s'emparer eux-mêmes du gouvernement, ils demandèrent à plusieurs petits princes allemands de les aider à se rendre maîtres de la ville. Bientôt , une bande d'aventuriers , commandée par le comte Guillaume de Furstemberg, s'établit dans les environs de Metz, qu'elle menaça d'un blocus. Guillaume entra dans la cité avec une escorte peu nombreuse, afin d'obtenir par la ruse ce qu'il désespérait d'arracher par la force ; mais les catholiques, irrités de son audace, le mirent dehors et maltraitèrent ses compagnons. Le comte se logea alors dans l'abbaye de Gorzc , s'y fortifia et de là écrivit aux ma-

gistrats messins une lettre menaçante. Ils eurent la faiblesse de céder; quelques malheureux furent emprisonnés, un autre fut exécuté, et les protestants, fiers de ce triomphe, mandèrent Farel, qui ne tarda pas à arriver et à montrer les prétentions les plus exorbitantes. Il prêcha publiquement dans le cimetière des Dominicains , et deux de ces religieux qui voulurent l'en empêcher coururent risque de la vie. Les Treize lui ayant fait signifier de cesser des prédications qui répandaient le trouble, il ne tint pas compte de cette injonction et voulut même continuer ses discours dans l'église de Saint-Pierre-aux-Images ; on y mit obstacle, et Farel, secouant la poussière de ses souliers contre une ville aussi ingrate, se retira dans le village de Montigny. On bannit en même temps les bourgeois qui, par leurs propos ou leurs actions, avaient causé les désordres dont nous venons de parler.

Le comte de Furstemberg occupait toujours l'abbaye de Gorze, et de là écrivait aux magistrats messins des lettres dictées par la colère. Farel le rejoignit dans les derniers jours de Tannée 1542, et sa présence fut le signal de nouveaux désordres. Le 45 mars 4543, il y eut une conférence entre le comte et les magistrats , conférence à la suite de laquelle ces derniers furent destitués et remplacés par des hommes plus ou moins favorables aux luthériens. On s'empressa d'accorder à ceux-ci la permission d'exercer librement leur culte; Watrin du Bois, ancien religieux et un de leurs ministres, s'installa dans une église qui leur fut abandonnée , et ils eurent même le crédit de faire décider que les curés seraient contraints d'annoncer au prône l'heure du prêche (4). Le comte de Furstemberg avait aussi résolu d'introduire l'hérésie

(1) V. , au sujet de tous ces événements, Les chroniques de Mets, p. 825 et suiv. ; Histoire de la uaissance, du progrès et de la décadence de l'hérésie dans la ville de Meti et dans le pays messin, parMeurisse, seconde édit., p. 46-79.

dans l'évêché de Verdun. Nicolas Pseaulme, qui devait monter plus lard sur le siège épiscopal de celle fille, élait alors abbé de Saint-Paul. Il fortifia soigneusement le château de Wojnville, situé entre Gorze el Saint-Mi h iel et qui* dépendait de son monastère, el y mil une bonne garnison, afin d'empêcher les soldats de Guillaume de faire des courses dans cette partie du diocèse. La précaution n'était pas inutile, car, dès les premiers jours de mars 1545, le comte déclara la guerre aux Verdunois, pour les punir d'avoir engagé les bourgeois de Metz à ne pas céder et de leur avoir même expédié des secours. Il attaqua le château de Woioville, et, malgré le courage de ses défenseurs , il s'en empara , le pilla , le brûla, fil prisonniers plusieurs prêtres et quantité de laïcs, et ne les relâcha qu'après avoir obtenu d'énormes rançons. Il prit ensuite le château de Beauzey, propriété du chapitre de Verdun, et répandit une si grande terreur dans la ville, que Pseaulme el ses religieux quittèrent leur abbaye, qui s'élevait hors des murs el n'était pas à l'abri d'un coup de main. Pendant ce temps, le cardinal de Lorraine et l'abbé de Saint- Paul ne cessaient de presser la cour de France d'envoyer des troupes pour expulser de Gorze le comte de Furslemberg, si elle ne voulait voir l'hérésie s'établir en maltresse sur les frontières de la Champagne. Le comte, qui n'ignorait pas les négociations du cardinal , comptait se saisir des passages de la Meuse, afin d'empêcher les Français de traverser le fleuve; mais la résistance qu'il rencontra dans l'attaque des châteaux de Woioville el de Beauzey l'empêcha d'exécuter son projet (I). Le duc de Guise s'avança avec tant de secret et de diligence, que les hérétiques n'eurent pas la moindre connaissance de sa marche, el il entra à l'improviste dans le bourg de Gorze, le 25 mars, jour de Pâques. A la vue de ses soldats, les compagnons du comte de Furstemberg, qui étaient à table,

(I) V. Rou*<el, 11*1. de Verdun, p. i3S et *33.

firent mine de défendre le château; toutefois, ils capitulèrent presque immédiatement. Farel monta sur une charrette remplie de lépreux, après s'être enfariné le visage et s'être muni de cliquettes, et réussit à s'échapper. La prise de Gorze eut lieu, du reste, sans effusion de sang, et l'on ne cita d'autres victimes qu'une bourgeoise de Metz qui se noya dans la Moselle avec sa servante, en cherchant à s'enfuir, et un drapier nommé Adam. Ce dernier fut tué dans une espèce de rixe par des soldats qui avaient tenté de lui enlever son escarcelle (1). Les protestants firent néanmoins grand bruit de cette affaire, et, pour se donner à peu de frais les honneurs du martyre, affectèrent de parler du massacre de Gorze. Les Strasbourgeois écrivirent une lettre au duc de Lorraine pour se plaindre de la manière dont on avait chassé leurs coreligionnaires, et le prince, tenant à conserver de bonnes relations avec des voisins aussi puissants, leur répondit, le 3 avril, et affirma qu'il était demeuré complètement étranger à ce qui s'était passé à Gorze le 35 mars (3). Il s'entremit, probablement, auprès de son frère pour que l'on traitât les prisonniers avec bonté, et on relâcha, sans rançons, les Messins que l'on avait arrêtés dans le bourg, et parmi lesquels se trouvaient beaucoup de patriciennes, qui avaient fait le voyage pour entendre Guillaume Farel.

Ces événements s'accomplirent pendant les dernières années du règne d'Antoine. Nous ne les avons rapportés ici que pour ne pas interrompre le récit des efforts que les Luthériens firent, pendant la première moitié du XVI* siècle, pour établir leur culte en Lorraine, et il nous faut maintenant remonter à l'année 1536. Le roi de France venait d'obtenir sa liberté, en signant un traité dont il refusa ensuite d'exécuter

(1) V. Meurissc, ibid., p. 79-82.

(2) Une copie de cette lettre se trouvait dan* la collection de M. le comte Emmery (de Metz) ; elle est mentionnée dans le catalogue de ses manuscrits lorrains et messins, 132.

les clauses, et la guerre recommençait sur les frontières du royaume. Oo invita le duc à se déclarer pour François Ier, et à prendre part à la ligue qui srétait formée dans le but d'abaisser la maison d'Autriche. Mais il annonça qu'il voulait garder la neutralité la plus parfaite, et, sachant que des troupes françaises s'avançaient pour occuper le château de Void, qui appartenait au chapitre de Toul, il pria les chanoines de recevoir une garnison lorraine dans cette forteresse. L'évéque Hector d'Ailly joignit ses instances à celles du prince, et le chapitre ayant donné son consentement, le duc fit entrer Philippe de Mousson dans le château de Void et mil aussi une garnison à Liverdun , qui lui fut livré par le prélat (4). La ville de Metz prit également des précautions pour sa sûreté ; non contente d'engager à son service quelques seigneurs et beaucoup d'aventuriers allemands, elle paya une pension au duc de Lorraine, qui promit de défendre les Messins contre tous leurs ennemis. Ces mesures maintinrent la tranquillité dans notre pays, tandis que la plus grande partie de l'Europe devenait le théâtre d'une guerre désastreuse.

C'est à celte époque qu'il faut rapporter un fait mentionné par Bournon (2). Ce compilateur assure que le comte de Guise, tourmenté par le désir de régner, demanda à son frère de lui céder, moyennant une forte pension, les duchés de Lorraine et de Bar, et lui conseilla de prendre le litre de roi de Naples et de Sicile, qui devait, disait Claude, être le partage de l'atné de sa maison. Il est inutile de réfuter celte historiette. En 1526, le comte de Guise était fixé en France depuis longtemps et ne songeait pas à s'approprier les domaines de son frère, qui avait des enfants. Ce qui ne laissait pour ainsi dire à Claude aucune espérance de voir ses propres descendants gouverner un jour la Lorraine. D'un autre côté ,

(1) V. Benoit, ibid., p. 618.

(2) Cité par Chevrier, ibid., p. 112 et 143.

François 1", qui se regardait comme le légitime seigneur du royaume de Naples, n'aurait pas souffert que le duc en revendiquât la propriété, et les prétentions d'Antoine auraient indisposé également l'empereur Charles V, possesseur des Deux-Siciles.

On a aussi rangé au nombre des fables la négociation que le duc de Lorraine aurait entamée auprès de ce monarque pour obtenir la liberté du pape Clément VU. Chevrier, qui a puisé ce fait dans Bournon ou dans Thierriat , ne craint pas d'affirmer que le souverain- pontife dut sa délivrance non moins aux démarches d'Antoine, qu'à l'armée commandée par Lautrec, et il ajoute que Clément VII adressa un bref au duc aGn de le remercier de ses bons offices (\).

La paix fut enûn rétablie en 4529 , et Antoine se rendit en France, en 1530, pour féliciter le roi relativement au retour de ses deux fils, que l'on avait livrés comme otages à l'empereur. Ce fut pendant le séjour que le duc fit alors à Paris, que Clément Marot lui présenta sa traduction du premier livre des Métamorphoses d'Ovide , à laquelle il joignit une épltre en vers (2).

Les marques de déférence que le duc de Lorraine accordait à François Ier ne lui firent pas rompre ses relations avec Charles V. En 1532, les Turcs firent des progrès alarmants dans le royaume de Hongrie , et l'empereur fit demander à la diète assemblée à Ralisbonne des subsides et des troupes. On leva en Lorraine , à cette occasion , un impôt particulier désigné sous le nom de landfrid et dont le produit devait être consacré à la guerre contre les Infidèles. Antoine envoya à Charles V un contingent aussi considérable que ses ressources

(1) V. ibid., p. 115. Le P. Benoit (Uist. de Tout, p. 619) parie également des négociations d'Antoine en faveur de Clément VII , mais il ne dît pas sur quelle autorité il s'appuie.

(2) On peut voir ceUc pièce dans l'édition des œuvres de Marot en quatre volumes in -4% La Haye, 173t.

le permettaient (4); il promit également de verser, tous les mois, une somme de quatre mille florins pour la paie de son contingent, et, comme il ne pouvait la faire parvenir régulièrement, il prit des arrangements à cet effet avec son « chier et bien amé Ulrich Clynguensmydt , marchant bour- ■ geois et résident en la cité d'Augsbourg » (2). On ignore pendant combien de temps le duc entretint des soldats en Hongrie , mais on a la preuve que le landfrid fut encore levé en 4 534 et en 1542 (3).

Les dépenses que le duc fut obligé de faire, pour cette guerre et pour solder les troupes chargées de garder les

(1) V. , dans le Très, des ch., le u Compte de la recepte et despence faicte par Didier Bertrand , Trésorier-général de Monseigneur le Duc de Calabre, de Lorraine et de Bar, de l'ayde de la résistance du Turck , faict par les moys d'aoust, septembre, octobre et novembre estans en l'année mil cincq cens trente deux «.

La recette monla à sept mille sept cent quatre-vingt-dix francs deux deniers barrois. Le contingent d'Antoine se composait d'une compagnie de cent hommes d'armes allemands conduits par le comte de Bitche, d'une compagnie de cent quatre hommes d'armes formée de lorrains, et d'une troisième compagnie forte de soixante-neuf hommes et commandée par le sire d'Autrey. L'évéque deToul, Hector d'Ailly , fournit aussi un contingent, pour l'entretien duquel le duc donna deux cent huit francs.

On trouve dans les archives de lu famille de Widranges une lettre d'Anne reine des Romains, recommandant au duc de Lorraine Nicolas de Widranges , qui avait conduit , avec distinction , un corps de trois cents cavaliers dans la guerre contre les Turcs. Cette lettre est datée du 25 avril

(2) V. Layette Elati Généraux, 11, n° 4. Charles V écrivit à Antoine une lettre , datée de Manlouc , le 24 novembre 1532 , pour le remercier d'avoir envoyé des secours en Hongrie. V., dans le cartulaire du Très, des ch., le registre Empire, (°* cix v« et ex r°.

(3) V. Layette Etati-G'énéraux du Duché de Bar, n° 31. Ou voit dans les archives de la famille de Widranges l'original de la commission donnée, le 22 mai 1542, par le duc Antoine à Gérard de Pfaffcnhofen , chevalier, seigneur dcThelod, et à Jean de Widranges, auditeur des comptes, pour lever le landfrid u sur les officiers, anoblis, franches gens et exempts, n tant en villes que aux villaigcs, marchands anoblis, et autres non con- « traindables aux aydea générales , marchands tant banquiers, que venw deurs de draps de soyc et de layne, etc.*

places fortes et les frontières de la Lorraine , tant que se prolongea la lutte entre François Ier et l'empereur (!)t ne l'empêchèrent pas d'agrandir ses états. En 4537, le cardinal de Lorraine, évèqne de Metz, donna à son frère l'investiture des comtés de Sarrewerden et Bouquenom (Bockenheim) , qui étaient des flefs de son évèché ; toutefois, le comte de Nassau*» Sarrebrùck ne voulut pas se dessaisir d'une partie de ces principautés, qu'il détenait comme époux de Catherine de Meurs , tante du comte Jean-Jacques dernier possesseur de Sarrewerden. Il en résulta un procès, qui dura plus d'un siècle et ne fut terminé qu'en 1629, comme on le verra plus loin (2). En 4545, Antoine acquit la ville de Châtel-sur- Moselle et la seigneurie de Bainville-aux-Miroirs , qui de la maison de Neufchâtel étaient passées à celle d'Isemboorg ; mais, pour obtenir la remise de ces deux places , il fut forcé d'abandonner au comte Valenlin la petite ville de Vaudrevange et le bourg de Belrain , lesquels, du reste, ne tardèrent pas à être de nouveau réunis à la Lorraine (3).

Ces acquisitions , au moins la première , entraînèrent des dépenses considérables, et il fallut demander des subsides aux Etats-Généraux. Au mois de mai 1535, ils votèrent un aide extraordinaire de trois francs par conduit, dont une portion devait être employée à mettre les places frontières en état de défense (4). La guerre allait recommencer entre François I" et Charles V et rendre nécessaires ces mesures de précaution. Le duc garda, comme précédemment, une exacte

(1) Les Etats-Généraux accordèrent au doc, vers la fin de décembre 4531 , un aide de trois francs barrois par conduit, pour couvrir les dépenses que le prince avait faites dans le but de maintenir la paix en Lorraine ; v. Layette Etatt-Généraux, Fief* et Dénombrement*, n* 3.

(2) V. Benoit , Orig. de la maison de Lorr., p. KOI ; supplém. à cet ouv., t. H, p. 2*2.

(3) V. Calmet, Notice, t. I, col. 210. V. notre t. III, p. 359.

(4) V. Layette EtaU -Centraux, Fief* et Dénombrement*, n» 4.

neutralité (1), et se livra tout entier aux soins de l'administration. Les édits qu'il publia de 4550 à 4540 sont assez nombreux , mais la plupart trop peu intéressants pour être analysés dans cet ouvrage ; nous devons seulement mentionner une ordonnance qu'il promulgua, le 40 octobre \ 532, pendant une session de la côur des Grands-Jours de Saint-Mihiel. Elle confirmait un édit de René II et y ajoutait quelques dispositions nouvelles. Elle prescrit > que les causes d'appel » se vuident super eisdem actis, si faire se peut, sur lesquels » les parties soient contraintes à conclure, sinon qu'ils soient • vus avant que d'appoincter les parties en enqoestes super- » fines ; que les escriptures des avocats soient briefves , sans

> redittes, et n'excèdent une addition ou deux, sans plus; » que doresnavant ne soient examinez plus de dix tesmoings » sur un mesme faict, et s'il y a plusieurs articles sur un » mesme faict, soient accolez, et sera comptée une tourbe pour » un tesmoing ; que toutes sentences donnéez par les baillifs

> ou leurs lieutenans, en actions personnelles ou délicts qui

> n'excéderont cinquante francs et au dessous, seront exécu- » téez en principal et despens , nonobstant oppositions ou

> appellations quelconques, sans préjudice (ficelles, en bail—

> lant caution par la partie de les rendre , s'il est dict en fin » de cause ». Ces dispositions avaient pour but d'abréger les procédures et de diminuer les frais; la disposition suivante devait prévenir les nullités et les fraudes dans les contrats.

« Est défendu, lit-on dans le texte, à tous notaires et ta- » bellions de recevoir vendit ions, permutations, donations ou » aultres contracta quelconques, si les parties contrahantes ne

> sont présentes , ou que lesdicts notaires les cognoissent ;

> ne aussy fassent les rapports de la justice des lieux, ne aul-

(I) L'empereur la reconnut par lettre* données, à Luxembourg, le 24 juillet 1336. On en trouve un vidimus dans la collection de M. Justin Umoureux.

» très tierces personnes, sur peine de nullité et d'amende ar- » bitraire ; mais est ordonné que toutes personnes qui vou- » dront contraher par escript , le fassent en leurs personnes , » ou par procuration spéciale pardevant lesdicts notaires (1). • A cette époque, la tranquillité la plus parfaite régnait dans les duchés de Lorraine et de Bar ; elle faillit cependant être troublée en 1533. Le chapitre de Toul entretenait une petite garnison dans le château de Vicherey, et cette garnison , qui était, sans doute, composée d'aventuriers, fit des courses dans le comté de Vaudémont et y commit des dégâts estimés six mille francs barrois. Antoine se rendit à Vézelise, fit procéder à une enquête au sujet de cette affaire , invita les chanoines à payer immédiatement une indemnité, et, voyant qu'ils ne montraient pas beaucoup d'empressement à s'exécuter, il leur envoya un défi ou une déclaration de guerre, que l'on conservait encore dans les archives du chapitre, vers le milieu du siècle dernier (2).

Non content d'entretenir la paix dans ses propres étals, le duc désira encore la faire renaître chez ses puissants voisins. Les États-Généraux, réunis à Nancy, au mois de septembre 1538, lui accordèrent un aide de trois francs par conduit pour le mettre à même de supporter les dépenses qu'avaient entraînées les négociations entreprises dans ce but (3). Les lettres de non-préjudice que le prince signa, dans cette circonstance, nous apprennent qu'il avait envoyé des ambassadeurs au souverain-pontife, à Charles V et au roi de France, pour tâcher de procurer un rapprochement ; et les mêmes lettres nous font connaître que le duc de Lorraine avait fait le voyage

(!) V. le» article* de cette ordonnance, dans Rogéville, îbid., t. I, page 385 et 386.

(2) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 839. Il est inutile d'ajouter que l'affaire s'arrangea.

(3) V. Layette Etats-Généraux, II , n° S ; L. Etatt-Généraux, Fief» et Dénombrement i, n° 8.

de Nice, « pour ayder à traicter la tresve ». On sait que le pape Paul HI avait engagé l'empereur et François Ier à ouvrir des conférences polir établir une paix durable. Les deux monarques vinrent à Nice, mais ne voulurent pas se parler; leurs prétentions étaient inconciliables, et Ton ne put conclure un traité définitif, mais seulement une trêve de dix années. Antoine se donna beaucoup de mouvement pour obtenir ce résultat, et les termes qu'il emploie dans les lettres de nonpréjudice portent à croire que sa médiation ne fut pas sans utilité.

Il suivait alors avec ardeur une autre négocation relative au duché de Gueldres. Arnould , qui gouvernait ce pays vers le milieu du XV* siècle, avait un fils nommé Adolphe, dont la conduite fut tellement indigne que son père le déshérita et vendit ses étals à Charles-le-Téméraire. Après la mort de ce dernier, la Gueldres fut remise à Adolphe, qui périt bientôt après et laissa deux enfants : Charles et Philippe , épouse de René II. Charles recueillit plus tard l'héritage de son père, mais se vit troublé dans la possession du duché par l'empereur Maximilien , époux de Marie de Bourgogne. Une transaction fut cependant conclue entre les deux princes , et Charles conserva la Gueldres , à condition qu'elle serait annexée aux Pays-Bas , s'il n'avait pas d'enfants légitimes (4). Il mourut, sans descendants, en 4538, et le duc de Lorraine, en qualité de neveu du défunt , se mil immédiatement sur les rangs pour lui succéder. Il ne regardait pas comme valable la transaction dont nous avons parié ; les femmes pouvaient, d'ailleurs, posséder la couronne de Gueldres ; il la réclama donc comme sa propriété (2). Ses prétentions ne furent pas admises par les Etals, qui s'étaient assemblés à Ruremonde et

(4) C'est du moins ce que rapportent certains historiens, mais la vie du doc Charles est racontée un peu différemment dans l'Art de vérifier les dates.

(2) V., au Trésor des chartes, dans le volume du Cartulaire intitulé :

qui reconnurent comme souverain le duc de Clè?es, parent du dernier doc ; maïs l'empereur ne fut pas plustôt instruit de ces événements qu'il fit occuper le duché par ses troupes et le réunit aux Pays-Bas.

Antoine comprit qu'il lui serait impossible de l'emporter sur un pareil compétiteur, et que Charles V ne voudrait probablement jamais renoncer à une acquisition qui lui convenait si bien ; toutefois, il prit le titre de duc de Gueldres et de comte de Zutphen, et continua è négocier, moins, sans doute, dans l'espérance de réussir que pour obtenir un dédommagement.

Les négociations d'Antoine furent ralenties, pendant quelques mois, par un malheur qui vint le frapper en 4539. La duchesse de Lorraine, qui était encore dans toute la force de l'âge, fut attaquée d'une fièvre maligne et mourut le 6 mai, peu de jours après que le duc fut revenu de Nice. Antoine fit inhumer son épouse dans l'église des Cordeliers, où on lui éleva un tombeau , dont il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige (1).

Sur la fin de la même année, l'empereur demanda à François 1" l'autorisation de traverser le royaume, pour aller soumettre les Gantois qui s'étaient révoltés. Le duc de Lorraine rejoignit Charles V et l'accompagna dans ce voyage, « moins pour lui faire honneur, dit méchamment Chevrier, » que pour profiter de la contrainte dans laquelle il croyoil * que ce prince alloit être, et lui redemander alors le duché » de Gueldres » (2). Il ajoute que le duc, contenu par la facilité du roi, qui agit noblement, n'osa fatiguer l'empereur de ses réclamations, mais il y a tout lieu de croire, au contraire, que l'affaire de la succession de Gueldres fut traitée de non-

Gueldres, VActe contenant la demande des envoyez de Lorraine aux Estais de Gueldres de reconnoistre le Duc Antoine pour leur souverain.

(1) Thicrriat cité par Chevrier, ibid., p. 117.

(2) V. ibid., p. 119 et 1».

v eau par Antoine, sinon a?ec Charles V lui-même, au moins avec les ministres de ce prince. L'empereur , bien décidé à ne jamais se dessaisir de la Gueldres, soumit au duc de Lorraine une proposition qui fut acceptée avec empressement (1). C'était de marier Anne fille d'Antoine avec René de Chalon, prince d'Orange, un des favoris de Charles V et de faire épouser à François fils ainé du duc la princesse Christine, Clle de Christiern 11, roi de Danemark, et d'Elisabeth d'Autriche, sœur de l'empereur. Les noces d'Anne et de René de Chàlon furent célébrées, dans le château de Bar, au mois d'août 4540, et l'empereur s'y fil représenter par le sieur de Monibardon, un de ses gentilshommes. La princesse reçut une dot de cent mille florins d'or et des pierreries pour vingt mille florins (2). Chevrier remarque, à cette occasion, que la dot doit paraître bien considérable, si on la compare à celles que les ducs de Lorraine donnaient précédemment à leurs filles ; il ajoute qu'il aurait eu lui-même beaucoup de peine à admettre que le duc avait déboursé la somme en question, si Bar n aflirmait que « les siens l'ont nombrée >. Antoine n'avait, probablement, pas tant d'argent dans ses coffres; mais les Etals-Généraux, dans leur session de novembre 4540, votèrent un aide extraordinaire de trois francs barrois par conduit, et cet impôt fournit la dot de la princesse (5).

Un des clauses du contrat de mariage fit naître un incident que nous devons rapporter ici, car il prouve que le duc ne regardait pas la loi salique comme applicable dans notre patrie, et par conséquent ne pensait pas que le testament de René II eût obtenu l'approbation et la garantie des Etals-Généraux. La clause dont il s'agit réservait expressément à la princesse

(1) L'empereur trait déjà entretenu le duc de Lorraine de ces projets pendant I» conférences «le Nice.

(f) Mém. de Bar cilés par Chevrier, ibid., p. 121 (3) V. Layette Etalé Généraux, //, n» 10.

tous ses droits sur la Lorraine, et le duc de Guise se hâta de protester, mais, dans sa réclamation, il ne se prévalut que du testament de son père et garda le silence sur le vote des Etats. Le 19 août, Antoine sortait du château de Bar, pour aller entendre'la messe, lorsque son frère s'avança vers lui, avec Pierre Blandin et Jean Baudcsson, notaires royaux au bailliage de Vitry, et lui adressa la parole en ces termes : € Mon- » sieur, on m'a dict que par le traicté de mariage que vous

> faictes de Mademoiselle Anne vostre fille, vous la rappelles à » vostre succession en deffault d'hoirs masles ; ce que faire ne » pouvés pourceque audict cas vous sçavés que les ti lires du » Royaume de Sicile , Arragon , duché d'Anjou et les duchez » de Lorraine et de Bar, comté de Provence et aultres terres » ne peuvent se trouver ny escheoir à ladicte Anne ou ses

> hoirs, mais bien à moy ou à mes hoirs masles; tout ainsy » que le testament du feu Roy noslre père (que Dieu absolve! ) » le porte et le contient, depuis confirmé, accordé et ratiflié » par vous , Monsieur, et moy. A ceste cause , vous déclare • que je ne consens en rien audict traicté de mariage et pro- » teste qu'il ne me préjudicic à moy ny à mesdicts hoirs, » auxquels peut estre acquis ledict droict , le cas advenant. » Monsieur, vous oyés ce que je vous dis ? » Antoine ayant répondu : « Ouy, je vous entends bien » , le duc de Guise « requit acte et instrument desdictes déclarations et protesta- » tions », et les deux notaires rédigèrent sur-le-champ procèsverbal de ce qui venait d'arriver (1).

Le mariage du prince François n'eut lieu que l'année suivante. Quoique toutes les conditions du contrat fussent arrêtées dès 1 540, Antoine Gt demander solennellement le consentement de la princesse par le maréchal de Lorraine , Jean VIII comte de Salm; par Claude de Beauvau; par Nicolas Mengin,

(I) On trouve une copie de celte pièce dans le cârtulaire de la bibt. publique de Nancy, p. 469 et 470.

président de la chambre des comptes , et par René Boudot , maître des requêtes de l'hôtel; « ceux d'espée pour faire mon- » tre, dit fiournon, et les autres à celles fins d'opérer • (1). Le contrat fut signé, à Ratisbonne, le 1er mars (2) ; les noces furent célébrées, à Bruxelles, le 10 juillet, et François, qui n'avait encore porté d'autre qualification que celle de marquis de Pont-à- Mousson, prit, à cette occasion, le titre de duc de Bar. Il espérait que l'empereur lui céderait , comme il l'avait laissé entendre , la Gueldrcs ou du moins une partie de cette principauté; mais le jeune duc comprit bientôt qu'il ne fallait pas compter sur la générosité de Charles et quitta Bruxelles peu de jours après son mariage.

L'alliance que la maison de Lorraine venait de contracter avec la famille impériale déplut au roi de France, qui fil supporter au duc mille vexations au sujet de la mouvance d'une partie du Barrois, et trouva de complaisants ministres de sa vengeance dans les procureurs-généraux Nicolas Thibault et Noél Brulart (3). On contesta d'abord à Antoine la souveraineté , puis la juridiction en dernier ressort dans le Barroismouvani ; on soutint ensuite que le duc était homme-lige de la France pour Neufchâleau , Commercy et le bailliage de Clermonl-en- Argon ne , et on voulut le forcer à accepter une patente dans laquelle il avouait sa vassalité. Antoine ayant refusé de recevoir cette pièce, on l'obligea, ainsi que son Ûls, de remettre au roi, le 22 avril 1541 , une déclaration par laquelle ils se reconnaissaient vassaux de la France pour la portion du Barrois qui est située à l'occident de la Meuse, s'engageaient, comme tels, à servir le roi envers et contre tous, et promettaient de laisser les troupes de ce prince traverser librement la Lorraine. Cet acte ne contenta pas encore

(1) Gté par Ouvrier, ibitl., p. 12! et 122.

(2) V. le conlrat, dam Calmet , liât., t. III, preuv., col. cccUxuijcccxej.

(3) Bouraon cité par CKevrier, ibid., p. 123.

François I*r, et, le 45 novembre suivant, on contraignit le duc et son fils à déclarer qu'ils ne jouissaient dans le Barroismouvant des droits de régale et de souveraineté que par une pure tolérance du roi, et que cette tolérance, limitée à la vie d'Antoine et à celle de son fils , ne pourrait jamais servir de base à une prescription quelconque au profit de leurs successeurs. De plus , et pour témoigner à François I" leur reconnaissance de ce qu'il voulait bien ne pas se montrer plus exigeant, ils lui cédaient i perpétuité les ville, terre, seigneurie et prévôté de Stenay, petite forteresse qui couvrait, vers le nord-est, la frontière de la Champagne (i).

Le roi n'avait pas attendu la conclusion des deux mariages pour manifester son ressentiment contre le duc de Lorraine. Les poursuites du procureur-général relativement à la mouvance du Barrois commencèrent presque aussitôt après les conférences de Nice, pendant lesquelles les premières ouvertures concernant ces mariages avaient été faites par l'empereur, et François Ier cessa dès lors de ménager le duc de Lorraine. Celui-ci avait eu, comme son père, l'imprudence d'accepter, peut-être même de solliciter le commandement d'une compagnie de cent lances, ce qui le mettait bien plus encore dans la dépendance du monarque ; aussi , dès le mois de septembre 4539, ce dernier fit-il parvenir à Antoine, comme à un de ses prévôts , l'ordre d'arrêter et de lui livrer un nommé Guillaume Arzant et ses complices , qui « macbi- » noient contre le roy et ses estats » (2).

On ne sait pas jusqu'où François Ier aurait poussé son exigence , si la guerre n'avait pas éclaté de nouveau entre lui et l'empereur. Charles V avait visité la ville de Metz au mois de janvier 4541 ; on lui avait fait une réception magnifique,

(1) Laete du 22 avril 1341 et celui du 13 novembre sont imprimés dans Calmet, ibid., col. cccxcj cccxciij.

(2) V. Layette Etats-Généraux, II, n« 9 et 11.

maigre la rigueur du froid, et c'est peut-être à celle circonstance qu'il faut attribuer la brièveté de l'allocution que Jean Baudoclie, doyen du chapitre, prononça lorsque l'empereur se présenta dans la cathédrale. Le doyen se contenta de lui dire : € Vous soyés le bien-venu, Sire » ; et Charles ne put s'empêcher de murmurer à l'oreille de son aumônier : « Voilà » bien peu d'entendement ». Il examina avec beaucoup de soin les fortifications et l'artillerie, et, comme il soupçonnait que tôt ou tard la France tournerait ses efforts contre cette grande cilé , il recommanda aux bourgeois de se tenir sur leurs gardes et d'avoir également l'ail ouvert sur les apôtres de l' hérésie luthérienne (1).

Les hostilités entre la France et l'empereur recommencé* renl dans les premiers mois de l'année 4543, et le duché de Luxembourg fut envahi par une armée française commandée nominalement par le duc d'Orléans , second Ois du roi, et en réalité par le duc de Guise. Antoine, effrayé de voir la guerre portée sur les frontières de ses états, redoubla de précautions afin de ne fournir à aucune des parties belligérantes un prétexte pour pénétrer en Lorraine. Il fll aussi quelques tentatives pour réconcilier le roi et son rival, mais elles ne furent pas couronnées de succès; il obtint seulement que l'on respecterait sa neutralité, et Charles V signa, le 40 juillet 4543, des lettres par lesquelles il la reconnaissait d'une manière expresse (i).

Le duc profila de la faveur dont il jouissait auprès de ce prince pour régler définitivement les rapports de la Lorraine avec l'empire. On a remarqué, dans plusieurs passages de ce livre, que nos premiers ducs avaient pris beaucoup de part aux affaires de l'Allemagne, soit à cause de leurs alliances ou

(1) V. la chronique de Jean le Châtelain, dam Calmet, ibtd., I. Il, preuv., eol. cliij.

(2) V. Recueil authentique des anciennes ordouuauccs de Lorraine. I" part., p. 16.

de leur parenté avec quelques empereurs , soit à raison de traités ou d'autres circonstances dont le détail ne peut trouver place dans le présent chapitre; mais bien qu'ils aient souvent assisté aux diètes, avant la réduction du nombre des électeurs, il est certain que les princes lorrains ne relevaient de l'empire que pour certains fiefs d'une nature particulière, comme l'avoueriede Remiremont, la ville d'Yve, le droit d'y battre monnaie, etc., (1). La Lorraine était cependant considérée comme faisant partie du corps germanique, et le Barrois-non-mouvant était placé dans une position à peu prés analogue , ainsi que cela résulte de différents titres, et particulièrement de l'acte que le duc Antoine et son fils signèrent le 32 avril 4541 , et dans lequel ils reconnurent les prétentions du roi de France , mais « sans préjudice des droicts du Sainct Empire ».

Claude des Pilliers , bailli d'Epinal ; Dominique Champenois, maître des requêtes de l'hôtel; Nicolas de FEscut, et Joachim Groninger, docteur en droit, furent' chargés par Antoine de négocier un traité qui ne laissât aucune incertitude sur les droits réciproques de l'empereur et du duc de Lorraine. Le roi des Romains Ferdinand Ier, frère de Charles V, écoula favorablement les plénipotentiaires ducaux , et , le 26 août 1542, ce prince, agissant tant au nom de Charles qu'au nom des électeurs, signa la convention de Nuremberg, qui assura l'indépendance de notre pays. Aux termes de cette convention , les duchés de Lorraine et de Bar cessaient d'être regardés comme faisant partie intégrante du corps germanique; ce dernier les prenait sous sa protection, se chargeait de les défendre et les déclarait exempts de tous mandements, procédures et juridictions de l'empire, à charge pour les ducs de verser dans la caisse de la chambre impériale une taxe

(1) V. notamment les reprises faites en 12'i8 par le duc Ferri III, et en 141)5 pur René II , dans Calmcl, ibid., t. II, prenv. , col. cccdxxxj et cccclxxxij, et t. III, preuv., col. cccxiv.

égale aux deux liers de celle que payait un électeur. Charles V ratifia, le 28 juillet 1543, le traité de Nuremberg, qui fut insinué ou enregistré à la chambre impériale de Spire le 29 août 1561 (1).

A partir de l'année 1543, les ducs de Lorraine se considérèrent comme toul-â-fait indépendants. Ils s'attribuèrent le droit de sceller en or (2) et refusèrent de répondre aux demandes qui furent intentées contre eux devant la chambre impériale (3). Quant à la taxe qu'ils s'étaient soumis à payer, et que l'on appelait landfrid, parce qu'elle était levée pour l'entretien de la paix publique, ils l'acquittèrent chaque fois qu'ils en reçurent l'invitation, et nous possédons des pièces établissant que cette taxe fut soldée en 1548, 1558, 1560, 1567, 1568, 1569, 1594 et 1595. Elle variait suivant les circonstances, mais elle était souvent trés-lourde, et nous voyons qu'en 1594 elle s'éleva à cinquante-six mille cent trente francs huit sous un denier barrois (4).

Pendant que le duc de Lorraine prenait ainsi les mesures qu'il jugeait les plus favorables à la splendeur et à la prospé-

(1) V. le texte du traité, dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. cccxctijcccicviij. Il parait que la rati6cauon du traité souffrit quelques difficultés ; car ce fut, sans doute, pour les faire disparaître que le duc ordonna de rédiger une sorte de mémorandum , destiné à être placé sous les yeux de l'empereur ou des princes allemands, et intitulé : Adverlissement et instruction pour la souveraineté du duché de Lorraine. M. H. Lep >^ 3 publié cette pièce dans le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine, t. I, p. 195-210.

(2) V. Nouveau traité de diplomatique, t. IV, p. 581. Il parait, du reste, que le baut prix du métal en limita singulièrement l'usage, car on ne connaît plus aucun sceau d'or des ducs de Lorraine.

(3) V., dans le Très, des ch., lavette Dit,cht I, n- î>, uu opuscule du président Alix, intitulé : Discours sommaire de la nature et qualité de la terre et seigneurie de Bilsche, et comme elle est retournée à Son Altesse.

(i) V., à la bibl. publ., le ms. n° 27 A, pièces 2, 3, 4, 5, G et 7, cl. au Très, des ch., un registre contenant le dénombrement ile« conduits (dans le bailliage d'Allemagne sculemcnl) pour la levée du tandfrid en 1567, Vma 1569.

rilé de ses étals, la guerre continuait sur les frontières. Le prince d'Orange, profitant de l'éloignement d'une partie des troupes françaises, avait reconquis le Luxembourg, et le gouverneur de Thionville avait pris le château de Gorze, dans lequel le duc de Guise avait mis une garnison française, après en avoir chassé le comte de Furstemberg, comme on Ta raconté plus haut. Peu de temps après, le duc d'Orléans reparut avec une armée, et pendant qu'il envahissait une seconde fois le Luxembourg, un corps français attaquait le bourg et le château de Gorze, s'en emparait et les livrait au pillage. Il en était à peine sorti, lorsque les soldats lorrains chargés de faire respecter la neutralité se jetèrent à leur tour sur Gorze, où ils espéraient trouver encore quelque butin , et incendièrent le monastère et la magnifique demeure abbatiale construite par Warry de Dommartin , dans les premières années du XVIe siècle.

Tous ces désordres inspirèrent au duc de Lorraine l'idée de faire de nouvelles démarches dans le but de mettre 'fin à la guerre. Il demanda au roi de France et à l'empereur l'aotorisation d'aller les trouver pour lâcher d'accommoder leurs différends. Les deux princes ayant agréé cette prière, par respect pour l'âge et la réputation d'Antoine, bien qu'ils n'eussent aucun désir de traiter, le duc partit de Bar le 2i octobre ib'43, avec le prince François et une suite peu nombreuse. Il fut obligé de se faire porter dans une litière, car il était tourmenté par les douleurs de la goutte. On lui conseillait môme de ne pas entreprendre, à l'entrée de l'hiver, un voyage qui pouvait lui être funeste. Mais le duc répondit que, dût-il mourir en route, il ne renoncerait pas à un projet qui pouvait avoir pour résultat le rétablissement de la paix. Les princes lorrains furent reçus avec les plus grands honneurs dans toutes les villes qu'ils traversèrent, soit en France, soit dans les états de Charles V. La mauvaise saison avait interrompu les opérations militaires, et l'empereur s'était retiré à Valencien-

nés, où il accueillit le duc avec beaucoup d'égards ; ils eurent ensemble plusieurs conférences, et Antoine reprit le chemin de ses états, avec la résolution de visiter plus tard François I". Il revit Nancy le 5 décembre; malheureusement, ses infirmités étaient devenues telles qu'il lui fut impossible de se remettre en route ; les espérances qu'il avait fondées sur son second voyage s'évanouirent complètement (4), et les hostilités recommencèrent avec le printemps de l'année 4544. Comme la Champagne devait être le théâtre de la guerre, Antoine se fit porter dans le château de Bar, afin de pouvoir encore, malgré ses souffrances que les froids de l'hiver avaient aggravées, adresser à François I" et à l'empereur des propositions conciliatrices. Chevrier attribue à ce voyage un bot différent et assure que le duc, sentant que sa fin n'était pas éloignée, voulut mourir dans la ville de Bar, pour laquelle il avait de la prédilection (2). Si tel était son dessein, Antoine ne fut pas trompé par ses prévisions ; car, à peine arrivé, il fut contraint de garder le lit, et le mal fit des progrès rapides. Le il juin, le duc dicta un testament qui ne renferme qu'un petit nombre de dispositions. Après avoir commandé de réunir sa dépouille mortelle à celle de Renée de Bourbon, il déclare laisser tous ses domaines à François son fils aîné et prescrit de ne jamais séparer les duchés de Lorraine et de Bar ; il enjoint à son successeur de payer annuellement une somme de vingt-quatre mille francs barrois au prince Nicolas, qui était déjà pourvu des évêchés de Metz et de Verdun; il ordonne que c ses serviteurs estans en son service.... au jour » et heure de son trespas soient.... satisfaictzde leurs gaiges et » pensions de l'année entière », et il nomme pour exécuteurs testamentaires ses frères, le duc de Guise et le cardinal de

(1 ) V. Emond du Boulay, La vie et trespas des deux Princes de Paix, le bon duc Anlhoîne et saige duc Françoys. Cet ouvrage contient une relation versifiée du voyage d'Antoine.

(2) V. Hist.,1. IV, p. 432.

Lorraine; ses fils François et Nicolas; Jean d'Aguerre, baron de Viennele-Chôtel, son grand-maître et chambellan, et François de Bassompierre, bailli de Vosge (4). Il reçut ensuite le saint-viatique , appela ses enfants auprès de son lit et leur adressa les exhortations les plus sages. Il les pria de demeurer toujours fidèles à l'église catholique, de ne pas imiter l'exemple de certains souverains qui avaient introduit la prétendue réforme dans leurs états pour s'emparer des biens ecclésiastiques, et de se tenir en garde contre les conseils de ce genre que l'on pourrait leur donner. Il recommanda en particulier à son fils François de traiter les Lorrains avec douceur et bienveillance ; de ne demander que rarement des aides extraordinaires ; de réduire les dépenses et de diminuer le train de sa maison , si la chose paraissait indispensable ; de surveiller l'administration , et d'avoir continuellement présente à l'esprit la pensée qu'un jour Dieu exigera des princes un compte sévère de tons les actes de leur gouvernement (2).

Antoine embrassa ses enfants, les bénit, pois, détournant la léte, leur dit : « Pour l'honneur de Dieu , qu'on ne me parle plus que de mon salut ». Il vécut encore trois jours, uniquement occupé d'exercices de piété, et expira tranquillement le 44 juin, à quatre heures du soir. Comme l'absence de la plupart des nobles lorrains, et les circonstances critiques où l'on se trouvait ne permettaient pas de célébrer les funérailles avec la pompe convenable, le corps d'Antoine fut embaumé et déposé provisoirement dans la collégiale Saini-Maxe. Ce fut seulement au mois de septembre que le duc François fil transporter à Nancy les restes de son père; le cortège funèbre arriva le 48 dans la capitale de la Lorraine ; aussitôt après le service, auquel on ne put donner autant d'éclat qu'on l'aurait

(1) Le testament d'Antoine est imprimé dans Calraet, ibid., col. cccxcriij-

(2) V. Jean Herquel, De rébus geatts et vita Illustriasimi.... Antonii, Lotharingorura... Ducis, dans Calroct, ibid., col. clviij et dix.

désiré, Antoioe fui inhumé auprès de Renée de Bourbon, et François remit à l'anniversaire de la mort du prince l'accomplissement des cérémonies qui accompagnaient d'ordinaire renlcrrement de nos ducs (4).

La nouvelle de la perte que venaient de faire les Lorrains se répandit avec la rapidité de l'éclair, et, quoique prévue depuis quelque temps , causa une douleur extrême. Ils croyaient avoir perdu un père, et les témoignages de leur chagrin étaient si vifs que l'armée impériale, dont les différents corps traversaient la Lorraine, saisie de respect à la vue de ce deuil public, épargna a notre pays les réquisitions qu'elle n'aurait pas manqué d'exiger dans un autre moment. Les regrets de nos ancêtres s'expliquent quand on se rappelle que, pendant un régne de trente-cinq ans, Antoine avait travaillé, avec une application continuelle, à maintenir la paix dans ses états, à étendre leur commerce, à favoriser leur industrie, en un mot à accroître leur prospérité et leur splendeur. Il était doué des plus belles qualités morales, et il y joignait une douceur et une aménité qui le Grent surnommer le bon duc. Plein de vénération pour les membres du clergé, il avait beaucoup d'égards pour les gentilshommes ; quand on lui annonçait la ▼bile de quelqu'un d'entr'eux, il allait à sa rencontre jusqu'à la porte de l'appartement, et la noblesse, flattée de celte condescendance, montra toujours pour le duc autant de dévouement que de respect. Ajoutons qu'il ne réservait pas toute son affabilité pour les deux premiers ordres de l'étal ; il accueillait, avec la même bienveillance, les bourgeois, les artisans et les laboureurs qui avaient des requêtes à lui présenter, et, quand il ne pouvait leur accorder ce qu'ils demandaient, il avait soin d'adoucir par de bonnes paroles l'amertume de ses refus.

(1) V. Du Botilty, ibid. Thiermt cité par Clicvrier, .bld., p. 135.

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